1 janvier 2009 4 01 /01 /janvier /2009 14:34
   Bien involontairement data.tron, l'oeuvre audio-visuelle très conceptuelle de Ryoji Ikeda, se transforme en un théâtre d'ombres. S'interposant entre le faisceau lumineux du projecteur et l'écran, les visiteurs s'amusent avec leur ombre, improvisant des acrobaties qui se détachent sur les lignes et les chiffres qui défilent, se figent et repartent en cascade. 


data.tron (prototype) de Ryoji Ikeda et performance des visiteurs
Dans la nuit des images, Grand Palais


   Quand les chiffres laissent la place à une image plus sombre, les visiteurs attendent patiemment leur retour et alors ils se précipitent pour gesticuler devant l'immense écran. Leurs amis prennent de nombreuses photos et vidéos tandis que les chiffres lumineux défilent sur leur dos ou leur visage.




 
   Pourquoi les visiteurs font-ils des pitreries? Par tradition, comme certains spectateurs font des ombres chinoises au cinéma? Pour conjurer leur malaise devant une oeuvre qu'ils jugent incompréhensible ou ridicule? Pour apprivoiser la musique électronique et la pulsation obsédante des images? Pour se l'approprier? Ou simplement parce qu'ils trouvent data.tron amusant, la répétition étant un des ressorts bien connus de la comédie? Comme avec Arena Quad de Samuel Beckett ou Pedestrian de Kaiser et Eshkar, les gens jouent avec la lumière, attirés par la magie de ces objets virtuels qu'ils modifient avec leur corps bien concrets. Ainsi s'opposent et se rejoignent le virtuel et le réel.


data.tron (prototype) de Ryoji Ikeda et performance des visiteurs
Dans la nuit des images, Grand Palais

   Détourné de sa démarche intellectuelle data.tron (prototype) devient un jeu interactif, une performance spontanée des visiteurs. Data.tron, avec ou sans ses clowns, a une certaine beauté formelle austère avec ses tressautements noirs et blancs traversés de traits bleus. Les nombres, les lignes et l'effet stroboscopique de l'image fascinent et attirent de loin. Plus on s'approche, plus on s'immerge dans ce paysage numérique et plus on a le vertige, enveloppé de nappes sonores, de grésillements et de stridences. La matérialisation du calcul chiffré que nécessite chaque pixel devient une expérience sensorielle.


data.tron (prototype) de Ryoji Ikeda et performance des visiteurs
Dans la nuit des images, Grand Palais

   Les mouvements des visiteurs ne semblent pas agir sur la projection et l'oeuvre est involontairement interactive. Par contre en octobre 2008, lors de la Nuit Blanche à Paris, Ryoji Ikeda a présenté "spectra, matrix", une lumière blanche intense projetée par 64 faisceaux à côté de la Tour Montparnasse. Ce spectacle magique et irréel était accompagnée d'une musique variant avec les déambulations des spectateurs.

 
A Beaubourg, en novembre, Ryoji Ikeda présentait datamatics, un concert installation live, à un public plus sage. Au pupitre son, le japonais modulait les sons et les images qui se nourrissent les uns des autres.


data.tron (prototype) de Ryoji Ikeda et performance des visiteurs
Dans la nuit des images, Grand Palais


    Compositeur de musique électronique et vidéaste à l'ére du virtuel, le japonais Ryoji Ikeda a entamé en 2004 un vaste projet intitulé "Datamatics" qui prend la forme de concerts ou d'installations audiovisuelles. Son ambition est de rendre perceptible le flot abstrait et invisible de données mathématiques qui informent le monde.

« data.tron » [prototype] est une installation audiovisuelle où chaque pixel de l'image est calculé très précisément selon des principes mathématiques, véritable association entre les mathématiques pures et le vaste univers de données présentes dans notre monde.

    Ces images sont projetées sur un grand écran à une vitesse très élevée, jusqu'à quatre fois supérieure à celle d'un film normal, ce qui intensifie la perception du spectateur et accroît la sensation d'immersion dans l'oeuvre.

   Artiste du son depuis 1990, Ryoji Ikeda est aussi bien intervenu dans des concerts performances au Centre Pompidou (1996) que pour la sonorisation du dôme du Millenium à Londres (2000) ou en collaboration avec l'architecte Toyo Ito au Louisiana à Copenhague. Il a été artiste-professeur invité au Fresnoy en 2006/2007.
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Liens sur ce blog:

"Dans la nuit, des images"
Grand Palais, avenue Winston Churchill
du 18 au 31 décembre 2008.

Environ 140 oeuvres - installations et projections photographiques, cinématographiques et vidéographiques - produites par de jeunes artistes et des artistes confirmés et internationalement reconnus comme Thierry Kuntzel, Bob Wilson, Bill Viola, Nam June Paik, Mickael Snow, William Kentridge, William Klein, Chris Marker, Manuel de Oliveira

Palagret
art contemporain
janvier 2009


1- in dossier de presse "dans la nuit des images"


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Published by Catherine-Alice Palagret - dans Art contemporain
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