Cabinet de curiosités


      Datant du néolithique, cette grande statue anthropomorphe, trouvée à 'Aïn Ghazal, est la plus ancienne présentée au musée du Louvre. Les figurines humaines et animales sont très habituelles dans les fouilles de cette époque. Des statues anthropomorphes de cette taille, environ un mètre, et tenant debout sont exceptionnelles.


Ain Ghaza Louvre statue 7è millénaire 6Statue de forme humaine, Période Néolithique pré-céramique, 7e millénaire
Plâtre de gypse, paupières et pupilles en bitume
Fouille de Aïn Ghazal, Jordanie, 1985, sous la direction de Gary Rollefson et Zeidan Kafafi

    La forme du corps est simplifiée et disproportionnée.  Les jambes sont épaisses et courtes, la taille n'est pas marquée. La statue du Louvre n'a pas de bras ni de caractères sexués. Le cou est très long.
Au contraire du corps, le visage est traité avec soin. Il est expressif avec des yeux en forme d'amande, nettement dessinés au bitume noir, qui semblent nous fixer.

    La surface du plâtre, aujourd'hui craquelée, était lissée à la spatule et aux doigts. Un pigment rouge, incorporé à la dernière couche de plâtre donnait une coloration rosée.


Ain Ghaza statue Louvre 4Statue de forme humaine, Période Néolithique pré-céramique, 7e millénaire
Plâtre de gypse, paupières et pupilles en bitume
Fouille de Aïn Ghazal, Jordanie, 1985


    La Smithsonian Institution de Washington a restauré les statues de formes humaines d''Aïn Ghazal. Un essai de reproduction en taille réelle a permis de comprendre le processus de fabrication. Ces statues étaient modelées à la main sur une armature de cordes en fibres tressées de roseaux et de jonc. Le plâtre devait être apposé horizontalement sur les armatures d'où une forme large et plate. Les jambes étaient ensuite ajoutées. Les statues étaient sans doute ornées de vêtements; une dépression en haut du crâne devait permettre d'accrocher une perruque pour parfaire leur apparence humaine. Créés dans une société sans écriture, la signification de ces statues monumentales reste énigmatique. Elles pourraient être rattachées au culte des ancêtres, la statue simulant la présence du défunt.



Ain Ghazal Louvre statue 7è millénaireStatue de forme humaine
Fouille de Aïn Ghazal, Jordanie
Période Néolithique pré-céramique, 7e millénaire
Plâtre de gypse, paupières et pupilles en bitume
Prêt de la Direction des antiquités de Jordanie Département des Antiquités orientales


    La lourdeur des statues, difficilement transportables, et leur peu d'épaisseur pourraient indiquer qu'elles étaient apposées contre un mur.

    En 1997, la Direction des antiquités de Jordanie a consenti le prêt au musée du Louvre d'une des prestigieuses statues du site néolithique d'Aïn Ghazal, près d'Amman. Ce sont les plus anciennes sculptures connues au Proche Orient, vieilles de neuf mille ans.


Ain Ghazal statue anthropomorphiqueStatue à double tête
Fouille de Aïn Ghazal, Jordanie
Période Néolithique pré-céramique, 7e millénaire
Plâtre de gypse, paupières et pupilles en bitume
Musée d'Amman
Photo frankenschulz


  
Une trentaine de statues de même style ont été découvertes soigneusement enterrées dans un puits pendant les fouilles d''Aïn Ghazal (la source des gazelles). Ce village néolithique, établi près de la rivière Zarqa en Jordanie, est étendu sur quinze hectares. 'Ain Ghazal est l'une des implantations préhistoriques les plus vastes du Proche-Orient néolithique, trois fois la taille des fouilles de Jéricho.

   On peut voir au Musée d'Amman, en Jordanie, d'autres statues anthropomorphes ainsi que des crânes recouverts de plâtre, excavés à  'Aïn Ghazal en 1983 et 1985.



Musée du Louvre, Paris
Aile Sully, rez-de-chaussée, salle D


Palagret
archéologie
Texte et photos




Le Néolithique, du VIIe au IIIe millénaire av. JC, est l'âge de la pierre polie. L’homme se sédentarise dans des villages et pratique l'agriculture et l'élevage. Le tissage et la vannerie apparaissent.




Source: Neolithic Statues from 'Ain Ghazal: Construction and Form, by Carol A. Grissom
Musée du Louvre


    Noël est une saison propice aux dinosaures; ces monstres révolus prospèrent sur nos écrans de télévision pendant les fêtes, rivalisant avec les bêtes sauvages et les artistes de cirque. Les paisibles diplodocus paissent nonchalamment au bord des marais, les monstres marins se dévorent au fond de l'océan et les tyrannosaures rex foncent la gueule ouverte vers le pauvre spectateur; frisson garanti.


Verne centre de la terre osDécouverte d'ossements de dinosaures, gravure d'Edouard Riou
Voyage au centre de la terre, Jules Verne


   Dans le téléfilm "Voyage au centre de la terre" (1999) d'après Jules Verne, un Treat Williams peu convaincant affronte des reptiles antédiluviens comme l’ichthyosaure et le plésiosaure dans un décor de carton-pâte fait de forêt de champignons et d'algues géantes. 


Verne Treat WilliamsAffiche du film "Voyage au centre de la terre"


      Depuis Jurassic Park et la 3D, la représentation des dinosaures est impressionante. Dans "Le monde perdu" (Stuart Orme 2001), d'après Conan Doyle, les stégosauresphorusrhacos et allosaures côtoient le Professeur Challenger (Bob Hoskin) et son équipe. Le Révérend Théo Kerr, joué par un Peter Falk hagard, essaye d'empêcher la découverte de ce monde figé à l'époque du Crétacé, juste avant l'extinction des dinosaures.


