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La musique des creux et des bosses



    Au festival des arts numériques d'Issy les Moulineaux, une installation de Jens Brand capte les  bruits du monde. Au contraire de Maurice Benayoun qui transcode le bruit de nos émotions avec son "emotion vending machine", Brand s'intéresse plus à la géologie qu'à l'intime.



Installation de Jens Brand: la musique du monde
Les arts numériques réinventent la ville


   Brand prend de la hauteur et écoute le chant du monde. A partir d’un iPod détourné, le G-Player, et d’une maquette tridimensionnelle de la planète Terre, le logiciel choisit un satellite parmi les 1000 disponibles qui tournent autour du globe. 


Recherche d'un satellite


    Telle une aiguille sur le microsillon d’un disque, le satellite balaye la surface de la Terre. Les données topographiques sont interprétées comme des sons. Les mers sont presque silencieuses. Les massifs montagneux sont bruyants et tourmentés, les plaines plus douces, les collines plus mélodiques. La musique générée n'est pas vraiment harmonieuse mais elle intrigue.




Les bruits du monde



Ici le satellite survole la cordillère des Andes,
le G-Player produit des sons engendrés
par les différences de reliefs.



    "We play the world" conçoit les données numériques comme une réalité tactile et analogique captée métaphoriquement par un tourne-disque dont l’aiguille se fraie, elle aussi, un chemin à travers les réseaux.


Matériel de  l'installation "We play the world"


    Le dispositif asez sobre est présenté au milieu de meubles, lampes et tapis d'Ikea. Les étiquettes sont mises en évidence. Il s'agirait d'une dénonciation du mode de vie uniformisé des terriens.


    Né en 1968, Jens BRAND travaille en tant que compositeur, musicien et artiste multimédia.


Dans le cadre du festival numérique voir:

    La collecte des regrets





Le Cube Festival :

Les arts numériques réinventent la ville
Issy-les-Moulineaux
M° Mairie d’Issy

www.cubefestival.com


Du mardi 3
au dimanche 8 juin 2008

















Catherine-Alice Palagret



ECOUTEZ LES BRUITS DU MONDE


   
A Issy-les-Moulineaux, les bruits du monde sont captés par deux oeuvres numériques interactives. Le Cube festival présente une installation de Maurice Benayoun et une autre de Jens Brand:

    Le dispositif conçu par
Maurice Benayoun ressemble à un distributeur de boissons mais c'est un distributeur d'émotions.


Emotion vending machine / Distributeur d'émotions


                                                                                               

Vous sélectionnez
trois émotions
parmi neuf:
peur
solitude
optimisme
joie
enchantement
terreur
dépression
nervosité,
extase.



Liste des émotions proposées


    A partir de votre sélection, le logiciel explore la toile en temps réel, repère les mots choisis et les affiche sur une carte du monde, par nuages de tag ou mots-clé.


Nuages de mot générés par internet


     Des sons composés par Jean-Baptiste Barrière crée une ambiance sonore en accord avec les émotions. Il ne reste plus qu'à reporter sur une clé USB l'image du monde et le son unique qui correspond à vos états d'âme.




Emotion vending machine
envoyé par Palagret
La musique des émotions




Premier cocktail d'émotions



Deuxième cocktail d'émotions



    Né en 1957,
Maurice Benayoun est agrégé d’arts plastiques et enseigne depuis 1984 à l’Université Paris I. Lauréat de la Villa Medicis hors les murs en 1993 pour son projet « AME » (Après Musée Explorable), il est aussi directeur artistique et co-fondateur du CITU (Création Interactive Transdisciplinaire Universitaire).

Alors que Maurice Benayoun s'intéresse aux émotions humaines, Jens Brand écoute la planète et ses reliefs grâce aux satellites.


Dans le cadre du festival numérique voir:
La collecte des regrets



".... alors que pour les justes les bruits du monde ne s'arrêtent jamais. "

Samuel Beckett





Le Cube Festival :
Les arts numériques
réinventent la ville.

Issy-les-Moulineaux


www.cubefestival.com


Du mardi 3 au dimanche 8 juin 2008








Catherine-Alice Palagret


Regrets, une oeuvre conceptuelle interactive de Jane Mulfinger et Graham Budgett


    Confiez vos regrets à la toile numérique: dans le cyber-espace, quelqu'un vous entendra soupirer. A Issy-les-Moulineaux, des Collecteurs de Regrets portent un ordinateur sur le dos, tels des sherpas à l'assaut de notre amertume. Ils proposent aux passants d'écrire leurs regrets et de les envoyer sur internet.


Confiez vos regrets à l'ordinateur
Les arts numériques réinventent la ville


    Seuls les poètes sèment leurs regrets à tous vents. La plupart des gens gardent leurs états d'âme pour eux. Les regrets sont au secret, enfouis dans la mémoire ou dans un journal intime. Pourtant le sentiment d'inaccomplissement ou de ratage, qu'il soit discret ou envahissant existe chez la plupart des humains même chez ceux qui proclament haut et fort qu'ils n'ont aucun regret. Le confessionnal numérique à dos d'homme interroge notre capacité à énoncer ce qui nous peine.



