29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 00:09


    Entre culture occidentale et iranienne, entre pop-art et tradition, Farhad Moshiri crée une oeuvre colorée et joyeuse, du moins au premier regard.


Yipeeee, cow-boy chevauchant un tracteur, 2009
Farhad Moshiri, Galerie Emmanuel Perrotin


   S'inspirant de bande-dessinées ou de livres pour enfant à l'imagerie naïve, Farhad Moshiri couvre ses toiles de perles rondes ou en forme de coquillages. Les décorations soigneusement cousues sur la toile accrochent la lumière et brillent doucement. La broderie de perles est une pratique patiente, plutôt féminine et plus proche de l'artisanat que de l'art. Le peintre iranien la détourne avec ironie.


Yipeeee, cow-boy chevauchant un tracteur, détail du lasso
Farhad Moshiri, Galerie Emmanuel Perrotin


    Il peint aussi des scènes du quotidien: une femme dort seule (Half and half), une femme enjoint à son mari de réfléchir (Think), une jambe et un rasoir (Hair). Ces images banales sont richement rehaussées de verroterie et ressemblent  à un jeu où les enfants composent une image sur une grille avec des épingles de couleur. Comme Roy Lichtentstein, Moshiri puise son inspiration dans l'iconographie populaire. Lui aussi, il manipule les images, non en agrandissant les pixels mais en les recouvrant de perles et de paillettes.


Fallen, chute de l'enfant et du loup, détail
Farhad Moshiri, Galerie Emmanuel Perrotin


   Né en Iran, Farhad Moshiri a étudié au Californian Institute of Arts. C'est aux Etats-Unis qu'il est devenu connu il y a deux ans avec des tableaux de vases et d'amphores de style sassanide, ornés de calligraphie (only love, like fire) symbolisant le désir, la vie et la mémoire.


Friends for ever, 2009
Farhad Moshiri, Galerie Emmanuel Perrotin


      Farhad Moshiri expérimente avec des photos, des films, des installations, des cristaux Swarovski. "Fauteuil avec table ronde et stéreo" (2003) est une installation de sculptures outrageusement dorées, très kitsch ainsi que la vitrine dorée intitulée "Birth of happiness, naissance du bonheur". Le plasticien iranien se moque du goût "oriental" de ses compatriotes et plus largement de la société de consommation qui associe la richesse au bonheur.


Half and half et Think
Farhad Moshiri, Galerie Emmanuel Perrotin


    "Choc Line", de la série Sweet dreams, est une installation de petits gâteaux multicolores, comme on en sert en Iran. Les appétissantes pâtisseries dessinent la silhouette d'un corps, la trace que laisse la police après avoir enlevé un cadavre. Une image d'abord séduisante puis sinistre, ou drôle.


Think, détail
Farhad Moshiri, Galerie Emmanuel Perrotin


   La galerie Emmanuel Perrotin présente une vingtaine d'oeuvres nouvelles. Face à un petit tigre perdu sur une banquise blanche scintillante, Moshiri proclame "Life is beautiful", une sentence écrite avec des couteaux plantés dans le mur.


"Life is beautiful" et "Friends for ever"
Farhad Moshiri, Galerie Emmanuel Perrotin


    Des couteaux de toutes sortes, du banal couteau de cuisine au manche de plastique fluo au couteau de chasse, qui, assemblés, forment une décoration séduisante, mêlant la symbolique macabre de la lame à l'affirmation de la beauté de la vie. Moshiri a déjà utilisé les couteaux pour écrire des phrases toujours rassurantes comme "Home, sweet home" ou ambigue comme "Never". Violence et douceur unies en un bel oxymoron visuel.


"Life is beautiful", détail
Farhad Moshiri, Galerie Emmanuel Perrotin

  

    Le titre de l'exposition "Silly you, silly me" renvoie dos à dos le peintre et le visiteur dans une même absurdité devant ces tableaux "idiots" de nounours et de petits lapins. Il est curieux de voir un peintre iranien, qui vit et travaille à Téhéran, produire des oeuvres si "occidentales". On a du mal à associer ces tableaux irrévérencieux avec la socièté strictement codifiée des mollahs.

    Nouveau venu sur la scène internationale, Farhad Moshiri expose dans les grandes foires et galeries dont celle de Dubaï où sont les riches acheteurs et où se repèrent peut-être les Jeff Koons et les Damien Hirst de demain.



Voir les installations dorées de Farhad Moshiri
Othoniel: lasso de perles, baroque et minimal à la fois
Jeff Koons à Versailles
Damien Hirst


Farhad Moshiri, «Silly you, Silly me»

Du 22 octobre 2009 au 01 janvier 2010

Galerie Emmanuel Perrotin

76, rue de Turenne, 75003 Paris

 

 

Jean-Michel Othoniel
Les Noeuds de Janus
Sculptures, oeuvres sur papier
Galerie Emmanuel Perrotin
10 Impasse Saint-Claude : 22 octobre - 23 décembre 2009



Palagret

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Published by Catherine-Alice Palagret - dans Art contemporain
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