Des affiches porno-chic, on en voit moins mais on en voit encore. A quelques jours de la Journée de la femme, l'affiche de Mondino pour
le dernier disque de Damien Saez vient d'être refusé d'affichage dans le métro. Pourquoi? Image dégradante de la femme.
Couverture du CD "J'accuse" de Damien Saez
Photo de Mondino
On y voit en effet une femme nue dans un caddy, comme un vulgaire paquet de céréales. Sous une coiffure vaporeuse, son visage est très maquillée et
pour tout vêtement elle porte des chaussures à talons aiguille; la dame n'a rien d'une rosière! Au-dessus de cette image à connotation sexuelle pas du tout ambigue, le titre "J'accuse" est minuscule.
Il faut être bien hypocrite pour dire que le titre contre-balance l'effet racoleur de la photo et qu'il
s'agit d'une dénonciation de la présentation de la femme comme objet de consommation et, pourquoi pas, de la société de consommation elle-même.
Le visuel de l'album est à diffusion restreinte et ne pose pas de
problème. Mais une affiche de 4x3 sur les quais du métro? On n'a pas vu l'affiche interdite d'affichage mais il peut probable que "J'accuse" soit
écrit en très gros au-dessus d'une discrète petite image.
Que verraient les voyageurs si l'affiche était placardée? Une séductrice nue tassée dans le caddy bien plus qu'une dénonciation. Il y a de la complaisance et de la mauvaise foi dans ce visuel.
Notons que se servir de la phrase de Zola, dénonçant les accusateurs du Capitaine Dreyfus, pour nommer un cd de chansons est ambitieux sinon un
peu ridicule.
Une fois de plus, la censure fera de la publicité au censuré.
Ecoutez la chanson de Damien Saez
Damien Saez, deuxième affiche refusée dans le métro
Palagret
mars 2010
Allo Paris bonjour tristesse.
Notre photo, une femme nue dans un caddie, utilisée comme visuel de notre album et comme affiche de concert, a été interdite dans les couloirs des métros et sur les kiosques à journaux.
Dans une seconde étape, une autre affiche textuelle signifiant cette interdiction l’a été à son tour par tous les réseaux publicitaires, méprisant ainsi et la liberté de l’art et la liberté d’expression.
Une femme nue dans un caddie, outrage aux moeurs du commerce ? Remise en question du système ? Droit d’informer ? Quel crime avons nous donc commis ? Cette interdiction aurait pour but, qu’ils disent, de protéger l’image de la nature humaine, j’en doute. Mais protéger l’image du caddie ? Ca c’est certain. Les
publicistes portant le drapeau de la nature féminine... Faîtes moi rire... Une chose est sûre, les caddies valent plus que les hommes dans nos pays.
Quand les bureaux du commerce prennent des allures d’entrée de boites de nuit,
quand la ségrégation outre raciale en devient culturelle, la honte grandit. J’ai honte pour ces gens, honte pour mon pays, honte pour ce qu’il est devenu, honte pour cette auto-censure que la société s’inflige à chaque fois qu’elle ouvre sa bouche. Et dire que nous étions d’avant-garde un jour...
Alors que le vulgaire à outrance et les illégalités font rage sur chaque devanture et dans ces mêmes couloirs de métro, alors que nous vendons nos chairs, à tort et à travers, pour n’importe quel inutile qu’il faudra vendre aux enfants, alors que la femme n’a jamais été autant méprisée dans sa qualité d’être humain autre que celle d’être une chatte béante dans laquelle on refourgue tous les artifices du nouveau monde, voilà que les petits capos voient de l’outrage quand le féminisme est à son expression la plus pure.
Mais quelle est cette douleur qui fait si mal dans les p’tits slips des p’tits capitalistes d’arrêt de bus ? Les miroirs feraient-ils donc si peur à ceux qui n’aiment pas leur visage ? D’abord une photo, puis des mots...
Dis quand viendra le temps où nous reverrons la liberté ailleurs que sur nos billets de banque ? Cet album que nous sortons est l’oeuvre de deux ans de travail, d’écriture, de production, de musique, de réflexion, d’argent et surtout de temps. Un art populaire mis à mal par les pilleurs de tombeaux que sont tous les vendeurs de câbles en tous genres. Je suis parti des majors company pour ne pas finir en abonnement téléphonique, en sonnerie de portable vendue à des crétins.
Bien sûr on est blasé de tout, bien sûr on ne s’étonne plus de rien, bien sûr ça n’est pas grand chose, qu’une photo aujourd’hui, quoi demain ?
Bien sûr je continuerai à être libre, bien sûr qu’on galère tous à faire nos courses, bien sûr qu’il y a toujours plus grave, bien sûr, bien sûr...
Mais les symboles sont là pour stigmatiser très souvent des maux bien plus profonds, et les choses sans grande importance à première vue cachent souvent des forêts qui le jour où elles prennent feux font bien plus de dégâts que la liberté.
Damien Saez
Et à côté de ça, voilà ce que l'on peut admirer dans le rer...