Les processions de Saraswati à Bénarès
En Inde, le culte de la déesse Saraswati, épouse de Brahma et soeur de Ganesh, donne lieu à une grande fête annuelle.
Au début du printemps, les écoliers et les étudiants hindous célèbrent la déesse de la sagesse, de la connaissance, de la musique et des arts.
Un autel dans la rue de la déesse hindou Saraswati.
A ses pieds, un cygne blanc.
Après le festival de Durga en octobre à Calcutta (Kolkata), de nombreux artisans
sculpteurs de Kumartuli voyagent dans toute l'Inde pour fabriquer des statues de Saraswati en paille et en argile. Saraswati, le visage et les mains peintes, est richement parée de tissus
brillants, de joyaux, de perles et de colliers de fleurs oranges. Les statues sont exposées plusieurs jours sur des autels provisoires dans la rue avant d'être immergées dans une rivière ou un
fleuve. Comme Ganesh à Bombay ou Durga à Calcutta, les effigies de Saraswati ne durent que le temps de la fête.
Au sein de l'école, les jeunes gens se cotisent pour acheter une statue de leur protectrice ou ils la fabriquent eux-mêmes. Des plus modestes portées par deux écoliers aux plus
ambitieuses trônant sur des charriots, les idoles font le tour du quartier sous l'oeil approbateur des hindous.
Un autel portatif de la déesse hindou
Saraswati
A Bénarès (Varanasi), fin février, des processions d'écoliers et d'écolières en uniforme, descendent les marches des ghats vers le Gange, portant de petites
idoles à deux ou quatre bras. Escorté de professeurs et de parents, le groupe monte dans une barque et s'éloigne de la rive.
Ecoliers portant une statue de la déesse
hindou Saraswati.
Ghat de Bénares.
Les enfants psalmodient des mantras en l'honneur de la déesse Saraswati.
« O déesse Saraswati
à la peau aussi claire que la lune couleur de jasmin
à la blanche guirlande de gouttes de rosée
au radieux et pur manteau blanc
aux bras magnifiques tenant le veena
au trône de lotus blanc
entourée et respectée des dieux, O déesse Saraswati, protège moi
Puisse tu me délivrer de ma paresse et de mon ignorance » 1
la déesse hindou Saraswati avec des écoliers
sur le Gange à Bénares.
Une fois les mantras et
les prières récitées, les enfants immergent la statue dans le fleuve sacré et la regardent s'éloigner avec espoir. Qu'elle puisse leur apporter la réussite aux examens! En Inde, où de nombreux
enfants ne vont pas à l'école, l'éducation, souvent payante, est très valorisée par les parents. L'aide de
Saraswati, déesse de la connaissance est essentielle pour assurer un meilleur avenir à leur progéniture.
Statue de la déesse hindou Saraswati
dérivant dans le Gange à Bénarès.
A la nuit tombée, les lycéens et les étudiants commencent leurs processions alors que les
jeunes filles restent sagement à la maison, les adolescents étant beaucoup moins recueillis que les écoliers. Traditionnellement la célébration de Saraswati est une fête religieuse d'une grande ferveur. Des chants sacrés devraient accompagner la procession et c'est sans doute le cas
dans beaucoup de village. Ici à Bénarès, les chants religieux sont noyés dans une musique profane tonitruante. Les jeunes gens dansent sur les tubes disco des derniers films à la mode. Le
visage et les cheveux saupoudrés de rouge, le front ceint d'un bandeau rouge ou orange, ils se déhanchent avec enthousiasme, s'inspirant des chorégraphies de Bollywood. L'alcool circule un peu,
il y a des bagarres et les policiers armés de bâton isolent les plus énervés. Un groupe de femmes âgées regarde ce déchaînement avec désapprobation: « Ce n'était pas comme ça autrefois, »
disent-elles, comme chaque année sans doute.
Char de la déesse hindou
Saraswati,
accompagnée de Shiva, Vishnou et Brahma.
Procession de nuit à Bénarès.
Posée sur un charriot, parfois un camion, la déesse Saraswati est assise sur un lotus blanc, symbole de pureté. Un cygne est à ses cotés et ses quatre bras semblent
bénir la foule. Elle tient un livre dans une main et joue de la vina, un instrument à cordes, de l'autre. Un deuxième charriot suit, trimbalant une sono assourdissante faite d'un empilement de
haut-parleurs hétéroclites. Un troisième charriot porte le groupe électrogène, le tout relié par un grand enchevêtrement de câbles. Les jeunes gens, aidés de gamins et d'hommes qui se mêlent à la
fête, poussent et tirent les charriots. Ils avancent difficilement sur le sol inégal. Les cahots font vaciller la statue et le mur de haut-parleurs. Cris de panique, rires, ordres
contradictoires, c'est une grande pagaille. La statue retrouve enfin son assise et la procession continue jusqu'au prochain obstacle. Armés de fourche, des lycéens soulèvent les nombreux fils
électriques qui relient les maisons. Les convois passent juste dessous. Les torchères encadrant une statue risquent de mettre le feu aux banderoles de la rue et les spectateurs retiennent leur
souffle. Quand une vache passe, insensible au bruit et à l'agitation, la procession s'arrête. Si la vache reste au milieu du chemin, on la pousse doucement, et la déesse peut continuer son
voyage.
