26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 00:06
   
    Il y a longtemps que les ferries n'accostent plus à Port Morris dans le Bronx, en face de Rikers Island. Oubliée dans un quartier de friches industrielles, se trouve une monumentale sculpture de tôle rouillée qui est bien l'oeuvre de Richard Serra.

Bellamy de Richard Serra?



   Il s'agirait de Bellamy, une torque spiralée, nommé d'après Richard Bellamy, un des premiers marchands de Serra. Cette large bande d'acier spiralé a été exposée en 2002 à la galerie Gagosian à New-York avec cinq autres sculptures monumentales. Selon M. Curtis Eiser qui entrepose l'oeuvre sur son terrain, le propriétaire lui aurait dit « J'aime la manière dont la sculpture rouille dans l'air marin ». S'agirait-il de Richard Serra lui-même? 1

Bellamy? de Richard Serra


    Sur Google earth (latitude 40°48'0.12"N  longitude  40°48'0.12"N), Bellamy, la spirale stockée en plein air est clairement visible ainsi que six plaques courbes de différentes tailles qui seraient « Blindspot », vue en 2003 chez Gagosian.

Bellamy de Richard Serra?


    Ces oeuvres démontées valent des centaines de milliers de dollars et de nombreux musées seraient heureux de les exposer. Des sculptures de cette taille et de ce poids ne se retrouvent pas là par hasard. Que font-elles là à l'abandon? Des problèmes juridiques sont-ils à l'origine de cette bizarre situation? On se rappelle qu'en 1981 à New-York Titled Arc fut détruit à la demande des riverains qui ne supportait pas que la sculpture leur barre le passage. Richard Serra est mondialement connu maintenant et ses oeuvres sont mieux accueillies. Bellamy attend peut-être d'être transferrée dans un site plus adéquat qui n'est pas encore prêt?

Promenade de Richard Serra au Grand Palais, 2008


    Bien que reculé, le site n'est pas inconnu des jeunes artistes. En août 2006, un collectif a organisé une intervention artistique: « Invisible Graffiti: Magnet Show ». Un dimanche matin, 17 artistes ont discrètement envahi la friche et se sont glissés à l'intérieur des murs d'acier rouillé.

    La spirale, à l'opposé d'un labyrinthe, impose un parcours ou plutôt deux. De l'extérieur vers le coeur et du coeur vers l'extérieur. Les graffeurs ont suivi les intentions de Richard Serra qui veut que ses oeuvres se vivent en marchant. Elles ne se contemplent pas de l'extérieur, elles invitent le promeneur à en faire le tour et à y pénétrer. Seul le mouvement permet de les comprendre.
Clara Clara de Richard Serra aux Tuileries


   
Les graffeurs ont pris au mot l'artiste minimaliste mais ils ont ajouté une petite touche personnelle. Ils ont couvert les murailles d'acier de graffiti invisibles ou plutôt de graffiti magnétiques visibles mais qui n'abîment pas la structure. Facile à poser, facile à enlever, une installation éphémère.

    Une consigne donnée sur le site des invisibles graffeurs disait: « Si on vous questionne, affirmez que vous ne savez pas qui organise tout ça. Les criminels sont ceux qui se font prendre ». L'intervention était illégale puique les graffeurs magnétiques sont entrés sans autorisation sur une propriété privée mais à leur départ les murailles rouillés de Serra ont retrouvé leur sévère minéralité.
Les empreintes de semelles ou de mains que laissent les promeneurs sur Clara Clara aux Tuileries n'ont elles rien d'éphémères.

Empreintes de semelle sur Clara Clara aux Tuileries



    Bellamy dans le Bronx est un hommage involontaire aux 72 ouvriers qui périrent dans l'explosion d'un bateau à vapeur en 1932 au large de Port Morris. Ils avaient payé dix cents pour la traversée. 2 C'est aussi un hommage aux ouvriers mis aux chômage par la désindustrialisation du Bronx. Richard Serra ne serait sans doute pas d'accord avec cette idée.
Palagret
art contemporain
février 2009


1- NY Sun
2- The Bronx: In Bits and Pieces
Par Bill Twomey, Rooftop Publishing, 2007

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Published by Catherine-Alice Palagret - dans Art contemporain
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