Daniel Buren à la galerie Kamel Mennour
Oeuvre de Daniel Buren: Dx carrés de couleur et deux rayés
Comme Jean-Pierre Raynaud qui voit son cube de céramique blanche
détruit la semaine où il propose une nouvelle exposition, Daniel Buren, peu après son cri d'alarme sur
l'état lamentable des "deux plateaux" (les colonnes rayées noires et blanches du Palais Royal), présente ses dernières installations à la nouvelle galerie de Kamel Mennour, rue Saint-André
des arts à Paris. Après les Anneaux à la Biennale de l'estuaire à Nantes et l'arche du pont de Bilbao, Daniel Buren continue
son travail in situ, cette fois à l'abri des murs d'une galerie.
C'ETAIT, C'EST, CE SERA, Travaux situés in situ
Oeuvre de Daniel Buren: Une vitre jaune et une vitre bleue encadrées de rayures blanches et noires. Vue à travers.
Oeuvre de Daniel Buren: Une vitre jaune et une vitre bleue encadrées de rayures blanches et noires
In situ, les transparences, les ombres et les reflets des néons font vivre les installations quand on se déplace. Petite précision: l'échelle ne fait
pas partie des travaux "situé in situ".
Daniel Buren et Jean-Pierre Raynaud utilisent tous deux des couleurs franches et des formes simples. L'un fait des carrés, l'autre des ronds.
Communiqué de presse:
Habitué à concevoir des projets pour de nouveaux lieux, c'est néanmoins la première fois que Daniel Buren se retrouve à construire
pour un espace qui est lui-même en construction. D'où une appréhension qui s'est faite d'après les plans et surtout grâce à une anticipation nourrie d'expérience: “l'espace du lieu me donne
certaines routes, certaines visions. Ici, j'ai eu la sensation que ce qui pourrait exister par la suite dans un autre lieu resterait en partie attaché à ce lieu-ci. C'est, ce sera.“
(1)
En effet, quand on pense au travail de Daniel Buren, c'est avant tout l'indiscociabilité entre l'oeuvre et l'espace qui s'impose. Reconnaissable entre tous par ses
rayures verticales dont la largeur est invariablement de 8,7 cm, Daniel Buren s'est singularisé dès la fin de 1967 en créant la notion d'oeuvre in situ: “un travail prenant en considération le
lieu dans lequel il se se montre/s'expose [qui] ne pourra être transporté autre part et [qui] devra disparaître à la fin de l'exposition.“(2) Par exemple, Les Deux Plateaux dans la cour
d'honneur du Palais Royal à Paris (1986). ...
Oeuvre de Daniel Buren: Un carré jaune devant la
fenêtre
Pour son exposition au 47, rue Saint-André des Arts, Buren formule pour la première fois la notion d'oeuvre située in situ .... Ainsi, explique-t-il, “on peut
imaginer que tous les éléments qui se trouvent dans cette exposition pourraient se trouver ailleurs mais tronqués, agrandis... avec des éléments en plus et en moins“. (4) En effet, ces travaux
sont “situés“ car ils répondent à une règle (leur définition est relative à l'espace) mais ils sont également in situ: ils se modulent pour s'adapter au nouveau lieu, et pour ceci - grande
première - des éléments peuvent être soit ajoutés soit retranchés... à condition bien sûr de conserver l'identité de l'oeuvre. Ainsi, “elle peut changer de façon drastique à cause du
nouveau lieu d'accueil“, ce qui fait rupture avec les “cabanes éclatées“ dont le nombre d'éléments est absolument invariant. L'intervention dans la première salle de la galerie combine, à ce
propos, des éléments in situ qui seront détruits à la fin de l'exposition (les adhésifs directement collés sur les murs), des parties qui peuvent être transportées, multiples et disposées d'une
autre façon (les caissons de bois) et d'autres éléments qui devront être refaits comme celui qui s'adapte à la banquette d'accueil de la galerie et qui fait partie de la salle pour le temps de
l'exposition.
Avec la notion d'oeuvre “située in situ“, le titre de l'exposition (C'était, c'est, ce sera) prend tout son sens. “C'était“ renvoie à la pensée de Buren, pour qui
“les expositions sont des suites de travaux précédents“ (5). ...
“C'est“ renvoie à
l'exposition telle qu'elle se donne présentement à voir tandis que le “Ce sera“ contient en germe d'autres propositions visuelles que pourrait générer l'oeuvre dans des contextes différents, si
elle trouve toutefois un nouveau lieu d'accueil.
Ainsi, on peut penser qu'une pièce pourrait être refaite sans la présence de l'artiste, mais seulement en suivant le programme inscrit au coeur de celle-ci. On
mesure donc le parcours accompli depuis la notion d'in situ.
En effet, dans un nouveau
contexte, l'oeuvre “située in situ“ fera mentir la formule de Verlaine. Elle ne sera pas “Ni tout à fait la même/Ni tout à fait une autre“ (6) mais comme Daniel Buren l'affirme, “la pièce sera
donc la même et complètement une autre“.
Marie-Cécile Burnichon, novembre 2007
(1), (4), (5) Entretien avec l'artiste le 3 novembre 2007
(2) Daniel Buren, in “catalogue raisonné thématique volume 2, cabanes éclatées 1975-2000 - “Notes sur le travail en rapport aux lieux où il s'inscrit, prises entre 1967 et 1975 et dont certaines
sont spécialement récapitulées ici“. Studio international, 190, printemps 1975
(6) Mon rêve familier, Verlaine, Poèmes saturniens, 1866

Exposition du 6 novembre 2007 au 19 janvier 2008.
Galerie Kamel Mennour, 47 rue Saint-André des Arts - 75006 Paris.
Tél.: 01 56 24 03 63.
Ouverture du mardi au samedi de 11h à 19h.
L'ancien hôtel particulier du 47 rue Saint-André des Arts. Au fond de la cour, la galerie Kamel Mennour
La galerie est installée dans un ancien hôtel particulier du XVII èmé siècle. Aménagée par Aldric Beckmann et Françoise N'Thépé, elle offre 300 m2
d'exposition.
Au rez-de-chaussée, un bel espace lumineux investi par les plasticiens les plus connus de la scène contemporaine, au sous-sol, la cave voutée appelée le
"tube" est un espace expérimental. Kamel Mennour y voit une « tête de pont entre l'art contemporain et d'autres formes artistiques ».
Damien Odoul, dont c'est la première
exposition personnelle y présente "Virtual fight et lymphatique".
Liens: Dan Flavin, un minimaliste américain qui travaille aussi in situ
Photos Catherine-Alice Palagret
La nouvelle exposition de Jean Pierre Raynaud à la galerie Patrice Trigano
détail de l'affiche de "Raynaud peinture"
Pendant que les marteaux-piqueurs pulvérisaient ses carreaux blancs dans le hall de Peugeot Neubauer,
Jean-Pierre Raynaud préparait sa nouvelle exposition.
Une oeuvre est détruite, une autre naît à la galerie Patrice Trigano sous le titre: “Raynaud peinture” .
Après les pots monochromes géants, les carrelages blancs, Raynaud avec son travail sur les drapeaux a commencé des
séries plus colorées. A l'Arsenal de Metz en 2007, il exposait "Objet drapeau" une installation de petits drapeaux de tous les pays tendus sur un chassis. Il y posait cinq ou six petits canards en plastiques aux couleurs acidulées rose, rouge, bleu, vert et jaune qui contrastaient ou se mêlaient
aux couleurs franches des emblèmes nationaux.
« L’enjeu ici c’est la rencontre d’un drapeau objet universel
avec un jouet d’enfant autre objet universel » disait Raynaud.
Le contraste entre le drapeau, symbole violent du nationalisme, et d'un jouet de bain associé à l'imaginaire enfantin crée une curieuse impression de dé-réalité.
Le canard en plastique, jouet de bain pour les petits, inspire les artistes contemporains tels Florentijn Hofman à la «biennale d'art contemporain de Nantes à Saint-Nazaire" ou Patrick Gofre et Marga Houtman à la recherche des petits canards jaunes disparus dans l'océan.