Jeune hindou au visage poudré de rouge s'occupant de la musique à
la fête de Saraswati, la déesse de la
connaissance.
Dans la nuit mal éclairée, des dizaines de statues de Saraswati se succèdent pendant des heures, en direction du fleuve sacré.
Parfois Saraswati n'a que deux bras, parfois le cygne est absent. Les attributs de la déesse, comme tous ceux des dieux du panthéon hindou, sont très codifiés mais le manque de moyen et
l'imagination populaire aboutissent à des représentations plus ou moins fidèles. Les chars les plus ambitieux entourent Saraswati d'autre dieux: Brahma son époux, ou Ganesh son frère le plus
souvent mais aussi Vishnou et Shiva.
la déesse Saraswati portée par les lycéens
et les étudiants hindous
Les jeunes hommes et leurs charriots, convergent vers le Gange. Ils soulèvent la statue et descendent les marches jusqu'au fleuve. Au
milieu des cris de crainte et d'encouragement, Saraswati, qui peut mesurer deux mètres de haut, arrive enfin
près d'une barque. Quelques lycéens embarquent avec l'idole. Ceux restés sur la rive dansent toujours sur la musique obsédante. Dans l'obscurité, le rameur s'éloigne peu à peu du ghat et les
adolescents déposent Saraswati dans le fleuve. La déesse flotte sur l'eau entourée de dizaines de petites bougies. Laissant la place à un autre groupe, les garçons débarquent, un peu dégrisés,
heureux d'avoir accompli le rite qui leur assurera le succès dans leurs études.
Les processions s'étalent sur au moins trois jours, trois jours de vacarme et de joie. Les projecteurs aveuglants qui trouent l'obscurité, la
pulsation de la musique, les cris et les danses, la bousculade de la foule: tout cela crée un climat magique qui ravit les participants.
Le lendemain on retrouve des idoles disloquées sous la proue des bateaux ou échouées sur les marches des ghats. Elles sont éphémères. Une fois
leur fonction remplie, elles se délitent dans le fleuve sans que personne, à part les touristes, n'y prête attention.
Colliers de fleurs de la déesse Saraswati
échoués sur les marches d'un ghat à Bénarès.
Basant Panchami est dédié à la déesse. Ce jour là, de jeunes enfants commencent l'apprentissage de la lecture et du calcul dans une
cérémonie appelée "Khalli Chuai" . Les parents aident leurs enfants à écrire « om » le diphtongue sacré qui symbolise Brahma. Ce jour est favorable pour commencer l'étude
des trois R: reading (lecture), writing (écriture) et arithmetics. La croyance populaire hindou veut que les enfants qui commencent à étudier ce jour là recevront de la déesse des dons spéciaux.
(2)
Les grands dieux du panthéon hindouiste comme Shiva, Vishnou, Kali ou Ganesh ont de nombreux temples où les fidèles vont prier. Saraswati,
au contraire, est peu présente dans les temples mais un culte lui est rendu dans les maisons particulières hindous. Son icône est posée sur un petit autel, entourée de modestes offrandes.
Le style exhubérant des idoles indiennes est très kitsch pour un regard européen. La profusion de bijoux, dorures et fleurs n'est pas sans rappeler cependant
certaines saintes espagnoles ou mexicaines que les catholiques adorent avec autant de ferveur que les hindous adorent leurs déesses à
quatre ou dix bras.
Catherine-Alice Palagret
1- in L'hindouisme
2-
in Birthday of the goddess of wisdom

Le socle vide de Charles Fourier
Une cabine de verre posée sur un socle de pierre, voilà le drôle de spectacle qui s'offre à la vue des passants, place de Clichy.
Resté vide depuis maintenant soixante-sept ans, ce socle était celui de la statue en bronze de Charles Fourier (1772-1837), l'utopiste socialiste, le
théoricien des phalanstères. La statue en bronze fut installée en 1899.
socle en pierre de la statue de Charles Fourier, surmonté d'une cabine de verre. Place de Clichy
Statue de Charles Fourier.
Carte postale.
On lit sur le socle:
" CHARLES FOURIER
RÉVÉLATEUR DES LOIS DE L’HARMONIE UNIVERSELLE
PAR L’ASSOCIATION INTÉGRALE
1772 -1837
En cas de conflit armé, les statues de bronze sont menacées car elles servent à faire des canons. Déjà en 1792, les révolutionnaires fondirent les statues
royales. Pendant la seconde guerre mondiale, les métaux non ferreux sont rares. En juillet 1941, une campagne de récupération d'objets usuels tels que bouton de porte, chaudron, applique,
bougeoir, cadre de bicyclette etc est lancée. L'Etat paie le plomb six francs le kilo et 30 francs pour le cuivre et ses alliages, laiton, bronze, maillechort. Malgré la propagande, la récolte
est insuffisante 1.
Le 11 octobre 1941, le gouvernement de Vichy décrète:
Article 1: Il sera procédé à l'enlèvement des statues et monuments en alliage cuivreux sis dans les lieux publics et dans les locaux
administratifs qui ne présente pas un intérêt artistique ou historique.
