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LES MYSTERES DE PALLAS 21


    Le Professeur Pierre-Epaminondas Boncam
, archéologue, s’interroge sur les fourmis géantes du Premier Cercle qu'on peut voir à l'entrée de la ville de Bédarieux, dans le Sud de la France.


fourmi-geante---bedarieux.jpgFourmi géante en contre-jour

Pierre-Epaminondas Boncam : - Les fourmis géantes du Premier Cercle, que nous voyons ici, sont très proches de celles que j’ai vu sur Pallas 21, une exo-planète tellurique. Dans la région des Terres Ocres Calcinées, aux quatre points cardinaux, deux fourmis géantes de 3O mètres de haut gardaient l’entrée de Xyanthazak. Une cité abandonnée dont il ne restait que des ruines sous un dôme éventré. Les huit statues, faites d’un métal inconnu, avaient parfaitement résisté au temps. A l'intérieur des insectes, un escalier en colimaçon menait à une plate-forme située à la hauteur des yeux. De là, à travers les vitres à facettes, les guetteurs surveillaient la plaine à des dizaines de kilomètres à la ronde. Le vent violent qui soufflait jour et nuit enveloppait les insectes d’un sifflement sinistre. Et leurs antennes se balançaient sans relâche. Un spectacle terrifiant qui devait tenir les ennemis à distance.

Catherine-Alice Palagret :- Mais la cité de Xyanthazak a été détruite.

PEB : - Oui, comme de nombreuses cités au cours de l'histoire. Mais comment a-t-elle été détruite? Nous n’avons trouvé trace ni de combat ni d'armes. Ces fourmis géantes étaient de redoutables gardiennes. Ce qui les a vaincu était bien plus puissant qu’une armée. Un cataclysme naturel aurait pu les abattre mais rien n'indique qu'un tsunami, un tremblement de terre ou une météorite ait endommagé la planète. Des croquis ou des photos vous auraient mieux fait comprendre la puissance de ces insectes. Barthélemy, mon assistant, avait rempli des carnets de dessins très réalistes mais ils ont disparu, lorsqu’un glissement de terrain a écrasé son chariot.

CAP :- C’est terrible.

PEB : - Oui, ces croquis étaient très détaillés. Il ne me reste que des photos satellites que nous avions eu le temps de transmettre. On y voit d'ailleurs que cette planète est constituée d'une multitude d'îles. Nous n'avons exploré que la principale, faute de temps.




  Photo satellite de Pallas 21

 

 
CAP:- Mais …

PEB : Je compte bien y retourner un jour et terminer ce dénombrement.

CAP: Non, je voulais parler de Barthélémy.

PEB : Ah, Barthélemy! Ne vous inquiétez pas. Bart n’était qu’un Oméga, un androïde si vous voulez. Il valait très cher mais on ne pleure pas une machine! A cause de cet accident, je n’ai plus aucun document sur les fourmis géantes de Pallas 21 mais je puis vous assurer qu’elles ressemblaient en tous point à celles du Premier Cercle.

 

 

deux fourmis géantes



CAP : Les fourmis géantes du Premier Cercle sont une œuvre contemporaine de Jean-Pierre Maurice. Sans doute un hommage à Fabre l'entomologiste, l'enfant du pays.

PEB : Non, vous confondez Jean-Henri Fabre le spécialiste des insectes et Ferdinand Fabre l'écrivain, qui lui est natif de Bédarieux. Vous avez lu "Toussaint Galabru" ou " Mademoiselle de Malavieille"? C'est très lisible.

CAP: Vous avez raison, je confondais, mais Fabre l'entomologiste aurait certainement apprécié ces hyménoptères même si leur morphologie n'est pas absolument scientifique. Les sculptures représentent cependant des fourmis très communes sur terre, notre terre, rien de mystérieux là-dedans.

PEB : Certes, mais la similitude est troublante: les attitudes des gardiennes du Premier Cercle sont trop semblables à celles de Pallas 21. Sur Pallas, j’ai trouvé des fourmis géantes retournées, exactement comme ici, sur terre. Nous n’avons pu déterminer si le cataclysme qui a frappé la cité a renversé ces insectes ou s’ils avaient été disposés sur le dos, intentionnellement. Comme un avertissement des désastres qui allaient suivre. Comme pour signifier que les gardiennes de Xyanthazak, aussi effrayantes fussent-elles, seraient impuissantes à protéger Pallas du chaos.

CAP: Ici, au Premier Cercle, les fourmis géantes ne font qu'un mètre de haut et et elles n'effraient personne. Les automobilistes font plusieurs fois le tour du rond-point de Bédarieux, incrédules. Ils s'arrêtent pour voir de près ces insectes de fer rouillé, ils prennent des photos: le petit dernier à cheval sur le monstre, Madame tapotant la tête de la fourmi, Monsieur terrassant le monstre à mains nues etc... Ils pique-niquent à côté et laissent des boîtes de conserve vides sous les mandibules des insectes figés. Les enfants crayonnent leur yeux et les amoureux écrivent "je t'aime Lola" sur leur dos. Du vandalisme ordinaire que les fourmis géantes subissent sans broncher .