L'exposition "Raynaud peinture" tourne le
dos à l'anecdotique et se recentre sur la couleur pure. Le titre montre bien qu'il s'agit de Raynaud et de rien d'autre. Les pièces exposées sont
constituées de pots de peinture d'un kilo, tels qu'on en trouve dans le commerce. Plus besoin d'ouvrir le pot,
plus besoin de pinceau! Accrochés au mur de la galerie comme des tableaux, on est frappé par les ronds de
couleurs franches des couvercles qui rythment la composition. Les pots sont blancs, débarrassés de leur étiquette. Sur un présentoir, cinquante pots s'empilent surmontés du mot “Raynaud” qui
devient ainsi la marque de la peinture. Au sol, une composition de pots intitulée "hommage à Mondrian". Ces oeuvres sont modulables; les pots de peinture peuvent permuter de même que les carrés lumineux de Buren de la galerie Kamel Mennour pourraient s'exposer selon un motif différent.
En 1988 dans "container zéro"
un cube d'acier, doublé de céramique blanche, Jean-Pierre Raynaud avait déjà utilisé des pots de peinture blancs fermé par un couvercle de
couleur. En 2008 les pots reviennent sortis de leur écrin carrelé.
Jean-Pierre Raynaud déclare;
“Chez moi il n'y a pas de style, il n'y a qu'une méthode. La méthode Raynaud, c'est prendre le risque de se
trouver avec moins que moins. Aujourd'hui avec le projet peinture, j'ai l'audace de penser que je fais quelque chose d'important. le mot peinture est une oeuvre en soi, je le revendique en tant
qu'oeuvre. Ici l'idée de peinture m'apparait plus forte que la peinture elle-même. Je passe avant que celle-ci ne devienne de l'art, avant qu'elle ne devienne un chef-d'oeuvre. Je dépasse la
peinture! Pour moi la peinture c'était un fantasme, c'était aussi la noblesse de l'Art. Je pose la peinture avant la peinture, c'est une fraîcheur du regard que j'ai, je peux oser faire cela (..
.) Matisse l'a fait avec des ciseaux, Pollock avec un bâton, Klein avec un rouleau, Jean-Pierre Raynaud fait de la peinture avec des pots'.
Galerie PATRICE TRIGANO
4, bis rue des Beaux-Arts 75006 PARIS
Tél: 01 46 34 15 01
http://www.artnet.fr/plansite.htm
Du 15 janvier au 15 mars 2008
Une oeuvre d'art réduite en morceaux
Aujourd'hui, mercredi 16 janvier 2008, une installation de Jean-Pierre Raynaud a été détruite au marteau-piqueur pour
laisser place à des travaux d'aménagement au siège de Peugeot Neubauer, 11 boulevard Gouvion Saint-Cyr à Paris. Il ne s'agissait pas d'une performance artistique mais bien de l'anéantissement
programmé d'une oeuvre d'art pour raisons économiques.
Photos de la destruction
Pris dans le mur du hall d'entrée, le cube de béton de 3 mètres sur 3, était recouvert de carreaux de céramique blanche. Ces carreaux blancs de 15 centimètres sur 15 sont le motif de prédilection
de l'artiste comme les rayures noires et blanches le sont pour Buren. Le cube servait de reliquaire à une fresque gréco-romaine. Tout a été détruit, l'oeuvre contemporaine de 1986 et l'oeuvre
antique, Neubauer le propriétaire et le plasticien n'ayant pas réussi à s'entendre.
Container zéro (1988), un cube de Jean-Pierre Raynaud au centre Pompidou à Paris
Jean-Pierre Raynaud acceptait que son oeuvre soit déplacée mais par ses propres techniciens, ce qui aurait coûté plus que le prix de l'installation, estimée à cent mille
euros. Neubauer a alors décidé de détruire l'oeuvre. L'artiste a donné son accord au dernier moment.