Regrets d'Aragon et de Brassens


    Place de la mairie, un homme jovial fanfaronne: "Je vis dans le bonheur". Des passants se détournent craintivement, d'autres sont offusqués par cette indiscrètion tant le mot regret a une forte charge affective, intime. Il scelle une séparation ou un abandon: sans regret? Avec précautions, le mot regret annonce un échec ou un bouleversemnt radical: j'ai le regret de vous annoncer que... . Il peut aussi constater un changement définitif: « regrets éternels », formule classique et mensongère inscrite sur les couronnes mortuaires et les pierres tombales. Le mot peut aussi s'employer de manière anodine: Ah, je regrette, je ne suis pas du quartier ... .



Les sherpas de l'amertume collectent les regrets



    Regrets et remords sont des sentiments assez proches et ce qui n'est qu'un jeu pourrait déboucher sur des aveux étonnants. A Issy-les-Moulineaux, les collecteurs de regrets accueillent toutes les confidences. Un jeune homme tape quelque chose qui semble lui tenir à coeur, en vérifiant que personne ne lit par dessus son épaule. Le médiateur regarde discrètement de l'autre côté. L'anonymat est essentiel. Un groupe d'amis s'amuse à inventer n'importe quoi. Chaque phrase commence par « Je regrette » et la suite est banale, farfelue, surréaliste ou sincère.


                                                                                                                               Envoi d'un message de regret, Issy-les-Moulineaux.
Les arts numériques réinventent la ville



    Je regrette ... qu'il pleuve           
    Je regrette ... d'avoir oublié mon parapluie
    Je regrette ... d'avoir menti
    Je regrette ... Non, rien de rien, non, je ne regrette rien
    Je regrette ... que pour que vous aimiez quelque chose il faut que vous l'ayez vu
    Je regrette ...  .....


    Les regrets collectés iront rejoindre une vaste banque de données constituée par deux américains: Jane Mulfinger et Graham Budgett, de l'Université de Californie à Santa-Barbara. Leur projet relève de l'art conceptuel et de la sociologie, c'est un jeu entre la sphère privée et la sphère publique. Les créateurs ont déjà archivé des milliers de regrets à Santa Barbara, à Cambridge en Angleterre et à Linz en Autriche. L'étude des archives permettra peut-être de dégager des tendances en fonction des pays ou des lieux (université, marché, rue etc ...). Pendant le festival, les messages sont visibles sur un écran dans la tente du village numérique, en temps réel. On peut aussi les consulter sur le site www.regrets.org.uk/


Jane Mulfinger et Graham Budgett
les créateurs de "Regrets"
collectent les messages


  En envoyant notre regret dans le vaste espace digital nous recevons cinq autres messages qu'un logiciel a sélectionné: nous ne sommes pas seuls, d'autres ont des regrets similaires. Le dispositif est une métaphore: nous enlevons le fardeau de nos épaules pour le mettre sur le dos de quelqu'un d'autre.





Hésitation sur le clavier avant d'envoyer le regret dans le cyber-espace


    Un assistant porte un grand parapluie blanc. Il protège le sherpa collecteur de regret, l'ordinateur et les participants ... du regret? Sur le parapluie on peut lire:
I regret not telling my father what I thought of him
Je regrette de ne pas avoir dit à mon père ce que je pensais de lui
I regret the passing of time and wind
Je regrette le passage du temps et du vent
etc ...



Envoi d'un message de regret, Issy-les-Moulineaux.
Les arts numériques réinventent la ville



    Les évolutions technologiques, wi-fi, mobiles, internet, modifient l’espace, le temps et notre relation aux autres. Nous pouvons être en contact permanent avec nos amis ou des inconnus dans le vaste espace électrique et ignorer ceux qui nous entourent dans l'espace réel. Aujourd'hui Du Bellay publierait ses « Regrets » sur Internet, il tiendrait un blog pour partager ses désillusions et ses colères avec ses amis restés au pays et avec des milliers d'étrangers.


Graham Budgett et un homme de regret


    Cette intervention conceptuelle de Jane Mulfinger et Graham Budgett est une des vingt et unes oeuvres du troisième Cube festival, une déambulation numérique et poétique dans la ville. Les promeneurs curieux s'initient à l'art numérique interactif, les gamins sautent d'une oeuvre à l'autre en répondant à leur questionnaire. Les gens sérieux se hâtent vers le marché ou le bureau de tabac. Les habitués du jardin papotent sans rien remarquer de bizarre; à côté, des jeunes gens branchés commentent les oeuvres savamment.


Regrets projetés sur une façade à Cambridge


      A Cambridge les regrets étaient projetés sur le mur de la mairie à la nuit tombée. Voir ses regrets les plus intimes livrés à la vue de tous doit être une expérience troublante. L'expérience n'a pas été possible à Issy-les-Moulineaux. Début juin, l'obscurité vient trop tard. Il serait intéressant que les regrets apparaissent de manière aléatoire sur les panneaux d'affichage électroniques de la ville. Le passant, surpris, serait déstabilisé quelques secondes par des phrases énigmatiques mêlées aux horaires d'ouverture de la piscine et à l'annonce du prochain conseil municipal.


