DES CANARDS A LA DERIVE
En 1992, un bateau partit de Chine faisant route vers la côte nord-ouest des Etats-Unis. Le 10 janvier, au cours d’un violent orage au milieu de l’océan Pacifique (44.7°N, 178.1°E), une partie de la cargaison se détacha et tomba à l’eau.
site du naufrage des canards
jaunes
Les containers s’ouvrirent sous le choc, libérant
29000 jouets en plastique: des grenouilles vertes, des castors rouges, des tortues bleues et surtout des canards
jaunes. Heureusement ils flottaient: c’étaient des jouets pour le bain des tout-petits.
Depuis quatorze ans maintenant ces canards dérivent sur l’océan, au gré des courants. Pendant l’été 1992, après 3500 kilomètres, un premier groupe s’échoua
en Alaska. Un autre traversa le détroit de Behring et resta prisonnier des glaces pendant plusieurs années avant de reprendre son errance. On retrouve les petits canards jaunes un peu partout, en Indonésie, en Australie, en Amérique du sud, sur les plages du Maine et du Massachusetts.
Ces jouets dérivants apportent aux océanographes de précieuses informations sur la dynamique des courants.
« 29OOO objets déversés dans l’océan au
même endroit, quelle incroyable opportunité ! C’est étonnant ce que ces canards peuvent nous apprendre.» dit le
Dr Curtis Ebbesmeyer, océanographe et expert de débris marins à Seattle.

Le Docteur Curtis
Ebbesmeyer
et quelques jouets de bain
La compagnie First year qui a importé les jouets offrait une récompense de 100 dollars pour chaque unité trouvée mais les canards jaunes sont devenus l’objet d’un véritable culte et peuvent s’échanger jusqu’à 1000 dollars sur internet.
Après quatorze ans de voyage sur l’océan, les canards et les castors sont devenus blancs alors que les tortues et les grenouilles ont gardé leur couleur.
Chaque année plus de dix mille containers tombent à la mer. L’océan est une poubelle, encombrée de Nikes, de briques Lego, d’équipements de base-ball etc. Dans ce que les océanographes appellent le "garbage patch" (le banc d’ordure), situé sous l’océan artique, les détritus tournoient sans relâche, captifs des courants circulaires. Le plastique, au contraire du pétrole, ne se dégrade pas. Les oiseaux de mer, les poissons ou les ours de la banquise en avalent des morceaux, au risque de s’étrangler. De minuscule débris se mélangent au plancton, libérant des polluants dangereux pour la faune et la flore. Cette innocente armada de jouets de bain aux couleurs si éclatantes s'intègrent à la chaîne alimentaire et nous menace.
canards jaunes en plastique
en sécurité dans une baignoire
Et il attend ...










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