La démolition s'est faite sous contrôle d'huissier. Que deviendront les débris,? Seront-ils broyés, réduits en poussière? Les débris du mur de Berlin ou les pièces
remplacées de la Tour Eiffel, qui ne sont pas à l'origine des oeuvres d'art, sont très recherchés. Les morceaux de céramique, seuls témoins d'une oeuvre disparue, pourraient
se vendre très cher mais serait-ce légal?
Jean-Pierre Raynaud est connu pour ses pots (blanc rouges ou doré), ses psycho-objets et ses cubes en céramique blanche dont l'un, Container zéro, est exposé à
Beaubourg.
Le pot doré de Jean-Pierre Raynaud sur le parvis de Beaubourg à Paris
Il y a quelques années une oeuvre monumentale de Dubuffet avait échappée de peu à la destruction. Alors que Buren menace de détruire ses colonnes au Palais-Royal parce qu'elles sont mal entretenues, Raynaud voit son travail réduit à des
gravats que piétinent les ouvriers. L'oeuvre, aujourd'hui en ruine, était installée dans un lieu privé et peu la connaissait.
Le marteau-piqueur en action.
Construit autour d'une pièce archéologique, le cube rejoint les oeuvres détruites au cours de l'histoire par les vandales, les iconoclastes,
les récupérateurs de matériaux ou simplement le temps. Des archéologues du futur redécouvriront peut-être un jour des débris de céramique blanche. Seront-ils capable de faire la différence entre une oeuvre d'art et un simple carrelage? Ils étudieront la forme des cassures et comprendront
qu'une puissante machine a infligé ces blessures. Ils y reconnaîtront une volonté de destruction. Et que déduiront-ils des tesselles gréco-romaines mêlées aux décombres du XXIème siècle?
Pendant que les marteaux-piqueurs pulvérisaient ses carreaux blancs dans le hall de Peugeot Neubauer, Jean-Pierre Raynaud préparait sa
nouvelle exposition "Raynaud peinture" dans la galerie Patrice Trigano, à Paris.
Catherin-Alice Palagret
PERDRE SA VIE A LA GAGNER?
Pour bien commencer l'année, alors que le baril de pétrole atteint les cent dollars, voici
une proposition à contre-courant de la doxa sarkozienne "Travailler plus pour gagner plus".
affiche
de Courrier international au métro Place Clichy
Courrier International publie un dossier sur la décroissance: "Travailler moins pour gagner
moins et vivre heureux." (n° 896- 2 janvier 2008)
Il ne s'agit plus de croissance zéro comme dans les années soixante-dix mais bien de décroissance afin d'arrêter la spirale infernale qui
nous conduit à polluer sans fin et à épuiser les ressources de la terre sans pour autant être plus heureux. Les études du Dr Tim Kasser - The high price of materialism, MIT Press 2002 - montre que le niveau de vie augmente
mais pas le nombre de gens qui se déclarent heureux. "L'argent ne fait pas le bonheur" dit le dicton mais il y contribue, ajoute le bon sens populaire. L'étude ne concerne que ceux qui mangent à leur faim, bien évidemment.
Dans les pays anglo-saxon, les objecteurs de croissance, les «décélérateurs» (downsizers) ou les adeptes de la «simplicité volontaire» sont de plus en plus
nombreux à attacher plus d'importance à la qualité de la vie qu'à la quantité des biens qu'ils pourraient acquérir.
Serge Hefez analyse l'article de Courrier International:
Pour Kasser, l’hyperconsommation comme réponse à l’insécurité est un mécanisme d’adaptation destructeur. Le génie d’un système fondé sur
l’insécurité est en effet auto-alimenté : plus on ressent de l’insécurité, plus on est matérialiste ; plus on est matérialiste, plus on ressent de l’insécurité. Les valeurs matérialistes
largement en augmentation chez les adolescents des deux côtés de l’Atlantique, engendrent de l’angoisse, de la dépression et des ruptures des liens sociaux. Des études montrent que les gens
savent parfaitement quelles sont leurs véritables sources d’épanouissement : construire des relations solides, appartenir à une communauté, cultiver une bonne estime de soi-même. Mais une
redoutable alliance d’intérêts politiques et économiques s’efforce de les en détourner pour les faire travailler plus et dépenser plus.