 

"Etendant les mains hors du lit, Plume fut étonné de ne pas rencontrer le mur. “Tiens pensa-t-il, les fourmis l'auront mangé...“ et il se rendormit."
Plume. Henri Michaux

 


PEB : Pour l'instant, les fourmis géantes n'effraient personne, mais je ne cesse de m'interroger sur leur stupéfiante similitude avec celles de Pallas. Je suis un scientifique, je ne crois pas aux coïncidences. Comment un sculpteur contemporain peut-il être si proche d’œuvres crées il y a des siècles sur une planète inconnue. Il y a comme un écho, un jeu de miroir entre Pallas et la Terre.

CAP: Un écho à travers le temps et l'espace? Ce n'est pas une approche très scientifique.

PEB : - Il y a forcément un lien entre la Terre et Pallas 21. J’avais gardé le secret de l'existence des fourmis géantes. Il n'y pas d'autre témoin de cette aventure dans les Terres Calcinées. Je n'en parle qu'aujourd'hui, confronté à l'apparition des sculptures métalliques du Premier Cercle.

CAP: - Pourquoi taire une si prodigieuse découverte? Vos compagnons de voyage, à leur retour,  ont dû parler de ces insectes aux proportions gigantesques.

PEB : Comment l'auraient-ils pu? Aussi triste que cela puisse être, je suis l'unique survivant de cette exploration. Tous mes compagnons de voyage ont trouvé la mort sur cette planète hostile. Le navigateur est mort gelé, le médecin est tombé dans un gouffre, le géographe s'est couvert de pustules et nous avons dû le mettre en quarantaine. Son agonie a duré neuf jours! Les androïdes se sont déréglés les uns après les autres et j'ai dû abattre les plus violents. Un cauchemar! Je ne sais pas ce qui a pu causer ces catastrophes en série! Au début tout allait bien. Nous étions heureux de découvrir un air respirable bien que légèrement différent; la gravité plus légère rendait nos gestes aériens. Quelques fleurs malingres perçaient la croûte durcie des Terres Noires. Nous avons récolté des herbes comestibles, sans danger d'après nos analyses mais, par principe de précaution, nous avons décidé de ne manger que nos provisions. Un mois plus tard, tous mes compagnons étaient morts.

CAP: - Une malédiction? Vous êtes entrés en territoire interdit sans la savoir, vous avez commis un sacrilège et ...

PEB : - C'est vous qui n'avez pas une approche très scientifique. Je ne suis pas Tintin dans "Les cigares du Pharaon" ou "Les sept boules de cristal"! Ni Indiana Jones et les fourmis maudites! Je ne crois pas à ces sornettes magiques. Nous n'avons d'ailleurs pas trouvé de momies ou même de squelettes, les sépultures ne contenaient que de la poussière. Inutile de dire que nous avons troublé l'âme des ancêtres de Pallas. Il doit y avoir une explication rationnelle à ce désastre et je la découvrirai. Sur le moment j'étais trop affolé pour réfléchir. Imaginez vous, seul, sur une planéte inconnue entouré des cadavres de vos amis! J'ai réparé le robot-pilote et j'ai fuis Pallas 21 le plus vite possible.
Ma capsule s'est écrasée dans le désert de Gobi, dans le canyon de Yollin Am, où j'ai failli mourir gelé. J'ai survécu grâce aux nomades qui m'ont trouvé, attirés par le bruit de ma chute. Pendant des jours j'ai déliré, agrippé à un gros sac noir. Il parait que je ne voulais pas le lâcher. Il renfermait les rares pièces archéologiques que j'ai pu rapporter.

CAP: - Vous êtes le seul à être revenu mais des documents ont pu être transmis de Pallas 21 sans que vous le sachiez.

PEB
: - Impossible, je surveillais tout, je gardais une trace de toutes les communications avec la Terre. Il aurait fallu que quelqu'un me trahisse.


CAP:  Votre expédition a connu bien des déboires, un sabotage est possible.

PEB: J'y ai pensé c'est vrai. J'ai beaucoup d'ennemis qui ne songent qu'à me ridiculiser mais de là à tuer une équipe de scientifiques! Non, je suis sûr qu'il y a un lien entre notre planète-mère et Pallas 21, un lien bien antérieur à notre funeste expédition. Sinon comment expliqueriez vous que j'ai découvert l'existence de cette exo-planète sur un portulan du douzième siècle? Une carte dessinée par un disciple d'AI-Idrisi de Cordoue.

