21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 19:50

    "Trouble manifeste!" s'écrie le prince Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme, se prétendant "descendant en droite ligne de Louis XIV". "Profanation et atteinte au respect dû aux morts!" Il était temps de s'en inquiéter. Voilà plus de quatorze semaines que les oeuvres joyeusement provocantes de Jeff Koons sont exposées dans les appartements royaux du château de Versailles.

Balloon dog (magenta) dans le Salon de l'Abondance
Jeff Koons
  Après avoir écrit au Président de la République sans résultat,  Bourbon-Parme porte plainte devant le tribunal administratif de Versailles au nom du "droit immémorial", pour "tout membre de l'espèce humaine", "au respect de ses aïeux".

Ushering in banality, salon de Diane
Jeff Koons 1988

Bois polychrome
  Avec l'exposition Jeff Koons, la fréquentation du château a augmenté et les sans-culotte se sont peu offusqué des fleurs ou des chiens géants reflétant les plafonds peints et les façades du château. Quant à la lune bleue (Moon, blue) dans la Galerie des Glaces, elle participait parfaitement au jeu des reflets voulu par le Roi-Soleil.

Moon (blue) dans la Galerie des Glaces
Jeff Koons
    Les sculptures kitsches de Jeff Koons, inspirées de jouets ou de bibelots de mauvais goût agrandis et réalisés en métal chromé, en porcelaine ou en bois polychrome, surprennent certes dans les salons Grand Siècle mais elles ne font que faire ressortir le délire ornemental et la profusion de dorures de la décoration baroque.

Bear and the policeman, l'ours et le policier
salon de la Guerre, Jeff Koons 1988
Bois polychrome
    Voir l'ours et le policier tendrement enlacés (Bear and the Policeman) dans le salon de la guerre, la truie rose (Ushering in banality) dans le salon de Diane ou la panthère rose (Pink Panther) accrochée à une sirène est assez drôle. Quant au coeur rouge (Hanging heart) suspendu au-dessus de l'escalier de la Reine, il attire les couples qui se font photographier dessous. Art ou attraction touristique? Peu importe la confrontation de Jeff Koons et du château du Roi-Soleil permet de poser un regard différent sur l'un et l'autre.

Pink Panther, Jeff Koons 1988
Porcelaine, dans le salon de la Paix
    Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme  goûte peu cet humour; il entend faire interdire l'exposition et demande le retrait "d'objets constitutifs de cette profanation pornographique sans précédant"! Si Jeff Koons déclare lui-même que toutes ses oeuvres ont un caractère sexuel, il est peut probable que les enfants y soient sensibles. Ils voient avant tout des sculptures amusantes proches de leur univers aux formes lisses et colorées. Quant aux oeuvres pornographiques réalisées en 1990 avec la Cicciolina, son ex-épouse, elles ne sont pas exposées à Versailles. Bourbon-Parme s'offusque de peu de choses. Mais puisqu'il se réfère à ses glorieux ancêtres, précisons qu'ils ne furent pas des modèles de vertu et que Versailles a accueilli bien des turpitudes contraires à la morale dont se réclame Bourbon-Parme. Louis XIV eut de nombreuses maitresses et de nombreux enfants illégitimes. Un autre ancêtre, le Pape Paul III eut quatre enfants, illégitimes bien sûr. L'ennemi princier de Jeff Koons est un vrai Tartuffe!

    Rappelons que depuis le Révolution, le ci-devant Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme n'est qu'un citoyen comme un autre. Primo, Versailles appartient au peuple français et non à un descendant supposé de Louis XIV. Deuzio, toute cette agitation procédurière est un bon moyen de se faire connaître pour quelqu'un dont les manants ignoraient l'existence.
Tertio, c'est aussi un bon moyen de s'affirmer contre la branche rivale des Orléans.
    Tout ce bruit fait un peu plus de publicité à l'exposition « Jeff Koons Versailles » qui se porte déjà très bien avec ses 500 000 visiteurs. A part un groupuscule d'écrivains inconnus et quelques critiques d'art peu convaincus par le travail de l'artiste néo-pop, les protestations sont restées mesurées.

Split-Rocker, installation florale de Jeff Koons
dans le parterre de l'Orangerie à Versailles
    Ignorant du scandale qu'il crée, le beau Split-Rocker se laisse admirer dans le parterre de l'Orangerie. Quant à Jeff Koons il continue sa tournée mondiale, sans doute pas mécontent de cette amusante polémique.

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    Le mercredi 24 décembre 2008 la justice française a débouté Charles-Emmanuel de Bourbon-Parme. Le juge des référés du tribunal administratif de Versailles a estimé que "l'existence d'un droit de vivre sans profanation de ses ancêtres et d'un droit à accéder à la connaissance du patrimoine sans contrainte pornographique ne constituent pas des libertés fondamentales". Il a  ajouté que "l'exposition ne portait pas atteinte au respect de la vie privée et familiale des visiteurs de l'exposition et de leurs enfants".
    Par une ordonnance en date du 29 décembre 2008, le Conseil d'Etat, estime "manifeste" que cette requête "n'est pas fondée". Il estime qu'il n'y a pas "atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale" 1


L'exposition continue.
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Lire: Bear and the policeman de Jeff Koons
        Rabbit de Jeff Koons
        Split-rocker de Jeff Koons
        Buste de Louis XIV en inox et buste de Jeff Koons en marbre
        Chainlink, la tortue et l'hippopotame de Jeff Koons
        Jeff Koons en tournée mondiale
        La ménagerie de Jeff Koons

        Code pénal: article 225-17: l'atteinte au respect dû aux morts
       
Palagret
décembre 2008
art contemporain

1-in Nouvelobs

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Published by Catherine-Alice Palagret - dans Art contemporain
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