Art urbain: tag, pochoirs etc


    Dès la préhistoire, les hommes ont apposé l'empreinte de leur main sur les murs des cavernes. Aujourd'hui les artistes de rue ou les simples passants utilisent encore cette technique primitive.


empreinte main verte 0008Empreinte de main verte, street-art

 

 

   La main est une signature, elle dit c'est moi! ou ceci est à moi.


 

pochoir empreinte mains 11è 6555Empreintes de mains d'enfants à la fenêtre d'une école



   Les empreintes sont plus ou moins précises, isolées ou en groupe. Plusieurs mains forment un motif, parfois un mot.

 

 


Belleville Pl Fréhel papier collé Zoo Project main 8146Empreintes de mains rouges groupées, street-art


pochoir empreinte mains 9144Empreintes de mains bleues groupées   formant le mot YAS
street-art

 

 

 

   Les mains signées GLC sont très ornementées, inspirées des tatouage au henné.

 

 


Bonhomme n°57 pochoir main poisson Montmartre rue GabriellMain noire de GLC, Bonhomme de Maïs et poisson noir, street-art


papier collé main Alice 11è 7812Main contenant Alice au pays des merveilles, street-art




La-VIllette-Ourcq-papier-coll--FKDL-danseur-main.jMain d'une silhouette de FKDL
collage de vieux journaux, street-art




papier collé Tian Muga mains Beaubourg 7427SIgnes sourd-muets à coté du boxeur de Tian
 street-art
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   Etes-vous aveugle à ce point? ne voyez vous pas la tristesse? le désespoir? Le graffeur dépressif (ou lucide) nous interpelle, nous houspille. Nous passants indifférents à sa douleur, nous devons ouvrir les yeux et non seulement lire son message désespéré mais aussi comprendre la réalité du monde désenchanté qui nous cerne, selon lui.


graffiti blind despair Butte au cailles Bièvresare you that blind?
don't you see the sadness? the despair?
graffiti sur un mur de la Butte-aux Cailles à Paris


   La protestation est écrite en minuscules avec un marker sur le ciment encore propre d'un immeuble. L'encre s'épuise sur le mot sadness, tristesse. Le point d'interrogation expire. En bas du mur, il y a déjà des taches d'humidité.


Butte-au-cailles-graffiti-blind-despair-.jpgare you that blind?
don't you see the sadness? the despair?
graffiti sur un mur de la Butte-aux Cailles à Paris



      Petite phrase anonyme jetée, perdue dans les rues de la ville. Dans le quartier de la Butte aux Cailles, les murs sont bien bavards. Le photographe voit et enregistre ces sentences, exemples éphémères de la philosophie de la rue.




Palagret
archéologie du quotidien


     Une campagne publicitaire toujours aussi inventive: des bouteilles de bière collectors, des affiches spécialement réalisées pour des magazines branchés et une performance de scratch paper …

 

Bouteille de bière collector Desperados avec motifs découpés

exposée au Palais de Tokyo

 

    Depuis onze ans le collectif d'artistes 9è concept travaille avec la marque Desperados et crée chaque année des bouteilles customisées. Présentées sur un socle comme de précieuses oeuvres d'art, les bouteilles de bière aromatisée sont protégées par une boîte de plexiglas.


 

Bouteille de bière collector Desperados en métal découpé
exposée au Palais de Tokyo

 

 

 


   Les créations de Seph Carricondo, Ned Nedellec, Jerk 45, Mast, Veenom, David Dojun, Valère Perrin, Big Jul, Flavien Demarigny, Mambo, Clément Laurentin etc ...sont proches du street-art, du graffiti. Certaines bouteilles sont comme des sculptures de papier découpé. D'autres sont couvertes de latex ou de métal ou gravées en quadrichromie.



 

Une bouteille de bière collector devant la fresque en évolution

 

 

   En 2008, les bouteilles collectors Desperados ont un double décor. L'enveloppe (sleeve) représente un mur de brique, un motif Jacquard ou une mire de télévision. En tirant sur une languette on découvre une sérigraphie sur verre.