CAP: Une carte inutile sans les techniques de l'exploration spatiale, vraiment?

PEB: Tout à fait, ce parchemin exceptionnel était caché parmi les trésors de mon ami Aristide Sauveterre dans son cabinet de curiosités. Aristide l'a trouvé par hasard en cherchant un manuscrit almoravide. Cette très ancienne carte nous a stupéfié par sa beauté et sa précision mais des annotations dans le coin gauche nous ont beaucoup intrigué. Nous avons eu beaucoup de mal à les déchiffrer et après des mois de vaines tentatives, ce que nous avons compris nous a ébloui! Il s'agissait des coordonnées d'une planète inconnue, d'une planète au-delà du soleil. Le cartographe l'avait baptisé Pallas 21, d'après la déesse grecque Pallas Athena. Une déesse de sagesse et de raison pour nous montrer le chemin.

Monter une expédition d'une telle complexité, hors des circuits officiels, a pris cinq ans de ma vie. J'ai découvert Pallas 21 et j'en suis revenu. Cependant cette planète est encore une terra incognita. Il reste tant d'îles à explorer, tant de mystères à élucider. Les fourmis géantes n'ont pas livré leur secret ni les colonies de fourmis, vivantes  celles-là, qui ont survécu sur le sol à demi-stérile de Pallas 21.


fourmi géante de Jean-Pierre Maurice


CAP: -  Des fourmis géantes?

PEB: - Je n'exclus pas qu'il y aient eu des insectes géants à l'intelligence très développée mais nous n'en avons trouvé aucune preuve, à part les sculptures qui gardent les portes de Xyanthazak. Je parle de fourmis de taille normale, très semblables aux nôtres, qui pullulent dans les Terres Ocres. J'ai l'intention d'emporter une centaine de micro-robots fourmis pour infiltrer les fourmilières. La robotique distribuée est en plein essor: chaque robot est simple et peu performant mais grâce à leur intelligence collective, une intelligence en essaim, les micro-robots sont très malins quand ils travaillent ensemble. Exactement comme les fourmis ou les termites qui ensembles sont capables de mener à bien des tâches complexes. J'espère que mes fourmis artificielles pourront communiquer avec les ouvrières, les soldats et surtout la reine qui est la mémoire de cette socièté très structurée. Les fourmis robots devraient aussi nous en apprendre beaucoup sur l'évolution de la planète. Dès que j'aurai réunis assez de fonds, j'organiserai une nouvelle expédition sur Pallas 21.

CAP: - Vous voulez risquer de nouvelles vies dans une aventure aussi dangereuse?

PEB: - Cette fois-ci nous réussirons.

 

 



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Texte et photos: Catherine-Alice Palagret



Une tentative de collection universelle ...


    "curiosus, cupidus, studiosus" ainsi le dictionnaire de Trévoux publié en 1771 définit-il la curiosité: ce qui se traduit par "l'attention, le désir, la passion du savoir". C'est la devise de tous les collectionneurs de curiosités et plus particulièrement celle d'Aristide Sauveterre.


Les ancêtres
Statue de carnaval en papier mâché peint, dignitaires chinois sur rouleau,
statue de femme noire


    Son cabinet de curiosités se cache dans un vieux mas du Languedoc, non loin du château de ses ancêtres. Bien peu de personnes sont autorisées à visiter cette chambre des merveilles. Selon la tradition, la collection se compose de naturalia (animaux empaillés, madrépores, météorites, monstres et merveilles de la nature ), d'artificialia (clepsydres, fioles lacrymales, astrolabes, automates) et d'exotica (papyrus, tambour indien ou pipe inuit, statuettes barbares). C'est tout un bric-à-brac d'objets rares ou insolites, grotesques ou scientifiques, où une précieuse verrerie romaine peut côtoyer un gobelet Mac Donald's à l'effigie d'Homer Simpson et où un ticket de métro de 1975 a autant de valeur qu'une enluminure médiévale. Aristide nous a autorisé à photographier quelques pièces mineures de sa collection.


serpent-_large_.jpg Naturalia - Serpent conservé dans le formol
           
    Le cabinet de curiosités est un miroir du monde, un microcosme. Il tente de représenter la merveille et la diversité de la Création. Les cabinets ont toujours contenus des pièces fantaisistes: la fabuleuse corne de licorne du Trésor de Saint-Denis, aujourd'hui au Musée national du Moyen âge, des dents de dragon enchâssés d'or, des lutins embaumés, des os de Titans ou des griffes de yéti.

