Archéologie du quotidien
Armoires du Cabinet de Curiosités de Bonnier de la Mosson.

Vu de profil, le visage
d'Eve est composé de corps d'hommes et de femme nus côte à côte. Son menton
montre un couple enlacé. Eve tient une pomme d'une main, le petit doigt
levé, elle s'apprête à croquer le fruit défendu, l'air sereine, inconsciente de la catastrophe qu'elle va déclencher. Le visage de l'homme est composé de corps d'enfants nus,
sur son front un petit homme pose la main sur le sein de sa compagne.
L'homme brandit un rouleau de parchemin; est-ce un signe d'avertissement, une menace? Cherche-t-il
à sauver la pècheresse ou à la perdre? Tient-il tout le savoir dans sa main, le savoir qu'acquerra Eve en croquant la pomme? Ces deux tableaux furent-ils commandés par Rodolphe II pour son
cabinet de curiosités? L'empereur du Saint-Empire possédait plusieurs
cabinets, dont un Cabinet secret réservé à l'ésotérisme; il est probable qu'Eve et son vis-à-vis étaient exposés dans une pièce réservée aux amateurs avertis. La tonalité érotique des peintures ne les destinaient
sans doute pas à être exposées aux yeux de tous.
Le Baron Bonnier de la Mosson ne trouva jamais un tableau original d'Arcimboldo. Tout ce qu'il dénicha fut des gravures en noir et blanc qui rendaient assez mal l'exubérance et
l'inventivité de ces portraits.
Deux siècles et demi plus tard, Aristide a réalisé le rêve de Bonnier de la Mosson ... ou presque! Bien sûr il ne possède pas un tableau original! Lors d'une vente aux enchères, il est tombé par hasard sur un lot de caisses en bois provenant d'une école publique qui venait d'être rasée pour faire place à un centre psychiatrique de jour. Etiquetées “Arcimboldo cours élémentaire, 2ème année, 1978”, les caisses contenaient 17 sculptures soigneusement emballées. En plâtre peint, haute d'environ trente centimètres, elles reproduisaient avec plus ou moins d'habilité l'accumulation de fruits et de légumes qui donnait forme aux plus fameux portraits du peintre maniériste. Des bananes, des fraises, des oranges ainsi que des poireaux, des choux et des champignons en plastique sont incrustés dans le plâtre, donnant aux répliques arcimboldiennes une vivacité du plus gracieux effet. Connaissant l'obsession de Mosson pour les têtes composées, Aristide n'a pu résister à acquérir ces amusants Arcimboldo en 3D. Il les a catalogués sous: Section art modeste n° ACBD 2.
Le collectionneur du dix-huitième siècle aurait apprécié cette trouvaille insolite. Il ne manquait pas d'humour, lui qui accumulait des objets bizarres aux origines incertaines à coté de merveilles de la nature.
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extrait du catalogue raisonné établi par Gersaint en
1744.
inventaire du cabinet de curiosités de Bonnier de la Mosson
1- Tempio della Pittura 1590, Giovanni Paolo Lomazzo.
2- Journal de Philibert Sauveterre. Seize in-quarto reliés en peau de requin. Manuscrit illustrés de croquis.
Catherine-Alice Palagret
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