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Daniel Buren à la galerie Kamel Mennour


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Oeuvre de Daniel Buren: Dx carrés de couleur et deux rayés


    Comme Jean-Pierre Raynaud qui voit son cube de céramique blanche détruit la semaine où il propose une nouvelle exposition, Daniel Buren, peu après son cri d'alarme sur l'état lamentable des "deux plateaux" (les colonnes rayées noires et blanches du Palais Royal), présente ses dernières installations à la nouvelle galerie de Kamel Mennour, rue Saint-André des arts à Paris. Après les Anneaux à la Biennale de l'estuaire à Nantes et l'arche du pont de Bilbao, Daniel Buren continue son travail in situ, cette fois à l'abri des murs d'une galerie.


C'ETAIT, C'EST, CE SERA, Travaux situés in situ


undefinedOeuvre de Daniel Buren: Une vitre jaune et une vitre bleue encadrées de rayures blanches et noires. Vue à travers.


undefinedOeuvre de Daniel Buren: Une vitre jaune et une vitre bleue encadrées de rayures blanches et noires


In situ, les transparences, les ombres et les reflets des néons font vivre les installations quand on se déplace.
Petite précision: l'échelle ne fait pas partie des travaux "situé in situ".
Daniel Buren et Jean-Pierre Raynaud utilisent tous deux des couleurs franches et des formes simples. L'un fait des carrés, l'autre des ronds.



Communiqué de presse:


Habitué à concevoir des projets pour de nouveaux lieux, c'est néanmoins la première fois que Daniel Buren se retrouve à construire pour un espace qui est lui-même en construction. D'où une appréhension qui s'est faite d'après les plans et surtout grâce à une anticipation nourrie d'expérience: “l'espace du lieu me donne certaines routes, certaines visions. Ici, j'ai eu la sensation que ce qui pourrait exister par la suite dans un autre lieu resterait en partie attaché à ce lieu-ci. C'est, ce sera.“ (1)

En effet, quand on pense au travail de Daniel Buren, c'est avant tout l'indiscociabilité entre l'oeuvre et l'espace qui s'impose. Reconnaissable entre tous par ses rayures verticales dont la largeur est invariablement de 8,7 cm, Daniel Buren s'est singularisé dès la fin de 1967 en créant la notion d'oeuvre in situ: “un travail prenant en considération le lieu dans lequel il se se montre/s'expose [qui] ne pourra être transporté autre part et [qui] devra disparaître à la fin de l'exposition.“(2)  Par exemple, Les Deux Plateaux dans la cour d'honneur du Palais Royal à Paris (1986). ...


undefinedOeuvre de Daniel Buren: Un carré jaune devant la fenêtre


Pour son exposition au 47, rue Saint-André des Arts, Buren formule pour la première fois la notion d'oeuvre située in situ .... Ainsi, explique-t-il, “on peut imaginer que tous les éléments qui se trouvent dans cette exposition pourraient se trouver ailleurs mais tronqués, agrandis... avec des éléments en plus et en moins“. (4) En effet, ces travaux sont “situés“ car ils répondent à une règle (leur définition est relative à l'espace) mais ils sont également in situ: ils se modulent pour s'adapter au nouveau lieu, et pour ceci - grande première - des éléments peuvent être soit ajoutés soit retranchés... à condition bien sûr de conserver l'identité de l'oeuvre. Ainsi, “elle  peut changer de façon drastique à cause du nouveau lieu d'accueil“, ce qui fait rupture avec les “cabanes éclatées“ dont le nombre d'éléments est absolument invariant. L'intervention dans la première salle de la galerie combine, à ce propos, des éléments in situ qui seront détruits à la fin de l'exposition (les adhésifs directement collés sur les murs), des parties qui peuvent être transportées, multiples et disposées d'une autre façon (les caissons de bois) et d'autres éléments qui devront être refaits comme celui qui s'adapte à la banquette d'accueil de la galerie et qui fait partie de la salle pour le temps de l'exposition.


Avec la notion d'oeuvre “située in situ“, le titre de l'exposition (C'était, c'est, ce sera) prend tout son sens. “C'était“ renvoie à la pensée de Buren, pour qui “les expositions sont des suites de travaux précédents“ (5).
...
 “C'est“ renvoie à  l'exposition telle qu'elle se donne présentement à voir tandis que le “Ce sera“ contient en germe d'autres propositions visuelles que pourrait générer l'oeuvre dans des contextes différents, si elle trouve toutefois un nouveau lieu d'accueil.
Ainsi, on peut penser qu'une pièce pourrait être refaite sans la présence de l'artiste, mais seulement en suivant le programme inscrit au coeur de celle-ci. On mesure donc le parcours accompli depuis la notion d'in situ.

 En effet, dans un nouveau contexte, l'oeuvre “située in situ“ fera mentir la formule de Verlaine. Elle ne sera pas “Ni tout à fait la même/Ni tout à fait une autre“ (6) mais comme Daniel Buren l'affirme, “la pièce sera donc la même et complètement une autre“.

Marie-Cécile Burnichon, novembre 2007

(1), (4), (5)  Entretien avec l'artiste le 3 novembre 2007
(2) Daniel Buren, in “catalogue raisonné thématique volume 2, cabanes éclatées 1975-2000 - “Notes sur le travail en rapport aux lieux où il s'inscrit, prises entre 1967 et 1975 et dont certaines sont spécialement récapitulées ici“. Studio international, 190, printemps 1975
(6) Mon rêve familier, Verlaine, Poèmes saturniens, 1866



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Exposition du 6 novembre 2007 au 19 janvier 2008.

Galerie Kamel Mennour, 47 rue Saint-André des Arts - 75006 Paris.
Tél.: 01 56 24 03 63.

Ouverture du mardi au samedi de 11h à 19h.








L'ancien hôtel particulier du 47 rue Saint-André des Arts. Au fond de la cour, la galerie Kamel Mennour


La galerie est installée dans un ancien hôtel particulier du XVII èmé siècle. Aménagée par Aldric Beckmann et Françoise N'Thépé, elle offre 300 m2 d'exposition.

Au rez-de-chaussée, un bel espace lumineux investi par les plasticiens les plus connus de la scène contemporaine, au sous-sol, la cave voutée appelée  le "tube" est un espace expérimental. Kamel Mennour y voit une « tête de pont entre l'art contemporain et d'autres formes artistiques ».

Damien Odoul, dont c'est  la première exposition personnelle y présente "Virtual fight et lymphatique".


Liens: Dan Flavin, un minimaliste américain qui travaille aussi in situ




Photos Catherine-Alice Palagret



La Salle de bain, roman de Jean-Philippe Toussaint
1985, Les  Editions de minuit


    Pierre-Etienne le narrateur tourne en rond dans son appartement, de la baignoire où, tout habillé, il médite à la cuisine où Kabrowinski, un peintre polonais, nettoie un poulpe dans l'évier. Indécis, il inventorie ses placards à la recherche d'un pull et découvre une vieille malle.

Page 37:

35) Des coquillages, pierres de collection, agates
en lamelles, timbales, coquetiers, napperons, mou-
choirs, dentelles, châles, huiliers, pendentifs, boîtes
laquées, tire-bouchons, outils anciens,couteaux de
berger, couteaux en argent, tabatière en ivoire,
assiettes, fourchettes, santons, netsukes. J'avais
réussi à déverouiller une vieille malle en fer,
couverte de cadenas et de ficelles effilochées, et je
m'étonnais de trouver tout ce merdier à l'intérieur,
qui avait dû appartenir aux anciens locataires, des
sybarites à en juger par l'élégance des estampes.


    Une fois ouverte, la malle ne révèle que des objets hétéroclites qui n'évoquent rien pour le narrateur. Comme Pérec dans "Les Choses", il dresse une liste. Témoignages d'une vie banale se mêlant à quelques touches d'exotisme: un netsuke, sorte de boucle de kimono  et des estampes.

 Un exotisme que le narrateur dédaigne. Même à Venise, où il est parti sans raison précise, il reste enfermé à l'hôtel, ignorant les splendeurs de la ville. Le narrateur a perdu sa capacité d'émerveillement. Il préfère jouer aux fléchettes dans sa chambre, se concentrant sur la cible et oubliant le reste du monde. S'il n'était pas totalement dénué de romantisme, il pourrait citer "le voyage" de Baudelaire:

Le monde, monotone et petit, aujourd’hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :
Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui !

    A l'opposé du spleen baudelairien, sa dépression ne le porte pas aux envolées lyriques. Le monde est gris, opaque, dé-réalisé et le renvoie à sa propre vacuité. Il ne peut que décrire ce qu'il fait et ce qu'il voit sans aucune émotion. Cette écriture blanche, neutre, crée un effet comique mêlé d'angoisse. Comme celle de Buster Keaton, l'impassibilité du narrateur nous fait rire.


undefinedune ombre sur le pont, Venise

    Cette "vieille malle en fer, couverte de cadenas et de ficelles effilochées" que dédaigne le narrateur est un trésor pour un collectionneur. Chargée de mémoire, c'est une histoire à déchiffrer, une invitation au voyage. Elle laisse entrevoir des goélettes voguant sur les mers du Sud, des aventures fantastiques dans la jungle d'Amazonie, des dangers inouÏs sur des continents oubliés ou, tout simplement, une vie tranquille dans un appartement parisien. Une vie sans histoire en apparence, avec des secrets déjà oubliés, que quelques coquillages trouvés au fond d'une malle ne peuvent résumer. Une énigme qui n'intéresse pas du tout le narrateur mais qui interpelle le lecteur de ce roman de Jean-Philippe Toussaint.
 


Catherine-Alice Palagret



Vana Xenou: arrivée-passage au Palais Royal


Régulièrement depuis 1998, l'association "les Jardins du Palais Royal" propose des expositions de sculpture contemporaine. Après Jacques Lipchitz, Magdalena Abakanowicz et Beverly Pepper en 1999, l'exposition collective "l'homme qui marche" en 2000, Arnaldo Pomodoro en 2002, Philolaos en 2005, Gottfried Honegger en 2006, Shim Moon Seup en 2007 c'est au tour d'une artiste grecque d'occuper les jardins.


undefinedArrivée
26 sculptures de bronze
une table de tôle noire, deux murs de tôle noire


ΕΛΕΥΣΙΣ-ΠΕΡΑΣΜΑ

undefinedArrivée
détail des visages



undefinedSurgissement
sculpture de bronze entourée d'un tas de minerai



Dossier de presse:


C'est dans son univers habité par la mythologie grecque que nous convie Vana Xenou. Au travers de 13 sculptures  - posées  comme présences actives dans l'espace  poétique et philosophique constitué par le lieu même du Palais Royal –  la sculptrice nous donne à voir le sacré.


undefinedGaïa Terre-mère
sculpture de bronze et fragment de métal


Pour concéder un éclairage pédagogique à cette riche exposition,  les éléments fondateurs  de son œuvre : matériaux d’une recherche théorique, dessins et manuscrits sont exposés dans les vitrines du péristyle et de la galerie de Valois.

undefinedLe puits de Kallichoron
Cinq sculpture de bronze



Née à Athènes en 1949, Vana Xenou est considérée comme l’une des
artistes grecques les plus importantes de sa génération. Elle a fait ses études à l’École supérieure des beaux-arts d’Athènes, puis de 1973 à 1974 à l’École supérieure des arts décoratifs de Paris et de 1973 à 1978 à l’Écolenationale supérieure des Beaux-arts de Paris. Elle est professeur à l’École nationale polytechnique d’Athènes, section Arts plastiques.


undefinedAxis, installation contenant: une sculpture de fer de 9 mètres, des branchages, des plaques de tôle noire


L'exposition du Palais Royal est en accès libre, du 17 octobre au 25 décembre 2007, suivant les horaires du jardin : 9 h à 19 h.