La qualité artistique ou historique des statues en bronze est à la discrétion du Gouvernement qui en profite sans doute pour faire disparaître des grands hommes qui ne
partagent pas les valeurs du Maréchal.

Photographie tirée de l'ouvrage de Daniel Pellus
La Marne dans la Guerre 1939-1945, Éditions Horvath, 1987
accompagnée de la légende suivante :
« Le démantèlement d'un des monuments les plus célèbres de Reims,
le Monument aux Noirs, photographié clandestinement par Monsieur Cocset »
Afin de contribuer à l'effort de guerre nazi, la statue de Charles Fourier est enlevée ainsi que celles de Camille Desmoulins, Voltaire, Zola, Jean-Jacques Rousseau, Claude
Bernard, Charcot et bien d'autres.
Après la guerre, beaucoup de statues disparues de la place publique ont été remplacées. Place de Clichy, le Général Moncey trône au centre
de la place alors que ses exploits sont bien oubliés. Charles Fourier l'utopiste est toujours absent. Dérange-t-il encore, est-il encore trop subversif pour revenir malgré les nombreuses
demandes faites au Conseil de Paris?
Une première tentative de ré-installation de Charles Fourier eu lieu en mars 1969. Un petit groupe situationniste posa une réplique
de la statue en plâtre, couleur bronze, sur le socle vide. Une plaque indiquait «En hommage à
Charles Fourier, les barricadiers de la rue Gay-Lussac». L'utopiste fut enlevé quelques jours après sur ordre de la préfecture.
"Embrèvement numéro 3, Installation illicite d'oeuvre en milieu urbain"
socle en pierre de la statue de Charles Fourier, surmonté d'une cabine de verre. Place de
Clichy
Deuxième tentative en avril 2007, trente-huit ans après les Situationnistes. Le « collectif aéroporté » installe non une statue mais une cabine vide qui ne fait que souligner
l'absence de Charles Fourier.
Le collectif déclare:
« ...A l'aube, nous avons chargé sur un camion plateau à l'aide d'une grue, une sculpture d'une tonne deux et cinq mètres de haut - Verre
feuilleté et acier inoxydable.
Nous précaires, du collectif Aéroporté, avons érigé aujourd'hui cette
sculpture sur le socle en pierre de Charles Fourier.
......
Les Embrèvements ont pour fonction de déjouer les règles d'apparition institutionelles consacrées par les
musées, galeries et autres lieux. Cette action tente de faire passer un objet hors site, au rang d'oeuvre publique. Nous cultivons les paysages.»
La cabine transparente de la Place Clichy nous dit peut-être, comme Duchamp l'a démontré
avec son urinoir, que n'importe quoi posé sur un socle devient une oeuvre d'art. Ou qu'il n'y a plus personne à honorer
alors autant exposer une cabine téléphonique, relique technologique du XXè siècle. Un objet inutile, à l'heure du
téléphone portable, aussi dénué de sens que les statues d'illustres inconnus dont les triomphes ont disparus des mémoires depuis bien longtemps.
Sur le socle, la dédicace à Charles Fourier est presque effacée.
Dernièrement, un pochoir est apparu sur le socle: représentant Serge Gainsbourg et Jane Birkin, il vient rappeler, coïncidence ou intention, que Charles Fourier a beaucoup parlé
d'amour.
Socle en pierre de la statue de Charles Fourier. La dédicace est presque
effacée. Pochoir représentant Serge Gainsbourg et Jane Birkin. Je t'aime, moi non plus?
Un escalier métallique monte à la cabine de verre, invitant les passants à prendre la pose. Ils s'entassent dedans, rejouant la scène des Marx Brothers dans « Une
nuit à l'Opéra », où des dizaines de passagers entrent dans une minuscule cabine de bateau. Ici les jeunes gens s'écrasent contre les parois de
verre.
Aujourd'hui, l'escalier est interdit pour des raisons de sécurité.
A quoi servent les statues publiques?
- A honorer des citoyens remarquables dont « l'exemple élèvera l'âme du peuple » comme le proclamait le député Bienaimé à la Convention de 1794
2.
- A rappeler au passant que des « hommes illustres » et des
femmes, ont accompli de grandes choses au service du bien public. Les guerres sont propices au culte des héros et beaucoup de militaires ont eu cet
honneur. La statuaire parisienne a toujours célébré, en plus des soldats, des philosophes, des poètes, des savants. Les allégories étaient aussi très
appréciées: la République, la Nation, l'Europe etc...
- Les statues servent aux manifestations politiques. Les défilés républicains ou syndicaux vont de la Nation à la République. Le Front National se réunit
autour de la statue dorée de Jeanne d'Arc, place des pyramides.
- Les statues sont des lieux de rendez-vous, elles ornent la ville et font l'éducation artistique du
public.
La Ville de Paris recense environ 700 statues. Elles sont un livre d'histoire à ciel
ouvert et font partie du paysage parisien. Que serait la rue des écoles sans Montaigne, le carrefour de l'Odéon sans Danton, le Pont-Neuf sans Henri IV!


