Le néon et l'art contemporain
Les néons utilisés dans l'affichage publicitaire ont très tôt attiré les
artistes contemporains. Ils y ont vu un nouveau média et ont détourné ces tubes colorés à la lumière vibrante qui se travaillent facilement. Au lieu de
reproduire la lumière avec leur pinceau, au lieu de l'imiter, ils l'intègrent directement au centre de leur oeuvre. La pulsation de la lumière devient sculpture. Les installations au
néon, comme les oeuvres cinétiques ou les vidéo ont besoin d'électricité pour fonctionner. Les oeuvres sont liées à la technique et elles l'intègrent.
Stricto sensu, les néons n'émettent qu'une seule couleur: le rouge orangé. Dans le langage commun cependant, tous les tubes fluorescents sont appelés néons, même s'ils fonctionnent avec d'autres gaz inertes comme l'argon ou l'hélium.
Stricto sensu, les néons n'émettent qu'une seule couleur: le rouge orangé. Dans le langage commun cependant, tous les tubes fluorescents sont appelés néons, même s'ils fonctionnent avec d'autres gaz inertes comme l'argon ou l'hélium.
Détail de néon publicitaire
joueurs de jazz
Modestes néons publicitaires:
dauphin vert
Citons quelques plasticiens français travaillant le néon: Alberola, Martial Raysse, François Morellet, Claude Lévêque, Daniel Buren. Quelques anglo-saxons: Dan Flavin, Bruce Nauman, Cerith Wyn Evans, Joseph Kosuth, Jeff Koons. L'italien Mario Merz, l'allemand Carston Höller etc ...
Neon electrical light english glass letters green eightinstallation au néon de Joseph Kosuth
Certains plasticiens jouent avec des chiffres et des nombres, d'autres composent des mots et des phrases avec les lettres lumineuses de la publicité
mais le message est perverti: l'injonction, philosophique, absurde, obscure ou politique, n'incite plus à consommer mais à réfléchir ou à sourire.
"Igloo de Giap". 1968 Mario Merz
" Si l'ennemi concentre ses forces, il perd du terrain.
S'il les éparpille il perd de la force"
S'il les éparpille il perd de la force"
L'italien Mario Merz construisait des igloos sur lesquels il apposait des citations littéraires ou politiques. ici, il cite le Général Vo Nguyen Giap: "Si l'ennemi concentre ses forces, il perd du terrain. S'il les éparpille il perd de la force." Le dilemne insoluble du stratège nord-vietnamien renvoie à la contradiction de l'igloo, habitat provisoire toujours reconstruit.
Dans une approche plus joyeuse, Bruce Nauman écrit "RUN FROM FEAR - FUN FOR REAR" en inversant
les lettres comme dans une contrepétrie. Ou il oppose les mots NEED-DESIRE, HUMAN-DREAM, HOPE-HUMAN en diverses couleurs.
"run from fearfun from rear"
néon de Bruce Nauman
Human desire
néon de Bruce Nauman
L'artiste conceptuel Joseph Kosuth aligne les expressions: "modus operandi", "self described and self
defined". Il écrit, non sans humour: "No one could see it" (Personne peut le voir) ou "I'am only explaining language,
I'm not explaining anything" (J'explique le language, je n'explique rien). Il répète les mêmes phrases en différentes couleurs. A la biennale de Venise 2007, il a couvert les murs de
l'église de l'Isola di San Lazzaro degli Armeni de néons jaunes formant des phrases en lettres cursives.
En 2006, Cerith Wyn Evans expose une couronne de néon épelant en lettres blanches "In Girum Imus Nocte et
Consumimur Igni". La citation latine est un bel exemple de palindrome: la phrase peut se lire de gauche à droite ou de droite à gauche. Cerith Wyn Evans dispose ses lettres en cercle
suspendu au plafond comme un lustre, au-dessus de nos têtes. Peu importe le sens de lecture, il n'y a plus de direction, tout fait sens et rien ne fait sens. Nous tournons en rond dans la nuit et
nous sommes consumés par le feu!
En 2005, Carston Höller dans son installation "amusement park" s'inspire des néons sautillants et multicolores des manèges forains.
Neon circle de Carston Höller
Installation de Cerith
Wyn Evans en 2007 au Kunsthaus Graz
Lettres de néon blanches sur fond noir
Photo: Lisa Ruyter
Plus le message est long, moins on le lit. Seul reste l'impact visuel des lettres en cursive ou en majuscules. Fatigué de devoir lire des textes hermétiques ou ennuyeux, notre regard ne percoit plus que des formes et des couleurs souvent poétiques et picore un mot par ci, un mot par là.
En 2005, Carston Höller dans son installation "amusement park" s'inspire des néons sautillants et multicolores des manèges forains.
Neon circle de Carston Höller
Loin des jeux de mots et des slogans politiques, Dan Flavin crée une oeuvre plus minimaliste. Il dispose de simples traits de lumière
colorée contre un mur ou dans un angle, espace inhabituel d'exposition. Les néons se reflètent sur toutes les surfaces de la pièce créant un espace poétique proche du rêve. Les contours sont
flous, les limites se dissolvent troublant notre perception du réel. Flavin n'y voit aucune spiritualité. Il ne s'agit que du jeu de la lumière et de l'espace. L'art de Dan Flavin est "situationnel", chaque exposition est différente, unique en fonction du lieu et de l'espace.
Installations
de Dan Flavin
untitled (to the innovator of Wheeling Peachblow) 1966-68
pink out of a corner (to Jasper Johns) 1963
untitled (to the innovator of Wheeling Peachblow) 1966-68
pink out of a corner (to Jasper Johns) 1963
tubes flurescents orange et jaune de Dan FlavinDan Flavin n'utilise que des tubes fluorescents achetés dans le commerce, de tailles et de couleurs standards destinés aux enseignes publicitaires. Avec de simples tubes colorés qu'il combine, il crée une oeuvre émouvante et belle.
tubes fluorescents vert et orange de Dan Flavin
Catherine-Alice Palagret




























































Commentaires