16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 19:34


Une oeuvre d'art réduite en morceaux 


    Aujourd'hui, mercredi  16 janvier 2008,  une installation de Jean-Pierre Raynaud  a été détruite au  marteau-piqueur pour laisser place à des travaux d'aménagement au siège de Peugeot Neubauer, 11 boulevard Gouvion Saint-Cyr à Paris. Il ne s'agissait pas d'une performance artistique mais bien de l'anéantissement programmé d'une oeuvre d'art pour raisons économiques.

Photos de la destruction

     Pris dans le mur du hall d'entrée, le cube de béton de 3 mètres sur 3, était recouvert de carreaux de céramique blanche. Ces carreaux blancs de 15 centimètres sur 15 sont le motif de prédilection de l'artiste comme les rayures noires et blanches le sont pour Buren. Le cube servait de reliquaire à une fresque gréco-romaine. Tout a été détruit, l'oeuvre contemporaine de 1986 et l'oeuvre antique, Neubauer le propriétaire et le plasticien n'ayant pas réussi à s'entendre.


undefinedContainer zéro (1988), un cube de Jean-Pierre Raynaud au centre Pompidou à Paris


    Jean-Pierre Raynaud acceptait que son oeuvre soit déplacée mais par ses propres techniciens, ce qui aurait coûté plus que le prix de l'installation, estimée à cent mille euros. Neubauer a alors décidé de détruire l'oeuvre. L'artiste a donné son accord au dernier moment.

     La démolition s'est faite sous contrôle d'huissier. Que deviendront les débris? Seront-ils broyés, réduits en poussière? Les débris du mur de Berlin ou les pièces remplacées de la Tour Eiffel, qui ne sont pas à l'origine des oeuvres d'art, sont très recherchés. Les morceaux de céramique, seuls témoins d'une oeuvre disparue, pourraient se vendre très cher mais serait-ce légal?


    Jean-Pierre Raynaud est connu pour ses pots (blanc rouges ou doré), ses psycho-objets et ses cubes en céramique blanche dont l'un, Container Zéro, est exposé à Beaubourg.


undefinedLe pot doré de Jean-Pierre Raynaud sur le parvis de Beaubourg à Paris


     Il y a quelques années une oeuvre monumentale de Dubuffet avait échappée de peu à la destruction. Alors que Buren menace de détruire ses colonnes au Palais-Royal parce qu'elles sont mal entretenues, Raynaud voit son travail réduit à des gravats que piétinent les ouvriers. L'oeuvre, aujourd'hui en ruine, était installée dans un lieu privé et peu la connaissait.



Le marteau-piqueur en action.




    Construit autour d'une pièce archéologique, le cube rejoint les oeuvres détruites au cours de l'histoire par les vandales, les iconoclastes, les récupérateurs de matériaux ou simplement le temps. Des archéologues du futur redécouvriront peut-être un jour des débris de céramique blanche. Seront-ils capable de faire la différence entre une oeuvre d'art et un simple carrelage? Ils étudieront la forme des cassures et comprendront qu'une puissante machine a infligé ces blessures. Ils y reconnaîtront  une volonté de destruction. Et que déduiront-ils des tesselles gréco-romaines mêlées aux décombres du XXIème siècle?

    Pendant que les marteaux-piqueurs pulvérisaient ses carreaux blancs dans le hall de Peugeot Neubauer, Jean-Pierre Raynaud préparait sa nouvelle exposition "Raynaud peinture" dans la galerie Patrice Trigano, à Paris.

Catherine-Alice Palagret
janvier 2008

Partager cet article

Published by Catherine-Alice Palagret - dans Art contemporain
commenter cet article

commentaires