Des sculptures, des fossiles
et des faux ...
Depuis que Louise Bourgeois expose Maman, son araignée géante, dans le jardin des Tuileries, les araignées du cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre attirent les
curieux.
Araignée géante de Louise Bourgeois aux Tuileries devant le Louvre
Dans le jardin du collectionneur trois inquiétantes araignées géantes s'affrontent en un combat immobile. Aristide dit les avoir acquises sur
photo auprès de Dimitri Sergueï Kalnikov, un paléontologue amateur d'Oulan-Bator, en Mongolie. Non sans ironie, Aristide les a baptisées Euphrosyne, Thalie et Aglaé, les Trois
Grâces, car pour lui ces silhouettes de cauchemar sont la personnification de l'allégresse, de l'abondance et de la beauté.
Examinée de près, Euphrosyne laisse voir à travers sa carapace déchirée un squelette! Surprenant car les araignées n'ont pas de squelette! Il
s'agit peut-être d'une consolidation, un fossile de cette taille étant très fragile. L'armature est en bois entouré de corde. L'enveloppe, quant à elle, est en cuir bourré de boue et de
paille séchées. Il est évident qu'il ne s'agit pas de vraies arachnides dessèchées mais d'habiles reconstitutions. Admettant la supercherie, Aristide ne s'en émeut guère. Un cabinet de curiosités
contient aussi bien d'authentiques pièces rares que des faux notoires. Pour le collectionneur, ces oeuvres fabriquées par un artisan anonyme et génial valent bien de vrais fossiles. Fabriquées
avec des matières pauvres, cuir de yak, bois, chanvre et pigments naturels, elles datent selon lui des années vingt. S'agit-il d'une oeuvre d'art? Non, l'intention de l'artisan était de fabriquer
des fossiles qu'il pourrait vendre aux amateurs crédules. Le faussaire a-t-il vraiment floué quelqu'un? Sur photos peut-être. Peu importe, même fausses, les araignées fossiles sont assez
impressionnantes pour plaire aux collectionneurs.
Il y a trente ans, les Trois Grâces d'Aristide Sauveterre ont fait la une des journaux quand il les a montées dans son jardin mais depuis
plus personne ne s'y intéressait à part le Maire. Sa phobie des araignées est telle qu'il harcelait Aristide pour qu'il les enlève ou du moins les cache
derrière une bâche.
- Vous voyez trop de film d'horreur, se défendait le collectionneur. Comme si une araignée allait renaître, poursuivre les villageois, attraper une frêle jeune fille et la tenant délicatement
entre ses pattes chitineuses lui arracher voluptueusement la tête!
- Elles font peur aux enfants, assurait le Maire!
- Elles font plutôt peur aux adultes, répliquait Aristide. Les enfants sont fascinés par ces insectes géants: ils se perchent sur le mur pour mieux les voir. Qui
sait si un enfant du village ne deviendra pas un entomologue ou un paléontologue célèbre à cause d'elles.
Maintenant que les araignées géantes sont à la mode, le Maire voudrait mettre leur photo dans la brochure touristique de la ville. Aristide
refuse, il craint les hordes de touristes. Qu'ils se contentent de l'araignée des Tuileries! Il soupçonne d'ailleurs la plasticienne Louise Bourgeois de s'être inspiré de ses Trois
Grâces. Ne voit-elle pas, elle aussi, une figure féminine dans son monstre à huit pattes?
Autre coïncidence, Maman n'est pas loin des Trois Grâces d'Aristide Maillol, des grâces plus charnues que les Euphrosyne, Thalie et Aglaé du cabinet de
curiosités.
Les Trois Grâces. Groupe en bronze d'Aristide Maillol devant le Louvre.
Le cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre contient d'autres fossiles, pas plus authentiques que ses araignées monumentales. Au moins, ils tiennent à l'intérieur du cabinet
de curiosités. Il s'agit de minuscules squelettes de dinosaures, des faux du dix-neuvième siècle soigneusement fabriqués à partir d'os de tuco-tuco
par un taxidermiste bolivien en exil à Paris. Aristide a acheté ces petits animaux dans une boutique de livres anciens il y a trente ans.
Alors qu'il préparait Jurassic Park I, un assistant de Steven Spielberg, ayant entendu parler de ces dinosaures minuscules, est
venu prendre des photos de l'ensemble.
Un dinosaure animé à Jurassic Park. Photo: TheCx
Aristide n'a pas vu le film mais il ne serait pas surpris d'y trouver des créatures inspirées de sa collection.
T-Rex de Jurassix Park. Photo: wallyg
Minuscules ou géants, vrais ou faux, les fossiles d'Aristide Sauveterre s'intègrent parfaitement à sa collection de naturalia.
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