Ces considérations peuvent paraître oiseuses au moment où la plus grande partie de la planète vit en dessous du seuil de pauvreté
et où une grande majorité d’entre nous cherche à défendre son pouvoir d’achat. Il est certain que depuis deux cents ans, l’énorme amélioration du bien-être des humains dans tous les domaines,
logement, nutrition, hygiène, médecine, a été rendue possible par la croissance économique et par l’éducation et les innovations qu’elle a permis. Mais la défense du pouvoir d’achat dans les pays
riches concerne pour beaucoup les nouveaux biens de consommation (écrans, ordinateurs, téléphones, gadgets divers) dont tous sont loin d’être indispensables. A quel moment déciderons-nous que les
coûts marginaux de la croissance dépassent les bénéfices marginaux ? A quel moment considérerons-nous dans les pays riches que nous avons atteint le point auquel nous arrêter
?
En 1973, Gébé nous disait de faire un pas de
côté dans son film l'an 01.
L'an 01 de Gébé: on arrête tout, on réfléchit et c'est pas triste.
En 1976, Alain Souchon chantait dans "S'asseoir par terre":
Tu verras bien qu'un beau matin fatigué
J'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté
Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi
Assis par terre comme ça
Depuis le temps qu'on est sur pilote automatique
Qu'on fait pas nos paroles et pas notre musique
On a le vertige sur nos grandes jambes de bazar
Alors pourquoi pas s'asseoir
Tu verras bien qu'un beau matin fatigué
J'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté
Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi
Assis par terre comme ça
J'appuie sur la gâchette accélérateur
Y'a que des ennemis dans mon rétroviseur
Au-dessus de cent quatre-vingts je perds la mémoire
Alors pourquoi pas s'asseoir
Tu verras bien qu'un beau matin fatigué
J'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté
Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi
Assis par terre comme ça
La nuit je dors debout dans un R.E.R.
Dans mon téléphone tu sais j'entends la mer
Y'a pas le soleil dans ma télé blanche et noire
Alors pourquoi pas s'asseoir
Le vieux rêve soixante-huitard n'est pas mort.
voir: le chantage à l'emploi - un bouleversement
historique du travail Newsweek 2004 (en français).
Catherine-Alice Palagret
De Félix le Chat (1927) au Lapin de Jeff Koons (2007)
Depuis 1924, le quatrième jeudi de novembre, les grands magasins Macy's organisent la Parade de Thanksgiving à
New-York. Les premières parades montraient des animaux vivants empruntés au zoo. Le premier ballon fut Felix le Chat en 1927, un personnage très populaire crée par Pat Sullivan et Otto Messmer.


Le ballon de Felix le Chat, ici dans une parade au Canada.
Rabbit, le gigantesque lapin gonflé à l'hélium, de Jeff Koons, à la parade de Macy's
La chaine NBC retransmet la parade dans tout le pays depuis quarante ans. Dès neuf heures du matin jusqu'à midi, deux millions et demi de spectateurs se massent le long de Broadway et de la 34 ème rue pour admirer le célèbre défilé de
fanfares, de ballons géants et de chars représentant des personnages issus de la culture populaire enfantine.

Cette année la 83 ème parade de Thanksgiving day présentait à côté de Kermit, Kitty et Mr Patate, un nouveau ballon un peu inhabituel: « Rabbit » réalisé d'après une sculpture de Jeff Koons, un des artistes contemporains
les plus chers du monde.
Gonflé à l'hélium, mesurant 16 mètres sur 8, le gigantesque lapin a survolé les têtes des enfants étonnés qui ne
reconnaissaient pas une de leurs idoles. Jusqu'ici les ballons ont toujours été des personnages familiers très populaires de l'imaginaire enfantin: leur apparition suscitent des cris
d'enthousiasme. La parade repose sur la reconnaissance et la complicité
et le lapin volant est encore un inconnu, presqu'un intrus, une énigme pour les
petits.
- C'est qui, Man, c'est qui?
- Je ne sais pas, mon coeur, c'est un beau lapin
argenté tout brillant. Il est nouveau.