Curiosit--s--madr--pore--1-.jpgNaturalia  -  Madrépore

Dès la Renaissance, la fascination pour le monstrueux et les chimères, jointe au goût de la mystification, peuple les cabinets de curiosités d'improbables naturalia.
La supercherie est présente au coeur des plus somptueuses collections. Bien qu'ancêtres des musées, les cabinets de curiosités n'en ont pas la rigueur scientifique: les attibutions sont souvent erronées, la provenance et la datation sont farfelus.


chouette-_large_.jpgNaturalia - animaux empaillés


    Dans son désir de totalité, dans sa frénésie à faire tenir le monde dans une pièce, le collectionneur accumule les objets les plus étranges et les plus dérisoires sans jamais assouvir sa passion. C'est une entreprise qui ne peut être que vouée à l'échec. Des collectionneurs se sont ruiné à trop acquérir.


Curiosit--s-Mosson--011.jpgLivre: cabinet des insectes de Joseph Bonnier de la Mosson


    Au 18è siècle, Joseph Bonnier de la Mosson, un ancêtre d'Aristide Sauveterre, est de ceux-là. Son hôtel de Lude, rue Saint-Dominique à Paris, abritait un célèbre cabinet de curiosités rassemblant multitude de naturalia, exotica et artificialia. La curiosité la plus appréciée de la société parisienne était un théâtre d'automates qui jouaient la Création du monde. Ce théâtre a disparu et on en sait peu de chose.


Curiosit--s--portrait--1-.jpg Portrait d'un noble sur un vase fait de morceaux de porcelaine

 

Aristide Sauveterre: Je suis le descendant de Philibert Sauveterre, un cousin éloigné de Joseph Bonnier de la Mosson. Le baron Bonnier de la Mosson dilapida la fortune héritée de son père tant à Paris pour son cabinet de curiosités qu'à Montpellier pour son chateau de la Mosson qu'il meubla avec munificence. Lorsqu'il mourut ruiné en 1744, ses biens furent dispersés. Philibert Sauveterre était son assistant, son disciple. Il avait voyagé avec lui partout en Europe, en Italie sur les traces d'Ulysse Aldovandri, en Angleterre chez les héritiers de John Tradescant, en Autriche et en Bohême à la recherche des trésors dispersés de Rodolphe II, créateur d'un cabinet de curiosités unique en Europe. Joseph et Philibert revenaient à l'hôtel de Lude suivis de charrettes débordantes de trouvailles. Pour immortaliser sa collection, la curiosité et la vanité allant souvent de pair, Bonnier de la Mosson commanda un recueil de dessins de ses trésors à Jean-Baptiste Courtonne et Philibert organisa le travail. A la mort de son mentor, le coeur brisé, il fut aussi chargé d'établir avec Gersaint le catalogue raisonné de la collection qui allait être vendue aux enchères.

Le catalogue raisonné de Gersaint est téléchargeable sur: http://books.google.fr/books?id=fWMGAAAAQAAJ&pg=PA1&dq=Gersaint#PPP1,M1



Catalogue-Mosson--Gersant.jpg

Catalogue raisonné d'une collection considérable ...



    Grâce au catalogue de Gersaint et aux dessins de Courtonne, nous avons une connaissance précise des merveilles rassemblées par Joseph Bonnier de la Mosson.









 

 

 

    Le 26 avril 1745, une vente aux enchères dispersa les biens du collectionneur. Le comte Buffon acheta les plus belles naturaliae pour le cabinet du roi Louis XVI. Philibert dut s’incliner devant l'envoyé royal. Il ne put acquérir que des pièces jugées mineures à l'époque.

    “Le bouclier chinois, l'écuelle de bois sculptée très curieusement et fort ancienne, le crocodile d'environ cinq pieds, le crabe fort singulier portant une longue et forte aiguille au bout du museau“ etc, lui échapèrent mais peu à peu, Philibert constitua une collection tout aussi hétéroclite. Il ne possédait pas une grande fortune et acheta avec modération. Transmis de génération en génération, enrichi, ce cabinet de curiosités est désormais le mien car je suis le descendant direct de Philibert Sauveterre.
  



Curiosit--s---l--phant--1-.jpg Curiosit--s-Simpson--1-.jpg

            Jouets indiens: poupée Maharani et éléphant sur roulettes
 Figurines: Les Simpsons
et jeux anciens


    Quand Bonnier de la Mosson meurt, l'âge d'or des cabinets de curiosités  se termine. Dès le dix-septième siècle, René Descartes a établi des règles précises pour chercher la vérité dans les sciences. Il s'en prend aux amateurs de curiosités qui recherchent l'objet rare au détriment de la rigueur scientifique:
"Il est bien meilleur de ne jamais penser à chercher la vérité d'aucune chose, que de le faire sans méthode: car il est très certain, que de telles études menées sans ordre, troublent la lumière naturelle et aveugle les esprits; et tous ceux qui se sont accoutumés à marcher ainsi dans les ténèbres, affaiblissent tant l'acuité de leurs yeux, qu'il ne peuvent plus ensuite supporter la lumière." (1)
    Le Merveilleux et la Raison vont cohabiter encore quelques temps. C'est le début des cabinets d'histoire naturelle, bientôt la classification du vivant, l'évolution des espèces, l'émergence des musées.