Cette exposition, dont le commissariat est assuré par Solange Auzias de Turenne, bénéficie du soutien du ministère de la Culture et de la Communication, de l'association « Sculptures au Palais Royal ». Elle profite également de la participation du ministère de la Culture grec et de l'Ambassade de Grèce en France.


Autres oeuvres au Palais Royal: les colonnes de Buren
                                                    la fontaine de Pol Bury


Photos: Catherine-Alice Palagret


 
Toujours pas de nouvelles du Pr Professeur Pierre-Epaminondas Boncam


Pierre-Epaminondas.jpgune des dernières photos du Professeur Pierre-Epaminondas Boncam

    Apollonie Boncam, sa cousine, voyant que l'enquête de gendarmerie piétine a décidé d'engager un détective privé. Ses amis affirment qu'Epaminondas est parti pour Pallas 21 pour sa deuxième campagne de fouilles. Elle n'en croit rien, trop d'indices prouvent le contraire. Le courrier s'empile chez le Professeur, le téléphone continue à sonner. Hier Apollonie a décroché. Un représentant de l'université d'Abou Dabi s'inquiétait de ne pas voir le Professeur. Il devait participer à une réunion du département d'archéologie, à la Sorbonne des Sables. Comment Epaminondas pourrait-il manquer une telle opportunité. Une chaire aux Emirats-Unis serait le couronnement de sa carrière, lui dont les découvertes sont tellement controversées. Prétextant un grave accident de voiture qui le retient alité, Apollonie a excusé l'absence de son cousin.
    Il faut qu'elle le retrouve. Il y a à Paris une agence de détectives, l'agence Duluc. Elle leur parlera de cette disparition mystérieuse.



undefined Duluc détective, enseigne au néon


    Ne sachant pas trop quelles sont les méthodes d'investigation aujourd'hui, Apollonie emporte la brosse à cheveux de son cousin, son ordinateur que les gendarmes ont rendu, ses factures, des lettres manuscrites. Les enquêteurs interrogent les voisins, font des filatures, examinent les relevés de téléphone mais ont-ils un laboratoire d'expertise comme les Experts de Las Vegas, de Manhattan ou de Miami? Il lui faudrait un archéologue du présent, un Gil Grisom, pour lire les infimes traces laissées par Pierre-Epaminondas. Ou même un Jack Malone, avec son équipe de fins limiers du FBI, capable de retrouver une personne disparue dans une fourmilière telle que New-York. Ou une Lillie Rush qui sait si bien découvrir les vérités enfouies des affaires classées (Cold Case). Ou le Gibbs de NCIS, à l'énergie débordande qui ne supporte pas les questions sans réponse.
Apollonie
se passionne pour les séries américaines et elle a fondé un club féminin dans son village, le club "Meurtres et punitions" où, avec ses amies, elles décortiquent les intrigues criminelles qui égayent leurs soirées. Comment trouver tant de plaisir à des histoires aussi sordides, c'est un mystére. Les séries françaises, grossièrement copiées sur les américaines, ne leur plaisent pas du tout, elles les trouvent ridicules et ne les regardent plus. Résultat, Apollonie et ses amies connaissent beaucoup mieux les méthodes de la police new-yorkaise que celle de la gendarmerie de leur pays. Si jamais elles étaient arrêtées, elles sont prêtes à invoquer le cinquième amendement. Apollonie sait bien que toutes ces fictions si réalistes ont leur part de licence poétique. La réalité ici en France, c'est que les gendarmes n'ont pas beaucoup bougé quand elle leur a déclaré la disparition de son cousin. Qui s'inquièterait de la disparition d'un adulte qui vient de fêter, entouré de tous ses amis, son départ pour une terra incognita? Apollonie. Apollonie s'inquiète.
    Aristide Sauveterre, croisé dans la rue hier, l'a prévenue qu'une enquête privée lui coûterait très cher!
- Très cher! Vous savez bien que ce serait
inutile puisque le Professeur et son équipe sont actuellement dans l'espace!
- Sottises, Aristide, je ne vous crois pas.
- Nous recevrons bientôt des nouvelles de l'expédition et tout le monde rira de votre affolement.

Apollonie l'a toisé de haut et elle est partie brusquement. Le collectionneur a peut-être un intérêt à ce qu'on ne retrouve pas le Professeur. Oui, mais lequel? Elle est la seule héritière de son cousin. A moins qu'il n'ait fait un nouveau testament. Il faut qu'elle parle à Maître Fangeaud-Real. C'est un vieil ami, il ne devrait rien lui cacher. Si il y a un nouvel héritier, elle doit le savoir; ce petit sournois de Ravenol peut-être? Si le professeur a organisé sa propre disparition, elle doit le savoir aussi. Tant de gens disparaîssent sans laisser de traces! Et maintenant il est sans doute trop tard.


    à suivre

Catherine-Alice Palagret



La nouvelle exposition de Jean Pierre Raynaud à la galerie Patrice Trigano


undefineddétail de l'affiche de "Raynaud peinture"

    Pendant que les marteaux-piqueurs pulvérisaient ses carreaux blancs dans le hall de Peugeot Neubauer, Jean-Pierre Raynaud préparait sa nouvelle exposition.

Une oeuvre est détruite, une autre naît
à la galerie Patrice Trigano sous le titre: “Raynaud peinture”  .

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    Après les pots monochromes géants, les carrelages blancs, Raynaud avec son travail sur les drapeaux a commencé des séries plus colorées. A l'Arsenal de Metz en 2007, il exposait "Objet drapeau" une installation de petits drapeaux de tous les pays tendus sur un chassis. Il y posait cinq ou six petits canards en plastiques aux couleurs acidulées rose, rouge, bleu, vert et jaune qui contrastaient ou se mêlaient aux couleurs franches des emblèmes nationaux.

Canard-Raynaud.jpg   

« L’enjeu ici c’est la rencontre d’un drapeau objet universel avec un jouet d’enfant autre objet universel » disait Raynaud.