Allégorie de la République
à Clermont-L'Hérault
Allégorie de la République
à Agde
Sans revenir à la prolifération du dix-neuvième siècle où le pire côtoyait le meilleur, certaines oeuvres stockées au dépôt des
sculptures de la Ville de Paris mériteraient de revenir sur la place publique. Espérons le prochain retour de Charles Fourier sur son socle. Le moule existe-t-il encore ou y-a-t-il un
moulage quelque part? Les socles vides sont tristes.
Demandons aussi le retour d'Alfred de Musset, exilé au parc Monceau, devant la Comédie Française qu'il n'aurait jamais dû quitter.
Depuis la remise en question de l'art figuratif par les cubistes au début du vingtième siècle, l'art réaliste, et souvent pompier,
qui glorifie les hommes valeureux et les beaux sentiments est contesté. On peut admirer la maîtrise technique des artistes et se méfier de leur enthousiasme pour les vertus civiques. Trop
politiquement correct! A l'heure du désenchantement, rendre hommage aux grands hommes est un peu désuet, comme la légion d'honneur ou l'élection à l'Académie Française.
cabine transparente de la Place Clichy sur le socle de Charles Fourier
L'installation des statues ne va pas de soi. Il y a des cabales et des scandales. Soit le personnage choisi ne fait
l'unanimité, soit l'emplacement ne convient pas, soit l'oeuvre coûte trop cher et les finances publiques sont dilapidées.
Souvent le style choque. En son temps le Balzac de Rodin fut mal accueilli. Au vingtième siècle, Rimbaud l'homme aux semelles de vent
d'Ipousteguy, boulevard Victor Hugo, n'a pas convaincu. Le Centaure, hommage à Picasso, de César suscite toujours les ricanements.
Les nouvelles statues figuratives à Paris sont rares; Winston Churchill (1998) et Charles De Gaulle (2000) près du Grand
Palais, Thomas Jefferson face au musée d'Orsay, toutes trois réalisées par Jean Cardot. La statue de François Mitterrand est à Lille depuis 1998, une oeuvre de François Cacheux.

Statue de Thomas Jefferson
en face du musée d'Orsay.
Statue de Winston Churchill.
Devant le Petit Palais à Paris.
La non-installation des statues est aussi un problème. L'absence de Charles Fourier sur son socle est criante. Le Général métisse
Alexandre Dumas, père de l'auteur des Trois Mousquetaires, n'a jamais eu de statue. Une pétition en demande une.
En plus des guerres et de l'indifférence, un autre danger menace les statues de bronze. Depuis l'envolée mondiable des cours des
métaux non ferreux, les vols se multiplient. A coté des fils de cuivre volés sur les chantiers ou arrachés sur les lignes téléphoniques, des vols de bronze, artistiques ou non, sont signalés. De
vieux canons remisés dans des entrepôts, des objets liturgiques, des grilles disparaissent. En mai, au cimetière de Saint-Maure des Fossés, Val de
marne, on a retrouvé un sac plastique contenant des objets funéraires en bronze, sans doute oublé par les voleurs.
Sur l'île Maurice, la stèle de Ferney a été vandalisée. Le médaillon en bronze
du prince Maurice van Nassau a disparu. L'oeuvre commémorait l'arrivée des Hollandais sur l'île 3.
En 2006 déjà, un bronze de Henri Moore "reclining figure" pesant deux tonnes et demie a été volé dans un parc
en Angleterre. La police a retrouvé le camion et la grue utilisés par les voleurs pour emporter l'oeuvre mais pas l'oeuvre elle-même. Une récompense a été offerte. La valeur de l'oeuvre d'art est
certainement supérieure au prix du kilo de bronze et l'oeuvre ne sera sans doute pas fondue.
1- Vendanges de bronze. Jean-Pierre Koscielniak. Editions d'Albret. 2007.
2- in L'esthétique de la rue Colloque d'Amiens L'Harmattan 1998
3- in Le Mauricien
Des sculptures, des fossiles
et des faux ...
Depuis que Louise Bourgeois expose Maman, son araignée géante, dans le jardin des Tuileries, les araignées du cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre attirent les
curieux.
Araignée géante de Louise Bourgeois aux Tuileries devant le Louvre
Dans le jardin du collectionneur trois inquiétantes araignées géantes s'affrontent en un combat immobile. Aristide dit les avoir acquises sur
photo auprès de Dimitri Sergueï Kalnikov, un paléontologue amateur d'Oulan-Bator, en Mongolie. Non sans ironie, Aristide les a baptisées Euphrosyne, Thalie et Aglaé, les Trois
Grâces, car pour lui ces silhouettes de cauchemar sont la personnification de l'allégresse, de l'abondance et de la beauté.