idole-1-a.-_10_.jpgStatuette de Nova-Esperanza au miroir, sorcière  et horloge aux brebis


    Pour ma part, j'assume entièrement le manque de rigueur scientifique de ma collection. Des oeuvres authentifiées côtoient des faux évidents. Je m'en arrange car l'intérêt est dans la recherche et l'accumulation de pièces bizarres, rares, étonnantes.
Dernièrement, ma section exotica, celle que je préfère, s'est enrichie des figurines rituelles rapportées par mes amis : Pierre-Epaminondas Boncam, le célèbre archéologue, Camille Octonel et Alix de la Liquière Engueyrade, toutes deux ethnologues. Je possède aussi quelques cartes au trésor mais elles ne sont pas ici. Je les ai mises en lieu sûr, elles attisent trop les convoitises.
    Mes acquisitions ne dépareraient pas le cabinet de curiosités de Joseph Bonnier de la Mosson, reconstitué en 1994 au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Je vais souvent m’y promener pour admirer les cinq armoires de naturalia contenant les achats de Buffon.


curiosit--s-Mosson-1.jpgLe cabinet de curiosités de Bonnier de la Mosson
.
dessin de Jean-Baptiste Courtonne


Cabinet-Mosson-6.jpgle cabinet de curiosités de Bonnier de la Mosson,
reconstitué
au Muséum national d’histoire naturelle de Paris


Cabinet-Mosson-2.jpg Cabinet-Mosson-7.jpg

Détails des vitrines du cabinet de curiosités de Bonnier de la Mosson. Coléoptères, papillons et coquillages


    Je corresponds avec de nombreux collectionneurs tout aussi passionnés que moi. Nous échangeons parfois des objets. Ainsi je négocie avec David Wilson à Culver City, près de Los Angeles. Son « Museum of Jurassic Technology » contient des merveilles dont je suis jaloux. J’ai essayé de lui arracher la corne de Mary Davis de Saughall daté de 1688, sans succès.

 




Mary Davis de Saughall n’est pas le seul être humain à avoir une corne mais c’est la seule dont on ait conservé le crâne.   




Je connais un deuxième exemple de
femme aux cornes de bélier: un tondo de Jean-Léon Gérôme (1853). Il s'agit sans doute d'une figure mythologique, d'une bacchante.








    Ne pouvant acquérir l'oeuvre de Gérôme, je me contenterai bien du crâne de

Mary Davis de Saughall. Sa corne irait très bien avec mes autres monstres dans ma Wunderkammer, ma chambre des merveilles, à coté de mon basilic, né de l’union d’une poule et d’un crapaud, de mon fœtus de licorne et de mes araignées géantes desséchées.


  frankenstein-group-by.jpg 

Curiosit--s-jouet--1-.jpg


   







 
Monstres de Frankenstein. Photo: ciudad imaginaria         Collection de jouets en plastique



Ma collection ne cesse de croître. J’achète, j’achète sans relâche et peut-être finirai-je ruiné moi aussi comme Joseph Bonnier de La Mosson. La soif de posséder ne peut être étanchée, Il y aura toujours une pièce manquante, une nouvelle série à commencer. Le mois dernier, j'ai songé à commencer une collection de cercueils quand une menuiserie a fait faillite non loin d'ici. Je suis allé à la vente aux enchères mais j'ai dû renoncer à ces grosses boîtes, comme pour les dinosaures, faute d'espace. Il faut faire des choix.


baigneuse-_large_.jpg             Collection de souvenirs balnéaires

   
soeurs-_large_-1.jpg
Collection de statuettes religieuses


    Mes trois neveux et nièces (Clémentine, Tugdual et Quentin) n'hériteront pas de mon cabinet de curiosités. ils ne voient là qu'un fatras poussiéreux qui les fait éternuer. Ils seraient capables de tout envoyer à la décharge ou aux Emmaüs. Ainsi se romprait la chaîne qui me lie à Philibert et à son cousin Joseph Bonnier de la Mosson. Au temps de l'immatérialité de la musique, mes neveux ont du mal à concevoir qu'on puisse accumuler tant de choses inutiles. Un musée virtuel en 3D leur plairait plus.
Mes naturalia iront au muséum de Paris. Le reste de ma collection ira à mon ami Pierre-Epaminondas Boncam. Il respectera l'oeuvre de plusieurs générations même s'il trouve mon cabinet de curiosités “amusant“. S'il meurt avant moi, je prendrai soin de ses archives même si j'ai des doutes sur la datation de ses découvertes archéologiques. Nous disputons souvent à ce propos. La postérité nous départagera.