Le contraste entre le drapeau, symbole violent du nationalisme, et d'un jouet de bain associé à l'imaginaire enfantin crée une curieuse impression de dé-réalité.
Le canard en plastique, jouet de bain pour les petits, inspire les artistes contemporains tels
Florentijn Hofman à la «biennale d'art contemporain de Nantes à Saint-Nazaire" ou Patrick Gofre et Marga Houtman à la recherche des petits canards jaunes disparus dans l'océan.

L'exposition "Raynaud peinture" tourne le dos à l'anecdotique et se recentre sur la couleur pure. Le titre montre bien qu'il s'agit de Raynaud et de rien d'autre. Les pièces exposées sont constituées de pots de peinture d'un kilo, tels qu'on en trouve dans le commerce. Plus besoin d'ouvrir le pot, plus besoin de pinceau!  Accrochés au mur de la galerie comme des tableaux, on est frappé par les ronds de couleurs franches des couvercles qui rythment la composition. Les pots sont blancs, débarrassés de leur étiquette. Sur un présentoir, cinquante pots s'empilent surmontés du mot “Raynaud” qui devient ainsi la marque de la peinture. Au sol, une composition de pots intitulée "hommage à Mondrian". Ces oeuvres sont modulables; les pots de peinture peuvent permuter de même que les carrés lumineux de Buren de la galerie Kamel Mennour pourraient s'exposer selon un motif différent.

En 1988  dans "container zéro" un cube d'acier, doublé de céramique blanche, Jean-Pierre Raynaud avait déjà utilisé des pots de peinture blancs fermé par un couvercle de couleur. En 2008 les pots reviennent sortis de leur écrin carrelé.

Jean-Pierre Raynaud déclare;
“Chez moi il n'y a pas de style, il n'y a qu'une méthode. La méthode Raynaud, c'est prendre le risque de se trouver avec moins que moins. Aujourd'hui avec le projet peinture, j'ai l'audace de penser que je fais quelque chose d'important. le mot peinture est une oeuvre en soi, je le revendique en tant qu'oeuvre. Ici l'idée de peinture m'apparait plus forte que la peinture elle-même. Je passe avant que celle-ci ne devienne de l'art, avant qu'elle ne devienne un chef-d'oeuvre. Je dépasse la peinture! Pour moi la peinture c'était un fantasme, c'était aussi la noblesse de l'Art. Je pose la peinture avant la peinture, c'est une fraîcheur du regard que j'ai, je peux oser faire cela (.. .) Matisse l'a fait avec des ciseaux, Pollock avec un bâton, Klein avec un rouleau, Jean-Pierre Raynaud fait de la peinture avec des pots'.

Galerie PATRICE TRIGANO
4, bis rue des Beaux-Arts 75006 PARIS
Tél: 01 46 34 15 01
http://www.artnet.fr/plansite.htm

Du 15 janvier au 15 mars 2008


   
Les porte-menus:
art populaire, art de la rue

   Comme les enseignes accrochées au-dessus des boutiques, les porte-menus extérieurs sont une forme de publicité très ancienne. Stricto sensu, les portes-menus ne concernent que les restaurants. Dans un sens large, on appellera ainsi dans cet article toutes les ardoises ou les panneaux peints posés sur le trottoir pour attirer le chaland. Les commerçants, eux, les désignent comme porte-menu, stop-trottoir, ardoise ou bobosse (1)!


           
                       Porte-menu traditionnels en bois découpé

    Silhouettes découpées dans du bois, du contre-plaqué ou de la tôle peinte,  elles trônent sur le trottoir devant les restaurants, les snacks et les commerces de bouche. De la taille d'un homme, personnages et animaux portent une ardoise sur leur ventre où le commerçant inscrit à la craie ou au pinceau les plats du jour. Un coup d'éponge suffit à changer le menu. Le cochon du charcutier-traiteur propose des tripes ou de la choucroute, le boeuf de la gardianne et de la ratatouille, le poisson offre des crevettes et du thon.


Porte-menu-poissonnier--1-.jpgPoisson porte-menu devant le poissonnier


  Devant les restaurants, des porte-menus maîtres d'hôtel, garçons de café ou serveuses à l'air amical nous promettent des délices culinaires dont nous ne saurions nous passer.
    Souriant ou clignant de l'oeil, ils cherchent à nous faire entrer dans leur établissement en suscitant notre complicité. Cartoonesques ou caricaturaux, d'un mauvais goût assumé ou simplement naïfs, on ne les voit pas devant les grands restaurants qui dédaignent cette forme de communication trop "peuple". Les porte-menus à l'ancienne ne signalent bien souvent que des restaurants bon marché.


Diaporama: porte-menus



    Dans le quartier touristique de Saint-Séverin à Paris, où les petits restaurants se succèdent, les tenanciers rivalisent d'imagination pour accrocher le client. Les porte-menus plats en deux dimensions laissent la place à des statues. Une ardoise accrochée au cou, la Vénus de Milo côtoie un marbre grec, drapé dans un drapeau italien. Le marbre est en résine ou en plâtre, bien entendu. Comme des bateleurs muets, les silhouettes découpées ou moulées aguichent le client. Cette forme d'art populaire, commercial, plaît aux touristes étrangers. Ils prennent les porte-menus par le cou et se prennent en photo devant.


                                        Porte-menu en bois découpé


     Depuis toujours, les fabriquants de boissons ou de glace distribuent de simples ardoises avec leur marque ou logo dessus. Pour se distinguer, certains restaurants commandent des panneaux de bois peints personnalisés.
   Les porte-menus figuratifs sont progressivement remplacés par de simples présentoirs en métal aux lignes épurées. D'autres, plus compliqués, sont sur roulettes avec bac à fleurs intégré et néon. Tout aussi kitsches que les anciens modèles mais moins amusants.