Examinée de près, Euphrosyne laisse voir à travers sa carapace déchirée un squelette! Surprenant car les araignées n'ont pas de squelette! Il
s'agit peut-être d'une consolidation, un fossile de cette taille étant très fragile. L'armature est en bois entouré de corde. L'enveloppe, quant à elle, est en cuir bourré de boue et de
paille séchées. Il est évident qu'il ne s'agit pas de vraies arachnides dessèchées mais d'habiles reconstitutions. Admettant la supercherie, Aristide ne s'en émeut guère. Un cabinet de curiosités
contient aussi bien d'authentiques pièces rares que des faux notoires. Pour le collectionneur, ces oeuvres fabriquées par un artisan anonyme et génial valent bien de vrais fossiles. Fabriquées
avec des matières pauvres, cuir de yak, bois, chanvre et pigments naturels, elles datent selon lui des années vingt. S'agit-il d'une oeuvre d'art? Non, l'intention de l'artisan était de fabriquer
des fossiles qu'il pourrait vendre aux amateurs crédules. Le faussaire a-t-il vraiment floué quelqu'un? Sur photos peut-être. Peu importe, même fausses, les araignées fossiles sont assez
impressionnantes pour plaire aux collectionneurs.
Il y a trente ans, les Trois Grâces d'Aristide Sauveterre ont fait la une des journaux quand il les a montées dans son jardin mais depuis
plus personne ne s'y intéressait à part le Maire. Sa phobie des araignées est telle qu'il harcelait Aristide pour qu'il les enlève ou du moins les cache
derrière une bâche.
- Vous voyez trop de film d'horreur, se défendait le collectionneur. Comme si une araignée allait renaître, poursuivre les villageois, attraper une frêle jeune fille et la tenant délicatement
entre ses pattes chitineuses lui arracher voluptueusement la tête!
- Elles font peur aux enfants, assurait le Maire!
- Elles font plutôt peur aux adultes, répliquait Aristide. Les enfants sont fascinés par ces insectes géants: ils se perchent sur le mur pour mieux les voir. Qui
sait si un enfant du village ne deviendra pas un entomologue ou un paléontologue célèbre à cause d'elles.
Maintenant que les araignées géantes sont à la mode, le Maire voudrait mettre leur photo dans la brochure touristique de la ville. Aristide
refuse, il craint les hordes de touristes. Qu'ils se contentent de l'araignée des Tuileries! Il soupçonne d'ailleurs la plasticienne Louise Bourgeois de s'être inspiré de ses Trois
Grâces. Ne voit-elle pas, elle aussi, une figure féminine dans son monstre à huit pattes?
Autre coïncidence, Maman n'est pas loin des Trois Grâces d'Aristide Maillol, des grâces plus charnues que les Euphrosyne, Thalie et Aglaé du cabinet de
curiosités.
Les Trois Grâces. Groupe en bronze d'Aristide Maillol devant le Louvre.
Le cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre contient d'autres fossiles, pas plus authentiques que ses araignées monumentales. Au moins, ils tiennent à l'intérieur du cabinet
de curiosités. Il s'agit de minuscules squelettes de dinosaures, des faux du dix-neuvième siècle soigneusement fabriqués à partir d'os de tuco-tuco
par un taxidermiste bolivien en exil à Paris. Aristide a acheté ces petits animaux dans une boutique de livres anciens il y a trente ans.
Alors qu'il préparait Jurassic Park I, un assistant de Steven Spielberg, ayant entendu parler de ces dinosaures minuscules, est
venu prendre des photos de l'ensemble.
Un dinosaure animé à Jurassic Park. Photo: TheCx
Aristide n'a pas vu le film mais il ne serait pas surpris d'y trouver des créatures inspirées de sa collection.
T-Rex de Jurassix Park. Photo: wallyg
Minuscules ou géants, vrais ou faux, les fossiles d'Aristide Sauveterre s'intègrent parfaitement à sa collection de naturalia.
INSTALLATION D'UNE SCULPTURE DE RICHARD SERRA A PARIS
Dans les jardins des Tuileries, côté Concorde, une grue soulève une énorme tôle d'acier rouillé qui vient s'ajuster à une autre posée sur
la tranche. Un soudeur les raccorde sous l'oeil attentif des promeneurs. Un grand morceau attend sur le sol. Les ouvriers s'activent pour monter une monumentale sculpture de Richard Serra
longue de 36 mètres sur 3,40 de haut.
Installation de Clara-Clara, sculpture de Richard Serra dans le jardin des Tuileries à Paris.
La sculpture Clara-Clara, du nom de la femme de l’artiste, est formée de deux parenthèses inversées qui se tournent le dos et ne se
touchent pas, ménageant un chemin pour le promeneur qui peut aller de la place de la Concorde au jardin.
Installation de Clara-Clara, sculpture de Richard Serra.
Jardin des Tuileries à Paris.
Au fond l'obélique de la Concorde.
Légèrement inclinées, jouant de leur stabilité réelle et de leur instabilité visuelle, de leur
poids écrasant, les murailles dominent le passant, l'intimident. Puissantes, protectrices et menaçantes, elles interrogent les notions d'équilibre, de gravité et d'espace. Alors que dans la
sculpture classique le spectateur tourne autour de l'oeuvre et peut l'appréhender entièrement, ici il se promène au milieu de l'oeuvre, à l'intérieur et à l'extérieur, et n'en a pas une vue
d'ensemble sinon en trouvant un poste d'observation en hauteur.
"Le
spectateur devient conscient de lui-même. En bougeant la sculpture change. La contraction et l'expansion de la sculpture résulte du mouvement. Pas à pas, la perception non seulement de
la sculpture mais de l'environnement tout entier change." disait Richard Serra à propos de Tilted arc. Une analyse qui s'applique à toutes ses oeuvres et à toutes les oeuvres
in situ comme celles de Daniel Buren.