    Aujourd'hui, l'objet de mon désir est un de ces fabuleux petits canards jaunes en plastique, tombés à la mer lors d’une tempête en 1992. Voici quatorze ans qu’ils errent sur les trois océans et depuis, des centaines de curieux, partout dans le monde, scrutent les plages dans l'attente d’un rescapé. Un seul canard me suffirait. Même décoloré, même déchiqueté. Un seul magnifique petit canard jaune pour mon cabinet de curiosités.

duck-crossing.jpg
Pancarte: attention traversée de canards (duck crossing).
Photo: flickr.com/photos/donnagrayson/445860995/


voir: Aristide Sauveterre et la disparition de l'archéologue Pierre-Epaminondas  Boncam.

         :   Aristide et les canards jaunes
      :  Aristide et les Arcimboldo en plastique




1- in Règles utiles et claires pour la direction de l'esprit et la recherche de la vérité, (Regulae ad directionem ingenii). René Descartes


Lien:le site d'Eric Poindron: http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites/



Texte et photos: Catherine-Alice Palagret








 

   LA DESTRUCTION DES TOTEMS



bartoli--portrait.jpgClaude-Henri Bartoli

    L'été de1989, dans Vèbre, un ruisseau bétonné pour canaliser les violentes pluies de printemps et d'automne des monts d'Orb, Claude-Henri Bartoli met aux enchères ses Totems. Son ami le Professeur Pierre-Epaminondas Boncam lui parle d'un rituel d'Océanie qu'il a lu dans un récit de voyage, écrit par Francisco Nobre da Costa, navigateur dans le Pacifique.



 Exposition des Totems avant la vente aux enchères



    Au dix-septième siècle, le navigateur raconte que dans un île de l'archipel de Nova-Esperanza la tribu des Malakura ont une étrange coutume, observée nulle part ailleurs: au solstice d'hiver, les hommes alignent de nouvelles idoles de paille et de boue face à la mer. Pendant trois jours ils leur apportent des offrandes pour s'assurer des bonnes grâces des dieux et de la bonne marche du monde. A la fin des cérémonies, l'idole qui a reçu le moins d'offrandes est abattue. Si l'idole n'attire pas les villageois, elle est mauvaise, elle doit être détruite. Les hommes construisent alors un grand bûcher, ils y plaçent l'idole déchue. A la tombée de la nuit, devant tout le village réuni, le mannequin est brûlé. La destruction de l'idole donne lieu à de plus grandes festivités que sa présentation. Les jeunes hommes marchent sur les braises et au matin, les femmes recueillent les cendres qu'elles dispersent dans l'océan.

    S'inspirant des coutumes décrites par le Professeur, Claude-Henri Bartoli décide que les totems qui n'auront pas reçu d'offre (ou d'offrandes) seront détruits par le feu.

                                       

Trois Totems avant la vente aux enchères


   



Après une heure d'enchères, il reste trois totems qui n'ont
pas eu la faveur du public. Suivant l'exemple des Malakura de Nova-Esperanza, Claude-Henri Bartoli met le feu aux totems dédaignés, clouant le bec à ceux qui doutaient de sa détermination à détruire ses propres oeuvres.







Un totem sauvé du feu  











Les totems, faits de contre-plaqué, de bois, de bambou, de plâtre et de paille, brûlent facilement. L'assistance, à la fois joyeuse, perplexe et un peu inquiète, observe silencieusement les flammes. La destruction par le feu renvoie à des autodafés moins joyeux. Est-ce un nouveau bûcher des vanités où l'artiste lui-même se punit ou un pied-de-nez à la société de consommation? Quelques photographes fixent cet instant magique. Pitoyable effort pour enrayer le temps. Les oeuvres sont éphémères. Un adolescent remue du pied des morceaux carbonisés puis il ramasse des cendres encore tièdes. Quand les dernières flammes s'éteignent, les acquéreurs emportent les encombrants Totems, satisfaits de les avoir sauvés du bûcher. La nuit tombe sur Vébre.






                     Le totem brûle


    Quelques jours plus tard, Jane et Sylvestre de Pailhac installent leurs deux totems dans la propriété d'Aristide Sauveterre.

  Totem005.jpg






   
Totem006.jpg
                        deux totems dans la prairie


    Ils les posent aux quatre points cardinaux avant de choisir leur place définitive, face à l'ouest. Les deux totems arrachés aux flammes resteront là, exposés à la pluie, au vent et au soleil.  Cette cérémonie païenne à mi-chemin entre les rogations catholiques et les rituels océaniens  se termine par des libations!


