5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 19:43
SCULPTURES DE SABLE EPHEMERES


    Quoi de plus banal qu'un château de sable sur une plage! D'une pelle et d'un seau, les enfants s'amusent à construire d'improbables forteresses aux multiples tourelles. Le sable humide est modelé, tassé, lissé. Il faut l'arroser pour qu'il ne sèche pas trop vite. La marée montante envahit les douves. A peine terminé, le château est détruit par les vagues et bientôt il ne reste que des ruines amollies ou rien du tout, selon la marée.


deux petites sculptures de sable réalisées par Toni Thoneick à La Grande Motte


    Nostalgiques de l'enfance, des adultes continuent à jouer avec le sable mais ils ne se limitent plus aux châteaux. Devenus professionnels, les sculpteurs s'affrontent dans de multiples concours aux thémes imposés. Ils font le tour des plages en France au Touquet, au Cap d'Agde; en Angleterre à Brighton; en Hollande, en Australie, aux Etats-Unis et même en Chine.


Sculpture de sable. Personnage du "Seigneur des anneaux"?
au concours de Brighton.
Photo
markbarkly sur Flickr


    Plus proche de l'attraction touristique que du Land Art ou de l'art éphémère, les sculptures de sable sont ambitieuses par leur taille, leur minutie et leur complexité. Réalistes avant tout, elles reproduisent les sept merveilles du monde, des monuments célèbres, ausssi bien les pyramides que la basilique Saint-Pierre de Rome. On voit le portrait des stars du moment, des personnages de bande dessinées, des animaux mythiques. Les artistes illustrent les Fables de La Fontaine ou les aventures d'Astérix. On voit aussi de grandes compositions dignes des parcs d'attraction avec des manoirs hantés, des pirates ou des trolls. Le thème peut être personnel mais le style reste appliqué et lisse, consensuel, cherchant à plaire au plus grand nombre.
          


Sénateur romain sortant d'une muraille de sable
 Sculpture de sable au concours de Brighton en 2006.
Photo markbarky sur Flickr


    Le but est d'impressionner le visiteur par une grande virtuosité technique et une simplicité de moyen: du sable, de l'eau, des mains et des outils communs.


Toutankhamon veillant sur la plage.
Sculpture de sable  de Toni Thoneick


    En 2007 le concours du Touquet, sur la côte d'Opale, avait pour thème la magie de l'Égypte. On pouvait y voir d'impressionnantes sculptures géantes représentant  les colosses de Memnon, les dieux Horus et Annubis, Ramsès II et Toutankhamon. Les pyramides d'Egypte était un symbole d'immortalité pour les pharaons et un symbole de la longue durée pour les occidentaux. Choisir une civilisation vieille de quarante mille ans comme thème pour des oeuvres qui partiront au vent est assez amusant.
 
    Cette année, le thème du concours du Touquet est le safari. On verra, selon les organisateurs, « des scènes représentant la faune et de la flore africaine ainsi que la vie quotidienne des tribus : la chasse, la pêche, les rites initiatiques, la danse des guerriers sans oublier les masques et les arts africains. »


Sculpture de sable en Hollande: la belle au bois dormant.
Photo:
Ron Layters surFlickr


    Le sable est un matériau paradoxal: il glisse entre les doigts, il est malléable, la pluie le creuse et le vent le disperse. Il évoque la fuite du temps et la fragilité des choses. Pourtant une fois tassé il devient très résistant. Quiconque a dormi sur une plage sait que le sable peut être aussi dur que du béton. Pour édifier ces gigantesques sculptures il faut un sable spécial. Celui qu'utilise les enfants est rond, érodé par la marée depuis des siècles. Il tient mal en hauteur et s'écroule vite. Il faut un sable avec des aspérités, qui accroche, permettant d'atteindre plusieurs mètres de hauteur: le record serait de dix-sept mètres ving-huit en Hollande!

    Le sable nécesssaire aux compétitions vient de carrière ou de rivière et est livré par camion sur la plage. Les sculpteurs travaillent plusieurs semaines pour achever leur chef-d'oeuvre. Une fois compacté et lissé, une croûte de sable et de sel se forme. Elle protège la sculpture de sable qui peut résister à la pluie et au vent plusieurs mois, selon la qualité du matériau. Le sable de plage, lui, ne résiste qu'une dizaine de jours.


 
Sculpture de sable en Hollande. Il s'agirait de la plus haute sculpture de sable (17,28 mètres) réalisée.


    Pour se préparer aux concours, les sculpteurs participent à des animations de plage avec des sculptures plus petites.


Toutankhamon, sculpture de sable compactée par Toni Thoneick


    Art populaire éphémère, mais non modeste, les sculptures de sable sont transitoires. Comme les sculptures sur glace, les défilés de baudruches géantes ou les dessins à la craie sur le trottoir, elles finissent par se diluer. A la fin de la saison, les ruines de sable sont nivelées pour laisser la place aux prochaines créations. Seules des photos et des vidéos témoignent de leur existence fugace.

Voir les Fables de La Fontaine au concours de Hardelot en 2001

    Il existe à San Diego une variante aux sages concours de sculptures de sable: “Sand Blasters
The Extreme Sand Sculpting Championship”: comme des enfants impatients qui démolissent leur château de sable à coup de pied si la marée est trop lente, les organisateurs de ce championnat californien explosent des constructions choisies au hasard. Il s'agit de finir la compétition avant que son oeuvre soit détruite par les sandblasters, des pyrotechniciens venus de Hollywood!






                                                                                      Catherine-Alice Palagret
mai 2008 

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Published by Catherine-Alice Palagret - dans Archéologie du quotidien
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