 


Un décor peut en cacher un autre
L'enveloppe mire ORTF s'enlève et découvre une bouteille sérigraphiée



Bouteille de bière collector Desperados sérigraphiée
exposée au Palais de Tokyo


   Le décor des bouteilles de bière Desperados change chaque année mais les capsules n'évoluent. La capsule métallique est une innovation du dix-neuvième siècle qui remplit parfaitement sa fonction, garder les bulles à l'intérieur de la bouteille. Un designer un jour la redessinera peut-être.

 

 

Bouteille de bière collector Desperados sérigraphiée
exposée au Palais de Tokyo

 

 

     Sur les murs de la mezzanine du Palais de Tokyo sont présentées des affiches publiées dans les Inrockuptibles, Night Life, Rock&Folk, Technikart, Vice, OnlyFloor DJ's, Chronic'art, Pref, Trax, Tsugi, magazines tendances à destination d'une population jeune branchée qui sort beaucoup, va en boîte et consomme de l'alcool. Des Desperados, des bières au goût de Téquila ,comme les y incitent les campagnes publicitaires?


Bouteille de bière collector Desperados sérigraphiée devant des affiches
exposée au Palais de Tokyo


  Pour arriver à la mezzanine on traverse le hall du Palais de Tokyo décoré, ou plutôt non décoré, dans le style "après la bombe" avec des plafonds grisâtres, des fils qui pendent etc ... . Très mode ou peut-être déjà dépassé.



"Imagine Desperados by..."

Palais de Tokyo ”La Mezzanine”
13, avenue du Président Wilson - 75016 Paris
11 au 14 novembre 2009 - entrée libre de 12h à 00h

  

  Palagret


"Faire le mur, jouer le fille de l'art"
"Le temps est un sérial qui leurre"
"Les actes gratuits ont-ils un prix?"
"Permis de se reconstruire"
"Quand le vain est tiré, il faut le boire"
"La France aux maliens, la Bourgogne aux escargots"


Image et texte barbouillés, pochoir de Miss.Tic


    Ces phrases qui jouent sur les mots accompagnent une jeune femme peinte au pochoir sur les murs. La silhouette gracile est apparue dans les rues parisiennes en 1985 et elle a acquis une certaine notoriété. Depuis Miss.Tic expose régulièrement dans les galeries. Ses images sont édités en cartes postales, des livres recensent ses pochoirs urbains.


Parisiennes femmes capitales, pochoir de Miss.Tic



     Les pochoirs sauvages de Miss.Tic sont maintenant quasi officiels. Les boutiques payent pour avoir un Miss.Tic sur leur devanture. Devant cette officialisation, les taggeurs réagissent en barbouillant les silhouettes élancées. Il ne s'agit pas d'apposer sa marque sur le graffiti d'un autre mais bien d'abîmer, de recouvrir le pochoir trop célèbre.

Sangsations fortes,pochoir de Miss.Tic



C'est la vie, ça va passer
pochoir de Miss.Tic


    Avec la reconnaissance artistique des pochoirs de Miss.Tic vient le dénigrement et la parodie. Une concurrente est apparue sur les murs de Paris. Mass.Toc est l'exact opposé de Miss.Tic. La jolie jeune femme sortie des magazines de mode, trop lisse, trop belle, affronte maintenant une femme à la silhouette moins idéale. Pour l'instant Mass.Toc n'a pas de message écrit à nous délivrer mais le dessin suffit à critiquer une représentation stéréotypée de la femme, pas très féministe. Détourner MIss.Tic, une femme figée qui ne vieillit pas, en Mass.Toc, une femme au corps lourd est de bonne guerre.

pochoir parodique  de Mass.Toc, rue Dénoyez à Paris


   Miss.Tic continue à apposer ses pochoirs sur les murs mais elle demande maintenant la permission aux propriétaires pour éviter les poursuites judiciaires. Elle fait aussi de la publicité pour Ucar, un loueur de véhicules, en écrivant sur les camions de la marque " Louer c'est rester libre", suivi de sa signature bien connue.

Louer c'est rester libre, pochoir publicitaire de Miss.Tic


    Appartenant à la génération de Jérôme Mesnager, Miss.Tic s'est institutionnalisée comme beaucoup de graffeurs maintenant exposés dans les musées et vendus dans les galeries et les salles des ventes.

