4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 00:17
    
    En entrant dans la galerie, on a l'impression de voir une oeuvre unique tant les toiles sont rapprochées. Empilées quatre par quatre, les tags et graffs ont tous le même format (une double toile horizontale de 60x 180 cm). Il faut un peu de temps pour s'orienter dans cette explosion de couleurs.

Galerie Sud-Est du Grand Palais, exposition T.A.G

Galerie Sud-Est du Grand Palais, exposition T.A.G

     Tout débute en 1971, quand un curieux graffiti "Taki 183"  laisse les passants perplexes. Peu de temps après, le New York Times du 21 juillet 1971, révèle que l'auteur est un adolescent de 17 ans qui habite la 183 ème rue à Washington Heights. Taki est le diminutif grec de Demetrius.

 Taki 183, le pionnier

    Taki est le premier à griffer les murs et les métros de New-York, il y a quarante ans. Apposer son nom sur des rames de métro est une manière de dire « j'existe ». Une revendication et un défi dangereux.

De haut en bas:
Kelfirst, Crash, Kase 2, Mace 139

    Ce street-art est d'abord le fait d'adolescents assez agiles pour se faufiler entre les rames, grimper sur les toits et courir vite pour échapper à la police. Les premiers tags sont d'abord faits au marker. Plus tard, la bombe aérosol de peinture acrylique permet des compositions ambitieuses.

    Avec le temps, le lettrage se complexifie jusqu'à l'abstraction. Aussi ornées que les lettrines des manuscrits médiévaux, les signatures sont volontairement indéchiffrables. Une calligraphie inventive, aux lettres tantôt aigues, tantôt rondes (bubbles), couvre les murs de la ville. Des dessins, des figures des phrases apparaissent au milieu des paraphes. Le maniement de la bombe aérosol demande une grande dextérité et beaucoup de travail. Les artistes s'entraînent à parfaire leur geste.

De haut en bas: L'Atlas, Jace, Faust, Swiz

     Aujourd'hui trois générations de graffeurs coexistent au Grand Palais.  Presque tous les styles sont représentés ici, de l'expressionnisme à la BD. Des formes nettes et claires et de grands fouillis. De nombreux adeptes continuent à signer avec un nom suivi d'un numéro: Stayhigh149, Mace 139, Tate 5 etc ... . Zedz dessine à la règle des formes géométriques, Utah One l'américain écrit en lettres style BD, Fridricks l'Islandais enchevêtre des formes complexes, le français Mark 93 colle un vieux blue jean sur sa toile, Mammelzee découpe des titres de journaux, Oneo fait du dripping, Meak s'inspire de Jim Dine etc.

    Le tag né aux Etats-Unis est vite devenu international. Toujours illégal, certains graffeurs (writers) s'exposent aujourd'hui dans les galeries. Un embourgeoisement diront certains, une alternative au côté éphémère des tags et des graffs diront d'autres. Le musée à ciel ouvert est changeant, les tags sont vite recouverts, bombés, par d'autres tags ou effacés par les autorités municipales.

     Pour garder une trace de cet « art sauvage », Alain-Dominique Gallizia a commandé des oeuvres spéciales à des artistes-graffeurs. Les 300 toiles réalisées par 150 artistes se plient au même protocole: la signature de l’artiste à gauche et une évocation de l'amour à droite. La plupart ont joué le jeu même si l'amour se réduit souvent à des coeurs et des mots.

De haut en bas: Reso, Rosy, Oneo

    On retrouve les pionniers américains ( Taki 183, Cornbread, Stayhigh 149, Rammelzee Seen, Quik, Blade, Toxic, Joneone), des vedettes mondiales ( le Néerlandais Shoe, le Brésilien Nunca, l’Islandais Fridrick,…) et de nombreux Français dont Bando, l'importateur du tag en France en 1983.

De haut en bas: Utah one, Askew, Tate 5, Nov

    En s'institutionnalisant, les tags et graffs perdent leur côté provocateur. Les délinquants d'hier deviennent les maîtres établis de l'aérosol. A l'abri dans un atelier, les artistes réalisent des oeuvres d'une indéniable maitrise technique mais ils n'ont plus rien de sulfureux. Le formatage imposé par Alain-Dominique Gallizia est tout le contraire du mouvement hip-hop fait de spontanéité et de liberté.

     Au Grand Palais, les oeuvres sont accrochées à des murs de parpaings gris, dans la galerie Sud-Est éclairée par une belle verrière qui projette des raies d'ombre sur les toiles. Cette galerie servait de salle de cours aux étudiants en langues de Paris IV jusqu'en 1999. Elle va être rénovée et s'ouvrira sur la nef actuellement masquée.

  
Voir d'autres photos de l'exposition Tags et Graffs


Le Tag au Grand Palais - La collection Gallizia
Du 27 mars au 26 avril 2009.
Prolongé jusqu'au 3 mai
Ouvert tous les jours de 11h à 19h
Plein tarif : 5 €  Tarif réduit : 3 €
Grand Palais des Champs-Élysées
Avenue Winston-Churchill
75008 Paris


Liens:
Les tags
Des tags colorés sous les toits
Les pochoirs de la rue de l'ourcq
La fresque murale de la rue de Thionville, pochoirs et tags
Les graffiti de Stephen Sprouse sur les sacs Vuitton

coeurs de graffeurs

Palagret

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Published by Catherine-Alice Palagret - dans Art contemporain
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