Installation de Clara-Clara, sculpture de Richard Serra. Jardin des Tuileries à Paris.
Posée dans le « fer à cheval », Clara-Clara réinvente radicalement l’entrée du jardin des Tuileries dessinée par Le Nôtre. Ses
deux feuilles d'acier courbées s'harmonisent aux deux rampes du fer à cheval qui mènent aux terrasses du jardin. Le canyon métallique, large côté Concorde, s'étrécit au centre avant de s'élargir
de nouveau vers le jardin permettant d'apprécier la rigueur classique du jardin à la française et de son bassin. La sculpture s’inscrit puissamment dans l'axe royal qui va du Louvre à
l’Arc de Triomphe, prolongé aujourd'hui jusqu'à l'arche de la Défense et aux jardins de Nanterre.
L'installation de la Clara Clara précède l'exposition Monumenta 2008 qui présentera au Grand Palais « Promenade », une
sculpture inédite de cinq pièces, de Richard Serra, du 7 mai au 15 juin 2008.
D’une hauteur de 60 mètres et d’une superficie de 13 500 m2, la nef accueillera facilement sous sa verrière aux nervures métalliques les gigantesques plaques,
hautes d'une vingtaine de mètres, conçues spécifiquement pour ce lieu magique.
Actuellement en construction dans les ateliers de l'usine Industeel, du groupe ArcelorMittal, à Châteauneuf, les oeuvres arriveront à Paris en
convoi exceptionnel. La couleur rouille des pièces est obtenue grâce à un enduit soigneusement contrôlé.
Conçue en 1983 pour le jardin des Tuileries, Clara-Clara, jugée trop encombrante, avait été démontée et stockée par la Ville de Paris. On
ne sait toujours pas où l'oeuvre sera définitivement installée à la fin de Monumenta. Difficile de trouver un lieu idéal pour cette énorme sculpture.
Installation de Clara-Clara, sculpture de Richard Serra.
Jardin des Tuileries à Paris.
Vue vers la place de la Concorde.
La confrontation de l'art contemporain monumental et des jardins classiques, au centre du Paris
historique, est controversée. Certains n'aiment pas qu'on « défigure » les lieux classés et l'oeuvre de Richard Serra ne leur plaira pas. Pas plus que la gigantesque araignée de Louise Bourgeois, à l'autre bout du
jardin, qui se mesure aux façades classiques du Louvre. D'un coté une oeuvre abstraite, minimaliste, d'une grande rigueur qui ne renvoie qu'à sa beauté plastique, de l'autre une oeuvre baroque
qui renvoie aux cauchemars et à l'arachnophobie. Le jardin de sculptures des Tuileries est de plus en plus intéressant.
Le Bon Samaritain de François-Léon Sicard
et Maman, l'araignée géante de Louise Bourgeois,
dans le jardin des Tuileries à Paris
Le désaveu populaire des oeuvres abstraites dans l'espace public et les cabales qui suivent aboutissent parfois à une destruction. En 1981 « Tilted
arc », commandée à Richard Serra sur fonds publics, fit beaucoup de bruit. La pièce de 36,5 mètres de long sur 3,6 mètres de haut fut installée sur Federal Plazza à New-York, dans
le bas-Manhattan. Elle coupait la place en deux au grand mécontentement des employés de bureaux alentour qui ne pouvaient plus circuler facilement.
Après une campagne de protestation des usagers de la place contre "Tilted arc" et des mois de bataille juridique, malgré les protestations de nombreux plasticiens dont Claes Oldenburg et
Frank Stella soutenant Serra, un jugement ordonna l'enlèvement de la sculpture (1). En 1989, de nuit, la sculpture fut découpée en morceaux et envoyée
chez un ferrailleur. Richard Serra avait prévenu qu'il s'opposerait à la réinstallation de l'oeuvre dans un autre lieu; "Tilted arc" était conçu pour un lieu précis et ne pouvait
exister ailleurs.
Tilted arch de Richard Serra sur Federal Plazza à New-York
Né en 1939 en Californie, Richard Serra est un des artistes majeurs de l'art minimaliste américain. Il connait bien Paris pour y avoir vécu et étudié en 1965. En 1983 il
exposait au Centre Pompidou.
Intersection II. Exposé au Moma à New-York. Photo: wallig
Fulcrum. Installé à
Londres devant la gare de Liverpool
Photo: firemantim
Les monumentales oeuvres de Richard Serra sont régulièrement exposées dans les grands musées américains et européens.
Video: Richard Serra commente "Band" une des oeuvres de l'exposition "Forty years" au MOMA de New-York en 2007.
Source: (1) The destruction of Tilted arc. Documents publiés par Clara Weyergraf-Serra and Martha Buskirk en 1990.
Voir: Richard Serra aux Tuileries II
Monumenta 2008 au Grand Palais
Voir la fabrication de "Promenade" dans les usines Industeel à Châteauneuf sous l'oeil de Richard Serra:
Work in progress
Monumenta 2008
Texte et photos non attribuées: Catherine-Alice-Palagret
UN MONSTRE DANS LES JARDINS DE LE NOTRE
« Maman » l'araignée géante, oeuvre emblématique de Louise Bourgeois, est actuellement dans le jardin des Tuileries entourée de sculptures françaises
classiques, non loin des femmes aux formes rebondies d'Aristide Maillol. Oeuvre d'art contemporain, l'arachnide
monumental se confronte aux bâtiments historiques du Louvre.