Exposition de
Miss.Tic à la galerie Lelia Mordoch à Paris





Le street-art exposé:
Palagret
street-art
novembre 2009


   Voir début du billet

    Au-delà de l'humour macabre, les têtes de mort des  street-artistes sont parfois une prise de position. Les pochoirs de crânes tricolores peints sur le trottoir sont-ils juste une plaisanterie pour le 14 juillet ou signifient-ils que la République est morte avec ses valeurs de Liberté, Egalité et Fraternité?



Vanité, crânes bleu, blanc, rouge sur le trottoir
pochoir, street-art


  

    Le mur des graffeurs de la rue Ordener, dans le 18è,  est en constante évolution. Les graffiti ne restent pas longtemps, ils sont vite recouverts par des oeuvres nouvelles. Sur la photo ci-dessous, la main d'un marionnettiste fait danser un pantin de bois. Son cou s'orne d'un collier d'or et d'une breloque en forme d'euro. Il tient des billets dans sa main et des crânes l'entourent. L'auteur se sert des crânes pour commenter la course à l'argent. Le pantin est esclave du bling-bling mais il ne sait pas qu'il est manipulé.



Marionnette entourée de crânes
graffiti, street-art, rue Ordener, Paris


  Les papiers collés de Ludo, signés Nature's Revenge illustrent aussi une protestation. La grappe de raisin remplie de crânes est bien un avertissement. Parfois les crânes sont en noir et blanc, parfois ils sont en couleurs et des coulures de peinture rouge simulent le sang d'une nature à l'agonie. Un jour la nature se vengera des substances chimiques qui la stérilisent; les vignes, les jardins et les champs ne donneront plus de fruits. Dans cette vision apocalyptique, la terre ne sera plus qu'un immense charnier!



Grappe de raisin faite de crânes
Nature's Revenge, street-art, papier collé


    Le simple dessin d'un visage aux orbites vides, tagué au-dessus d'un éclair électrique sur un panneau de la SNCF n'est qu'une illustration humoristique du texte. L'éclair électrique est un symbole de danger, le crâne un symbole de mort. Le graffeur se moque de l'interdiction et semble dire: oui, oui, on a bien compris!


Graffiti de tête de mort  et éclairs électriques
défense absolue de toucher aux fils électriques
Plaque émaillée "Danger de mort"



  à suivre

Texte et photos: Palagret

 

   Dans la peinture classique, les memento mori, ou vanités, se développent au XVIIe siècle au Pays Bas. Les natures mortes illustrent symboliquement l’inéluctabilité de la mort, la futilité des plaisirs et des biens terrestres. Dans le répertoire iconographique, le crâne est le premier symbole.


Crâne déformé inspiré du film Scream, street-art, papier collé



   On retrouve l'écho affadi de ces memento mori sur les murs et les trottoirs de la ville. Le crâne est représenté de face ou de profil. Les orbites vides, le trou du nez et les dents découvertes constituent la tête de mort classique. Elle est souvent accompagnée de tibias croisés, comme sur le pavillon du pirate  Edward England (skull and bones).

Crâne et tibias croisés, Jace
Street-art, Grand Palais
   Le symbole des pirates signifie le refus de l'ordre établi et des valeurs compassionnelles, la transgression totale. Les pirates sont des brigands qui volent et tuent sans remords. En voyant ce pavillon de mort les voyageurs étaient frappés de terreur, sachant qu'ils ne seraient pas épargnés.


Tête de mort aux tibias croisés, stickart
    Les crânes et les squelettes des artistes urbains sont des actes de piraterie bien policés et les passants sourient au lieu de claquer des dents. L'imagerie macabre n'est pas là non plus pour nous rappeler que nous sommes mortels et que nous allons mourir.

Tête de mort, street-art aux Frigo, Paris



    Les têtes de mort appartiennent à l'imagerie gothique appréciée des adolescents pour qui la mort est bien lointaine. Ces images mortifères sont très présentes dans les groupes musicaux de Death Metal et se retrouvent dans les maquillages, les costumes de scènes et les couvertures de CD. Elles représentent plus une posture qu'une profonde méditation sur la mort et la vanité de toutes choses.



Crâne en feu
street-art, sticker à Paris


   L'amour et la mort, Eros et Thanatos, sont très souvent associés dans le street-art comme dans la peinture classique. Au Grand Palais, lors de l'exposition Gallizia, on voyait presque autant de coeurs que d'images macabres.