Verne centre terrecombat de dinosaures, gravure d'Edouard Riou
Voyage au centre de la terre, Jules Verne 


  Dans le téléfilm Dinotopia (Marco Brambilla 2002), les ptéranodons et les brachiosaures sont domestiqués et servent de monture aux hommes. 
 
  A côté des fictions qui exploitent le thème des mondes parallèles ou des failles spatio-temporelles peuplés d'un bestiaire impressionnant, les documentaires de la BBC proposent des reconstitutions très convaincantes des monstres préhistoriques. "Sur la terre des monstres disparus" ou "Sur la terre des géants" ont une grande exigence, tant visuelle que scientifique.

  Le Safari préhistorique (2009) de Nigel Marvel diffusé sur France 4 est plus amusant. Mêlant animation 3D et prises de vues réelles, la fiction documentaire présente le zoologiste anglais au milieu des monstres marins et terrestres. De l'Argentine au désert de Gobi ou dans les océans, il remonte le temps de 450 millions d’années. Volant en ULM à côté des ichtyosaures, taquinant un therizinosaure à la griffe géante sur la plage, nageant au milieu des nautiloïdes orthocères et des scorpions géants, dansant autour des liopleurodons et des mégalodons, ancêtres des requins, l'explorateur des temps révolus prend tous les risques pour approcher les mastodontes de plusieurs tonnes qui dévorent leur proie dans un bain de sang. Une mise en scène  sensationnaliste, critiquée par les érudits qui trouvent ce grand guignol inutile.


Dino Nigel Marven Nigel Marven poursuivi par des tyrannosaures gloutons
Safari préhistorique, BBC



    Pourquoi tant de dinosaures sur les petites lucarnes à Noël? Il y a presque autant de documentaires sur les grosse bêtes que de spectacles de cirque et bien plus que de revues déshabillées. Les dinosaures nous apportent le dépaysement d'un monde merveilleux, déréalisé, un spectacle grandiose, et des frissons qui, sans doute, selon les directeurs de la programmation télévisuelle participent à l'esprit de Noël!


Dinosaure sableDinosaures jouets de bain, à la plage


 
Liens sur ce blog:
Sarcosuchus imperator au Muséum d'Histoire Naturelle: une nouvelle dentition
Une mâchoire de requin carcharodon megalodon
Un mammouth aux enchères: paléontologie et cabinet de curiosités



Prochaines diffusion du Safari préhistorique sur France 4:
Monstres marins 1/5: Mercredi 30 décembre à 22h10
Les dents de la mort 2/5: Mercredi 30 décembre à 22h35
L'aquarium de l'enfer 3/5: Mercredi 30 décembre à 23h00 - Jeudi 31 décembre à 22h05
Griffes géantes 4/5: Jeudi 31 décembre à 22h30
Sur la terre des géants 5/5: samedi 26 décembre à 21h



Palagret
décembre 2009

cc.gif


    On remarque une magnifique plaque murale de crinoïdes formant un motif digne de l'art nouveau. Malgré une apparence végétale, les « Lis de mer » appartiennent au règne animal. Ils sont parents des oursins et des étoiles de mer. 

Crinoïdes, Paléozoïque, Silurien terminal (435-410 millions d'années), Erfoud, Maroc
Crinoïdes, Paléozoïque, Silurien terminal (435-410 millions d'années), Erfoud, Maroc. 2 x 1.3 mètres

   Ces fossiles, trouvés à Erfoud au Maroc, datent du paléoxoïque (435 -410 millions d'années). Les  crinoïdes existent toujours aujourd'hui.

Oursins Tripneuste parkinsoni  avec lanterne d'Aristote
Cénozoïque, Miocène (23-5 millions d'années), Lacoste, France

     Toujours aussi décorative, une plaque d'oursins Tripneuste parkinsoni agglutinés. La centaine de spécimens est de couleur rose violacé. Fait rare, cinq oursins possèdent encore leur lanterne d'Aristote (l'appareil dentaire).

Oursins Tripneuste parkinsoni
Cénozoïque, Miocène (23-5 millions d'années), Lacoste, France
130 x 100 cm


     Ces fossiles ont été trouvés dans l'ancienne carrière du village de Lacoste, en France. Le gisement est épuisé.

Oursins Tripneuste parkinsoni
Cénozoïque, Miocène (23-5 millions d'années), Lacoste, France


     Les fossiles deviennent des objets d'art. Les squelettes mis en scène  chez Christie's donnent une idée dramatique de la paléontolgie, éloignée de la stricte étude scientifique.

  120 lots de curiosités préhistoriques ou botaniques estimée à 1,5 million d'euros sont exposés du 4 au 6 avril 2009 chez Christie's à Paris.


Liens sur ce blog:
Sarcosuchus imperator au Muséum d'Histoire Naturelle: une nouvelle dentition

Une mâchoire de requin carcharodon megalodon en vente chez Christie's en 2009

Un mammouth aux enchères chez Christie's en 2007
Rhinocéros laineux, rhinocerus tichorinus, squelette fossile chez Christie's en 2007
Fossile d'éoplatax papilio dit poisson-ange



Christie's
9 avenue Matignon, Paris
Vente aux enchères le 7 avril 2009 à 13 h


Palagret
Texte et photos

cc.gif



    L'énorme mâchoire de requin préhistorique aligne 168 dents fossilisées. E
n cartilage reconstitué, la mâchoire mesure 2,20 mètres de hauteur.

Mâchoire de Carcharodon megalodon, requin préhistorique géant
Chez Christie's

    Il faut imaginer un requin géant de plus de 15 ou 20 m de long pour un poids entre 40 et 60 tonnes. Ce prédateur pouvait s'attaquer aux baleines tant sa mâchoire était puissante.

Mâchoire de Carcharodon megalodon, requin préhistorique géant
au fond le squelette de l'Ichthyosaure ophtalmosaurus
Chez Christie's


     Carcharodon megalodon est apparu au Miocène il y a près de 23 millions d'années et a dominé les océans jusqu'à l'Holocène comme le prouvent les dents fossilisées qu'on retrouve dans le monde entier.