- C'est qui Pa? C'est qui dis?
- Je ne sais pas. Un nouveau dessin animé qui va sortir peut-être. Regarde plutôt Snoopy là-bas.
Rabbit, le lapin argenté de Jeffs Koons fait ses début à la parade de Thanksgiving day à New-York.
Prêt à s'envoler vers le ciel, chaque ballon est solidement tenu en laisse par quatre-vingt participants
bénévoles. Comme Dora, Pikachu et Shrek prisonniers du désir enfantin,
le lapin anonyme a dignement descendu Broadway et la 34ème rue avant de s'arrêter devant les grands magasins Macy's.
Shrek retenu au sol par des filins.
Rabbit a suscité beaucoup moins d'enthousiasme que Pikachu, le Pokémon jaune à taches rouges ou que l'Ogre géant au visage vert. Il y a plus de six milles photos de la parade sur Flickr et moins d'une cinquantaine de Rabbit, le lapin
inconnu. Non identifié, il a peu intéréssé les photographes amateurs. De même sur Daily Motion sa présence est rare. Pourtant sa combinaison argentée de
cosmonaute, d'une grande simplicité, tranchait au milieu des couleurs vives et des ornements des autres personnages-ballons. Les gratte-ciels se reflètaient sur son enveloppe polie comme un
miroir. L'année prochaine, il aura plus de succès. La presse en aura parlé, il sera reconnu et attendu. Tel un scintillant chevalier blanc, il veillera sur la foule armé d'une carotte.
Dans la foule, quelques parents ont peut-être identifié « Rabbit », le lapin exposé au musée d'art moderne à deux pas de là. Créé en
1986, Rabbit représente un lapin gonflable réalisé en acier inoxydable poli, haut d'environ un mètre.
« L'église et les gens riches exposent des objets polis qui prétendent exprimer la sécurité matérielle et la spiritualité. L'acier
inoxydable est une fausse réflexion de cette mise en scène. » déclarait Jeff Koons.
L'acier inoxydable est aussi un matériau très commun en opposition au bronze ou à l'or, matériaux traditionnels des sculptures.
Rabbit, le lapin d'acier inoxydable de Jeff Koons. 1986
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Selon le New-York Times du 4 avril 2008, un exemplaire de Rabbit, le lapin argenté de Jeffs Koons, a
atteint des sommets dans une vente privée organisée par les héritiers d'Ileana Sonnabend, la célèbre galeriste morte en 1992. On attribue cet achat mémorable aux courtiers en
art Franck Giraud, Lionel Pissarro et Philippe Ségalot, dit GPS. Ils ont devancé le galeriste Larry Gagosian, Christie's et Sotheby's qui tous convoitaient ce quadrupède d'un mètre de
haut. Les ventes se succèdent mais Jeff Koons reste l'un des artistes contemporains les plus chers au monde.
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La sculpture de Jeff Koons s'inspire d'un lapin gonflable très familier. Vendu à Pâques comme décoration, il orne les pelouses et les
appartements. D'un petit objet fragile, léger et doux, l'artiste fait un moulage agrandi d'un mètre de haut. Solide et lourd, dur au toucher, son corps d'acier poli lui confère une certaine
légèreté. Brillant comme une voiture de luxe, il reflète le décor autour de lui. Chacun peut s'y mirer et y voir ce qu'il veut, le lapin n'est jamais le même. Koons a transformé
un jouet insignifiant et bon marché en une oeuvre d'art convoitée par les collectionneurs
privés et les grands musées.

Rabbit, le gigantesque lapin d'hélium de Jeff Koons
En en faisant un ballon géant, Koons l'arrache à la pesanteur des musées et à l'esprit de sérieux, il lui
redonne sa légèreté. Bientôt les boutiques de souvenirs vendront des répliques miniatures du ballon et la boucle sera bouclée. L'icône de Jeff Koons redeviendra le lapin de Pâques
d'origine. Si la sculpture du MOMA se voulait une critique de la société de consommation, l'intention originale s'est perdue en chemin car le gigantesque lapin flottant au-dessus de Broadway
n'est qu'un divertissement populaire et familial, acclamé par une foule trépidante, charmée par la magie de ces gentils géants aussi légers que des nuages.