Maman (1999), araignée géante de Louise Bourgeois
aux Tuileries
Collection particulière Cheim & Read, New-York
Les araignées sont souvent un objet de répulsion. Mygales velues ou minuscules bêtes rouges, elles suscitent sinon la panique du moins le malaise. Les prédatrices géantes qui
hantent les bandes-dessinées et le cinéma fascinent et affolent les pauvres humains qui ne peuvent que fuir pour mieux
s'engluer dans leur toile mortelle. De nombreux films exploitent l'effroi des braves gens devant ces monstres à huit pattes. Seuls les vrais héros peuvent les vaincrent comme en
témoignent "Le voleur de Bagdad" de Michael Powell (1940), "Tarentula" de Jack Arnold (1956), et même "Harry Potter et la
chambre des secrets de Cris Colombus" (2002). (1)
Pour Louise Bourgeois l'araignée est une figure maternelle, à la fois castratrice et protectrice, une figure ambivalente. Comme sa mère qui retissait des
tapisseries anciennes dans son atelier de restauration.
Maman (1999), araignée géante de Louise Bourgeois aux Tuileries.
Haute de neuf mètres.
Collection particulière Cheim & Read, New-York
« L'araignée, pourquoi l'araignée? parce que ma meilleure amie était ma mère, et qu'elle était aussi intelligente,
patiente, propre et utile, raisonnable et indispensable qu'une araignée. Elle pouvait se défendre elle-même. »
Voici ce que l'artiste inscrit sur la plaque devant la sculpture haute de neuf mètres, ignorant malicieusement l'aspect menaçant de son oeuvre. L'arachnide fabuleux est une bonne introduction au
travail complexe et aux fantasmes morbides de cette vieille dame de 96 ans.
Depuis les premiers dessins de 1940, Louise Bourgeois a crée plusieurs araignées de différentes tailles. Une figurine, exposée à Beaubourg, représente une femme rouge
transpercée de huit pattes. Est-elle l'araignée dévorante ou la proie dévorée?
Une image de cauchemar, comme beaucoup d'oeuvres de Louise Bourgeois qui se nourrissent des traumatismes de l'enfance.
Figurine rouge à huit pattes d'araignée. Louise Bourgeois.
"Tout mon travail, tous les sujets, trouvent leur source dans mon enfance", dit-elle.
Apportée aux Tuileries en pièces détachées et montée à l'aide de grues, l'araignée de bronze et d'acier inoxydable surplombe les parterres de Le Nôtre et les sculptures
classiques inspirées de l'antique qui ornent les jardins. L'araignée géante, ses fines pattes anguleuses ancrées dans le gazon, domine les passants qui ne s'émeuvent pas trop de ce monstre
figé.
La sculpture est posée sur une pelouse interdite aux promeneurs et on ne peut que furtivement examiner, en contre-plongée, une résille de métal contenant des blocs de marbre,
les oeufs. Bientôt un gardien siffle le contrevenant et lui ordonne de retourner sur l'allée sablée.
Maman (1999), araignée géante de Louise Bourgeois
aux Tuileries.
Détail du sac d'oeufs.
Collection particulière Cheim & Read, New-York
La nuit, aux Tuileries, la silhouette émaciée de « Maman » se découpe sur le ciel encore clair; les feuilles frémissent dans le vent
et la rumeur venue de la ville crée une atmosphère propice aux terreurs ancestrales. Un promeneur, ignorant la présence de l'araignée pourrait sursauter en l'apercevant à travers les arbres!
Quant aux sculptures du dix-huitième et du dix-neuvième siècle qui entourent le monstre, elles participent à une mise en scène de la douleur et de l'effroi.
Maman (1999), araignée géante de Louise Bourgeois aux Tuileries
Collection particulière Cheim & Read, New-York
La misère (1907), statue de Jean-Baptiste Hughes
La Misère, dans un geste emphatique, se détourne de ce monstre effroyable, ses enfants agrippés à ses jambes. Hercule, appuyé sur sa massue
se demande s'il doit le terrasser, accomplissant un treizième exploit. Thésée combattant le Minotaure détourne la tête et les nymphes apeurées s'enfuient loin de cet hôte
prodigieux.
Nymphe fuyant l'araignée monstrueuse ?
Tous, héros mythologiques et héros romains, allégories et sylphides, figés dans leur gesticulation
stéréotypée, miment la peur, le désespoir, le courage farouche. "Maman" n'exprime rien, elle n'esquisse aucun
mouvement, elle est là, c'est tout. C'est une mère portant ses oeufs et les mères peuvent être terrifiantes. Impassible
et pourtant dangereuse, elle éveille en nous des fantasmes, des angoisses imprécises dont se joue Louise Bourgeois.