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Les deux totems sont orientés face au soleil



voir ce qui arriva aux Totems


http://www.ambafrance-ma.org/archives/espacult/expo/bartoli/gal-bar1.htm

http://www.mdpublicite.com/bartoli.htm#

http://www.art-insolite.com/pageinsolites/insobartoli.htm







Texte et photos de Catherine-Alice Palagret.


 
DES DECOUVERTES
ARCHEOLOGIQUES CONTROVERSEES



    Le professeur
Pierre-Epaminondas Boncam n'a jamais fait partie des experts reconnus. Sa carrière s'est déroulée dans l'ombre et ses rares publications, introuvables aujourd'hui, sont restées confidentielles. Pierre-Epaminondas est né en 1936 à Prusly-sur-Ource, près de VIx, en Bourgogne. Son père possédait un vignoble renommé et sa mère était une des premières femmes directrice d'Ecole Normale. A la suite de l'incendie du domaine familial, il se retrouve unique héritier d'une fortune confortable à l'âge de seize ans. Pierre-Epaminondas n'a jamais travaillé sinon pour son plaisir. En auditeur libre, il a étudié l'archéologie, l'ethnologie, l'histoire de l'art et la linguistique à la Sorbonne.





Partie centrale d'un triptyque découvert dans les ruines d'une cité androïde,Xyanthazak, sur Pallas 21. Peut-être rapportée par des marchands du nuage de Oort ou d'un Ocek transnuptien.
Figurines liées au culte de la ludicité. La présence de miroirs pourrait renvoyer au culte de Narcisse.
Découverte par le Professeur Pierre-Epaminondas Boncam en février 2000. Datée du XXXII siècle. Média: or, plastique et matériaux inconnus.
Numéro 327 de l'inventaire RMIS
Exposé à la galerie "Anonymes de passage" à Bédarieux, France.



Pierre-Epaminondas Boncam a rarement exposé les découvertes archéologiques de ses nombreuses campagnes de fouille. Sa dernière manifestation publique remonte à juin 2005 où il a présenté ses pièces les plus précieuses collectées sur  Callisto, Ixion et Pallas 21. A cette occasion, il nous avait accordé un entretien, sur les lieux même de l'exposition, à Bédarieux, une petite ville du sud de la France .

 

 

La galerie "Anonymes de passage" à Bédarieux, France.

 


 

Catherine-Alice Palagret: Pourquoi Bédarieux?

Pierre-Epaminondas Boncam: Je possède une petite maison dans la montagne où j'ai entassé mes collections. C'est là que je travaille le mieux quand je reviens de mes expéditions. Depuis plus de quarante ans je rédige mon grand dictionnaire de l’archéologie. C’est un travail paisible, très différent des recherches sur le terrain. Les fouilles sur des mondes si lointains sont épuisantes. Pallas 21 nous a mis à rude épreuve.
CAP: Personne n'a jamais entendu parler de Pallas 21, surtout au XXXIIème siècle.
PEB: Pallas 21 est une planète exo-tellurique, c'est à dire une planète hors du système solaire apte à accueillir la vie. Nous l'avons explorée à l'air libre, sans porter de combinaison de cosmonautes. La gravité était proche de celle de la terre.
CAP: Les journaux n'ont jamais mentionné une aventure aussi exceptionnelle!
PEB: Nous avons voulu rester discrets. Cependant les planètes exo-telluriques existent bel et bien. Je suis allé sur Pallas 21 et j'en suis revenu. Aujourd'hui, les astrophysiciens auscultent l'espace à la recherche de ces planètes. Ils devraient m'écouter.
CAP: Si vous dites vrai, vos découvertes archéologiques  seraient dignes du MET ou du quai Branly.




Aiguière rituelle découverte sur Callisto dans les ruines d'une cité méta-androïde.
Utilisée dans un culte non documenté. Média: argent bois et plastique.
Datée du XXIXè siècle. Encadrée à une époque tardive.
Découverte par le Professeur Pierre-Epaminondas Boncam en 1952.
Donation du 25 juin 2005. Numéro 123 de l'inventaire RMIS

Exposée à la galerie "Anonymes de passage" à Bédarieux, France.


PEB: Absolument. L’aiguière que vous voyez ici est magnifique, comme d'autres pièces que je préfère garder secrètes pour l’instant  afin de les étudier. N’oublions pas que ces artéfacts sont avant tout des objets rituels ou usuels et non des œuvres d’art. A ce stade de mes recherches, il m’est impossible de préciser leur réelle fonction.

 

 

Fragment de moulin à prières avec trois démons jouant du tambour.
Probablement utilisé dans un culte d'origine mongole.
Découvert par le Professeur Pierre- Epaminondas Boncam en novembre 1968 sur Ixion.
Media: inconnu
Daté du XXXIIè siècle environ. N° 275 de l'inventaire RMIS
Exposé à la galerie "Anonymes de passage" à Bédarieux, France.


