L'art dans la publicité et les vitrines
Les publicitaires s'inspirent souvent de l'art ancien ou contemporain, au premier ou second degré. Ils utilisent l'image d'un artiste (Picasso pour Apple), ou un nom même s'il n'a rien à voir avec le produit (Picasso pour Citroën).
Une simple reproduction d'un tableau ou d'un détail peut servir à vanter un produit ou une entreprise.
L'Oréal adopte les formes abstraites et les couleurs franches de Mondrian. Michel-Ange n'a pas peint les fresques de la chapelle Sixtine pour servir de banque d'images mais les publicitaires adorent le piller. La création de l'homme, la main tendue de Dieu vers sa créature sont souvent reproduits, par les cafés San Marco par exemple. L'homme de Vitruve, un dessin de Vinci, est l'ancien logo de Manpower.
L'homme de Vitruve aux proportions parfaites, dessin de Léonard de Vinci dont s'est inspiré Manpower pour son logo
Parfois la publicité ne se contente pas de copier une oeuvre, elle la détourne:
- Sur une photo de rue on voit deux yuppies en costume sombre porter une sculpture moderne dans une rue de New-York. L'oeuvre pourrait être un Niki de Saint-Phalle. Un briquet Winston est incrusté en bas de l'image. Il s'agit en fait, hypocitement, de vendre des cigarettes.
- Les bières Carlton reconstituent un tableau pompier où des nymphes et des éphèbes dévêtus batifolent dans un décor champêtre, une bouteille à la main.
- Un canapé Roset dessiné par Castelbajac est exposé dans un musée, posé verticalement, au milieu de sculptures.
- Une bouteille de Johnny Walker est accrochée à un mobile de Calder.
- Les ferries P&O s'inspire d'une toile pointilliste de Georges Seurat, «un dimanche à la Grande Jatte», et ajoute un ferry à l'horizon.
Portraits composés avec des citrons dans le style d'Arcimboldo
- En 1989 Perrier crée deux têtes composées dans le style d'Arcimboldo. L'Ensorceleur et Le Taquin sont faits d'une accumulation de citrons verts ou jaunes.
Le but est toujours d'associer un produit très prosaïque à une image culturelle valorisante, exemple de raffinement et de créativité, ou de beauté.
Il arrive que le détournement crée le scandale. Le célèbre tableau de Leonard de Vinci, "la Cène" a été parodié de nombreuses fois. En 1998, Volkswagen commence une grande campagne avec un visuel représentant la Cène, dernier repas du Christ et des apôtres. Slogan: «Mes amis, réjouissons-nous, car une nouvelle Golf est née». Les catholiques apprécient peu l'esprit de dérision et la parodie de la parole évangélique; ils protestent. Procès. Jugement. Retrait des affiches.
Affiche publicitaire pour Marithé et François Girbaud
parodiant la Cène de Léonard de Vinci
En 2005 Marithé et François Girbaud, créateurs de vêtements, parodient de nouveau le célèbre tableau. Une seule affiche, rue de Neuilly, choque les catholiques: le Christ et les apôtres sont des femmes, sauf un homme au dos nu qui, assis sur la table, s'appuie langoureusement sur une des apôtres. Indignation. Procès. Jugement. Le tribunal décrète: «L’injure faite aux catholiques apparaît disproportionnée au but mercantile recherché». La publicité incriminée est recouverte d'une bâche avant d'être démontée.
Les affiches, en parodiant une oeuvre connue de tous, recherchaient la connivence avec le public mais une minorité militante a mal pris que la Cène, le dernier repas du Christ, une des images les plus symboliques du christianisme, soit ainsi caricaturée .
Avenue George V, l'agence de la banque Barclay's a collé sur ses vitres des photos faisant penser aux tableaux de Velasquez. Les
personnages sont richement parés de velours, de soie, de dentelle et de bijoux. Un chat siamois coiffé d'une tiare nous
regarde fixement. Le visage des élégants est masqué par un miroir encadré d'or. Le passant en s'approchant s'y reflète. Le message n'est pas très clair. Vivrons nous dans l'opulence et le
raffinement en ouvrant un compte dans cette banque
vitrine de la banque Barclay's, avenue George V.
Femme richement vêtue au visage miroir
Les étalagistes sont influencés par la vie artistique. Si un artiste est à la mode, ses idées sont reprises, ou n'est-ce qu'une coïncidence?
Jean-Pierre Raynaud a fait parler de lui en janvier 2008 quand un de ses cubes a été détruit au marteau-piqueur.
Sa nouvelle exposition, chez Patrice Trigano, intitulée « Raynaud peinture » montre des pots de peinture, seulement des pots de peinture sans étiquette.
Pots de peinture de Jean-Pierre Raynaud avec couvercles de couleur
de pots dorés ouverts et sans étiquette. Raynaud est aussi connu pour son pot doré exposé sur le parvis de Beaubourg.
La coulure de peinture figée en vagues douces se réfère quant à elle aux expansions de César.
vitrine de vêtements décorée de pot de peinture dorée
Chez Hermès, avenue George V, des pots d'aluminium fermés, portent des étiquettes « rose indèscent (?) », « indigo » et « vert indolent ». Cette saison les pots de peinture sont dans l'air du temps.
vitrine Hermès décorée de pots de peinture
Les idées circulent, les créateurs se citent et parfois se copient. En 2007, le photographe William Klein a accusé John
Galliano de plagiat. Le styliste de Dior avait utilisé la technique des « contacts peints », des planches contacts avec une photo entourée d'un trait, pour présenter
les photos des ses modèles.Dans le Figaro du 15.10.2007, William Klein a déclaré «C'est d'autant une manière qui
m'appartient que je l'ai longtemps cherchée, dit-il. Je reprenais ainsi un geste spécifique des photographes, qui entourent d'un trait gras la photo qu'ils veulent retenir. Mais je le
faisais en très grand, en pastel gras, en peinture acrylique ou à l'huile avant de trouver ce qui convenait : une laque, une laque rouge, jaune, brillante qui a, de plus, été mise au point
techniquement.» Bien que John Galliano n'ait copié aucune photo de Klein mais seulement son style, le 28 mars, le juge
Vallet, a donné raison au photographe. «Il n'est pas contesté que les publicités litigieuses reproduisent la composition
caractéristique des contacts peints dans l'ensemble des éléments qui en définissent l'originalité... La société John Galliano SA a délibérément emprunté ladite composition, pour présenter
les photographies de ses modèles.» La société John Galliano a été condamnée à verser 200.000 euros de provision (150.000 euros pour l'atteinte aux
droits patrimoniaux et 50.000 pour l'atteinte au droit moral) à M. William Klein.Une réaffirmation du droit d'auteur!
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Catherine-Alice Palagret









troupeau de bovins devant un mur peint































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