  



    Il est probable que les porte-menus traditionnels ornés de joyeux drilles, poissons ou serveurs blagueurs, seront bientôt recherchés par les collectionneurs. Appréciés au second degré, récupérés, ils réapparaîtront peut-être devant les restaurants branchés.





    Les plus beaux porte-menus auraient leur place au MIAM (musée des arts modestes) de Hervé Di Rosa.





Grenouille verte coiffée d'un béret devant un pub à Paris





  




 Dans son installation Bizart Bazart, l'artiste Ben (Vautier) utilise deux portes-menus, un perroquet vert et un homme en tablier rouge. Le tavernier tient une ardoise sur laquelle Ben écrit de son écriture appliquée « Les musées ne servent à rien ». Petite provocation amusante: l'installation est bien sûr dans un musée.





Porte-menu tavernier dans Bizart Bazart, une installation de Ben
"Les musées ne servent à rien"

  

 Le
cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre conserve quelques porte-menus qu'il a dénichés dans les villages du Languedoc. Il a trouvé son plus beau, un homard rouge aux pinces menaçantes, dans un décharge il y a vingt ans.


   Créole porte-menu

    Les porte-menus en forme de cochon, de poisson ou de cuisinier sont toujours fabriqués en France par Polcréation. Ils sont maintenant moulés en résine et fibres de verre.  Dernièrement, Jérôme Savary a commandé un cuisinier pour un spectacle dans son nouveau théâtre "La boîte à rêves" à Béziers.

Nouveau porte-menu en résine


    Happy Days à Lyon fabriquent des personnages moulés, dans in style caricatural. Les pirates, vampires, clowns ou indiens tiennent à la main la classique ardoise. En attendant les porte-menus électroniques qui rendront caducs la craie et le pinceau.



1- Rien à voir avrc le chien enquêteur de la bande-dessinée ou la pièce de théâtre.


Catherine-Alice Palagret







Une oeuvre d'art réduite en morceaux 


    Aujourd'hui, mercredi  16 janvier 2008,  une installation de Jean-Pierre Raynaud  a été détruite au  marteau-piqueur pour laisser place à des travaux d'aménagement au siège de Peugeot Neubauer, 11 boulevard Gouvion Saint-Cyr à Paris. Il ne s'agissait pas d'une performance artistique mais bien de l'anéantissement programmé d'une oeuvre d'art pour raisons économiques.

Photos de la destruction

Pris dans le mur du hall d'entrée, le cube de béton de 3 mètres sur 3, était recouvert de carreaux de céramique blanche. Ces carreaux blancs de 15 centimètres sur 15 sont le motif de prédilection de l'artiste comme les rayures noires et blanches le sont pour Buren. Le cube servait de reliquaire à une fresque gréco-romaine. Tout a été détruit, l'oeuvre contemporaine de 1986 et l'oeuvre antique, Neubauer le propriétaire et le plasticien n'ayant pas réussi à s'entendre.


undefinedContainer zéro (1988), un cube de Jean-Pierre Raynaud au centre Pompidou à Paris


Jean-Pierre Raynaud acceptait que son oeuvre soit déplacée mais par ses propres techniciens, ce qui aurait coûté plus que le prix de l'installation, estimée à cent mille euros.
Neubauer a alors décidé de détruire l'oeuvre. L'artiste a donné son accord au dernier moment.
La démolition s'est faite sous contrôle d'huissier. Que deviendront les débris,? Seront-ils broyés, réduits en poussière?
Les débris du mur de Berlin ou les pièces remplacées de la Tour Eiffel, qui ne sont pas à l'origine des oeuvres d'art, sont très recherchés. Les morceaux de céramique, seuls témoins d'une oeuvre disparue, pourraient se vendre très cher mais serait-ce légal?

Jean-Pierre Raynaud est connu pour ses pots (blanc rouges ou doré), ses psycho-objets et ses cubes en céramique blanche dont l'un, Container zéro, est exposé à Beaubourg.


undefinedLe pot doré de Jean-Pierre Raynaud sur le parvis de Beaubourg à Paris


Il y a quelques années une oeuvre monumentale de Dubuffet avait échappée de peu à la destruction. Alors que Buren menace de détruire ses colonnes au Palais-Royal parce qu'elles sont mal entretenues, Raynaud voit son travail réduit à des gravats que piétinent les ouvriers. L'oeuvre,
aujourd'hui en ruine, était installée dans un lieu privé et peu la connaissait.



Le marteau-piqueur en action.



    Construit autour d'une pièce archéologique, le cube rejoint les oeuvres détruites au cours de l'histoire par les vandales, les iconoclastes, les récupérateurs de matériaux ou simplement le temps. Des archéologues du futur redécouvriront peut-être un jour des débris de céramique blanche. Seront-ils capable de faire la différence entre une oeuvre d'art et un simple carrelage? Ils étudieront la forme des cassures et comprendront qu'une puissante machine a infligé ces blessures. Ils y reconnaîtront  une volonté de destruction. Et que déduiront-ils des tesselles gréco-romaines mêlées aux décombres du XXIème siècle?

    Pendant que les marteaux-piqueurs pulvérisaient ses carreaux blancs dans le hall de Peugeot Neubauer, Jean-Pierre Raynaud préparait sa nouvelle exposition "Raynaud peinture" dans la galerie Patrice Trigano, à Paris.


Catherin-Alice Palagret


PERDRE SA VIE A LA GAGNER?


      Pour bien commencer l'année, alors que le baril de pétrole atteint les cent dollars, voici une proposition à contre-courant de la doxa sarkozienne "Travailler plus pour gagner plus".



undefinedaffiche de Courrier international au métro Place Clichy


     Courrier International publie un dossier sur la décroissance: "Travailler moins pour gagner moins et vivre heureux." (n° 896- 2 janvier 2008)

     Il ne s'agit plus de croissance zéro comme dans les années soixante-dix mais bien de décroissance afin d'arrêter la spirale infernale qui nous conduit à polluer sans fin et à épuiser les ressources de la terre sans pour autant être plus heureux. Les études du Dr Tim Kasser - The high price of materialism, MIT Press 2002 - montre que le niveau de vie augmente mais pas le nombre de gens qui se déclarent heureux. "L'argent ne fait pas le bonheur" dit le dicton mais il y contribue, ajoute le bon sens populaire. L'étude ne concerne que ceux qui mangent à leur faim, bien évidemment.
Dans les pays anglo-saxon,  les objecteurs de croissance, les «décélérateurs» (downsizers) ou les adeptes de la «simplicité volontaire» sont de plus en plus nombreux à attacher plus d'importance à la qualité de la vie qu'à la quantité des biens qu'ils pourraient acquérir.