A la fin des premières parades, les ballons étaient lâchés dans le ciel. Dommage que cette pratique ait disparue. On imagine les spectateurs se ruant à la poursuite du lapin argenté,
escaladant les grattes-ciel pour l'attraper et le mettant en pièces afin d'arracher un morceau de sa belle armure.
Le premier artiste à rejoindre la parade a été Tom Otternessn en 2005,. Tom Otterness est connu pour ses bronzes, des personnages aux formes
rondes de dessin animé. Il a crée un Humpty Dumpy gonflable: une baudruche orange et jaune, grosse comme un camion et
suspendue dans sa chute la tête en bas. «J'aimais beaucoup les anciennes parades. J'ai grandi au Kansas et c'est grâce au petit écran que j'ai connu
New-York. Ces parades, c'était vraiment de l'art et j'essaye de retrouver cet esprit, un vrai art populaire. ... J'aime m'introduire chez les gens, sur leur écran de télévision, le matin de
Thanksgiving. » déclare Tom Otterness in artinfo, octobre 2006
Après Tom Otterness, Jeff Koons est ainsi le deuxième artiste à faire son entrée dans la Blue sky gallery (la
galerie du ciel bleu). Ses oeuvres, proches de l'esprit d'enfance, s'intègrent facilement à une fête populaire. Le ballon n'est pas à vendre mais il pourrait valoir beaucoup s'il était mis
aux enchères tant la cote de Jeff Koons est haute.
Macy's, le propriétaire du lapin, a l'intention de le faire
défiler dans ses prochaines parades et aimerait attirer d'autres artistes contemporains.
Quel nouvel artiste acceptera que son oeuvre devienne une baudruche géante à la parade de
Macy's en 2008? Barry Flanagan et son lapin dansant pourrait tenir compagnie à celui de Jeff
Koons. Jim Dine et ses Pinocchio?
Botero et une de ses grosses dames nues? Leur aspect lisse et rassurant s'intégrerait bien à une fête populaire, quoique la nudité pose problème aux prudes américains.
Verrons nous une nana de Niki de Saint-Phalle planer sur Broadway ou son oiseau de feu, plus consensuel? Le requin
de Damian Hirst? Non, trop inquiètant pour un public familial. Par contre son crâne recouvert de diamants
pourrait participer aux festivités du jour des morts, mais au Mexique.
voir: la visite de l'atelier de Jeff Koons mise aux enchères
le nouveau projet de Jeff Koons à
Los Angeles: la locomotive suspendue
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Liste des ballons géants participants à la
83 ème parade de Thanksgiving day organisée par Macy's.

ABBY CADABBY de Sésame Street.
DORA l'exploratrice, l'héroïne des maternelles.
SNOOPY, l'as volant.
HELLO KITTY, la super-héroïne.
JOJO le clown.
KERMIT la grenouille du Muppets show.
MR. PATATE avec sa casquette de base-ball et sa bouteille d'eau.
PIKACHU le Pokémon. Le seul ballon dont les joues s'allument.
RONALD MCDONALD le clown des hamburgers.
SCOOBY-DOO le détective.
SHREK l'ogre géant
Kermit la grenouille gigote au-dessus des spectateurs.
Ballons de taille moyenne:
"RABBIT"de JEFF KOONS
ARRTIE le pirate, à la recherche d'un trésor, d'après le ballon de 1947
BASEBALL, signée par R.H. Macy.
LE SUCRE D'ORGE, vert et blanc.
CLOE le clown
ENERGIZER BUNNY, le lapin rose.
Une invention de Macy's qui ressemble beaucoup au lapin de la publicité des piles Duracell
LE POISSON VOLANT
BALLON DE FOOTBALL
HAROLD le pompier
ICE CREAM CONE, le cornet de glace
KIT et l'elfe de Charlie
LES ETOILES DE MACY'S
LES BALLOONS DE MACY'S, citrouilles et flocons de neige
LA PLANETE TERRE
SNOWBO, le bonhomme de neige.
voir le site officiel de la parade
Catherine-Alice Palagret
Comment se débarasser des mauvais souvenirs
"Je veux dire bon débarras: au roman que je voulais écrire, je n'y arrive pas. Aux grasses matinées le jour des élections."