Regrets projetés sur la façade de la mairie à Cambridge

   
    En décembre dernier, les new-yorkais ont participé au
"Good Riddance Day". Il s'agissait de se débarrasser des mauvais souvenirs de l'année en écrivant ses galères sur un papier avant de le jeter dans une déchiqueteuse. L'évènement n'était pas artistique, seulement thérapeutique.


     Certains plantent leurs soucis en terre ou crient dans le désert, d'autres s'en remettent à un confesseur ou un psychanalyste, d'autres encore préfèrent le non-dit. Dire ses regrets a une vertu thérapeutique et ces nouveau rites païens, où l'aveu est nécessaire mais non la punition, proposent des solutions ludiques et gratuites.




Des regrets à tout âge



Autres oeuvres interactives du festival:
   
Ecoutez les bruits du monde, de Jens Brand
    Ecoutez le bruit de nos émotions, de Robert Benayoun



                                                          

Le Cube Festival :

Les arts numériques réinventent la ville
Issy-les-Moulineaux,
www.cubefestival.com


Du mardi 3 au dimanche 8 juin 2008
Exposition d’art numérique dans la ville :
Village Festival (Esplanade de l’Hôtel de Ville)














Catherine-Alice Palagret



Un trompe-l'oeil surréaliste



    A Bruxelles, sur la Place Royale, une bâche en trompe-l'oeil vient d'être déployée sur la façade de l'Hôtel Altenloh. C'est là, à côté du musée des Beaux-Arts, que s'aménage le futur musée dédié au peintre surréaliste belge, René Magritte. La façade aux nombreuses fenêtres est reproduite en trompe-l'oeil: deux pans de rideaux de théâtre plissés s'ouvrent sur une reproduction géante d'une oeuvre emblématique de Magritte: l'Empire des lumières (1954).



Trompe-l'oeil sur la façade du futur musée Magritte à Bruxelles


   Magritte a peint plusieurs versions de ce tableau: on y voit la silhouette sombre d'une maison la nuit, avec des fenêtres éclairées. Dans la rue, un reverbère perce l'obscurité. Les arbres noirs se découpent sur un ciel très clair. La dissonance des éclairages diurnes et nocturnes, la confusion, l'incertitude entre le jour et la nuit rendent l'oeuvre étrange et poétique, questionnant notre vision du réel.


Trompe-l'oeil sur la façade du futur musée Magritte à Bruxelles.
Faux réverbères et vrais réverbère.
Photo:
haveacupoftea


Le réverbère de l'Empire des lumières, René Magritte
Photo: haveacupoftea


     Le trompe-l'oeil de la Place Royale est bien dans l'esprit de Magritte. Le peintre intervertissait les textures, jouant des perspectives et des ouvertures. Dans "La Victoire", il peint une porte qui prend la texture du sable et de la mer sur lesquels elle se détache. Dans "L'entrée en scène", "La grande famille" ou "La Promesse", la silhouette évidée d'un oiseau, ailes déployées, laisse voir les nuages. Dans "Le séducteur" les vagues remplissent le bateau.

    Une des des oeuvres les plus célèbres de Magritte, "La trahison des images", montre une pipe sous laquelle est écrit: « Ceci n'est pas une pipe ». C'est un avertissement amusé contre l'illusion de toute représentation. La pipe sur la toile est l'image d'une pipe et non un vrai objet qu'on pourrait toucher. William James,
le sémiologue américain de la fin du 19e siècle disait : « Le mot "chien" ne mord pas.»

    Qu'elle que soit la virtuosité du peintre, la méticulosité du trait, les artifices de la perspective et des ombrages, l'image reste une image, une illusion, une trahison. C'est bien de ça que nous parlent les trompe-l'oeil.


La trahison des images. René Magritte. 1929
huile sur toile, 59 x 65 cm
Los Angeles County Museum




     La bâche couvrant le prochain musée Magritte à Bruxelles mesure 1600m², 21 mètres de haut sur 75 mètres de large. Le réverbère du tableau brillera la nuit grâce à des panneaux solaires installés sur le toit. Le musée, situé à côté du musée des Beaux-Arts, ouvrira en juin 2009.


voir le site de la
Fondation René Magritte


voir les bâches de travaux en trompe-l'oeil:
        le trompe-l'oeil dégoulinant de l'avenue George V
       
les trompe-l'oeil de la place Vendôme à Paris
        le trompe-l'oeil plaque de chocolat 100% LCL

et aussi:
le trompe-l'oeil en moulé-troué d'Edouard François


Catherine-Alice Palagret


Le néon et l'art contemporain


    Les néons utilisés dans l'affichage publicitaire ont très tôt attiré les artistes contemporains. Ils y ont vu un nouveau média et ont détourné ces tubes colorés à la lumière vibrante qui se travaillent facilement. Au lieu de reproduire la lumière avec leur pinceau, au lieu de l'imiter, ils l'intègrent directement au centre de leur oeuvre. La pulsation de la lumière  devient sculpture. Les installations au néon, comme les oeuvres cinétiques ou les vidéo ont besoin d'électricité pour fonctionner. Les oeuvres sont liées à la technique et elles l'intègrent.

