25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 23:10


   Dans le quartier du Sentier se trouve un curieux immeuble à la façade très étroite qu'Eugène Atget a dû trouver intéressante. Attiré aussi bien par le banal que par le pittoresque, le photographe a réalisé des milliers de photographies à Paris à la fin du dix-neuvième siécle.


La Maison d’André Chenier au 97 rue de Clery,  Paris 2è
Photographie d'Eugène Atget, 1907 1


  

  Un siècle plus tard, en 2009, la façade étroite existe toujours et elle n'a pas tellement changé. En 1903, il y avait une boutique au rez-de-chaussée à l'enseigne  "Au poète de 93" en hommage au poète André Chenier 2 qui vécu là avant d'être arrêté par les révolutionnaires. Dans la boutique, on vendait des journaux et peut-être aussi du vin comme le dit une deuxième enseigne.


La Maison d’André Chenier au 97 rue de Clery,  Paris 2è
Photographie de Palagret, 2009



    En 2009, il y a toujours une boutique mais elle est protégée par des grilles et on ne voit pas d'enseigne en façade.

       En 1903, le dernier étage était couvert de zinc. Le zinc a été déposé et le toit est maintenant couvert d'ardoises. Au premier étage se trouvait le portrait d'un homme. Il a disparu. Par contre la plaque en hommage au poète est toujours là. Le coin de la rue s'appelle maintenant la Pointe Trigano.




"Ici habitait
en 1793 le poète André Chenier"
 pointe Trigano, rue de Clèry et Beauregard, Paris



    En contre-plongé, Eugène Atget a cadré les rues presque désertes, peut-être tôt le matin ou un dimanche. Ce quartier, proche des boulevards haussmanniens de Bonne-Nouvelle et  de Saint-Denis, était très animé et l'est toujours. On distingue sur la photo sépia une silhouette d'homme, sans doute le marchand de journaux, et une charette. Atget privilégiait les personnages immobiles car son appareil photo n'avait pas d'obturateur et tout mouvement apparaissait flou. Les rues désertes posaient moins de problème. Dans la composition, les pavé tiennent beaucoup de place, presqu'un quart de la surface, accentuant le vide de la scène, la rendant étrange.

    Ces pavés sont maintenant recouvert de bitume. En 1903, il n'y avait ni passage piétons ni panneaux de signalisation car les voitures automobiles étaient rares. Les charettes et les calèches tirées par des chevaux assuraient tous les transports. Les chevaux ont disparus de Paris dans les années cinquante seulement.


La Maison d’André Chenier au 97 rue de Clery,  Paris 2è
Photographie de Palagret, 2009



   Le vieux Paris, un Paris prêt à disparaître, avec ses ruelles, ses maisons, ses enseignes, a été systématiquement photographié par Eugène Atget. à partir de 1898. Il a laissé un témoignage inestimable et constitué une anthologie de la ville au tournant du siècle. Eugène Atget (1857-1927) vendait ses photos aux artistes, écrivains et peintres, aux institutions et aux collectionneurs.


Vieille maison en sursis et encore habitée
 Ménilmontant, 2009


  Beaucoup des lieux qu'Eugène Atget a photographié ont disparu. Les quartiers épargnés par le baron Haussmann et qui ont résisté au vingtième siècle ne seront bientôt plus que des souvenirs. La rénovation urbaine s'accélère; les modestes maisons d'un  ou deux étages, les petits ateliers et garages sont rasés pour rentabiliser l'espace. Bientôt il ne restera plus rien du Paris populaire du dix-neuvième siècle.




Lien: Photographies d'Eugène Atget
Atget au parc de Sceaux, photos d'hier et aujourd'hui I


Palagret
photographie
août 2009


1- Le tirage, de 21 x 17 cm, sur papier albuminé a été réalisé entre 1903 et 1927 d’après un négatif sur verre au gélatino-bromure de 1903 ou 1904

2-
André Marie de Chénier, poète et journaliste français, dit André Chénier, né en 1762 à Constantinople,  condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire, pour avoir « recélé les papiers de l'ambassadeur d'Espagne », et guillotiné le 25 juillet 1794, deux jours avant l’arrestation de Robespierre.

Source:
Eugène Atget, photopoche, CNP, 1989


 

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Published by Catherine-Alice Palagret - dans Photographie
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