Serge Hefez
analyse l'article de Courrier International:
Pour Kasser, l’hyperconsommation comme réponse à l’insécurité est un mécanisme d’adaptation destructeur. Le génie d’un système fondé sur l’insécurité est en effet auto-alimenté : plus on ressent de l’insécurité, plus on est matérialiste ; plus on est matérialiste, plus on ressent de l’insécurité. Les valeurs matérialistes largement en augmentation chez les adolescents des deux côtés de l’Atlantique, engendrent de l’angoisse, de la dépression et des ruptures des liens sociaux. Des études montrent que les gens savent parfaitement quelles sont leurs véritables sources d’épanouissement : construire des relations solides, appartenir à une communauté, cultiver une bonne estime de soi-même. Mais une redoutable alliance d’intérêts politiques et économiques s’efforce de les en détourner pour les faire travailler plus et dépenser plus.
Ces considérations peuvent paraître oiseuses au moment où la plus grande partie de la planète vit en dessous du seuil de pauvreté et où une grande majorité d’entre nous cherche à défendre son pouvoir d’achat. Il est certain que depuis deux cents ans, l’énorme amélioration du bien-être des humains dans tous les domaines, logement, nutrition, hygiène, médecine, a été rendue possible par la croissance économique et par l’éducation et les innovations qu’elle a permis. Mais la défense du pouvoir d’achat dans les pays riches concerne pour beaucoup les nouveaux biens de consommation (écrans, ordinateurs, téléphones, gadgets divers) dont tous sont loin d’être indispensables. A quel moment déciderons-nous que les coûts marginaux de la croissance dépassent les bénéfices marginaux ? A quel moment considérerons-nous dans les pays riches que nous avons atteint le point auquel nous arrêter ?


En 1973, Gébé nous disait de faire un pas de côté dans son film l'an 01.

an-OI.jpgL'an 01 de Gébé: on arrête tout, on réfléchit et c'est pas triste.


En 1976, Alain Souchon chantait dans "S'asseoir par terre":

Tu verras bien qu'un beau matin fatigué
J'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté
Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi
Assis par terre comme ça

Depuis le temps qu'on est sur pilote automatique
Qu'on fait pas nos paroles et pas notre musique
On a le vertige sur nos grandes jambes de bazar
Alors pourquoi pas s'asseoir

Tu verras bien qu'un beau matin fatigué
J'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté
Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi
Assis par terre comme ça


J'appuie sur la gâchette accélérateur
Y'a que des ennemis dans mon rétroviseur
Au-dessus de cent quatre-vingts je perds la mémoire
Alors pourquoi pas s'asseoir

Tu verras bien qu'un beau matin fatigué
J'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté
Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi
Assis par terre comme ça


La nuit je dors debout dans un R.E.R.
Dans mon téléphone tu sais j'entends la mer
Y'a pas le soleil dans ma télé blanche et noire
Alors pourquoi pas s'asseoir



Le vieux rêve soixante-huitard n'est pas mort.


voir: le chantage à l'emploi - un bouleversement historique du travail  Newsweek 2004 (en français).

Catherine-Alice Palagret


 
De Félix le Chat (1927) au Lapin de Jeff Koons (2007)



    Depuis 1924, le quatrième jeudi de novembre, les grands magasins Macy's organisent la Parade de Thanksgiving à New-York. Les premières parades montraient des animaux vivants empruntés au zoo. Le premier ballon fut Felix le Chat en 1927, un personnage très populaire crée par Pat Sullivan et Otto Messmer.


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Le ballon de Felix le Chat, ici dans une parade au Canada.











Rabbit, le gigantesque lapin gonflé à l'hélium, de Jeff Koons, à la parade de Macy's



  




     La chaine NBC retransmet la parade dans tout le pays depuis quarante ans.
Dès neuf heures du matin jusqu'à midi, deux millions et demi de spectateurs se massent le long de Broadway  et de la 34 ème rue pour admirer le  célèbre défilé de fanfares, de ballons géants et de chars représentant des personnages issus de la culture populaire enfantine.





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           Kermit la grenouille salue la foule, suivie de Hello Kitty

   
    Cette année la 83 ème parade de Thanksgiving day présentait à côté de Kermit, Kitty et  Mr Patate, un nouveau ballon un peu inhabituel: « Rabbit » réalisé d'après une sculpture de Jeff Koons, un des artistes contemporains les plus chers du monde.

    Gonflé à l'hélium, mesurant 16 mètres sur 8, le gigantesque lapin a survolé les têtes des enfants étonnés qui ne reconnaissaient pas une de leurs idoles. Jusqu'ici les ballons ont toujours été des personnages familiers très populaires de l'imaginaire enfantin: leur apparition suscitent des cris d'enthousiasme. La parade repose sur la reconnaissance et la complicité et le lapin volant est encore un inconnu, presqu'un intrus, une énigme pour les petits.


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- C'est qui, Man, c'est qui?
- Je ne sais pas, mon coeur, c'est un beau lapin argenté tout brillant. Il est nouveau.
- C'est qui Pa? C'est qui dis?
- Je ne sais pas. Un nouveau dessin animé qui va sortir peut-être. Regarde plutôt Snoopy là-bas.




Rabbit, le lapin argenté de Jeffs Koons fait ses début à la parade de Thanksgiving day à New-York.