    Stricto sensu, les néons n'émettent qu'une seule couleur: le rouge orangé. Dans le langage commun cependant, tous les tubes fluorescents sont appelés néons, même s'ils fonctionnent avec d'autres gaz inertes comme l'argon ou l'hélium.
   


Détail de néon publicitaire

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               
      
joueurs de jazz




   



Modestes néons publicitaires:
dauphin vert





    Citons quelques plasticiens français travaillant le néon: Alberola, Martial Raysse, François Morellet, Claude Lévêque, Daniel Buren. Quelques anglo-saxons: Dan Flavin, Bruce Nauman, Cerith Wyn Evans, Joseph Kosuth, Jeff Koons. L'italien Mario Merz, l'allemand Carston Höller etc ...


Neon electrical light english glass letters green eight
installation au néon de Joseph Kosuth



   Certains plasticiens jouent avec des chiffres et des nombres, d'autres composent des mots et des phrases avec les lettres lumineuses de la publicité mais le message est perverti: l'injonction, philosophique, absurde, obscure ou politique, n'incite plus à consommer mais à réfléchir ou à sourire.



"Igloo de Giap". 1968 Mario Merz



" Si l'ennemi concentre ses forces, il perd du terrain.
S'il les éparpille il perd de la force"
   


    L'italien Mario Merz construisait des igloos sur lesquels il apposait des citations littéraires ou politiques. ici, il cite le Général Vo Nguyen Giap: "Si l'ennemi concentre ses forces, il perd du terrain. S'il les éparpille il perd de la force."  Le dilemne insoluble  du stratège nord-vietnamien renvoie à la contradiction de l'igloo, habitat  provisoire toujours reconstruit.


    Dans une approche plus joyeuse, Bruce Nauman écrit "RUN FROM FEAR - FUN FOR REAR" en inversant les lettres comme dans une contrepétrie. Ou il oppose les mots NEED-DESIRE, HUMAN-DREAM, HOPE-HUMAN en diverses couleurs.


"run from fear
fun from rear"

néon de Bruce Nauman



Human desire
néon de Bruce Nauman
Photo: Bright_Star


 


    L'artiste conceptuel Joseph Kosuth aligne les expressions: "modus operandi", "self described and self defined". Il écrit, non sans humour: "No one could see it" (Personne peut le voir) ou "I'am only explaining language, I'm not explaining anything" (J'explique le language, je n'explique rien). Il répète les mêmes phrases en différentes couleurs. A la biennale de Venise 2007, il a couvert les murs de l'église de l'Isola di San Lazzaro degli Armeni de néons jaunes formant des phrases en lettres cursives.



Texte sur les murs de l'église à la biennale de Venise 2007
Installation au néon de Joseph Kosuth



    En 2006, Cerith Wyn Evans expose une couronne de néon épelant en lettres blanches "In Girum Imus Nocte et Consumimur Igni". La citation latine est un bel exemple de palindrome: la phrase peut se lire de gauche à droite ou de droite à gauche. Cerith Wyn Evans dispose ses lettres en cercle suspendu au plafond comme un lustre, au-dessus de nos têtes. Peu importe le sens de lecture, il n'y a plus de direction, tout fait sens et rien ne fait sens. Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes consumés par le feu!



Installation de Cerith Wyn Evans en 2007 au Kunsthaus Graz

Lettres de néon blanches sur fond noir

Photo: Lisa Ruyter



    Plus le message est long, moins on le lit. Seul reste l'impact visuel des lettres en cursive ou en majuscules. Fatigué de devoir lire des textes hermétiques ou ennuyeux, notre regard ne percoit plus que des formes et des couleurs souvent poétiques et picore un mot par ci, un mot par là.



   
En 2005, Carston Höller dans son installation "amusement park" s'inspire des néons sautillants et multicolores des manèges forains.


Neon circle de Carston Höller



    Loin des jeux de mots et des slogans politiques, Dan Flavin crée une oeuvre plus minimaliste. Il dispose de simples traits de lumière colorée contre un mur ou dans un angle, espace inhabituel d'exposition. Les néons se reflètent sur toutes les surfaces de la pièce créant un espace poétique proche du rêve. Les contours sont flous, les limites se dissolvent troublant notre perception du réel. Flavin n'y voit aucune spiritualité. Il ne s'agit que du jeu de la lumière et de l'espace. L'art de Dan Flavin est "situationnel", chaque exposition est différente, unique en fonction du lieu  et de l'espace.


          Installations de Dan Flavin
untitled (to the innovator of Wheeling Peachblow) 1966-68
pink out of a corner (to Jasper Johns) 1963

   

tubes flurescents orange et jaune de Dan Flavin



    Dan Flavin n'utilise que des tubes fluorescents achetés dans le commerce, de tailles et de couleurs standards destinés aux enseignes publicitaires. Avec de simples tubes colorés qu'il combine, il crée une oeuvre émouvante et belle.




tubes fluorescents vert et orange de Dan Flavin








Catherine-Alice Palagret





Veaux, vaches, cochons:
le monde rural de Thierry des Ouches, photographe




    Croiser des vaches sur la prestigieuse place Vendôme à Paris n'est pas banal. Heureusement ces vaches ne broutent pas le sol stérile de la place, elles ne sont que des photographies géantes de Thierry des Ouches.


exposition de photographies de Thierry des Ouches, place Vendôme à Paris.
en 2004.


