Voir un homard géant suspendu au plafond doré du salon de Mars ne manquera pas de faire rire ceux qui apprécie l'initiative de confronter le
baroque du Roi-Soleil au baroque du roi du néo-pop. Jeff Koons expose ses oeuvres au château de Versailles du 10 septembre 2008 au 4
janvier 2009.
Lobster de Jeff Koons à
Versailles
Il faudrait créer une nouvelle catégorie pour l'art contemporain: l'art rigolo. L'art qui amuse, au premier degré, sans doctes analyses et
références historiques, même si les artistes n'ont rien d'innocent ou de naïf. Un art d'esbroufe et de dérision qui se moque de l'esprit de sérieux, un art
dangeureusement proche de Disneyland.
Petite liste incomplète des artistes rigolos:
Marcel Duchamp (1887 - 1968) pourrait être le premier d'entre eux même si sa démarche était très conceptuelle. Inventeur du ready-made en
1917, il présenta un urinoir acheté dans le commerce comme une oeuvre d'art qu'il signa R. Mutt.
Fountain
de Marcel Duchamp, 1917
Jean Dubuffet (1901 - 1985) et l'Hourloupe.
Sculpture de Jean Dubuffet
Claes Oldenburg (né en 1929 ) et ses objets géants.
Niki de Saint-Phalle (1930 - 2002) et ses nanas aux formes rebondies.
Nana de Niki de Saint-Phalle à Beaubourg
Erwin Wurm (né en 1954) et ses personnages et objets
boursoufflés.
The fat
house, Erwin Wurm
Florentijn Hofman et son canard de bain flottant dans la bassin de Saint-Nazaire à Estuaire 2007.
Canard de Florentijn Hofman
Carsten
Höller (né en 1961) et ses toboggans mêle l'attraction foraine et l'art.
Toboggans de Carsten Höller à la Tate Modern, Londres.
David LaChapelle, le photographe porno-chic et ses clichés grotesques.
Death by hamburger
David LaChapelle, 2001
Dans la catégorie art rigolo mais inquiétant on trouve:
Louise Bourgeois (née en 1911) et ses araignées issues de ses fantasmes enfantins.
Autant les araignées exposées à Beaubourg dans des salles sombres suscitent le malaise, autant l'araignée des Tuileries suscite l'amusement.
Reflet de l'araignée de Louise Bourgeois aux Tuileries
Paul McCarthy
(né en 1945), ses performances scatologiques, ses pirates et ses Mickeys. Il réalise des baudruches géantes de cochons ou de Saint Nicolas. En juillet 2008 sa
merde de chien gonflable s'est envolée. au-dessus du musée de Zurich. Les musées qui exposent l'américain préviennent que certaines de ses oeuvres ne sont pas pour les enfants.
Deux cochons roses, Anvers 2007, Paul McCarthy
Photo: Djumbo
Damien Hirst (né en 1965) et ses animaux en tranches
conservés dans du formol, son crâne incrusté de diamants etc ...
crâne incrusté de diamants
de Damien Hirst
La japonaise Yayoi Kusama (née en 1929) et
ses "dots obsession" crée un environnement obsessionnel et ludique.
Dots Obsession de Yayoi Kusama à La Villette, Paris
La rétrospective Vides à Beauboug constituée de neuf salles vides, même si elle fait sourire, appartient plus à l'art métaphysique.
Jeff Koons gagne le premier prix de l'art rigolo toute catégorie.
Son Puppy de Bilbao rencontre un grand succès chez les touristes. Dernier en date, Split-Rocker à Versailles peut s'attendre au même
accueil.
Split-Rocker de Jeff Koons, à Versailles
Presque tous ces artistes ont en commun de faire dans le gigantisme, comme si pour se faire entendre il fallait crier très
fort. L'art pop, s'inspirant du surréalisme, joue sur les changements d'échelle, d'environnement et de texture, le détournement d'objets banals transformés
en icônes. La plupart de ces oeuvres sont exposées en plein air et sont vite adoptées par un public qui apprécie aussi Disneyworld.
Puériles, cartoonesques, caricaturales, faciles, kitsches, toutes ces oeuvres sont attrayantes au premier regard. Elles suscitent souvent
l'hostilité des "amateurs d'art". Ainsi l’Union Nationale des Écrivains de France demande à la ministre de la Culture, Christine Albanel, d'annuler la venue de Jeff Koons à Versailles. La
culture française serait en grand danger! Si Versailles est un haut lieu de l'histoire française, la décoration rococo du château n'est pas exempte de mauvais goût et les plaisanteries de Jeff
Koons s'accorderont à merveille avec les dorures surchargées des salons.
Ces oeuvres "rigolotes" sont insolites et recèlent souvent quelque chose de mystérieux. Un art rigolo
ambivalent pas si anodin.
Quand à Daniel Buren, ses stricts alignements de colonnes déchaînent les visiteurs. Son oeuvre n'a rien d'amusant mais les gens la détournent en une sorte de terrain de jeux, ne sachant pas trop
quoi en penser.
Les deux plateaux, colonnes de Buren au Palais Royal à Paris
Catherine-Alice Palagret