Crâne, Street-art, Grand Palais



Crânes agglutinés sur un coeur géant fait de petits coeurs
Street-art, Belleville


 
Suite:

   Souvenir d'Armorique, souvenir d'Egypte! Un menhir en carton-pâte trône sur la place de la Concorde, à côté de la vraie obélisque, offerte par le vice-roi d’Egypte à Charles X en 1830. Il aurait fallu plus d'un Obélix, même dopé à la potion magique, pour transporter ce monolithe de 227 tonnes de Louxor à Paris.


Souvenir d'Armorique, souvenir d'Egypte
Les cinquante ans d'Astérix, place de la Concorde


    Le faux menhir de onze mètres de haut est posé sur un piédestal orné de cartouches dorés, comme sur la vraie obélisque. Les cartouches illustrent les désirs des personnages, rôti de sanglier fumant pour Obélix, combat pour Astérix, serpe d'or pour le druide Panoramix. L'humour décalé d'Uderzo et de Goscinny est bien là.

  
Piédestal du menhir avec hiéroglyphes, place de la Concorde à Paris


   Pour célébrer les cinquante ans d'Astérix, Lutèce, une Lutèce élargie, accueille des menhirs et des installations inspirées de la bande-dessinée.



Souvenir d'Egypte, obélisque et échafaudage avec la pancarte: "Carrière Obélix. Attention sortie de menhirs".



Menhir place de la Concorde à Paris



Les Gaulois envahissent Lutèce
Du 29 octobre au 8 novembre 2009
Scénographie en plein air de
Yvan Hinnemann



Lien sur ce blog:
50ème anniversaire d'Astérix: naufrage des pirates et tortue romaine
Astérix et Obelix sèment des menhirs à Lutèce
La rue Goscinny fait des bulles

Palagret




   Il court, il court le petit bonhomme, silhouette naïve aux couleurs franches. Casquette jaune, tête noire, buste rouge, pantalon bleu et baskets blanches se détachant nettement sur un fond vert, il avance d'un pas décidé, son mouvement simplement suggéré par le pied levé. Pas de perspective, juste le dessin aux formes simplifiées par de grands aplats de couleur.


Le bonhomme du canal
Affiche de Quarez


     Pas de texte non plus, Michel Quarez, affichiste, n'annonce rien d'évident. Répliqué 2000 fois en différents formats, de 30 cm sur 20 cm ou de 2 m sur 3 m, l'affiche muette nous conduit seulement de Bobigny à Paris, tout au long du canal de l'Ourcq, du bassin de la Villette et du canal Saint-Martin jusqu’au port de l’Arsenal, reliant la banlieue à la Capitale.


Cinq bonshommes collés devant une des écluses du canal Saint-Martin
Affiches de Quarez


   Doué d'ubiquité, le bonhomme se retrouve placardé sur toutes les surfaces possibles. Murs, bordures de quai, armoires techniques métalliques. Reprenant les codes du street-art, appropriation et saturation de l'espace public par la répétition des tags et des collages sauvages, Michel Quarez, colleur d'affiche frénétique, réalise une intervention artistique hors les murs.


Le bonhomme du canal, collé au sol sur le bord du quai
Affiche de Quarez


    « Nous les avons collés pour susciter des réactions, c’est le but », explique Grégoire Koenig, chargé de communication à Bobigny1. Les réactions des passants n'ont pas tardé. Graffiti, commentaires et lacérations accompagnent le bonhomme dans sa déambulation. Combien de temps les affiches resteront-elles en place?


Le bonhomme du canal, tagué et décollé
Affiche de Quarez


     Comme les autres manifestations d'art urbain, les collages de Michel Quarez auront la vie brève. Ils disparaîtront naturellement et lentement avec les intempéries.  Ils disparaîtront beaucoup plus vite avec les dégradations. Des étudiants en master « Projet culturel dans l’espace public » de l’université Paris-I vont observer l'évolution des affiches. Ils feraient bien de ne pas traîner car le bonhomme pourrait disparaître des murs avant qu'ils n'établissent un protocole de recherche.