    En choisissant d'exposer place Vendôme, une place aussi symbolique de l'urbanisme classique à la française, le photographe joue avec les notions de nature et d'artificialité. La confrontation du monde rural et d'un espace urbain strictement ordonné étonne et séduit.


exposition de photographies de Thierry des Ouches,
place Vendôme à Paris.
Une poule


une vache dans un enclos de bronze



    La sévérité minérale de la place Vendôme où pas un brin d'herbe ne pousse et la nonchalance des animaux dans leur habitat naturel se répondent. Les portraits de ces animaux de ferme, que Thierry des Ouches avoue ne pas trop approcher, sont pris au téléobjectif, en cadrage serré; la longue focale écrase la perspective. Les lumières douces de fin d'après-midi donnent une atmosphère paisible à ces scènes champêtres. Sous le soleil, les nuages ou la pluie, l'herbe des prairies et le pelage des bêtes photographiées changent subtilement de couleurs.
Les tirages de 5 mètres sur trois, montés sur des triptyques éclairés par des spots, arrivent à s'imposer dans l'espace intimidant de la place Vendôme.                                        

    Attention passage de vaches.
exposition de photographies de Thierry des Ouches,
place Vendôme à Paris.


       robe fleurie et robe brune
   

    Les ruminants et les visiteurs se contemplent les uns les autres avec curiosité et la banalité de la campagne française en devient exotique.
Envahie par ce troupeau immobile, la place elle aussi en devient exotique. Un exotisme qui ne doit pas être du goût de la riche clientèle, venue en limousine, qui se hâtent doucement vers Boucheron, Bulgari, Cartier, Chaumet ou Van Cleef & Arpels, les prestigieux joailliers, ou vers l'hôtel Ritz. Heureusement, après cet accès de populisme,  la place Vendôme retrouve son calme patricien.



Touristes sur la place Vendôme.



Affiche de l'exposition "Vaches"
photographies de Thierry des Ouches,
place Vendôme
du17 juin au 3 septembre 2004.


vue aérienne de la place Vendôme.
sans les vaches.


    En 2006, Thierry des Ouches conduit son troupeau sur l'esplanade des Invalides: L'exposition « Les animaux de la ferme » rencontre le même succès public . Du 15 février au 15 avril 2007 il expose 52 grandes photographies sur les grilles de l'hôtel du Département à Rouen. Du 18/09/2007 au  06/01/2008, il expose à Lyon au parc de la Tête d'Or. La plupart de ses expositions sont en plein air et gratuite.

    Thierry des Ouches se dit photographe autodidacte. Il a publié plusieurs livres dont « Vaches » et « Les animaux de la ferme ».


Exposition de Thierry des Ouches
sur l'esplanade des Invalides, à Paris.

Photo de vincent.m



Texte et photos non attribuées: Catherine-Alice Palagret.



MONUMENTA 2008:
PROMENADE de Richard Serra




    Après Anselm Kiefer en 2007, Richard Serra occupe la nef du Grand Palais. Dès l'entrée, on ne voit de Promenade que la tranche de la stèle centrale et l'immense verrière du Grand Palais. Puis on découvre l'oeuvre en totalité, cinq  stèles monumentales conçues spécialement par Richard Serra pour Monumenta 2008. Disposées asymétriquement le long de l'axe central de la nef, hautes de dix-sept mètres, large de quatre, et pesant soixante-quinze tonnes chacune, les plaques semblent pourtant légères dans cet espace immense de 13.500 m².


Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais



«Quand j'ai découvert cet espace, j'ai d'abord été frappé par son immensité. Puis par la lumière qui s'y déverse. J'étais bouleversé. J'ai pensé qu'il me fallait mettre à profit cette lumière. Alors j'ai imaginé de dresser ces plaques d'acier vers la voûte de la verrière, en dépassant la hauteur des mezzanines. L'échelle est très importante. Il s'agissait de ne pas remettre en cause l'architecture du lieu, d'en respecter les proportions.» 1


Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais


    Promenade, le titre choisi pour cette installation, indique bien qu'il faut déambuler au milieu des plaques pour l'apprécier et la comprendre. Comme Clara Clara aux Tuileries, c'est le promeneur qui crée l'oeuvre par son déplacement, une oeuvre unique, personnelle, différente de celle d'un autre promeneur.

« Vous n’avez pas besoin de connaître quoi que ce soit à l’histoire de la sculpture ou à l’histoire de l’art pour comprendre, voir et percevoir ce travail conçu en relation avec l’espace. Le contenu réside dans le visiteur. Il ne s’agit pas juste de grandes plaques en l’air, mais le contenu c’est votre propre expérience alors que vous marchez  dans, à travers, et autour de l’ensemble du champ sculptural.  (…) La manière dont l’espace est habité et l’aspect temporel de ce travail en constituent le contenu selon la façon dont le visiteur comprend cette sculpture. Il n’a pas besoin de la comprendre de façon explicite car il va l’expérimenter. (…)
Il n’existe pas d’exposition à l’heure actuelle où on vous demande de parcourir toute la longueur du hall en imaginant que la salle d’exposition est un récipient, un récipient architectural qui est converti en une sculpture. Habituellement, si vous venez visiter un salon, il y a plein de petites boites et chacun présente des petites choses dans ces petites boîtes. Ici, il y a une différence de genre, je ne dis pas une différence de qualité, mais par son aspiration la sculpture est vraiment concernée par le visiteur qui marche selon son propre mouvement corporel et choisit où il veut aller. Il ne marchera peut être pas le long de l’axe sur toute sa longueur, mais s’il veut comprendre la complexité de ce travail, il le fera, et je pense que la majorité des gens seront suffisamment curieux pour le faire, en tous cas, c’est mon espoir. » 2

    Les visiteurs, en effet, parcourent la nef et tournent autour des stèles. A chaque pas l'oeuvre change, il est très difficile de voir les cinq plaques en même temps sinon aux deux extrémités de l'axe central et de l'entrée. Partout ailleurs, on ne voit que quatre pièces, la cinquième étant toujours masquée. Le mouvement des nuages parisiens projettent l'ombre de la serre sur les plaques et le sol, dessinant d'arachnéennes lignes qui brouillent le regard. Selon l'heure et le ciel, Promenade change d'aspect.



Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais
Ombres sur les stèles


    Les plaques d'acier sont légèrement inclinées (un degré soixante-neuf), d'un coté et de l'autre, et bien qu'elles soient solidement ancrées dans le sol bétonné, on éprouve une petite inquiétude. Une médiatrice, portant un T-shirt noir avec l'inscription « Monumenta 2008 » nous rassure: il faudrait une force de soixante-seize tonnes pour faire tomber une plaque. Ouf!  Inutile de craindre un effet domino.


Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais
Epaisseur de la stèle


    De plus, le sol a été consolidé. On a foré pour enfoncer des pieux à quinze mètres de profondeur. Des traces d'usinage ou de montage se lisent à la surface des plaques couleur rouille. La marque des ventouses qui ont aidé à mettre en place ces gigantesques sculptures se voit clairement, l'artiste a voulu les laisser. Il a aussi voulu que les balcons ne soient pas accessibles. Pour lui, Promenade doit se voir, se vivre du sol et non en surplomb.




Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais


    Les médiatrices de Monumenta 2008 encouragent les enfants à toucher les plaques légèrement rugueuses, à en faire le tour en levant la tête afin d'appréhender l'oeuvre avec leur corps. Ils s'amusent beaucoup même s'ils ont un peu le vertige. Ils laissent quelques empreintes de mains aussi. Un peu plus loin un atelier sensibilise les enfants à la création contemporaine. Il les fait réfléchir aux notions mises en jeu dans le travail du sculpteur, l'équilibre, la verticalité, le rythme, la pesanteur etc.


Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais
Travaux d'enfants


    Dans « 2001 Odyssée de l'espace », le film de Stanley Kubrick, on voit une énigmatique stèle noire, chue du ciel ou sortie des entrailles de la terre. Les singes qui la découvrent lèvent la tête vers elle sans comprendre. Le visiteur, lui, est mieux préparé car Richard Serra est un des sculpteurs américains les plus connus. Son oeuvre est exposée partout dans le monde.

     Il livre une oeuvre fragile et monumentale à la fois. Chaque plaque est d'une seule pièce, sans soudure, alors que le décor qui entoure cette sculpture minimaliste aux lignes très pures est lui morcelé, fait de nombreuses pièces soudées et boulonnées. Les rivets apparents, en plus d'assurer la stabilité et la solidité de la structure, créent un rythme décoratif, tout le contraire de Promenade.


Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais
une stèle encadrée par les piliers boulonnés


    Promenade, dans sa nudité minérale, se découpe sur les arabesques de la verrière et les motifs floraux de la dentelle de fer du Grand Palais, chef-d'oeuvre de l'architecture de fer 1900. L'ampleur du lieu et sa complexité visuelle dominent l'oeuvre. Il est probable que « Promenade », exposée à l'air libre, aura plus de force en se découpant sur le ciel.


Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais
Stèle se découpant sur la verrière



1- in dossier de presse
2-
in dossier de presse. Entretien avec  Alfred Pacquement, commissaire de l'exposition.


Catherine-Amice Palagret



UNE OSCILLANTE LOCOMOTIVE A LOS ANGELES


    Toujours plus grand, toujours plus difficile, toujours plus amusant, tel est le nouveau projet de Jeff Koons. Après un chiot géant recouvert de fleurs fraîches et des diamants gros comme le Ritz, l'artiste contemporain, un des plus chers du monde, ne pouvait décevoir son public habitué à son extravagance. Il a donc sorti de son chapeau un drôle de lapin: une locomotive suspendue à une grue pour le Los Angeles County Museum of Art (LACMA)


Projet de Jeff Koons pour le LACMA: locomotive suspendue à une grue


    Reproduire une locomotive Baldwin de 1943 de vingt et un mètres de long est assez facile, la suspendre à une grue haute de 49 mètres est déjà plus délirant surtout si les roues doivent tourner à pleine vitesse et la cheminée siffler de la vapeur trois fois par jour!

