Un trompe-l'oeil 100°/° chocolat:
de l'argent à croquer pour LCL
Une plaque de chocolat haute de huit étages, dominant les toits de Paris, voici le
nouveau trompe-l'oeil qui orne la façade de LCL, ex Crédit Lyonnais. Situé au 19 boulevard des Italiens, le siège parisien de la banque est masqué, depuis fin
avril, d'une bâche de chantier de 650m2.
Plaque de chocolat en trompe-l'oeil sur la façade de la banque LCL
L'étroitesse du chantier a déterminé un motif en rectangle. Les publicitaires auraient pu choisir un lingot d'or en
résonnance avec ce temple de la richesse mais peut-être était-ce trop voyant. Ils ont préféré un signal plus discret, plus convivial et à la portée de toutes les bourses: une plaque de chocolat.
Le chocolat est consensuel, tout le monde l'aime. Il évoque le plaisir et le contentement. De là à aimer la banque!
Plaque de chocolat en trompe-l'oeil sur la façade de la banque LCL
La tablette de chocolat noir est à demi ouverte, offerte mais non croquée. On distingue quatre carrés incrustés de symboles: une
pièce d'un euro (la modernité), un porte-monnaie à l'ancienne (la tradition), une tirelire en forme de cochon (la sécurité). Le quatrième dessin est le logo de la banque. La texture du papier
déchiré et de l'aluminium froissé est parfaitement imitée.
Plaque de chocolat en trompe-l'oeil sur la façade de la banque LCL
100% LCL
Sur l'emballage déchiré est écrit en lettres d'or « 100 % LCL ». LCL semble nous offrir une friandise à
croquer. Mordez à pleines dents dans ce délicieux cadeau. En fait, la banque a les dents longues, elle veut croquer 100% de notre argent. Bonne dégustation. Le chocolat noir est plus modeste, il
se contente, lui, d'un pourcentage de 70 à 80% de cacao.
Plaque de chocolat en trompe-l'oeil sur la façade de la banque LCL
cochon tirelire ombré
La bâche de chantier, réalisée par Athem et
Paragramme, est une photo de très haute résolution numérique imprimée sur une toile. Comme sur le trompe-l'oeil ondulant de l'avenue George
V, des éléments sont collés en relief sur la toile. Ils imitent l'aluminium déchiré.
La photo du boulevard des Italiens n'est cependant pas un vrai trompe-l'oeil. Qui
a jamais vu une tablette de chocolat haute comme une tour? Les façades en trompe-l'oeil de l'avenue George V,
du boulevard Haussmann ou de la
place Vendôme sont à l'échelle des bâtiments qu'ils cachent et pour un instant ils
trompent notre oeil, ils nous trompent. Ici, il n'y a pas d'imposture possible, de jeu entre le vrai et le faux; la tablette de chocolat se désigne immédiatement comme factice.
Fausse malle Goyard cachant les travaux en cours
La tablette de chocolat est comme la malle Vuitton sur les Champs-Elysées, ou la malle
Goyard du faubourg Saint-Honoré, une construction en trois dimensions aux proportions monumentales. Comme dans l'art pop, un objet banal, quotidien est démesurément grandi et son
changement d'échelle le rend remarquable.
Malle Vuitton géante décorée de cerises. Champs-Elysées, Paris
Photo: mpozzobon
Même si elle n'est pas un vrai trompe-l'oeil, la tablette de chocolat bancaire 100% LCL
n'en reste pas moins intéressante, s'inscrivant dans ce courant de chantiers événementiels qui cherchent à intriguer et amuser le public tout en assurant la publicité du client. Les bâches de
travaux décorées voilent et dévoilent dans le même mouvement. Elles dissimulent des échafaudages disgracieux et s'affichent fièrement. On les aperçoit de
loin, on fait un détour pour mieux les voir et on en parle. Objectif atteint pour les communiquants.
Vraies statues en pierre et faux papier aluminium
Gardons quand même le pseudo trompe-l'oeil du LCL dans l'inventaire des trompe-l'oeil provisoires à Paris et ailleurs. Inventaire non exhaustif et non chronologique. La bâche de chantier LCL
s'ajoute au trompe-l'oeil déformé de l'avenue Georges V (2007 aujourd'hui démonté), au trompe-l'oeil printanier des grands magasins du boulevard Haussmann et aux deux
trompe-l'oeil de la place Vendôme.
LCL innove avec une communication décalée. La banque aimerait que son nouveau nom ait une notoriété
de 100% afin de faire oublier son ancien nom « Le Crédit Lyonnais » et les scandales qui vont avec. Mais vu les problèmes de la Société Générale, autrement plus
impressionnants, l'ex-Crédit Lyonnais peut dormir tranquille: un scandale chasse l'autre!
Le siège parisien de LCL date des années 1870, une époque où les puissantes banques
voulaient impressionner leur riche clientèle bourgeoise par le faste de leur établissements. Les travaux de réfection et de rénovation de l'immeuble historique, étanchéité des verrières et
toiture, dureront quatre mois derrière le trompe-l'oeil éphèmère.
voir sur ce blog:
Palagret
Texte et photos
juin 2008