Mâchoire de Carcharodon megalodon, requin préhistorique géant
Chez Christie's


     Les profondeurs océaniques nous sont encore largement inconnues.
 Ce prédateur pourrait-il survivre, comme le calamar géant, dans des abîmes inexplorés ? Certains scientifiques le pensent.

requin-freebird4--1--copie-1.jpgRequin blanc en aquarium
Photo: freebird4

     Un monstre comme le Megalodon a nourri l'imagination des écrivains et des scénaristes. Dans ces fictions, le grand requin blanc, avec sa force de frappe phénoménale, ne fait qu'une bouchée des bateaux et des pauvres humains qui osent le défier.

Monstre marin à une fête foraine

    En même temps que l'énorme mâchoire, Christie's dispersera une "couvée" de bébés dinosaures Psittacosaurus avec leur mère, un squelette complet de félin à dents de sabre (-53 à -23,5 millions d'années), un
squelette reconstitué d'Ichthyosaure ophtalmosaurus, un énorme bénitier (coquillage) fossilisé de 58 kg et une plaque murale de crinoïdes (435 -410 millions d'années) trouvé à Erfoud au Maroc.

Affiche de la vente d'histoire naturelle
Chez Christie's

     En tout, 120 lots de curiosités préhistoriques ou botaniques d'une valeur globale estimée à 1,5 million d'euros seront exposés du 4 au 6 avril 2009 chez Christie's à Paris.

Liens sur ce blog:
Sarcosuchus imperator au Muséum d'Histoire Naturelle: une nouvelle dentition
Crinoïdes et oursins tripneustes
Un mammouth aux enchères chez Christie's en 2007
Video "Les Monstres du fond des mers " reconstitution BBC
Le noël des dinosaures à la télévision, rigueur scientifique et mise en scène



Christie's
9 avenue Matignon, Paris
Vente aux enchères le 7 avril 2009 à 13 h

Palagret

cc.gif


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Mise à jour le 9 avril 2009

La mâchoire préhistorique du requin Carcharodon megalodon et les neuf bébés Psittacosaurus avec leur mère mis aux enchères le 7 avril, chez Christie's n'ont pas trouvé d'acquéreur. La totalité de la vente n'a atteint que la moitié de l'estimation.

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  • Dernière acquisition d'Aristide Sauveterre pour son cabinet de curiosités:

  •     Un morceau du moulage du linteau sculpté de la cathédrale Saint-Lazare d'Autin.
  •    On y voit la main d'Eve cueillant le fruit défendu. Magnifique exemple d'art roman, la sculpture originale est attibuée à Gislebertus et daterait du début du douzième siécle. Ce morceau a été récupéré lors de l'installation du Musée des moulages en 1882 sur la colline de Chaillot. Le musée présentait des moulages grandeur nature des chefs d'oeuvres médiévaux. Alors que les ouvriers hissaient le linteau pour l'accrocher au mur, une corde se rompit et il s'écrasa au sol. Les plus gros morceaux furent recollés. A l'inauguration, le linteau fut présenté à demi-voilé et il fallut attendre deux mois pour que le moulage retrouve son intégrité.

Eve-cueillant-le-fruit-d--fendu.jpg Eve tendant la main vers le fruit défendu. Cathédrale d'Autun

    Alfred Faulherbe, un jeune gardien du nouveau musée, balaya les débris mais il ne les jetta pas: il récupéra de minuscules morceaux. Après des nuits d'effort, Alfred réussit  à reconstituer la main d'Eve tenant la pomme, remplaçant les parties manquantes par du plâtre. Il gardera ce fragment toute sa vie, exposé sous cloche sur le manteau de sa cheminée, dans son pavillon de Montreuil.

    A sa mort en 1962, sa veuve Léonie, décida de se défaire de cette "vieillerie". Elle y voyait la main du Diable et non celle de la première pécheresse. Toute cette histoire de la connaissance du Bien et du Mal, et du paradis perdu l'exaspérait.

Démon sur un chapiteau de la cathédrale Saint-Lazare d'Autun
source

    Pour sa part, la veuve
Faulherbe avait toujours vécu en enfer et ce débris d'art roman que son défunt mari vénérait n'y avait rien changé. Sans remords, Léonie vendit le fragment aux puces de Saint-Ouen, pour cinquante francs, ce qui lui permit de succomber à la tentation: elle acheta aussitôt ces nouvelles bassines en plastique que le marchand de couleurs venait de recevoir.

    Le morceau de moulage recollé n'a que peu de valeur marchande et le collectionneur Aristide Sauveterre l'a échangé contre trois programmes du TNP des années 1959, 1960 et 1961.

conservé au Musée Rolin, Autun, provient de la Cathédrale d'Autun
source


    Le linteau sculpté est conservé à Autun, au musée Rolin. On peut aussi voir le moulage d'une partie du linteau de la cathédrale Saint-Lazare d'Autin à la “Cité de l'architecture et du Patrimoine”, au Trocadéro à Paris. La figure d'Adam a disparu depuis longtemps.

    Eve est représentée nue, couchée, comme flottant au milieu des arbres du jardin d'Eden. A droite on distingue le serpent. La pécheresse appuie son visage au creux de sa main gauche, une représentation codifiée de la mélancolie au moyen âge. Son bras se tend vers le fruit défendu mais elle regarde de l'autre côté, comme si elle n'était pas responsable du péché qu'elle commet. Dieu n'étant pas de cet avis, chassa Adam et Eve du Paradis.


Catalogué par Aristide Sauveterre dans la section archeologia n° MA 22 de son cabinet de curiosités


Voir les autres acquisitions du collectionneur Sauveterre.


