2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 23:04

     Des personnages sombres et menaçants sont collés sur les murs du Point Ephémère et du Canal Saint-Martin. Le regard baissé vers les passants qu'ils dominent, ils semblent incarner la violence et la souffrance d'un monde crépusculaire.

Alex, le héros d'Orange Mécanique
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


    Parmi les 25 personnages majoritairement masculins, on reconnait Alex, le héros maléfique d'Orange Mécanique (Stanley Kubrick 1971) avec sa canne et son chapeau melon. Il est accompagné de sa bande de droogs. Petite différence, leur costume n'est pas d'un blanc immaculé.


Les Droogs d'Orange Mécanique et une femme fatale
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


    On identifie aussi le corps recroquevillé et le regard traqué de M. le Maudit. Plus haut sur le mur du Point Ephémère, une victime de meurtre tombe bras en avant pour amortir sa chute tandis que des femmes fatales impassibles attendent que les hommes aient fini de jouer. Une autre femme à la chevelure de Gorgonne se tord les mains. D'autres personnages sont moins détaillés donc peu identifiables mais leur corps noir parle de douleur. 


M. le Maudit
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


   Les feuilles de papier collées sont assez minces et le support, béton ou pierre, transparaît. Brossés à grands traits noirs, avec quelques touches de couleurs, sur de grands formats, les colosses de Paul Boas ont une grande présence.


Femme fatale
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


Femme entourée d'autres collages
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


    « Mon travail n’a rien de réel, ce n’est pas un travail photographique. Je déforme complètement les choses, déjà les personnages : ils ont des petites têtes, des mains grosses comme des portes de frigo, ils sont sur-dimensionnés et difformes. Je les déforme pour les décoller de la réalité. J’essaye de les tailler un peu comme des fusées, très pointus vers la tête, un peu vu d’un chien. » 1
 

Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


    Loin de tout réalisme, la figure humaine est malmenée et dégage une puissance inquiétante. Artiste peintre, Boas reconnaît les influences d'Otto Dix ou Georges Grosz, Kokochka. Il s'intéresse au travail de Bazelitz et de Barcelo. Au contraire de la plupart des tags, pochoirs et papiers collés qui occupent la ville, les peintures de Paul Bloas sont peu répétitives et montrent plus d'invention.

  Hommes tombant
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas,
Le Point Ephémère, Canal Saint-Martin, Paris


    Paul Bloas travaille dans les lieux abandonnés, voués à la disparition ou dans les lieux chargés d'histoire. En 1996, il a collé ses bonshommes à la prison de Brest presque entièrement détruite lors les bombardements de 1945, dans les bains turcs de Budapest, dans les ruines de Berlin et de Beyrouth, à Bilbao en voie de désindustrialisation, à la base sous-marine de Bordeaux, à Madagascar, à  Belgrade.


Hommes tombant
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas,
Le Point Ephémère, Canal Saint-Martin, Paris
Le collage recouvre en partie une banane de Pimax


    Le canal Saint-Martin n'est pas menacé de disparition mais il l'a été du temps du président Pompidou qui voulait bétonner le canal pour en faire une voie rapide. Aujourd'hui les vieux ponts de fer et les murs de meulière témoignent encore de l'ancien Paris alors que tout autour les ateliers sont rasés et que s'érigent des bâtiments modernes.


Collage déchiré
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


     Les Titans de papier de Paul Boas sont des oeuvres fragiles. L'humidité du canal et les moisissures des murs les abîment et les passants emportent parfois un petit morceau de papier. Situés dans des lieux chargés de mémoire, les collages sont éphémères comme la plupart des manifestations de street-art.


Trois personnages
Série "Les Habits noirs" de Paul Bloas, Canal Saint-Martin, Paris


    Un fond vert dépasse de chaque côté de certaines peintures de Bloas. C'est la trace du petit bonhomme de Michel Quarez qui court le long du canal. Dommage de le cacher. Les deux univers sont certes opposés, le gentil petit coureur aux couleurs franches n'a rien de la noirceur des Titans, mais il y a de la place pour tout le monde.

    Au Point Ephémère, Paul Bloas participe à la manifestation des « Habits noirs » 2, une association qui a pour vocation la promotion de la littérature populaire et du roman noir.



Le 26 et 27 septembre 2009
Point éphémère
200 Quai de Valmy • 75010 Paris
01 40 34 02 48



Lien sur ce blog:
Le petit bonhomme de Michel Quarez, colleur d'affiche obsessionnel

Point Éphémère: auto-stop fantasmé au bord du canal Saint-Martin



Palagret


1- L'oeil.electrique

2- Les Habits Noirs, association fondée en 2007 par Stéfanie Delestré (directrice de la collection Le Poulpe), Jean-Bernard Pouy (écrivain), Clémentine Thiebault (libraire, webmaster de www.noirCoMMePoLar.CoM), Marc Villard (écrivain).

Partager cet article

Published by Catherine-Alice Palagret - dans Art urbain: tag - pochoirs etc
commenter cet article

commentaires