17 janvier 2008 4 17 /01 /janvier /2008 14:06

 

 

   Comme les enseignes accrochées au-dessus des boutiques, les porte-menus extérieurs sont une forme de publicité très ancienne. Stricto sensu, les portes-menus ne concernent que les restaurants. Dans un sens large, on appellera ainsi dans cet article toutes les ardoises ou les panneaux peints posés sur le trottoir pour attirer le chaland. Les commerçants, eux, les désignent comme porte-menu, stop-trottoir, ardoise ou bobosse (1)!

           
                       Porte-menus traditionnels en bois découpé
           Charcutier, boulanger, fruits et legumes, restaurant

    Silhouettes découpées dans du bois, du contre-plaqué ou de la tôle peinte,  elles trônent sur le trottoir devant les restaurants, les snacks et les commerces de bouche. De la taille d'un homme, personnages et animaux portent une ardoise sur leur ventre où le commerçant inscrit à la craie ou au pinceau les plats du jour. Un coup d'éponge suffit à changer le menu. Le cochon du charcutier-traiteur propose des tripes ou de la choucroute, le boeuf de la gardianne et de la ratatouille, le poisson offre des crevettes et du thon.


Porte-menu-poissonnier--1-.jpgPoisson porte-menu devant le poissonnier

 
    Devant les restaurants, des porte-menus maîtres d'hôtel, garçons de café ou serveuses à l'air amical nous promettent des délices culinaires dont nous ne saurions nous passer.

    Souriant, clignant de l'oeil, ils cherchent à nous faire entrer dans leur établissement en suscitant notre complicité. Cartoonesques ou caricaturaux, d'un mauvais goût assumé ou simplement naïfs, on ne les voit pas devant les grands restaurants qui dédaignent cette forme de communication trop "peuple". Les porte-menus à l'ancienne ne signalent bien souvent que des restaurants bon marché.

Diaporama: porte-menus

    Dans le quartier touristique de Saint-Séverin à Paris, où les petits restaurants se succèdent, les tenanciers rivalisent d'imagination pour accrocher le client. Les porte-menus plats en deux dimensions laissent la place à des statues. Une ardoise accrochée au cou, la Vénus de Milo côtoie un marbre grec, drapé dans un drapeau italien. Le marbre est en résine ou en plâtre, bien entendu. Comme des bateleurs muets, les silhouettes découpées ou moulées aguichent le client. Cette forme d'art populaire, commercial, plaît aux touristes étrangers. Ils prennent les porte-menus par le cou et se prennent en photo devant.

    Porte-menu en bois découpé
bar-restaurant, saucier, soubrette
   Depuis toujours, les fabriquants de boissons ou de glace distribuent de simples ardoises avec leur marque ou logo dessus. Pour se distinguer, certains restaurants commandent des panneaux de bois peints personnalisés.

   Les porte-menus figuratifs sont progressivement remplacés par de simples présentoirs en métal aux lignes épurées. D'autres, plus compliqués, sont sur roulettes avec bac à fleurs intégré et néon. Tout aussi kitsches que les anciens modèles mais moins amusants.



Porte-menus de pizzaiolo, pizzaiola, patissier
    Il est probable que les porte-menus traditionnels ornés de joyeux drilles, poissons ou serveurs blagueurs, seront bientôt recherchés par les collectionneurs. Appréciés au second degré, récupérés, ils réapparaîtront peut-être devant les restaurants branchés.

Porte-menu grenouille pour un pub anglais
    Les plus beaux porte-menus auraient leur place au MIAM, le musée des arts modestes de Hervé Di Rosa.

Porte-menu tavernier dans Bizart Bazart, une installation de Ben
"Les musées ne servent à rien"


   Dans son installation Bizart Bazart, l'artiste Ben (Vautier) utilise deux portes-menus, un perroquet vert et un homme en tablier rouge. Le tavernier tient une ardoise sur laquelle Ben écrit de son écriture appliquée « Les musées ne servent à rien ». Petite provocation amusante: l'installation est bien sûr dans un musée.


    Le cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre conserve quelques porte-menus qu'il a dénichés dans les villages du Languedoc. Il a trouvé son plus beau, un homard rouge aux pinces menaçantes, dans une décharge il y a vingt ans. Un homard qui aurait pu inspirer Jeff Koons.
Lien sur ce blog:
Catherine-Alice Palagret
archéologie du quotidien
janvier 2008
1- Rien à voir avec le chien enquêteur de la bande-dessinée ou la pièce de théâtre.





Partager cet article

Published by Catherine-Alice Palagret - dans Archéologie du quotidien
commenter cet article

commentaires