Palagret
Cabinet de curiosités

    Nature fragile

     Triste et étrange spectacle au matin du 1er février 2008. Des pompiers sortaient quelques  fauves, oiseaux et fossiles d'un magasin encore fumant.  Les spécimens naturalisés presque méconnaissables gisaient sur le trottoir de la rue du Bac à Paris. Dans la nuit, la célèbre galerie de taxidermie et d'entomologie ­Deyrolle avait brûlé. Du cabinet de curiosités unique en Europe il ne restait presque que des morceaux carbonisés et des cendres noyées d'eau.
Quelques papillons épinglés dans des boîtes ont étonnamment résisté à une fournaise d'environ mille degrés. Des alligators, un zèbre, une gazelle sud-africaine, un ours, un lion, toute une ménagerie a péri dans les flammes. Un vrai désastre!

Skull de Jan Fabre
crâne recouvert d'élytres de scarabées
tenant un furet en fourrure synthétique

Vente aux enchères au profit des "Amis de Deyrolle"
     Aussitôt accourus, les photographes ( Nan Goldin, Karen Knorr, Sophie Calle, Laurent Bochet) ont photographié le sacrifice des animaux morts une deuxième fois. Un peu plus tard, des plasticiens ont créé des oeuvres à partir des objets et débris récupérés dans les décombres. Parmi eux: Mark Dion, Jan Fabre, Yann Arthus-Bertrand, Jean-Michel Othoniel, Pierre Alechinsky, Claude et François-Xavier Lalanne, Stéphane Pencreac'h, Pascal Bernier, Bettina Reims, Charwei Tsai, Bernar Venet etc ....

La petite galerie de l'Evolution
Deyrolle avant l'incendie
   Jeudi 13 novembre au soir, ces oeuvres constituant "Nature fragile, le cabinet Deyrolle" ont été mises en vente par la maison Christie's au profit du cabinet Deyrolle, à la Fondation de la maison de la chasse et de la nature à Paris. «Il nous faut 250 000 à 300 000 € pour reconstituer le mobilier du cabinet des papillons et des insectes qui a été détruit», expliquait hier, avant la vente, Louis-Albert de Broglie, PDG de Deyrolle. 1
     La vente organisée  a atteint 260 000 €. L'argent récolté ira à l'association "Les Amis de Deyrolle", créée après le sinistre, pour reconstituer les collections scientifiques parties en flamme.

Burnt trophies, Mark Dion 2008
détail tête de sanglier
Vente aux enchères au profit des "Amis de Deyrolle"
     L'oeuvre de Mark Dion "Burnt trophies" s'est vendue 26 000 €. Sur des boiseries noircies par le feu, sont accrochés des cornes de cervidés et un trophée de sanglier. Sur le dessus de la cheminée murée trônent trois oiseaux empaillés rescapés de l'incendie. Mark Dion s'inspire depuis longtemps des cabinets de curiosités ( History trash dig 1996, theatrum mundi: armarium 2001) et des vitrines de musée d'histoire naturelle. Ses oeuvres contiennent des animaux naturalisés ou des naturaliae présentés avec dérision, parodiant la démarche scientifique: Flamingo (2002) un flamand enduit de goudron posé sur une caisse; Polar Bear (1991) une peluche d'ours blanc aussi posé sur la caisse qui pourrait le transporter; Park: mobile Wilderness Unit (2001), un bison dans une vitrine roulante. Le cabinet de curiosités Deyrolle aurait pu l'inspirer et "Burnt trophies" est l'oeuvre la plus emblématique de la vente aux enchères.

Burnt trophies, Mark Dion 2008
Vente aux enchères au profit des "Amis de Deyrolle"
    Skull de Jan Fabre, un crâne mordant un furet en fourrure synthétique a aussi été adjugé à 26 000 €. Charwei Tsai a recouvert un crâne de minuscules caractères noirs, Stéphane Pencreac'h a crucifié une oie blanche. Vincent Beaurin a enveloppé une chèvre calcinée (Isabel) dans une couverture de survie couleur or; Pascal Bernier expose un ironique accident de chasse: un canard à la tête entourée de bandage qui rappelle les souffrances qu'endurent les animaux.

Accident de chasse, (flying duck), Pascal Bernier 2008
Canard naturalisé, bandage, acrylique
Vente aux enchères au profit des "Amis de Deyrolle"
    La taxidermie se nourrit de la mort. Les corps sans vie sont alors travaillés pour avoir l'air vivant mais ce n'est qu'une mort figée, un simulacre bizarre qui peut mettre mal à l'aise même si on admire la virtuosité du taxidermiste. Les oeuvres  mises aux enchères, exposées dans une salle du Musée de la Chasse et de la Nature, parlent toutes de la mort et de la fragilité de la vie, parfois crûment en montrant la photo d'une chèvre calcinée (Nan Goldin) par l'incendie, parfois avec humour avec le canard blessé et l'oiseau crucifié.

Croix sauvage
Stéphane Pencreac'h
Vente aux enchères au profit des "Amis de Deyrolle"

    Créée en 1861 par Jean-Baptiste Deyrolle, la maison était célèbre pour son cabinet de curiosités et ses animaux naturalisés. Elle est plus qu'un simple magasin, c'est une institution parisienne, un petit musée privé, un lieu de promenade apprécié des artistes, des décorateurs, des enfants et des curieux. Premier fournisseur de l’Instruction Publique dès 1866, Deyrolle a fourni pendant plus de cent ans, les écoles primaires, les collèges et les universités du monde entier en matériel pédagogique. Des générations d'enfants ont contemplé des planches animalières, des cartes géographiques et des leçons de choses du "Musée scolaire Deyrolle". sur les murs de leur classe. Aujourd'hui la maison Deyrolle édite de nouvelles planches pour sensibiliser les écoliers à l'écologie.

Portrait de Louis-Albert de Broglie devant Burnt trophies de Mark Dion
avant la vente aux enchères au profit des "Amis de Deyrolle"
     Le propriétaire Louis-Albert de Broglie a racheté Deyrolle en 2001. Il est aussi connu pour son conservatoire de la tomate du Château de La Bourdaisière, en Touraine, au bord de la Loire. On y trouve 650 variétés de ce légume-fruit aux goûts très divers .

Pascal Bernier: le canard victime d'un accident de chasse: art et taxidermie





Nature fragile, le cabinet Deyrolle
Vente aux enchères le jeudi 13 novembre 2008 à 19 heures
Musée de la Chasse et de la Nature, 62 rue des Archives, Paris 3è.


Maison Deyrolle, 46 rue du Bac, Paris 6è.
Christie's, 9 avenue Matignon, Paris 8è.
Catherine-Alice Palagret
novembre 2008
cabinet de curiosités

1 - in Le Parisien


    Les portraits composés de Guiseppe Arcimboldo exaltent le puissance de l'empereur Maximilien II qui règne sur les hommes mais aussi sur les saisons et les éléments. Arcimboldo  crée  un lien symbolique entre le pouvoir temporel de l'empereur et l'immuabilité des saisons qui reviennent année après année. Le règne du Saint-Empire lui aussi défiera le temps, c'est du moins ce que suggère Arcimboldo, le peintre officiel de la cour des Habsbourg au XVIè siècle.


L'Eté d'Arcimboldo, 1573
détail, musée du Louvre


    Au Louvre, pressés d'arriver à la Joconde, les visiteurs passent devant les quatre saisons d'Arcimboldo sans s'attarder. Pourtant à l'automne dernier la queue était longue au Palais du Luxembourg pour voir l'exposition dédié au peintre. En dehors du battage médiatique, Arcimboldo se fait discret.



Série des quatre saisons d'Arcimboldo
L'Hiver, l'Automne, L'Eté et le Printemps
Au Louvre


    Les quatre saisons d'Arcimboldo sont des allégories qui amusaient et intriguaient les courtisans de l'empereur Maximilien II à Vienne. Seul un petit public cultivé pouvait en épuiser le sens. Aujourd'hui beaucoup de subtilités métaphoriques sont perdues pour nous, il reste des énigmes à déchiffrer. Les allégories peuvent nous sembler irrespectueuses ou ironiques mais, au-delà du divertissement, les portraits composés des saisons étaient des messages politiques à la gloire du souverain.



L'Hiver d'Arcimboldo,1573
Huile sur toile, 76 x 63,6 cm, au Louvre, Paris


     Les quatre toiles présentées au Louvre sont des variantes des portraits de 1563, conservée au Kunsthistorisches Museum à Vienne. Les différences sont minimes. La première série avait été commandé par l'empereur pour son cabinet de curiosités. La deuxième est un cadeau de l'empereur à l'électeur luthérien Auguste de Saxe afin de sceller une alliance. Pour lutter contre les Turcs, Maximilien le catholique avait besoin de maintenir la paix religieuse entre les protestants et les catholiques de son empire.

    L'Hiver regarde le Printemps et l'Eté l'Automne. Chez les Romains, l'hiver (caput anni) était la première saison. Caput veut dire chef et Maximilien est le chef. Un tronc noueux ressemblant à un visage forme le profil d'un vieillard au visage creusé de rides. De petites racines dessinent une barbe clairsemée, la bouche est un champignon, l'oeil une crevasse. Des racines forment la chevelure sur laquelle pousse du lierre, symbole de fidélité. Les tons sombres dominent. Seuls un citron et une orange, rappel nostalgique de l'Italie où naquit Arcimboldo, apportent une touche de couleur au portrait hivernal.



Le Printemps d'Arcimboldo,1573
Huile sur toile, 76 x 64 cm, au Louvre, Paris



   Le Printemps radieux contemple le visage décati de l'Hiver. Ce serait une jeune fille, plutôt qu'un jeune homme. C'est la saison du renouveau et les fleurs éclosent, chassant la grisaille de l'hiver. Le visage aux joues roses est composé de lys, de pivoines, de roses, d'églantines, d'anémones. Un lys épanoui décore la chevelure, allusion à la prétention des Habsbourg de descendre d'Hercule. En effet, la légende dit que le lys naquit du lait que donnait Junon à Hercule. La collerette est faite de fleurs blanches et le vêtement de feuillage.

Le Printemps d'Arcimboldo, détail

    On distingue un chou sur l'épaule du Printemps, légume commun en Autriche. Un iris, fleur exotique, décore le corsage. Le Printemps est la seule figure féminine de l'ensemble. Elle est le symbole de la procréation, du renouvellement de la nature mais aussi de la dynastie impériale des Habsbourg.

L'Eté d'Arcimboldo,1573
Huile sur toile, 76 x 64 cm, au Louvre, Paris

    L'Eté est composé de fruits et de légumes. Une courgette forme le nez, l'oeil est une cerise surmontée d'un sourcil en épi de blé. La bouche est une cosse de petits pois entrouverte. Le rouge de la lèvre est constitué de deux cerises. Un pêche forme la joue. L'épi de maïs qui forme l'oreille est une nouvelle céréale venue d'Amérique. Une main invisible tient un artichaut, comme un emblème. Près du tableau, on ne voit que les végétaux, de loin le portrait est évident: un homme au sourire moqueur.


L'Eté d'Arcimboldo, détail
Inscription: Guiseppe Arcimboldo, 1573

    L'Eté est la saison des moissons et le vêtement est fait de blé tissé. La couleur dorée de l'été domine et la profusion des récoltes souligne l'âge d'or que connaît l'empire, un âge de prospérité et de paix. L'Eté est le seul portrait signé et daté. On y lit Guiseppe Arcimboldo sur le col et 1573 sur l'épaule.