Une deuxième araignée géante (crouching spider) est installée dans le hall de Beaubourg. On peut la
voir de près mais la complication visuelle de l'arrière plan rend difficile sa perception. Au troisième étage, une autre araignée enserre une cache grillagée entre ses pattes. A l'intérieur, des
objets de la vie familiale. La famille est une prison, un enfer créé par un père détesté.
araignée géante de Louise Bourgeois à Beaubourg
Reconnue tardivement, Louise Bourgeois fait
aujourd'hui partie des plasticiens contemporains baroques les plus en vue comme Jeff Koons et Damien Hirst qui eux aussi
travaillent avec les animaux et la monumentalité. Maman, ou big Mama, l'araignée gigantesque est
une rock star en tournée mondiale. Son imprésario est excellent
ou elle est douée d'ubiquité pour se retrouver ainsi aux quatre coins du globe. Plus concrètement, il y a plusieurs exemplaires de la sculpture en circulation.
Elle s'est posée, entre autres, à Saint-Petersbourg en Russie, à Tokyo, Copenhague,
Denver, Kansas City, San Francisco, New-York et Londres. L'araignée géante a veillé sur le tombeau de James Ensor à Mariakerke, ce qui convient bien à son
aspect morbide. Elle est toujours à Ottawa comme en témoigne la caméra web du musée des Beaux-arts du Canada. Sur le parvis du Guggenheim de Bilbao, elle a disputé la vedette à l'innocent Puppy de Jeff Koons. Quoi de plus opposés qu'une répugnante
araignée filiforme et un gentil chiot recouvert de fleurs fraîches! L'une appartient aux sous-bois, aux recoins obscurs, aux rêves maléfiques, l'autre est solaire et parle d'enfance, de
spontanéité et de bonheur. Pourtant ces représentations d'animaux plus grands que nature sont toutes deux des
célébrités paradoxales. D'un coté, les musées se les disputent, les amateurs d'art et les financiers surenchérissent chez Christie's ou Sotheby pour les acquérir; ces oeuvres contemporaines atteignent désormais les prix des tableaux impressionnistes. D'un autre coté, l'intérêt que leur porte le
public les réduisent à des attractions ludiques.
Après Paris, les araignées et l'exposition du Centre Pompidou se produiront au Solomon R. Guggenheim Museum à l'été 2008, au Los Angeles
Museum of Contemporary Art en automne 2008 et au Hirshhorn Museum & Sculpture Garden, Washington D.C. au printemps 2009.
Depuis 1998, le jardin des Tuileries accueille sur ses
pelouses des oeuvres contemporaines de Jean Dubuffet, David Smith, Carl André, Roy Lichtenstein, Guiseppe Penone
etc. Clara-Clara, une sculpture abstraite de Richard
Serra est posée dans le fer à cheval, côté Concorde. L'araignée bourgeoise, elle, ne sera parisienne qu'une saison.
Louise Bourgeois. Une rétrospective.
Exposition au Centre Pompidou.
Jusqu'au 2 juin 2008.
Tous les jours sauf mardi et le 1er mai.
De 11h à 21h.
Maman, araignée géante aux Tuileries. Heures d'ouverture des jardins.
1- Les araignées au cinéma
LES FANTOMES A L'AFFICHE:
«Les gens sont pleins de ressources humaines»
Chez Adecco, ils sont pleins de ressources tout court. C'est le printemps, les fleurs s'épanouissent, les idées fusent et les morts
sortent de terre. Pour illustrer le nouveau slogan Adecco, Coluche et Gandhi, défunts célèbres,
prennent la parole. A leur corps défendant, ils se retrouvent otages de la publicité pour le Numéro Un mondial du travail
temporaire.
Coluche
Affiche publicitaire de la campagne Adecco
L'affiche montre le visage de Coluche sur fond noir, avec à droite les mots: comédien humoriste
restaurateur
Mort il y a 22 ans, Coluche aurait-il apprécié de vendre son image à des marchands de travail en intérim lui qui, avec les Restaurants
du Coeur, luttait contre la précarité? Ses héritiers, ont jugé que oui et qu'il n'y avait là aucune contradiction. Ils ont négocié les droits avec l'agence CLM BBDO. Une grande
campagne d'affichage dans le métro, LE RER et les journaux démarre dans toute la France.
Coluche et Gandhi au service d'Adecco: vive la vie de bureau
Coluche s'était moqué férocement de la publicité dans un sketch célèbre. Il s'en prenait, entre autres, à la publicité Ariel qui
mettait en scène des ménagères enthousiastes à l'idée d'échanger leurs deux barils de poudre contre un seul baril d'Ariel. Le nouvel Omo le réjouissait: " Le nouvel Omo il lave encore plus blanc ... parce que l'ancien Omo il lavait blanc si vous voulez ... mais enfin ... il valait mieux en changer. ... Plus blanc que blanc,
qu'est-ce que c'est comme couleur? C'est nouveau, ça vient de sortir. ... Ah bon!"
Persil anti-redisposition, la mère Denis, tous les slogans ineptes et les "vrais gens" caricaturaux l'inspiraient beaucoup.
Selon Sarah-Pearl Bokobza, directrice des relations médias pour Adecco « le parcours professionnel de Coluche
illustre le slogan d'Adecco «Les gens sont pleins de ressources humaines»
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