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LES FIGURINES MAGIQUES DE LA FORÊT AMAZONIENNE

   

    Camille Octonel, ethnologue, a collecté de nombreuses figurines magiques lors de sa dernière  expédition en forêt amazonienne, au printemps 2003.

                                    deux figurines magiques en forme de cochon et de souris. Amazonie.


   Ces figurines représentent principalement des animaux de la forêt pluviale: anaconda, toucan, jaguar, tortue, iguane ou mygale. S'y mêlent des animaux plus exotiques ou même mythiques, des objets quotidiens et même des avions.



Figurine magique en Amazonie: un avion


    Dès le dix-septième siècle, l'existence de ces figurines est attestée par le Père missionnaire Francisco Silva dos Santos, dans son journal de voyage 1
. Le prêtre décrit des objets tenant dans la main, faits de sève d'hévéa (hevea brasiliensis) et colorés avec des pigments naturels. Les indiens de la forêt pluviale, uniquement les hommes, modèlent ces objets magiques. Lors de rites équinoxiaux, ils les offrent aux puissances invisibles de la forêt afin qu'elles les protègent et leur permettent de vivre près d'elles.

Au dix-neuvième siècle, les seringueiros en fabriquent à leur tour, comme jouets ou comme amulette. Les missionnaires s'opposèrent à leur diffusion dans la population métisse mais sans grand succès puisqu'on les retrouve encore de nos jours, aussi bien chez les indiens de la forêt que chez les citadins.


                                                 Figurine magique d'Amazonie: papillon

   
    Aujourd'hui, ces figurines magiques aux couleurs éclatantes sont assez communes dans les villages de l'état de l'Amazonas, au Brésil. C'est près de Humaita (à 950 kilomètres de Manaus) qu'on en trouve le plus.
  Vendues quelques centavos sur les petits marchés locaux, on en voit partout, accrochées aux vérandas, posées sur des murets ou dans les maisons. Elles sont parfois associées à des objets quotidiens hors d'usage. Peut-être pour remercier les esprits de leur générosité.

Figurine magique d'Amazonie: tortue

Beaucoup d'amazoniens autour d'Humaita croient au pouvoir magique de ces figurines et ils les portent sous leur chemise. Elles les protègent du mauvais sort, les guérissent de la fièvre du fleuve et leur assurent la prospérité. Dans les églises rurales, les femmes stériles déposent ces ex-voto aux pieds de la Vierge.

 

 
 
    Figurine magique d'Amazonie: giraffe

 

 Les figurines les plus rares et les plus recherchées par les ethnologues sont hors des villages. Pour les atteindre, Camille Octonel et son guide Cabo Norte ont remonté la rivière Madeirinha en pirogue. Pagayant au milieu des ipagos (forêts inondées), ils ont inventorié une centaine de petits autels, installés au pied d'un figuier étrangleur ou d'un noyer géant. Au petit matin, quand la forêt fume encore d'humidité, on entrevoit des taches colorées à travers la brume. En s'approchant, on découvre un autel de branchage effondré recouvrant à demi des figurines magiques. Elles se dégradent lentement: les formes se diluent mais les pigments, très résistants à la chaleur et à l'humidité, sont toujours aussi vifs. Les autels abandonnés sont souvent le repère de serpents ou de mygales et s'en approcher est dangereux. Les figurines sont très fragiles; une fois récupérées avec mille précautions, elles sont soigneusement emballées pour être envoyées à un laboratoire parisien qui les analysera et les datera.



 

                                                                                                                                                                Les méandres de l'Amazone. Photo: leoffreitas

 

Cabo Norte, le guide indien de l'expédition, étudie à l'université de Manaus les rites et croyances de l'Amazonie. Il a une grande collection de figurines magiques, héritées de son grand-père seringueiro. Il en a offert à Camille de très anciennes. Différentes de celles des marchés, elles semblent plus rudes, énigmatiques.

 

 

                                                                        Figurine magique d'Amazonie: ourson



    Camille Octonel travaille à une monographie sur les figurines magiques de la forêt amazonienne qui sera bientôt publiée dans le « Journal of Contemporary Ethnography ».


En 2008, l'ethnologue espère présenter ses découvertes au Field Museum de Chicago. Elle envisageait après de confier sa collection au Musée de l'Homme de Paris, mais celui-ci étant en pleine mutation, elle a choisi le Museu Amazônico de Manaus. Que ces figurines magiques retrouvent leur terre d'origine!
    En attendant, on peut voir plusieurs figurines magiques dans le cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre.