    Prêt à s'envoler vers le ciel, chaque ballon est solidement tenu en laisse par quatre-vingt participants bénévoles. Comme Dora, Pikachu et Shrek prisonniers du désir enfantin, le lapin anonyme a dignement descendu Broadway et la 34ème rue avant de s'arrêter devant les grands magasins Macy's.



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Shrek retenu au sol par des filins.

    Rabbit a suscité beaucoup moins d'enthousiasme que Pikachu, le Pokémon jaune à taches rouges ou que l'Ogre géant au visage vert.  Il y a plus de six milles photos de la parade sur Flickr et moins d'une cinquantaine de Rabbit, le lapin inconnu. Non identifié, il a peu intéréssé les photographes amateurs. De même sur Daily Motion sa présence est rare. Pourtant sa combinaison argentée de cosmonaute, d'une grande simplicité, tranchait au milieu des couleurs vives et des ornements des autres personnages-ballons. Les gratte-ciels se reflètaient sur son enveloppe polie comme un miroir. L'année prochaine, il aura plus de succès. La presse en aura parlé, il sera reconnu et attendu. Tel un scintillant chevalier blanc, il veillera sur la foule armé d'une carotte.

    Dans la foule, quelques parents ont peut-être identifié « Rabbit », le lapin exposé au musée d'art moderne à deux pas de là. Créé en 1986, Rabbit représente un lapin gonflable réalisé en acier inoxydable poli, haut d'environ un mètre.
« L'église et les gens riches exposent des objets polis qui prétendent exprimer la sécurité matérielle et la spiritualité. L'acier inoxydable est une fausse réflexion de cette mise en scène. » déclarait Jeff Koons.
L'acier inoxydable est aussi un matériau très commun en opposition au bronze ou à l'or, matériaux traditionnels des sculptures.


undefinedRabbit, le lapin d'acier inoxydable de Jeff Koons. 1986


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Selon le New-York Times du 4 avril 2008, un exemplaire de Rabbit, le lapin argenté de Jeffs Koons, a atteint des sommets dans une vente privée organisée par les héritiers d'Ileana Sonnabend, la célèbre galeriste morte en 1992.  On attribue cet achat mémorable aux courtiers en art  Franck Giraud, Lionel Pissarro et Philippe Ségalot, dit GPS. Ils ont devancé le galeriste Larry Gagosian, Christie's et Sotheby's qui tous convoitaient ce quadrupède d'un mètre de haut. Les ventes se succèdent mais Jeff Koons reste l'un des artistes contemporains les plus chers au monde.
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    La sculpture de Jeff Koons s'inspire d'un lapin gonflable très familier. Vendu à Pâques comme décoration, il orne les pelouses et les appartements. D'un petit objet fragile, léger et doux, l'artiste fait un moulage agrandi d'un mètre de haut. Solide et lourd, dur au toucher, son corps d'acier poli lui confère une certaine légèreté. Brillant comme une voiture de luxe, il reflète le décor autour de lui. Chacun peut s'y mirer et y voir ce qu'il veut, le lapin n'est jamais le même. Koons a transformé un jouet insignifiant et bon marché en une oeuvre d'art convoitée par les collectionneurs privés et les grands musées.


undefinedundefinedRabbit, le gigantesque lapin d'hélium de Jeff Koons

    En en faisant un ballon géant, Koons l'arrache à la pesanteur des musées et à l'esprit de sérieux, il lui redonne sa légèreté. Bientôt les boutiques de souvenirs vendront des répliques miniatures du ballon et la boucle sera bouclée. L'icône de Jeff Koons redeviendra le lapin de Pâques d'origine. Si la sculpture du MOMA se voulait une critique de la société de consommation, l'intention originale s'est perdue en chemin car le gigantesque lapin flottant au-dessus de Broadway n'est qu'un divertissement populaire et familial, acclamé par une foule trépidante, charmée par la magie de ces gentils géants aussi légers que des nuages.



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              Snoopy l'As volant et Pikachu


A la fin des premières parades, les ballons étaient lâchés dans le ciel. Dommage que  cette pratique ait disparue. On imagine les spectateurs se ruant à la poursuite du lapin argenté, escaladant les grattes-ciel pour l'attraper et le mettant en pièces afin d'arracher un morceau de sa belle armure.



undefinedLe premier artiste à rejoindre la parade a été Tom Otternessn en 2005,. Tom Otterness est connu pour ses bronzes, des personnages aux formes rondes de dessin animé. Il a crée un Humpty Dumpy gonflable: une baudruche orange et jaune, grosse comme un camion et suspendue dans sa chute la tête en bas. «J'aimais beaucoup les anciennes parades. J'ai grandi au Kansas et c'est grâce au petit écran que j'ai connu New-York. Ces parades, c'était vraiment de l'art et j'essaye de retrouver cet esprit, un vrai art populaire. ... J'aime m'introduire chez les gens, sur leur écran de télévision, le matin de Thanksgiving. » déclare Tom Otterness  in artinfo, octobre 2006 


    Après Tom Otterness, Jeff Koons est ainsi le deuxième artiste à faire son entrée dans la Blue sky gallery (la galerie du ciel bleu). Ses oeuvres, proches de l'esprit d'enfance, s'intègrent facilement à une fête populaire. Le ballon n'est pas à vendre mais il pourrait valoir beaucoup s'il était mis aux enchères tant la cote de Jeff Koons est haute.
Macy's, le propriétaire du lapin, a l'intention de le faire défiler dans ses prochaines parades et aimerait attirer d'autres artistes contemporains.

