Les colonnes de Buren à l'abandon?


  «Des milliers de gens viennent du monde entier voir quelque chose qui est à moitié détruit», a déclaré le plasticien Daniel Buren à l'AFP, le vendredi 28 décembre 2007. Il accuse l'Etat de laisser son oeuvre à l'abandon. « C'est une forme de vandalisme, mais c'est du vandalisme d'Etat».




  Installés dans la cour d'honneur du Palais Royal à Paris, « les deux plateaux » comprennent 260 colonnes octogonales rayées noir et blanc. De hauteurs différentes, les tronçons créent un rythme qui contraste avec le classicisme de la colonnade de la cour d'honneur.
  

undefined La cour d'honneur du Palais Royal à Paris
Les deux plateaux, installation in situ de Daniel Buren, avec un touriste perché.

  Les colonnes prennent racine en sous-sol, sous le grillage, et elles émergent à l'air libre comme si elles surgissaient du sol archéologique de Paris. On dirait des ruines mais des ruines fort peu romantiques. Des ruines organisées selon une formule mathémathique qui ne laisse rien au hasard? Dans l'oeuvre de Buren les bandes mesurent toujours 8, 7 cm de largeur. On peut y voir aussi des arbres coupés dans leur élan vital vers la lumière. S'agit-il de naissance ou de mort? D'épanouissement ou de contrôle? On peut y voir tout simplement des formes rigoureusement pensées pour un cadre précis.


undefined
La cour d'honneur du Palais Royal à Paris
Les deux plateaux, installation in situ de Daniel Buren


    De l'eau devrait circuler autour des colonnes souterraines éclairées de jeux de lumières. Or rien ne fonctionne plus depuis huit ans. Le jeu entre l'air et l'eau, la surface et les profondeurs, le négatif et le positif n'existe plus. Le mouvement crée par l'eau et la lumière qui s'y reflète devait atténuer la sévérité de l'installation. Reste l'immobilité de la pierre sévèrement alignée.


undefined Pièces de monnaie jetées sur la fontaine asséchée de Daniel Buren


    Daniel Buren proteste: « Est-ce qu'on ne montre que 50% d'une oeuvre dans un musée? Sans vouloir me comparer à la Concorde, dont les fontaines ne sont pas en panne sèche, aucun bassin de Paris n'est laissé comme ça sans eau. Franchement n'importe quel trottoir est mieux entretenu... »


    En 1986, Jack Lang commande une oeuvre à Daniel Buren pour la cour d'honneur du Palais Royal.  L'oeuvre conceptuelle est composée en résonance avec les colonnades du 19è siècle: “Travailler sur un lieu n'est pas une nouveauté absolue, loin de là. Mais il faut remonter à la renaissance pour retrouver cela. ... Ma démarche a été de reconsidérer le lieu comme essentiel, y compris dans la production artistique.“ 2



undefined Les colonnes du XXè siécle en écho aux colonnes du XIXè siècle dans la cour d'honneur du Palais Royal, à Paris.

    Une nouvelle bataille des anciens et des modernes commence. Les gardiens de l' « Art » se déchaînent. Comment oser dénaturer un site classique chargé d'histoire en y mettant une telle chose! Remplaçant un parking, l'installation est qualifiée de « furoncle » et de « cancérigène »! Les palissades du chantier se couvrent d'injures et de jeux de mots: "le crime de M. Lang", "Lang-ouste" etc. Avec le changement de majorité, François Léotard succède à Jack Lang mais les travaux se poursuivent au grand désespoir des riverains qui refusent de voir que la rigueur  des colonnes de Buren s'accorde à l'architecture du lieu.1 
    Comme la pyramide du Louvre de leoh Ming Pei, tant décriée à l'origine, les colonnes de Buren appartiennent aujourd'hui au paysage parisien et leur destruction créerait un nouveau scandale.

undefined  


  undefined
                Les visiteurs s'amusent ou méditent sur les colonnes de Buren


    Les colonnes aux rayures noires et blanches ont redynamisé les galeries du Palais Royal, de nouvelles boutiques se sont ouvertes pour bénéficier de l'afflux de touristes. Ils se font photographier assis ou debout sur les colonnes tronquées comme sur un piédestal. Les enfants jouent à saute-mouton ou à cache-cache. En ce premier jour de l'an 2008, ils jettent des pièces de monnaie dans la fontaine asséchée et font des voeux, comme à la fontaine de Trévi!Souhaitons que la fontaine retrouve son état d'origine! Si les colonnes de Buren sont un succès public, l'intention de l'oeuvre est édulcorée, laissant place à un simple divertissement.


undefined Les enfants jouent sur les colonnes de Buren


    Aujourd'hui, Daniel Buren menace de détruire ses colonnes. « Si les  deux plateaux  qui sont placés au coeur de Paris, sous les yeux du Conseil d'Etat et du Conseil Constitutionnel, sont laissés au délabrement, qu'est-ce que cela doit être ailleurs en France? ».

vue aérienne des "deux plateaux" de Daniel Buren.
oeuvre in situ dans la cour d'honneur du Palais Royal à Paris


     voir une photo des deux plateaux quand l'éclairage fonctionnait sur le site de Daniel Buren
     
autres photos des deux plateaux


     Il n'est pas sûr que Daniel Buren ait le droit de détruire les colonnes, elles appartiennent à l'état. Des crédits sont prévus pour la rénovation. La menace de détruire son propre travail est avant tout un cri d'alarme de l'artiste, un appel à l'aide. Les oeuvres contemporaines, souvent complexes, sont fragiles et coûteuses à entretenir. Comme rien n'a été fait, la réfection des "deux plateaux" coûtera plus que l'oeuvre originale. L'étanchéité de la dalle et l'électricité sont à revoir. A quoi sert de commander des oeuvres pour les laisser se dégrader!
Place des Terreaux à Lyon, le jardin minéral de Buren est lui aussi en mauvais état.

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
La ministre de la Culture Christine Albanel a reçu Daniel Buren vendredi 18 janvier 2008 et lui a assuré que des travaux de rénovation seraient entrepris avant l'été. Comme quoi il est utile de faire du bruit!
Septembre 2008: En même temps que la 25e édition des Journées du Patrimoine, les travaux de réfection des colonnes de Buren vont commencer au Palais Royal.

-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    Pendant que Daniel Buren et le ministre de la Culture se querellent par journaux interposés, Jean-Pierre Raynaud laisse détruire un des ses cubes au marteau-piqueur.



                              Textes et photos: Catherine-Alice Palagret

1er janvier 2008





Retour à l'accueil
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés