12 janvier 2008 6 12 /01 /janvier /2008 19:27


PERDRE SA VIE A LA GAGNER?



      Pour bien commencer l'année 2008, alors que le baril de pétrole atteint les cent dollars, voici une proposition à contre-courant de la doxa sarkozienne "Travailler plus pour gagner plus".



undefinedaffiche de Courrier international au métro Place Clichy



     Courrier International publie un dossier sur la décroissance: "Travailler moins pour gagner moins et vivre heureux." (n° 896- 2 janvier 2008)


     Il ne s'agit plus de croissance zéro comme dans les années soixante-dix mais bien de décroissance afin d'arrêter la spirale infernale qui nous conduit à polluer sans fin et à épuiser les ressources de la terre sans pour autant être plus heureux. Les études du Dr Tim Kasser - The high price of materialism, MIT Press 2002 - montre que le niveau de vie augmente mais pas le nombre de gens qui se déclarent heureux. "L'argent ne fait pas le bonheur" dit le dicton mais il y contribue, ajoute le bon sens populaire. L'étude ne concerne que ceux qui mangent à leur faim, bien évidemment.
      Dans les pays anglo-saxon,  les objecteurs de croissance, les «décélérateurs» (downsizers) ou les adeptes de la «simplicité volontaire» sont de plus en plus nombreux à attacher plus d'importance à la qualité de la vie qu'à la quantité des biens qu'ils pourraient acquérir.



Travailler plus pour gagner plus?
bas-relief en aluminium 1944


Serge Hefez
analyse l'article de Courrier International:

Pour Kasser, l’hyperconsommation comme réponse à l’insécurité est un mécanisme d’adaptation destructeur. Le génie d’un système fondé sur l’insécurité est en effet auto-alimenté : plus on ressent de l’insécurité, plus on est matérialiste ; plus on est matérialiste, plus on ressent de l’insécurité. Les valeurs matérialistes largement en augmentation chez les adolescents des deux côtés de l’Atlantique, engendrent de l’angoisse, de la dépression et des ruptures des liens sociaux. Des études montrent que les gens savent parfaitement quelles sont leurs véritables sources d’épanouissement : construire des relations solides, appartenir à une communauté, cultiver une bonne estime de soi-même. Mais une redoutable alliance d’intérêts politiques et économiques s’efforce de les en détourner pour les faire travailler plus et dépenser plus.
Ces considérations peuvent paraître oiseuses au moment où la plus grande partie de la planète vit en dessous du seuil de pauvreté et où une grande majorité d’entre nous cherche à défendre son pouvoir d’achat. Il est certain que depuis deux cents ans, l’énorme amélioration du bien-être des humains dans tous les domaines, logement, nutrition, hygiène, médecine, a été rendue possible par la croissance économique et par l’éducation et les innovations qu’elle a permis. Mais la défense du pouvoir d’achat dans les pays riches concerne pour beaucoup les nouveaux biens de consommation (écrans, ordinateurs, téléphones, gadgets divers) dont tous sont loin d’être indispensables. A quel moment déciderons-nous que les coûts marginaux de la croissance dépassent les bénéfices marginaux ? A quel moment considérerons-nous dans les pays riches que nous avons atteint le point auquel nous arrêter ?


En 1973, Gébé nous disait de faire un pas de côté dans son film l'an 01.

an-OI.jpgL'an 01 de Gébé: on arrête tout, on réfléchit et c'est pas triste.

En 1976, Alain Souchon chantait dans "S'asseoir par terre":


 Tu verras bien qu'un beau matin fatigué
J'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté
Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi
Assis par terre comme ça

Depuis le temps qu'on est sur pilote automatique
Qu'on fait pas nos paroles et pas notre musique
On a le vertige sur nos grandes jambes de bazar
Alors pourquoi pas s'asseoir

Tu verras bien qu'un beau matin fatigué
J'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté
Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi
Assis par terre comme ça

J'appuie sur la gâchette accélérateur
Y'a que des ennemis dans mon rétroviseur
Au-dessus de cent quatre-vingts je perds la mémoire
Alors pourquoi pas s'asseoir

Tu verras bien qu'un beau matin fatigué
J'irai m'asseoir sur le trottoir d'à côté
Tu verras bien qu'il n'y aura pas que moi
Assis par terre comme ça

La nuit je dors debout dans un R.E.R.
Dans mon téléphone tu sais j'entends la mer
Y'a pas le soleil dans ma télé blanche et noire
Alors pourquoi pas s'asseoir


 
  Avec l'idée de décroissance, le vieux rêve soixante-huitard n'est pas mort.


 voir: le chantage à l'emploi - un bouleversement historique du travail Newsweek 2004 (en français).

Catherine-Alice Palagret
janvier 2008


Partager cet article

Published by Catherine-Alice Palagret - dans Politique
commenter cet article

commentaires