Le bonhomme du canal, arraché
Affiche de Quarez


  Déjà, près du Point Ephémère, les silhouette géantes de Paul Bloas recouvrent le petit bonhomme. Un peu de papier vert dépasse de chaque côté de certains "Habits Noirs". Les artistes de rue se masquent les uns les autres, sans état d'âme.

 

Le bonhomme de Quarez, arraché et recouvert par un des "Habits Noirs" de Bloas

 

au bord du canal Saint-Martin


    En même temps que les collages le long du canal, Michel Quarez expose 78 affiches à la Bibliothèque Forney. Depuis quelques années,  les parisiens voient les affiches de Paris Quartier d'Eté, blocs de couleurs saturées qui se remarquent de loin.


Affiche de Michel Quarez pour son exposition à la bibliothèque Forney.



    "Artiste peintre avant tout, Michel Quarez, âgé de 71 ans, s’accorde totalement à l’affiche, la concevant comme une œuvre d’art monumentale. Il provoque un choc visuel maximum, effet renforcé par l’emploi fréquent d’encres fluorescentes. Ici, pas de détail superflu : la simplicité des images fait songer à un art primitif, non sans évoquer la signalisation routière. L’impression devenant quant à elle une véritable fête de la couleur..." 2


"Quarez affiches"
  • Du 22 septembre au 2 janvier 2010
  • Bibliothèque Forney, 1 rue du figuier Paris 4e
  • 01 42 78 14 60
    Métro : Pont Neuf


Liens:
video de Michel Quarez sur France 3

Street-art: les Titans de papier de Paul Bloas, au bord du canal Saint-Martin




Palagret
Photos prises le 1er Octobre à Paris



1- in Le Parisien
2- in dossier de presse


     Des personnages sombres et menaçants sont collés sur les murs du Point Ephémère et du Canal Saint-Martin. Le regard baissé vers les passants qu'ils dominent, ils semblent incarner la violence et la souffrance d'un monde crépusculaire.

Alex, le héros d'Orange Mécanique
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


    Parmi les 25 personnages majoritairement masculins, on reconnait Alex, le héros maléfique d'Orange Mécanique (Stanley Kubrick 1971) avec sa canne et son chapeau melon. Il est accompagné de sa bande de droogs. Petite différence, leur costume n'est pas d'un blanc immaculé.


Les Droogs d'Orange Mécanique et une femme fatale
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


    On identifie aussi le corps recroquevillé et le regard traqué de M. le Maudit. Plus haut sur le mur du Point Ephémère, une victime de meurtre tombe bras en avant pour amortir sa chute tandis que des femmes fatales impassibles attendent que les hommes aient fini de jouer. Une autre femme à la chevelure de Gorgonne se tord les mains. D'autres personnages sont moins détaillés donc peu identifiables mais leur corps noir parle de douleur. 


M. le Maudit
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


   Les feuilles de papier collées sont assez minces et le support, béton ou pierre, transparaît. Brossés à grands traits noirs, avec quelques touches de couleurs, sur de grands formats, les colosses de Paul Boas ont une grande présence.


Femme fatale
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


Femme entourée d'autres collages
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


    « Mon travail n’a rien de réel, ce n’est pas un travail photographique. Je déforme complètement les choses, déjà les personnages : ils ont des petites têtes, des mains grosses comme des portes de frigo, ils sont sur-dimensionnés et difformes. Je les déforme pour les décoller de la réalité. J’essaye de les tailler un peu comme des fusées, très pointus vers la tête, un peu vu d’un chien. » 1
 

Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


    Loin de tout réalisme, la figure humaine est malmenée et dégage une puissance inquiétante. Artiste peintre, Boas reconnaît les influences d'Otto Dix ou Georges Grosz, Kokochka. Il s'intéresse au travail de Bazelitz et de Barcelo. Au contraire de la plupart des tags, pochoirs et papiers collés qui occupent la ville, les peintures de Paul Bloas sont peu répétitives et montrent plus d'invention.

  Hommes tombant
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas,
Le Point Ephémère, Canal Saint-Martin, Paris


    Paul Bloas travaille dans les lieux abandonnés, voués à la disparition ou dans les lieux chargés d'histoire. En 1996, il a collé ses bonshommes à la prison de Brest presque entièrement détruite lors les bombardements de 1945, dans les bains turcs de Budapest, dans les ruines de Berlin et de Beyrouth, à Bilbao en voie de désindustrialisation, à la base sous-marine de Bordeaux, à Madagascar, à  Belgrade.


Hommes tombant
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas,
Le Point Ephémère, Canal Saint-Martin, Paris
Le collage recouvre en partie une banane de Pimax


    Le canal Saint-Martin n'est pas menacé de disparition mais il l'a été du temps du président Pompidou qui voulait bétonner le canal pour en faire une voie rapide. Aujourd'hui les vieux ponts de fer et les murs de meulière témoignent encore de l'ancien Paris alors que tout autour les ateliers sont rasés et que s'érigent des bâtiments modernes.


Collage déchiré
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


     Les Titans de papier de Paul Boas sont des oeuvres fragiles. L'humidité du canal et les moisissures des murs les abîment et les passants emportent parfois un petit morceau de papier. Situés dans des lieux chargés de mémoire, les collages sont éphémères comme la plupart des manifestations de street-art.


Trois personnages
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


    Un fond vert dépasse de chaque côté de certaines peintures de Bloas. C'est la trace du petit bonhomme de Michel Quarez qui court le long du canal. Dommage de le cacher. Les deux univers sont certes opposés, le gentil petit coureur aux couleurs franches n'a rien de la noirceur des Titans, mais il y a de la place pour tout le monde.

    Au Point Ephémère, Paul Bloas participe à la manifestation des « Habits noirs » 2, une association qui a pour vocation la promotion de la littérature populaire et du roman noir.



Le 26 et 27 septembre 2009
Point éphémère
200 Quai de Valmy • 75010 Paris
01 40 34 02 48



Lien sur ce blog:
Le petit bonhomme de Michel Quarez, colleur d'affiche obsessionnel

Point Éphémère: auto-stop fantasmé au bord du canal Saint-Martin



Palagret


1- L'oeil.electrique

2- Les Habits Noirs, association fondée en 2007 par Stéfanie Delestré (directrice de la collection Le Poulpe), Jean-Bernard Pouy (écrivain), Clémentine Thiebault (libraire, webmaster de www.noirCoMMePoLar.CoM), Marc Villard (écrivain).

 

  
   Très présent dans les rues de Paris, Monsieur Qui colle des portraits de femmes sur les murs, les boutiques abandonnées et les palissades. Parfois il s'agit de papiers découpés, parfois d'affiches rectangulaires. Les dessins sont toujours en noir et blanc, pour l'instant, et certains ressemblent à des gravures de mode pour catalogue.

Visage de femme brune, collage de Monsieur Qui, à Paris

   Les collages ne restent pas longtemps en place alors Monsieur Qui, qui affectionne certains emplacements, revient sur les lieux de son forfait artistique pour coller une nouvelle image.


Visage de femme
Papier collé découpé de Monsieur Qui, Beaubourg, avril 2009


Femme au fichu
Papier collé découpé de Monsieur Qui, Beaubourg, septembre 2009


  "Monsieur Qui" s'écrit sans point d'interrogation. C'est l'affirmation du Monsieur Qui fait de l'art urbain (ou street-art), du Monsieur Qui colle des papiers, du Monsieur Qui collait des images de motos et Qui maintenant ne colle que des portraits de femmes brunes dominatrices ou de timides jeunes filles d'un autre âge etc ...


Visage de femme
Papier collé découpé de Monsieur Qui
et tag bleu recouvrant le dessin


   L'artiste urbain investit et sature l'espace. Obstinément, il tague ou colle les mêmes motifs partout, le plus possible. La répétition fait partie de sa démarche.


Deux portraits de femme au chapeau
Papier collé découpé de Monsieur Qui


   Dans la vraie vie, dans la vie sérieuse, Monsieur Qui est un graphiste et un photographe parisien. Pour lui, la ville est une galerie à ciel ouverte où il expose ses dessins. Colle-t-il lui même ces innombrables papiers? Il a peut-être des assistants qui rôdent dans la ville la nuit, à la recherche d'un bon emplacement. Un peu de colle et hop, le dessin préparé en atelier est placardé.


Deux portraits de femme brune
Papier collé découpé de Monsieur Qui ,septembre 2009



Street-art sur ce blog:
Palagret
septembre 2009

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