L'automne d'Arcimboldo,1573
Huile sur toile, 76 x 64 cm, au Louvre, Paris



    L'automne regarde la splendeur de l'Eté.  C'est le temps des vendanges et sa chevelure est faite de grappes de raisins, de feuilles de vigne et d'une citrouille. Son oeil est une prunelle (!) surmontée d'un épi de blé, son nez une poire, sa bouche une châtaigne éclose, l'oreille est un champignon orné d'une figue trop mûre. Le vêtement est un barrique disjointe tenue par un lien comme Maximilien tient ensemble son empire aux peuples divers. Les deux olives vertes sont un symbole de paix.

    L'Automne est un homme mûr peint sous les traits de Bacchus, dieu du vin. Comme tous les buveurs il a le vin joyeux et parfois le vin mauvais. Il pousse l'homme à donner le meilleur de lui-même ou le pire. Suivi d'une cohorte de ménades et de satyres, il parcourt la campagne et aide l'homme à oublier ses misères, comme l'empereur qui parcourt ses terres, dirigeant et soutenant son peuple, accompagné de sa cour. Avec l'Automne, le cycle des saisons est terminé et il recommence avec l'Hiver.

     Les quatre profils ont la bouche entrouverte comme s'ils conversaient entre eux. Ils se détachent sur un fond noir qui rehausse l'éclat des fleurs et des fruits. Les bordures de fleurs ont été ajoutées tardivement au XVIIè siècle.

     Cette série des quatre saisons a des correspondances avec la série des quatre éléments. « L'été est chaud et sec comme le Feu. L'Hiver est froid et humide comme l'Eau. L'Air et le Printemps sont tous deux chauds et humides et l'Automne et la Terre sont tous deux froids et sec.» écrit le milanais Giovanni Battista Fonteo dans un poème qui accompagnait les oeuvres offertes à Maximilien.
  
    Maniéristes, symboliques, énigmatiques et virtuoses ces portraits composés n'ont pas livré tous leurs secrets. Arcimboldo (1526 – 1593) connut la gloire à la cour des Habsbourg. Le peintre italien fut invité à Vienne en 1562 à la cour de Ferdinand 1er par son fils Maximilien. Il y composa les fameuses têtes composées tout en organisant les divertissements de la cour. En 1578 il suivit Rodolphe II à Prague et s'occupa du cabinet de curiosités du jeune roi. En 1587, il retourna à Milan d'où il enverra au roi deux derniers portraits: Rodolphe en Vertumne (le dieu romain des saisons) et Flore. A sa mort, il tomba dans l'oubli et fut redécouvert au XXè siècle par les Surréalistes.

    Arcimboldo n'a pas inventé le principe des portraits composés. Dès l'antiquité, les grilli sont composés de formes animales ou humaines pour créer une nouvelle image.

     Dans les années 1990, Robert Silvers compose des photomosaïques grâce à l'ordinateur. Au Medialab du MIT, il conçoit un logiciel permettant de manipuler les images pour composer des images à plusieurs lecture.


Skull With Cigarette, 2007. Photo-montage de Chris Jordan
détail des paquets de cigarettes

    Aujourd'hui le photographe Chris Jordan utilise le même procédé de perception et de lecture. Ses immenses photo-montages sont composés de milliers d'objets qu'on ne distingue qu'en s'approchant. Mais alors qu'Arcimboldo chantait les louanges de l'empereur humaniste, Chris Jordan dénonce une civilisation qui ne croit plus qu'en l'accumulation des biens.


Catherine-Alice Palagret
septembre 2008

Source:
Catalogue de l'exposition "Arcimboldo" au Musée du Luxembourg
15 septembre 2007 - 13 janvier 2008


Arcimboldo en 3D et cabinet de curiosités


voir
Le cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre I

 
    Héritier d'une partie de la magnifique collection de Joseph Bonnier de la Mosson, Aristide Sauveterre accumule dans son cabinet de curiosités des originaux de grande valeur et des faux flagrants qui ne retiennent pas moins son attention.


Armoires du Cabinet de Curiosités de Bonnier de la Mosson.
Bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle de Paris


    Il y a un trésor que ni Bonnier de la Mosson ni Philibert Sauveterre, son neveu et assistant, ne réussirent jamais à posséder, bien qu'il firent plusieurs voyages à Prague et à Vienne sur les traces des Habsbourg: un portrait peint par Arcimboldo.


Allégorie de l'été, Arcimboldo
au musée du Louvre


    Guiseppe Arcimboldo est connu pour ses  portraits composés,
allégories ou caricatures,  faits d'une habile juxtaposition de fleurs, de légumes, de fruits ou d'objets. Vu de près, les divers éléments sont peints avec un réalisme méticuleux, de loin le portrait s'impose. On connait la série des quatre saisons, des quatre éléments, les portraits du Bibliothécaire, du cuisinier ou du juriste etc. Ces compositions curieuses, parfois dérangeantes mais toujours fascinantes faisaient la joie de la cour impériale de Vienne. La virtuosité ironique d'Arcimboldo le rendit extrèmement célèbre en son temps et de nombreuses copies et gravures de ses oeuvres circulaient dans toute l'Europe. Au dix-huitième siècle, Arcimboldo, si adulé à la Renaissance, était tombé dans l'oubli. Le collectionneur Joseph Bonnier de la Mosson découvrit son existence dans un traité du XVIè siècle sur la peinture. L'auteur, Giovanni Paolo Lomazzo 1, faisait l'éloge des têtes composées et des grotesques portraits-rébus d'un peintre à la cour des Habsbourg.