C'est le message que Daniel, créateur de pub de 35 ans, d'Hester Street, vient de glisser dans la gueule du broyeur de
détritus.
"Je veux dire bon débarras aux mauvais patrons"
Les mauvais souvenirs de 2007 le jour du Bon Débarras
Le broyeur, installé à Times Square le 28 novembre dernier par The Time Square Alliance
déchiquète tous les mauvais souvenirs de 2007: les musiques horribles, la mode hystérique et les amours défuntes. Les mauvais karmas sont réduits en
bouillie. Une sorte d'exorcisme laïc.
Amusés par ce nouveau rite de passage, les new-yorkais sont arrivés avec des liasses de vieilles factures, des lettres d'amoureux infidèles, des photos
de désamour et même des grilles-pains cassés qui hélas ne rentraient pas dans la machine.
Sybill, d'Hoboken, jette des lettres qu'elle n'a pas relues depuis cinquante ans: "Je l'ai attendu longtemps mais il n'est pas revenu comme promis. Alors j'en ai épousé un autre. Nous avons trois
enfants et cinq petits-enfants. Finalement, j'ai eu une bonne vie."
Ruben, la cinquantaine, chef de travaux à Hicksville, jette les graines de son perroquet qui s'est échappé: "Eugenio n'a pas dû survivre longtemps hors de sa cage. Tant pis pour lui."
Liz est venue de Brooklyn. Jeune mariée de 24 ans, elle jette des lingettes bactéricides toutes déssèchées. " Assez de ménage."
Dylan, cinq ans, porté par son père veut jetter le robot tout neuf qu'il a écrasé en tombant dessus. Il est trop ému pour dire quelque chose.
Malheureusement, les morceaux risqueraient d'endommager le broyeur et il va le jeter dans une poubelle.
le broyeur
En faisant la queue, les new-yorkais écrivent sur de petits papiers leur soucis, leurs phobies, leurs errements, se promettant de ne plus y penser en 2008.
Ellen, de South Plainsfield, gribouille:
"Je veux dire bon
débarras: aux céréales au miel et auxOGM."
Stevens la trentaine, de Riverdrive a soigneusement écrit au dessous d'un portrait au crayon: "Que son nom soit oublié à jamais." Après cet meurtre symbolique, il repart en souriant, près à
affronter la nouvelle année.
Georges, 24 ans, trader à Wall Street: "Bon débarras aux réveillons du jour de l'an chez des inconnus." "L'année dernière, je me suis retrouvé dans un truc incroyable. Cette année, j'évite, c'est
sûr"
Le jour du grand débarras est, semble-t-il inspiré d'une coutume d'Amérique du Sud. En fin d'année, les mexicains dressent une liste de tous les mauvais
souvenirs puis ils glissent le papier replié dans une poupée destinée au bûcher.
A Naples, pendant le réveillon du jour de l'an, les habitants jettent dans la rue des frigidaires cassés, des canapés défoncés et tous les encombrants dont ils ne veulent plus. Cette année, avec
les ordures qui s'amoncellent dans les rues à cause d'une mauvaise gestion endémique, on ne voit pas grande différence.*
On observe aussi une coutume assez semblable en Océanie chez "les hommes des nuages" de Nova-Esperanza.
Les organisateurs du Good Riddance Day ne voulaient pas transformer Manhattan en Bronx des années soixante-dix ni y allumer des feux de joie. Le choix d'un Grand Broyeur a moins de panache
mais il est plus adaptée à un Time Square rénové.
le camion -poubelle de Good riddance day
Grâce à cette cérémonie collective où chacun tente d'effacer de sa mémoire la
tristesse, les frustrations et la colère des douze derniers mois, les participants sont reparti plus légers. Un camion chargé de mauvais souvenirs réduits en
fine bandelettes de papier est parti pour la décharge.
Il est curieux qu
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