    L'oeuvre est un véritable défi technique. Une étude de faisabilité est en cours chez Carlson & Compagny en Californie, un des plus important fabricant d'oeuvres monumentales. Peter Carlson déclare: « Le projet est sans précédent dans le monde de l'art. C'est à l'échelle des ouvrages d'art, comme la Tour Eiffel, comme les ponts. » Son associé Ed Suman ajoute: « ou comme un manège à Disney World."  (2)

    Carlson & Compagny ont déjà travaillé avec Jeff Koons sur l'effet miroir des chiens ballon bleu jaune ou magenta. L'aspect lisse et brillant comme une carrosserie de voiture est obtenu grâce à un procédé tenu secret qui intéresse d'autres artistes. “En travaillant à une telle échelle avec une telle perfection, Jeff a montré à tous ce qui était possible. » dit Mr. Carlson.


Chien ballon de Jeff Koons à New-York
Photo:
Peter Duhon


    Tous les problèmes techniques ne sont encore résolus. Qu'en sera-t-il du balancement de la locomotive par grand vent ou de la résistance aux secousses sismiques? Le coût prévisionnel de l'oeuvre n'a pas été dévoilé quant au coût final!

    Michael Govan, le directeur du musée, voit dans ce projet un monument, un repère aussi important que l'est la Tour Eiffel pour Paris! (1)
    La Tour Eiffel, construite pour l'exposition universelle de 1889, témoigne d'une époque optimiste qui croyait au progrès et au triomphe de la technique qui devaient aller de pair avec l'amélioration du genre humain. La tour de fer a été construite avant que deux guerres sanglantes et quelques génocides ne viennent ternir l'espoir d'un monde meilleur. Quel symbole voir dans une locomotive piquant du nez? Un train pris au piège se débattant désespérément pour échapper à l'emprise de son ravisseur, comme une jeune fille dans la main de King Kong? Un symbole de force impuissante! L'oeuvre fera parler d'elle et sera un monument pour L.A, qui en manque sérieusement, mais il est difficile d'y voir une affirmation d'optimisme.

    Selon Jeff Koons, "l'oeuvre sera assez authentique pour tromper un conducteur qui a travaillé sur un train toute sa vie". Roman Polanski disait dans un entretien, à l'époque de Tess, que si vous vouliez faire exploser un train à l'écran vous n'aviez qu'à demander au producteur, et hop, vous aviez un  train à exploser. Il y trouvait un plaisir de gosse, amplifié par sa toute puissance de cinéaste. Il est sûr que Jeff Koons adore proposer des idées loufoques et voir les mécènes le suivre avec enthousiasme.


Le LACMA sur Whilshire boulevard à Los Angeles

        L'inauguration de l'installation est prévue en 2011.

    La grue et la locomotive, hautes de quarante-neuf mètres, domineront l'entrée du musée, au 5905 Wilshire boulevard, et seront visibles de presque partout à Los Angeles.

   Ironiquement le train surplombera les autoroutes qui ont conduit au démantèlement du réseau ferré. Triomphants, les constructeurs de voitures et les pétroliers ne peuvent que se réjouir de voir le train réduit à un jouet monstrueux. Même si le pétrole est de plus en plus cher, il n'y a pas de réflexions sérieuses sur de nouvelles lignes ferroviaires aux États-Unis.

    Le nouveau jouet de Jeff Koons plaira aux passants, au risque qu'ils confondent le musée avec une attraction de Disneyland.



Sources: 1- in dossier de presse du LACMA
                 2- in New-York Times, mai 2008



voir:
La visite de l'atelier de Jeff Koons mise aux enchères
        
Rabbit, le lapin de Jeff Koons, à la parade de Macy's
         L'art contemporain et Jeff Koons à Versailles

         Seize sculptures de Jeff Koons bientôt à Versailles



Catherine-Alice Palagret


VISITEZ L'ATELIER DE JEFF KOONS
POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS




    Si vous désiriez visiter l'atelier de Jeff Koons, il vous en aurait coûté quelques milliers de dollars. La visite mise aux enchères par Charitybuzz.com comprenait une visite privée et un déjeuner, pour quatre personnes, avec l'artiste lui-même. Le 5 mars la dernière enchère était de $3,250.


Jeff Koons sur le toit du Cantor Roof Garden à New-York
Photo:
Peter Duhon


    L'atelier de l'artiste néo-pop est situé à New-York au 600 Broadway. C'est là que Jeff Koons et ses nombreux assistants travaillent dans ce qui pourrait être un atelier de jouets pour géant. Le maître reconnaît lui-même ne pas fabriquer lui-même ses oeuvres; il touche rarement à un pinceau ou un ciseau. Dans un entretien avec Klaus Ottmann (1), Jeff Koons déclarait:
- Basiquement je suis un homme d'idée,
je ne m'implique pas physiquement dans la production. Je n'ai pas l'habilité nécessaire aussi je m'adresse aux meilleurs.

    Il conçoit les projets et contrôle tout, du croquis préparatoire à la maquette jusqu'à la réalisation finale. Ses quatre-vingt assistants font tout le travail manuel, se servant de techniques traditionnelles ou de 3D sur ordinateur. Jeff Koons se voit comme les peintres de la Renaissance qui avaient des apprentis à leur service. Mais Leonard de Vinci ou Michel-Ange peignaient aussi eux-
mêmes et nombre de leurs apprentis sont devenus de grands artistes.