CAP: On est loin des terres cuites et des bijoux que l’on trouve d’habitude dans les tombes.


PEB: Les matériaux sont différents mais il s'agit d'une civilisation technologiquement très avancée. Ce fragment de moulin à prières, ou ce que j'ai identifié ainsi, a été découvert sur Ixion dans la ceinture de Kuiper. Nous avons fouillé à plusieurs mètres de profondeur sous un tumulus, aux alentours d’une cité en ruine et découvert des tombes somptueuses. Ces démons jouant du tambour sont peut-être des jouets. Nous ne connaissons rien des sociétés qui ont produit ces objets sinon qu’elles étaient très évoluées. Beaucoup de matériaux utilisés nous sont inconnus. Nous sommes peut-être leur préhistoire.

CAP: Le triptyque de Pallas 21 date du XXXIIè siècle ainsi que les trois démons jouant du tambour trouvés sur Ixion. L' aiguière rituelle trouvée sur Callisto est datée du XXIX siècle. La datation de ces pièces archéologiques pose problème non ?

PEB: Seulement aux esprits étroits.

CAP: Pourquoi exposer à "Anonymes de passage", une galerie si modeste ? Vous pourriez prétendre aux plus grands musées.

PEB: Je me méfie de l’establishment, des grands musées, des archéologues en vogue et ils se méfient de moi. Mes recherches sont très controversées.

CAP: Vous évitez la polémique en vous réfugiant dans une petite ville à l'écart des grandes manifestations culturelles ?

PEB: Je suis fatigué de toutes ces querelles. Mais je ne fuis pas. Il se passe beaucoup de choses ici. Avec des amis, nous avons investi un ancien atelier d’encadrement fermé depuis longtemps. Comme dans toutes les villes, il y a aujourd’hui à Bédarieux de nombreux lieux en déshérence, des petites boutiques vacantes. Leur vitrine est abandonnée, jonchée de courriers et de journaux jaunis que personne ne viendra plus jamais lire. Dans un de ces lieux négligé, nous avons créé la galerie "Anonymes de passage » Une action provisoire, éphémère.

CAP: Nous sommes loin de l’archéologie !

PEB: Quoi de plus intéressant que d’associer l’éphémère à ces magnifiques pièces archéologiques qui témoignent, elles, de la longue durée. J’ai parcouru le passé, l’avenir et aujourd’hui, au seuil de ma vie, je m’arrête et je regarde autour de moi. Je ne fuis plus le présent. Je veux être le témoin d’un passage d’une époque à une autre, sentir les frémissements qui travaillent notre société, voir les choses éclore. Cette idée de lieu éphémère n’est pas nouvelle, il y a eu des expériences dans les plus grandes villes du monde. Ici, nous le faisons à une échelle minuscule.

CAP: Quels sont vos projets?

PEB: Pour l'instant, je me promène beaucoup en ville, je rôde, j'épie. Non pas les gens mais les choses car les choses parlent des gens. Je repère les traces de veillissement sur les murs, les blessures du temps, les signes d'abandon, les lieux en déshérence.

CAP: Mais les changements à venir dont vous parliez concernent la socièté, les humains! Vous décelez le monde à venir dans les taches de rouille?


Pr-Boncam-sep-07-cr--pi.jpgL'archéologue examine des traces sur un mur


PEB: Ah, l'idée n'est pas mauvaise! Non sérieusement, je ne suis pas un voyant, un diseur de bonne aventure. La rouille me renseigne sur l'attention que les gens portent à leur ville. Je suis avant tout un archéologue, un archéologue du quotidien. Cette exploration urbaine m'aide à mieux comprendre certaines évolutions. Je déchiffre tous ces signes et j'y trouve des correspondances ...

CAP:
Vous avez renoncé à l'eploration spatiale?

PEB: Certainement pas. Je travaille obstinément à ma prochaine campagne de fouilles. La dernière expédition sur Pallas 21 a laissé trop de questions en suspens, la présence des fourmis géantes par exemple. Un scientifique commme moi a besoin de réponse. Il me faut réunir les fonds nécéssaires, nous parlons d'une somme colossale, et quelques amis fortunés, et discrets, m'y aident. Nous sommes en discussion avec des géologues, des astronomes, des savants de toutes disciplines afin de constituer une équipe parfaite. Un prix Nobel américain se passionne pour cette campagne.

CAP: Qui?

PEB: Vous comprendrez qu'à ce stade je ne peux rien dire.

CAP: Bien sûr.

Pr-Boncam-sep-07--fruiterie-copie-1.jpg

Voir les Terres calcinées de Pallas

         la disparition du Professeur



Photo et textes: Catherine-Alice Palagret



http://www.flickr.com/photos/palagret/sets/72157594219000477/


         
                                                                                        à suivre ...

 

 

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