Le journal de Philibert Sauveterre, dont Aristide possède les volumes non publiés2, témoigne de la quête obstinée de Joseph Bonnier de la Mosson à la recherche de ces curiosités. Il voulait au moins un tableau de la série des éléments (L'air, l'eau, le feu, la terre) ou les deux portraits
: “Eve croquant la pomme” et son vis-à-vis, un homme tenant un rouleau de parchemin.


arcimboldo-eve.JPG
                         portraits composés de corps nus enlacés d'Eve
et de son vis à vis.
Arcimboldo. 1578
collection privée suisse


    Vu de profil, le visage d'Eve est composé de corps d'hommes et de femmes nus, côte à côte. Son menton montre un couple enlacé. Eve tient une pomme d'une main, le petit doigt levé, elle s'apprête à croquer le fruit défendu, l'air sereine, inconsciente de la catastrophe qu'elle va déclencher.


arcimboldo-eve-h-copie-1.JPG portraits composés de corps nus enlacés d'Eve et de son vis à vis.
Arcimboldo. 1578
collection privée suisse


    Le visage de l'homme est composé de corps d'enfants nus; sur son front un petit homme pose la main sur le sein de sa compagne. L'homme brandit un rouleau de parchemin; est-ce un signe d'avertissement, une menace? Cherche-t-il à sauver la pècheresse ou à la perdre? Tient-il tout le savoir dans sa main, le savoir qu'acquerra Eve en croquant la pomme? Ces deux tableaux furent-ils commandés par Rodolphe II pour son cabinet de curiosités?L'empereur du Saint-Empire possédait plusieurs cabinets, dont un Cabinet secret réservé à l'ésotérisme; il est probable qu'Eve et son vis-à-vis étaient exposés dans une pièce réservée aux amateurs avertis. La tonalité érotique des peintures ne les destinaient sans doute pas à être exposées aux yeux de tous.
  

    Le Baron Bonnier de la Mosson ne trouva jamais un tableau original d'Arcimboldo. Tout ce qu'il dénicha fut des gravures en noir et blanc qui rendaient assez mal l'exubérance et l'inventivité de ces portraits.

    Deux siècles et demi plus tard, Aristide a réalisé le rêve de Bonnier de la Mosson ... ou presque! Bien sûr il ne possède pas un tableau original! Lors d'une vente aux enchères, il est tombé par hasard sur un lot de caisses en bois provenant d'une école publique qui venait d'être rasée pour faire place à un centre psychiatrique de jour. Etiquetées “Arcimboldo cours élémentaire, 2ème année, 1978”, les caisses contenaient 17 sculptures soigneusement emballées. En plâtre peint, haute d'environ trente centimètres, elles reproduisaient avec plus ou moins d'habilité l'accumulation de fruits et de légumes qui donnait forme aux plus fameux portraits du peintre maniériste. Des bananes, des fraises, des oranges  ainsi que des poireaux, des choux et des champignons en plastique sont incrustés dans le plâtre, donnant aux répliques arcimboldiennes une vivacité du plus gracieux effet. Connaissant l'obsession de Mosson pour les têtes composées, Aristide n'a pu résister à acquérir ces amusants Arcimboldo en 3D. Il les a catalogués sous: Section art modeste n° ACBD 2.

    Joseph Bonnier de la Mosson, le collectionneur du dix-huitième siècle, aurait apprécié cette trouvaille insolite. Il ne manquait pas d'humour, lui qui accumulait des objets bizarres aux origines incertaines à coté de merveilles de la nature.


Liens sur ce blog:
Arcimboldo, les quatre éléments
Les quatre saisons d'Arcimboldo: fleurs, fruits, portraits composés


Catherine-Alice Palagret


1- Tempio della Pittura 1590, Giovanni Paolo Lomazzo.

2- Journal de Philibert Sauveterre. Seize in-quarto reliés en peau de requin. Manuscrits illustrés de croquis.



 Des sculptures, des fossiles
et
des faux ...


    Depuis que Louise Bourgeois expose Maman, son araignée géante, dans le jardin des Tuileries, les araignées du cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre attirent les curieux.

Araignée géante de Louise Bourgeois aux Tuileries devant le Louvre

    Dans le jardin du collectionneur, trois inquiétantes araignées géantes s'affrontent en un combat immobile. Aristide dit les avoir acquises sur photo auprès de Dimitri Sergueï Kalnikov, un paléontologue amateur d'Oulan-Bator, en Mongolie. Non sans ironie, Aristide les a baptisées Euphrosyne, Thalie et Aglaé, les Trois Grâces, car pour lui ces silhouettes de cauchemar sont la personnification de l'allégresse, de l'abondance et de la beauté.

    Examinée de près, Euphrosyne laisse voir à travers sa carapace déchirée un squelette! Surprenant car les araignées n'ont pas de squelette! Il s'agit peut-être d'une consolidation, un fossile de cette taille étant très fragile. L'armature est en bois entouré de corde. L'enveloppe, quant à elle, est en cuir bourré de boue et de paille séchées. Il est évident qu'il ne s'agit pas de vraies arachnides dessèchées mais d'habiles reconstitutions. Admettant la supercherie, Aristide ne s'en émeut guère. Un cabinet de curiosités contient aussi bien d'authentiques pièces rares que des faux notoires. Pour le collectionneur, ces oeuvres fabriquées par un artisan anonyme et génial valent bien de vrais fossiles. Fabriquées avec des matières pauvres, cuir de yak, bois, chanvre et pigments naturels, elles datent selon lui des années vingt. S'agit-il d'une oeuvre d'art? Non, l'intention de l'artisan était de fabriquer des fossiles qu'il pourrait vendre aux amateurs crédules. Le faussaire a-t-il vraiment floué quelqu'un? Sur photos peut-être. Peu importe, même fausses, les araignées fossiles sont assez impressionnantes pour plaire aux collectionneurs.


    Il y a trente ans, les Trois Grâces d'Aristide Sauveterre ont fait la une des journaux quand il les a montées dans son jardin mais depuis plus personne ne s'y intéressait à part le Maire. Sa phobie des araignées est telle qu'il harcelait Aristide pour qu'il les enlève ou du moins les cache derrière une bâche.
- Vous voyez trop de film d'horreur, se défendait le collectionneur. Comme si une araignée allait renaître, poursuivre les villageois, attraper une frêle jeune fille et la tenant délicatement entre ses pattes chitineuses lui arracher voluptueusement la tête!