    Quel nouvel artiste acceptera que son oeuvre devienne une baudruche géante à la parade de Macy's en 2008? Barry Flanagan et son  lapin dansant pourrait tenir compagnie à celui de Jeff Koons. Jim Dine et ses Pinocchio? Botero et une de ses grosses dames nues? Leur aspect lisse et rassurant s'intégrerait bien à une fête populaire, quoique la nudité pose problème aux prudes américains. Verrons nous une nana de Niki de Saint-Phalle planer sur Broadway ou son oiseau de feu, plus consensuel? Le requin de Damian Hirst? Non, trop inquiètant pour un public familial. Par contre son crâne recouvert de diamants pourrait participer aux festivités du jour des morts, mais au Mexique.


voir:
la visite de l'atelier de Jeff Koons mise aux enchères
        l
e nouveau projet de Jeff Koons à Los Angeles: la locomotive suspendue

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Liste des ballons géants participants à la 83 ème parade de Thanksgiving day organisée par Macy's.


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ABBY CADABBY de Sésame Street.
DORA l'exploratrice, l'héroïne des maternelles.
SNOOPY, l'as volant.
HELLO KITTY, la super-héroïne.
JOJO le clown.
KERMIT la grenouille du Muppets show.
MR. PATATE avec sa casquette de base-ball et sa bouteille d'eau.
PIKACHU le Pokémon. Le seul ballon dont les joues s'allument.
RONALD MCDONALD le clown des hamburgers.
SCOOBY-DOO le détective.
SHREK l'ogre géant










undefinedKermit la grenouille gigote au-dessus des spectateurs.




Ballons de taille moyenne:


"RABBIT"de JEFF KOONS
ARRTIE le pirate, à la recherche d'un trésor, d'après le ballon de 1947
BASEBALL, signée par  R.H. Macy.
LE SUCRE D'ORGE, vert et blanc.
CLOE le clown
ENERGIZER BUNNY, le lapin rose.
Une invention de Macy's qui ressemble beaucoup au lapin de la publicité des piles Duracell
LE POISSON VOLANT
BALLON DE FOOTBALL
HAROLD le pompier
ICE CREAM CONE, le cornet de glace
KIT et l'elfe de Charlie
LES ETOILES DE MACY'S
LES  BALLOONS DE MACY'S, citrouilles et flocons de neige
LA PLANETE TERRE
SNOWBO, le bonhomme de neige.


voir le site officiel de la parade


Catherine-Alice Palagret


Comment se débarasser des mauvais souvenirs

"Je veux dire bon débarras: au roman que je voulais écrire, je n'y arrive pas. Aux grasses matinées le jour des élections."
C'est le message que
Daniel, créateur de pub de 35 ans, d'Hester Street, vient de glisser dans la gueule du broyeur de détritus.



undefined"Je veux dire bon débarras aux mauvais patrons"
Les mauvais souvenirs de 2007 le jour du Bon Débarras


Le broyeur, installé à Times Square le 28 novembre dernier par The Time Square Alliance déchiquète tous les mauvais souvenirs de 2007: les musiques horribles, la mode hystérique et les amours défuntes. Les mauvais karmas sont réduits en bouillie. Une sorte d'exorcisme laïc.

Amusés par ce nouveau rite de passage, les new-yorkais sont arrivés avec des liasses de vieilles factures, des lettres d'amoureux infidèles, des photos de désamour et même des grilles-pains cassés qui hélas ne rentraient pas dans la machine.

Sybill, d'Hoboken, jette des lettres qu'elle n'a pas relues depuis cinquante ans: "Je l'ai attendu longtemps mais il n'est pas revenu comme promis. Alors j'en ai épousé un autre. Nous avons trois enfants et cinq petits-enfants. Finalement, j'ai eu une bonne vie."

Ruben, la cinquantaine, chef de travaux à Hicksville, jette les graines de son perroquet qui s'est échappé: "Eugenio n'a pas dû survivre longtemps hors de sa cage. Tant pis pour lui."

Liz est venue de Brooklyn. Jeune mariée de 24 ans, elle jette des lingettes bactéricides toutes déssèchées. " Assez de ménage."

Dylan, cinq ans, porté par son père veut jetter le robot tout neuf qu'il a  écrasé en tombant dessus. Il est trop ému pour dire quelque chose. Malheureusement, les morceaux risqueraient d'endommager le broyeur et il va le jeter dans une poubelle.


undefinedle broyeur


En faisant la queue, les new-yorkais écrivent sur de petits papiers leur soucis, leurs phobies, leurs errements, se promettant de ne plus y penser en 2008.

Ellen, de South Plainsfield, gribouille:

"Je veux dire bon débarras: aux céréales au miel et auxOGM."

Stevens la trentaine, de Riverdrive a soigneusement écrit au dessous d'un portrait au crayon: "Que son nom soit oublié à jamais." Après cet meurtre symbolique, il repart en souriant, près à affronter la nouvelle année.

Georges, 24 ans, trader à Wall Street: "Bon débarras aux réveillons du jour de l'an chez des inconnus." "L'année dernière, je me suis retrouvé dans un truc incroyable. Cette année, j'évite, c'est sûr"


Le jour du grand débarras est, semble-t-il inspiré d'une coutume d'Amérique du Sud. En fin d'année, les mexicains dressent une liste de tous les mauvais souvenirs puis ils glissent le papier replié dans une poupée destinée au bûcher.
A Naples, pendant le réveillon du jour de l'an, les habitants jettent dans la rue des frigidaires cassés, des canapés défoncés et tous les encombrants dont ils ne veulent plus. Cette année, avec les ordures qui s'amoncellent dans les rues à cause d'une mauvaise gestion endémique, on ne voit pas grande différence.*
On observe aussi une coutume assez semblable en Océanie chez "les hommes des nuages" de Nova-Esperanza.
Les organisateurs du Good Riddance Day ne voulaient pas transformer Manhattan en Bronx des années soixante-dix ni y allumer des feux de joie. Le choix d'un Grand Broyeur a moins de panache mais il est plus adaptée à un Time Square rénové.


undefinedle camion -poubelle de Good riddance day


Grâce à cette cérémonie collective où chacun  tente d'effacer de sa mémoire la tristesse, les frustrations et la colère des douze derniers mois, les participants sont reparti plus légers. Un camion chargé de mauvais souvenirs réduits en fine bandelettes de papier est parti pour la décharge.
Il est curieux qu