Une construction fragile de 5000 cagettes de légumes et de fruits forment une caverne de bois. Cette architecture ludique et éphémère est l'oeuvre du plasticien japonais Tadashi Kawamata. L'oeuvre s'intitule Gandamaison; en japonais gandam désigne les robots transformers. 



Gandamaison, installation de Tadashi Kawamata à Versailles


     Kawamata travaille toujours in situ: « Pratiquer in situ, c'est arriver sans idées préconçues et réfléchir en fonction du site. ... Mon travail est plus de l'ordre de l'arrangement. Je ne crois pas à une quelconque idée nouvelle, celle-ci est toujours en lien avec le passé. » 1
Gandamaison, installation de Tadashi Kawamata à Versailles
source

   Réalisée avec huit étudiants-architectes pendant une dizaine de jour, Gandamaison comprend deux parties, une extérieure et une intérieure.

     La structure extérieure, aujourd'hui démontée, ressemblait de loin à un amoncellement de cageots laissées là par un marché monstrueux. D'un peu plus près, l'installation semblait couler du toit de la maréchalerie ou y ramper comme un organisme vivant. Ce corps mutant phagocytait le bâtiment classique (1682) qui avait l'air en ruine, comme après un bombardement.  On pouvait aussi y discerner un géant affalé dont on ne voyait que les jambes. Avec cette construction, Kawamata apportait un peu de chaos aux écuries de Jules Hardouin-Mansart, intendant général des Bâtiments du Roi.


Gandamaison, installation de Tadashi Kawamata à Versailles
Partie intérieure

   La structure intérieure de Gandamaison est un dôme de bois à la surface irrégulière qu'on dirait instable. Elle n'a rien d'oppressant, donnant une impression de légèreté et de fantaisie. Les cagettes, achetées à un producteur local, sont liées entre elles par des liens de plastique noir. Un courant d'air, ou une bousculade, pourrait les faire s'entrechoquer. Le bois, imprégné d'un produit chimique retardateur de feu, dégage une odeur gênante qui empêche de rester trop longtemps sous la voûte.


Gandamaison, installation de Tadashi Kawamata à Versailles
Partie intérieure. Tunnel

    De chaque côté de la voûte centrale se trouvent deux petits tunnels de cagettes. L'ensemble modulable est accroché à un filet, retenu par des cordes et des poulies ancrés  dans les murs de pierre qu'il dissimule. La lumière filtre à travers les cagettes, créant un clair-obscur mystérieux.

     
Gandamaison, installation de Tadashi Kawamata à Versailles
Partie intérieure. Filet.

 
   Versailles est un lieu de pouvoir et d'apparat. Le Roi-Soleil l'a crée, on y a signé des traités d'armistice, le Parlement et le Sénat s'y réunissent pour y modifier le Constitution. Tadashi Kawamata fait voler en éclats tout ce sérieux en y installant une construction poétique, tout à fait inutile. Le plafond de cagettes, objets pauvres liés au monde du travail, est un écho ironique aux plafonds d'or et de stuc du château de Versailles. Si l'architecture classique est stricte avec ses façades soigneusement alignées, les intérieurs démentent cette sévérité; les demeures royales et princières recèlent un vrai délire décoratif. Kawamata livre ici sa propre interprétation des plafonds à caissons.

    A cause du bruit médiatique fait autour de Jeff Koons à Versailles, on a peu entendu parler de Kawamata. C'est dommage. Au contraire des oeuvres de Jeff Koons qui sont en tournée mondiale et se voient de capitales en capitales, les créations éphémères de Kawamata sont détruites aussitôt après l'exposition. Il n'en reste que des photos et des vidéos.


Gandamaison, installation de Tadashi Kawamata à Versailles
Partie intérieure.


     Tadashi Kawamata, avec ses architectures chaotiques et aériennes, questionne les lieux où il travaille. Il utilise toujours des éléments de base en bois mal dégrossi (poutres, planches, cagettes) ou des objets de récupération (chaises). Partout où il intervient, Kawamata travaille avec les habitants et les étudiants de la ville choisie. A Versailles, il a travaillé avec les élèves de l'École nationale supérieure d’architecture et les professeurs pour construire une autre gigantesque Gandamaison dans la cour d'honneur des Ecuries.

     A Chicago en 1990 avec ses faux abris de sans-abri et à Houston en 1991, avec ses fausses favélas narguant les riches gratte-ciel, ses interventions avaient une dimension politique et sociale.


Cabane dans les arbres, au jardin des Tuileries
Tadashi Kawamata 2008
    A Paris ou à New-York Kawamata acroche des cabanes dans les arbres, geste poétique qui renvoie à l'enfance. Ces habitats précaires renvoient aussi aux constructions de fortune des SDF qui prolifèrent dans les grandes métropoles, pauvres ou non.

 

    Ses accumulations gigantesques questionnent plus la ville, l'espace public, que la société. A Toronto en 1989, "Colonial Tavern Park" des échafaudages branlants coincés entre deux bâtiments classiques introduisait le chaos dans un univers urbain policé, forçant à voir les interstices de la ville.

    En 2007, dans une cave Pommery à Reims il construisit une cathédrale de mille chaises cassées. En 2002 à Evreux, des passerelles qui entourent un bâtiment. Sur la Loire, il érige un observatoire pour Estuaire 2007, au-dessus des marais. Cette oeuvre est unes des rares qui ne soit pas détruite après l'exposition.


Cagettes de maraîchers
Gandamaison, installation de Tadashi Kawamata à Versailles
Partie intérieure.



     Tadashi Kawamata est né en 1953, au Japon, sur l’île de Hokkaïdo. Il vit et travaille à Tokyo et à Paris. Artiste internationalement reconnu,  il expose partout dans le monde.


Kawamata, Gandamaison
La Maréchalerie - centre d’art contemporain
École nationale supérieure d’architecture de Versailles
5 avenue de Sceaux, 78000 Versailles  01.39.07.40.94
Exposition du 19 septembre au 13 décembre 2008
Construction extérieure du 18 septembre au 6 octobre 2008

 

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art contemporain
novembre 2008



1- in Kawamata, CCC Tours, les Editions de l'atelier Calder, 1994, cité dans le dossier de presse.


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