- Elles font peur aux enfants, assurait le Maire!
- Elles font plutôt peur aux adultes, répliquait Aristide. Les enfants sont fascinés par ces insectes géants: ils se perchent sur le mur pour mieux les voir. Qui sait si un enfant du village ne deviendra pas un entomologue ou un paléontologue célèbre à cause d'elles.

    Maintenant que les araignées géantes sont à la mode, le Maire voudrait mettre leur photo dans la brochure touristique de la ville. Aristide refuse, il craint les hordes de touristes.  Qu'ils se contentent de l'araignée des Tuileries! Il soupçonne d'ailleurs la plasticienne Louise Bourgeois de s'être inspiré de ses Trois Grâces. Ne voit-elle pas, elle aussi, une figure féminine dans son monstre à huit pattes?

Les Trois Grâces. Groupe en bronze d'Aristide Maillol
jardin des Tuileries

    Autre coïncidence, Maman n'est pas loin des Trois Grâces d'Aristide Maillol, des grâces plus charnues que les Eu
phrosyne, Thalie et Aglaé du cabinet de curiosités.

    Le cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre contient d'autres fossiles, pas plus authentiques que ses araignées monumentales. Au moins, ils tiennent à l'intérieur du cabinet de curiosités. Il s'agit de minuscules squelettes de dinosaures, des faux du dix-neuvième siècle soigneusement fabriqués à partir d'os de tuco-tuco par un taxidermiste bolivien en exil à Paris. Aristide a acheté  ces petits animaux dans une boutique de livres anciens il y a trente ans.

Un dinosaure animé à Jurassic Park. Photo: TheCx

    Alors qu'il préparait Jurassic Park I, un assistant de Steven Spielberg, ayant entendu parler de ces dinosaures minuscules, est venu prendre des photos de l'ensemble.


T-Rex de Jurassix Park. Photo: wallyg



Aristide n'a pas vu le film de Spielberg mais il ne serait pas surpris d'y trouver des créatures inspirées de sa collection.


    Minuscules ou géants, vrais ou faux, les fossiles d'Aristide Sauveterre s'intègrent parfaitement à sa collection de naturalia.


Liens:
L'araignée géante de Louise Bourgeois aux Tuileries
Les monstrueuses araignées de Yokohama


Catherine-Alice Palagret




Une malle aux trésors dérisoires

    Pierre-Etienne le narrateur tourne en rond dans son appartement, de la baignoire où, tout habillé, il médite à la cuisine où Kabrowinski, un peintre polonais, nettoie un poulpe dans l'évier. Indécis, il inventorie ses placards à la recherche d'un pull et découvre une vieille malle.


Page 37:

35) Des coquillages, pierres de collection, agates
en lamelles, timbales, coquetiers, napperons, mou-
choirs, dentelles, châles, huiliers, pendentifs, boîtes
laquées, tire-bouchons, outils anciens,couteaux de
berger, couteaux en argent, tabatière en ivoire,
assiettes, fourchettes, santons, netsukes. J'avais
réussi à déverrouiller une vieille malle en fer,
couverte de cadenas et de ficelles effilochées, et je
m'étonnais de trouver tout ce merdier à l'intérieur,
qui avait dû appartenir aux anciens locataires, des
sybarites à en juger par l'élégance des estampes.


    Une fois ouverte, la malle ne révèle que des objets hétéroclites qui n'évoquent rien pour le narrateur. Comme Georges Pérec dans "Les Choses", il dresse une liste. Témoignages d'une vie banale se mêlant à quelques touches d'exotisme: un netsuke, sorte de boucle de kimono  et des estampes.

    Cette "vieille malle en fer, couverte de cadenas et de ficelles effilochées" que dédaigne le narrateur est un trésor pour un collectionneur. Chargée de mémoire, c'est une histoire à déchiffrer, une invitation au voyage. Elle laisse entrevoir des goélettes voguant sur les mers du Sud, des aventures fantastiques dans la jungle d'Amazonie, des dangers inouïs sur des continents oubliés ou, tout simplement, une vie tranquille dans un appartement parisien. Une vie sans histoire en apparence, avec des secrets déjà oubliés, que quelques coquillages trouvés au fond d'une malle ne peuvent résumer.

         Le narrateur dédaigne cet appel au rêve. Même à Venise, où il est parti sans raison précise, il reste enfermé à l'hôtel, ignorant les splendeurs de la ville. Le narrateur a perdu sa capacité d'émerveillement. Il préfère jouer aux fléchettes dans sa chambre, se concentrant sur la cible et oubliant le reste du monde. S'il n'était pas totalement dénué de romantisme, il pourrait citer "le voyage" de Baudelaire:

Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :
Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !

   
    A l'opposé du spleen baudelairien, sa dépression ne le porte pas aux envolées lyriques. Le monde est gris, opaque, dé-réalisé et le renvoie à sa propre vacuité. Il ne peut que décrire ce qu'il fait et ce qu'il voit sans aucune émotion. Cette écriture blanche, neutre, crée un effet comique mêlé d'angoisse. Comme celle de Buster Keaton, l'impassibilité du narrateur nous fait rire.



undefined une ombre sur le pont, Venise

   L'énigme de la malle n'intéresse pas du tout le narrateur mais elle interpelle le lecteur de ce roman de Jean-Philippe Toussaint.



La Salle de bain, roman de Jean-Philippe Toussaint
1985, Les  Editions de minuit


Liens sur ce blog:
"Vertige de la liste" d'Umberto Eco et Jean-Philippe Toussaint
Les Iles Eparses de Pierre-Autin Grenier

Catherine-Alice Palagret
archéologie du quotidien
janvier 2008


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