 

                                                                                                       

 

                                            1                                                                                       2

 


Camille Octonel prépare une nouvelle expédition en Amazonie pour 2009. Ni les dangers de la forêt, où rôde le jaguar, la mygale et les fourmis géantes, ni la chaleur suffocante, et encore moins les difficultés administratives ne la découragent. La déforestation massive qui menace le Brésil est par contre un problème bien plus inquiétant. Pour fournir un carburant propre (l'éthanol) aux Etats-Unis, la destruction de la forêt primaire s'accélère, faisant place à d'immenses plantations. 



Ancienne carte des Amériques



1- Fragments des tomes 3, 7 et 9 du journal de
Francisco Silva dos Santos. Manuscrits reliés en peau d'iguane, dans la collection d'Aristide Sauveterre. Il ne semble pas que le journal ait été publié.



 Texte et photos: Catherine-Alice Palagret


 Photos: 1:    http://www.flickr.com/photos/andrewn/194069364/in/set-1027553/

               
2:     http://www.flickr.com/photos/takamp/37782730/










 


DES CANARDS MAUDITS ?


    En vain, Aristide Sauveterre a attendu qu’un de ces fabuleux petits canards jaunes veuillent bien s’échouer à ses pieds, sur le littoral de l’Angleterre. Sur la foi du "Daily mail" du 24 juillet 2006, il espérait trouver quelques rescapés blanchis par les eaux. Hélas, pas le moindre palmipède ou castor en vue, pas la moindre tortue. Aristide est revenu bredouille et la presse anglaise ne parle plus de l’odyssée des canards jaunes. Alors, existent-ils vraiment ces jouets naufragés? Où trouver des documents authentifiés, des photos incontestables ? Il faudrait découvrir le nom de la compagnie d’assurance, le manifeste de bord, la déclaration d’accident, si elle existe. On ne sait même pas le nom du bateau qui a perdu sa cargaison dans l’océan. Ni le nom de l’affréteur, ni le nom du Capitaine. Quant à son âge ! Ces canards sont-ils réels ou ne s’agit-il que d’une nouvelle légende urbaine ou plutôt d’une nouvelle légende océano-urbaine.


 Canard de bain jaune (floatee)


    Comme jadis le Capitaine Van der Decken à bord du "Hollandais Volant" pris dans une terrifiante tempête, les canards en plastique, sont à la merci de la mer déchaînée. Et comme ce Capitaine du dix-septième siècle, les canards ont-ils eux aussi maudit Dieu de leur funeste destin ? Au lieu de jouer avec des tout-petits dans une paisible baignoire, les voilà perdus au milieu des vagues en furie.


Le Hollandais Volant pris dans la tourmente
Tableau de
Albert Pinkham Ryder


Un dieu courroucé par leur blasphème, a-t-il condamné les petits canards jaunes à une errance éternelle sur les trois océans, telle une dérisoire armada de vaisseaux fantômes? Nos ratisseurs de plage d’aujourd’hui espèrent-ils voir passer dans la brume ces nouveaux "Hollandais Volants" ?



Canards jaunes appâts essayant d'attirer les canards à la dérive


    Aristide Sauveterre ne sait trop que penser. Déçu mais non découragé, il s’est consolé en dénichant chez un brocanteur de Falmouth une boîte de thé en fer à l’effigie du Capitaine Van der Decken. Assez semblable à celle de son ami le Collectionneur, cette merveille trônera bientôt dans une des vitrines de son cabinet de curiosités. Il a aussi trouvé un petit canard de bois qui aurait appartenu au Capitaine James Cook. Le brocanteur lui a affirmé que Cook était célèbre pour sa passion des jouets en bois. Pourquoi pas? Afin de ne pas revenir bredouille, Aristide a emporté ce canard daté du XVIII siècle. Après un dernier coup d'oeil à la mer, ne voyant ni "Hollandais Volant" maudit, ni innocent canard jaune surgir de la brume, Aristide est reparti dans son mas du Languedoc pour s'occuper de sa collection.


 


boîte de thé en fer à l’effigie du Capitaine Van der Decken

 

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    Catherine-Alice Palagret

 

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