18 juillet 2009 6 18 /07 /juillet /2009 09:54
  
    Le quatrième piédestal, ou quatrième socle, pourrait être le titre d'un roman ésotérique, style Da Vinci Code, avec sens caché, énigmes, révélations et visite organisée pour les touristes à Trafalgar Square. Le quatrième piédestal est tout le contraire du secret. Ici rien d'obscur et s'il révèle quelque chose c'est l'infinie variété de l'espèce humaine.



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Le quatrième piédestal à Trafalgar Square
Performance conçue par Antony Gormley


    Il s'agit d'une installation artistique One & Other, L'Un et l'Autre, conçu par le sculpteur Antony Gormley. Pendant cent jours, 24 heures sur 24, les candidats sélectionnés défilent sur le podium aérien. Ils sont seuls, avec quelques accessoires et font ce qu'ils veulent. Ils deviennent des oeuvres d'art vivantes dont la performance est retransmise en direct sur la toile.



Cheyenne, joueuse de harpe
Le quatrième piédestal à Trafalgar Square
Performance conçue par Antony Gormley



    "Ce sera le portrait de la Grande Bretagne avec 2400 heures et 2400 personnes vivantes." dit Antony Gormley. 1 Les sculptures vivantes d'un jour sont sélectionnées afin d'assurer une juste représentation géographique et ethnique des britanniques.



Mamie tricoteuse
Le quatrième piédestal à Trafalgar Square
Performance conçue par Antony Gormley


 
Comme dans la télé-réalité, des anonymes deviennent importants simplement parce qu'ils sont là.  Etre  sous le regard de la caméra fondent leur légitimité. "Vu à la télé" est un argument inattaquable et les gens de peu deviennent exceptionnels comme les valeureux guerriers  qu'on honore avec des statues. A la différence de la télé-réalité, il n'y a pas d'interruption publicitaire et la performance ne rapporte pas d'argent aux participants.



Squelette à vélo protestant contre les accidents de la route
dont sont victimes les cyclistes
Le quatrième piédestal à Trafalgar Square
Performance conçue par Antony Gormley



    Comme dans un zoo, les spécimens sont bien en vue sur leur rocher, entourés de vide pour ne pas pouvoir rejoindre les humains qui, en contrebas, les observent avec amusement. Ils sont aussi protégés des oeufs crus ou des bananes que des plaisantins pourraient leur lancer mais non des huées. Les spectateurs lèvent la tête vers les sculptures vivantes, si semblables à eux et si différentes. C'est un théâtre de l'altérité et du même.

   A la différence des tristes zoos humains des foires et expositions coloniales, du XIXè et XXè siecle, les spécimens ont choisi d'être là. Comme dans la télé-réalité, ils sont volontaires et acceptent d'être examinés sous toutes les coutures, applaudis, sifflés ou critiqués. Pourquoi se livrer à cette exposition médiatique? Autant de participants, autant de raison. Pour s'amuser, pour gagner un pari, pour faire une demande en mariage, pour raconter ses échecs, pour montrer ses talents de chanteur ou de danseur, pour défendre une cause politique ou humanitaire, pour faire de la publicité pour son commerce etc ...




  Tallulah, chanteuse
Le quatrième piédestal à Trafalgar Square
Performance conçue par Antony Gormley



   Il y a du voyeurisme et de la cruauté dans cette exhibition et l'attitude des spectateurs. Observer un être humain, pendant une heure, sans qu'il puisse échapper à notre regard est troublant. Sa silhouette a l'air fragile perchée à huit mètres de hauteur, surplombant le sol que foulent les simples mortels. Exhibitionnistes mais timides, ces victimes consentantes se cachent parfois sous un déguisement ou un masque. Ainsi, elles se montrent et se dérobent dans le même mouvement.
 

 


One and Other
Anthony Gormley
Du 6 juillet au 14 octobre 2009
Trafalgar Square, London, UK


Liens sur ce blog:


Palagret
juillet 2009
art contemporain en plein air

1- in Telegraph, 26.02.09


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Published by Catherine-Alice Palagret - dans Art contemporain
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