    Sur catalogue le client peut choisir une oeuvre de Jeff Koons parmi les sculptures existantes ou les projets. Les pièces les plus monumentales sont préparées dans des ateliers en dehors de la ville. Certaines oeuvres existent en cinq ou six exemplaires de différentes couleurs.


Le puppy fleuri de Jeff Koons devant le Guggenheim à Bilbao
Photo:
Turkinator

    L'heureux finaliste des enc
hères et ses amis verront-ils la maquette d'une locomotive Baldwin de 1943? Suspendue à une grue, les roues tournant dans le vide et lâchant la vapeur en sifflant, ce projet spectaculaire est destiné au parvis du Los Angeles County Museum of Art (MOCMA). Ils verront sans doute la maquette de la chenille gonflable enjambée par une échelle d'aluminium. Ils verront peut-être aussi ce que Jeff Koons prépare pour Versailles à l'automne 2008!

    Jeff Koons est l'artiste contemporain le plus cher au monde. C'est une star des salles de vente. Son monumental “Hanging Heart” a atteint $23.5 million chez Sotheby’s, et son “Blue Diamond” $11.8 million chez Christie’s en mai 2008.
Selon le New-York Times du 4 avril 2008, un exemplaire de Rabbit, le lapin d'acier brillant de Jeff Koons a été vendu encore plus cher.


Les oeuvres de Jeff Koons, lisses aux couleurs de bonbons acidulés, issues de l'imagerie populaire et enfantine, plaisent autant au public qu'aux collectionneurs. Elles ne plaisent pas à tous les critiques.
 

    En 2006, un riche homme d'affaire lui a commandé un gâteau de mariage pour sa fille. Jeff Koons l'a dessiné en forme de coeur recouvert de glaçage blanc avec sur le dessus un cygne rose (la mariée) et un lapin bleu (le marié) fait de ballons pincés, comme le puppy de Venise. L'artiste a envoyé le croquis et l'armature au pâtissier. C'est la première sculpture à manger du plasticien!


Tulipes de Jeff Koons sur le toit du Guggenheim de Bilbao
Photo: Bocadorada


    Charity Buzz
est une entreprise américaine qui lève des fonds caritatifs en proposant aux donateurs de passer une journée avec une célébrité. Vous pouvez ainsi choisir sur catalogue Jerry Seinfeld, Alec Baldwin sur le plateau de la série 30 rock, Glenn Close tournant Damages, ou Tony Shalhoub dans Monk.


1- Journal of Contemporary Art


voir:
le lapin de Jeff Koons à la parade Macy's de Thanksgiving à New-york.
        Jeff Koons à Versailles à l'automne 2008
       la locomotive suspendue, nouveau projet de Jeff Koons pour Los Angeles
      
Une fleur ballon aux enchères à Londres chez Christie's


Catherine-Alice Palagret



Pinocchio, une marionnette qui voulait devenir
un vrai petit garçon



    Alors que la galerie Daniel Templon fête ses quarante ans, Jim Dine y expose ses Pinocchio, de grands pantins figés dans leur gesticulation. Sculpté grossièrement et barbouillé de peinture, le petit personnage n'a pas les rondeurs rassurantes du dessin animé de Disney. Il est plus proche du travail de Geppetto, lui aussi un artiste qui donne vie à ses visions.


Plusieurs Pinocchio sculptés par Jim Dine
à la galerie Daniel Templon


    Plus tout à fait marionnette mais pas encore enfant de chair, Pinocchio est dans un état intermédiaire comme le morceau de bois sous le ciseau du sculpteur. Pinocchio veut désespérément devenir un vrai petit garçon mais il dépend de son créateur.


Pinocchio aux bras croisés, sculpté par Jim Dine
Hunter’s Moon, 2007. Bois vernis. 234 x 71 x 71 cm


     Les sculptures de bois peint sont grandes, environ 1,90 mètre avec le socle. Cheveux noirs, habillé d'une courte salopette et d'une chemise à manches courtes, chaussé de lourdes chaussures noires, les mains gantées, les quinze Pinocchio exposés ont des attitudes différentes et des couleurs variables. Quatre visages côte à côte projettent l'ombre de leur long nez sur le mur. La créature de Collodi est un menteur et son nez le trahit.



Pinocchio
4 Faces Cut into a Log, 2007. Bois peint et vernis. 79 cm x 234 cm x 51 cm


    Dans la galerie Templon, l'oeuvre la plus frappante représente Pinocchio entouré d'un loup et d'un chat en bois brûlé: l'enfant innocent mais faible tenté par deux voleurs. C'est la seule sculpture qui illustre directement un chapitre du livre: le renard et le chat volent à l'enfant des pièces d'or qu'il rapporte à son père Geppetto. Plus loin, Pinocchio est mis en scène accroché à un portique métallique, tenant une scie ou sur un tripode. D'autres oeuvres exposées à New-York le montraient monté sur une table ou contemplant une table couverte d'outils (the philosopher).
Dans la piéce adjaçante, sont exposées des gravures colorées retraçant les épreuves du pantin.


Pinocchio entouré du loup et du chat</