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Kitsch et démesure
pour l'exposition universelle de Shanghaï



    L'art contemporain se confond parfois avec les manèges des parcs d'attractions. La future locomotive suspendue de Jeff Koons ne déparerait pas Disneyland; son colossal Puppy, chiot de quinze mètres de haut paré de fleurs fraiches, est un must touristique à Bilbao. François Scali, architecte, et Aurèle, plasticien,  ont imaginé un chien encore plus phénoménal pour la Chine. Le "chien jaune perdu de Shanghai" (the yellow lost dog), haut de quatre-vingt mètres, devrait devenir un repère aussi connu que la Tour Eiffel à Paris ou que Big Ben à Londres. 


Projet de l'immeuble du "chien jaune perdu"
sur la rive du Huangpu à Shanghaï.


  
Le bull-terrier assis dans le quartier moderne de Pudong, à côté de la Tv Tower, dominera les rives du Huangpu. Ce projet baroque abritera le "musée provisoire des villes perdues et des cités englouties". Il y aura un restaurant dans le museau de l'animal. Y servira-t-on du chien, plat traditionnel en Chine?
    C
onçue pour l’exposition universelle de Shanghai de 2010, en Chine, c'est la première tour zoomorphe connue.
Projet de l'immeuble du "chien jaune perdu"
sur la rive du Huangpu à Shanghaï.
Dessin préparatoire
 

    Le projet a été exposé en décembre 2007 au pavillon de l'Arsenal, dans exo-architecture. Techniquement, la construction d'un bâtiment aussi atypique est un défi. «Une partie du poids de la structure se situe au niveau des pattes avant du chien. Les 8 niveaux seront soutenus par de grandes poutres en porte-à-faux sur une structure dorsale faite de deux grandes poutres métalliques encastrées en pied et portées sur deux colonnes de béton», explique François Scali 1. Des escalators conduiront les visiteurs de niveaux en niveaux. La peau du chien sera constituée d’une double épaisseur qui génèrera «une circulation d’air pulsé et rafraîchi par des échangeurs thermiques situés dans le fleuve" , climatisant le site.

    François Scali a réalisé le Génitron, l
'horloge de l'an 2000 devant le Centre Pompidou, le mobilier urbain de Singapour et l'aménagement du musée du Camouflage, à Londres.

Gigantesque, le chien jaune translucide d'une surface de 4.300 m2 diffusera «une douce lumière jaune» qui s'harmonisera avec le paysage très coloré des grattes-ciels de la métropole chinoise. La couleur jaune est très présente dans la culture traditionnelle chinoise.


Chien jaune perdu
sculpture d'Aurèle


Comme Yves Klein et son "International Klein Blue", Aurèle a déposé sa couleur, IAY ( international Aurèle Yellow). L'artiste s'intéresse aux chiens depuis 1986 lorsqu'il remarqua un avis de recherche pour Bob, un fox-terrier disparu. Il voit dans ce chien  « le symbole de l'abandon et de l'errance urbaine, la métaphore de l'homme moderne en quête d'argent et d'affection.»2
A partir de ce jour, Aurèle fera de nombreuses sculptures de chien. Une des dernières pèse une tonne. Fabriquée en Chine, acheminée par bateau, elle a été exposée au festival de Cannes.



Museau du chien jaune perdu abritant un restaurant.
Projet de François Scali et Aurèle

    Aurèle vit en Chine depuis quelques années, profitant du nouvel intérêt des riches Chinois pour l'art contemporain.

    Comme les
fourmis géantes de Pallas 21,  le chien jaune perdu de Shanghai gardera la cité. Il sera entouré de gratte-ciels tous plus extravagants les uns que les autres. Dans la Chine moderne tout semble possible et les gratte-ciels poussent chaque jour au rytme de l'économie, construits par des migrants travaillant dans des conditions très dures. Le projet de Scali et Aurèle a été accepté par les autorités, ne manquent que les fonds. Le chien jaune sera-t-il finalement construit?


Shanghaï, photo de Stuck in Customs


    Le pavillon de la France à l'
Exposition Universelle de Shanghaï sera construit par Jacques Ferrier, au bord du fleuve. Ce sera un bâtiment innovant, faisant appel aux avancées les plus récentes en matière de conception architecturale, de matériaux de construction et de respect de l’environnement. Le projet est conçu en collaboration avec le scénographe Ruedi Bauer et I'agence paysagiste Ter. L'édifice enserré dans une très fine résille de béton sera suspendu au dessus d'un bassin et entouré par un jardin à la francaise. 3

L'Exposition Universelle de Shanghaï se déroulera du 1er mai au 31 octobre 2010 sur le thème de Meilleure Ville, Meilleure Vie (Better City, Better Life). Avec 70 millions de visiteurs attendus, Shanghai espère battre le record de l’Exposition universelle d’Osaka qui avait accueilli 64 millions de visiteurs en 1970.


Autres photos de sculptures d'Aurèle


1- in Batiactu
2- in Le Monde 2, juillet 2007
3- Next Libération



Catherine-Alice Palagret




    Aujoud'hui 30 juin Balloon Flower (magenta), la sculpture de Jeff Koons mise aux enchères chez Christie's à Londres s'est vendu $25.8 million ( £12.9)  ce qui est un record. Elle était estimée à 12 millions de livres sterling.


Balloon Flower (Magenta) exposée à Saint-James square à Londres
photo: crisjohnbeckett



    Balloon Flower imite, à une échelle monumentale, une fleur faite d'un ballon noué comme en fabriquent les petits vendeurs sous les yeux des badauds. L'oeuvre haute d'environ 2,75 mètres est en acier chromé dans lequel tout se reflète, le ciel, l'eau les arbres ou les gratte-ciels et bien sûr les visiteurs.


Cette fleur au brillant si parfait vient de la collection
Howard et Cindy Rachofsky de Dallas 1. La sculpture pèse huit tonnes. Elle a traversé l'atlantique à bord d'un Antonov 124, un avion militaire soviètique utilisé pour transporter des tanks en Afghanistan dans les années 1980. L'Antonov s'ouvre par le nez et c'était le seul avion capable d'accueillir la caisse contenant le fleur. L'avion s'est posé à Genève. De là un camion spécial a transporté la sculpture à une usine allemande pour refaire le polissage parfait qui est la marque des oeuvres de Jeff Koons. Puis elle est repartie pour Londres où une grue l'a installée sur la pelouse de Saint-James square. D'une légèreté illusoire, Balloon Flower semble délicatement posée sur le gazon alors qu'un socle enterré assure sa stabilité.


balloon flower (magenta) de Jeff Koons.
Collection Howard et Cindy Rachofsky en vente chez Christies
Photo Christie's


Balloon flower (magenta) était exposée à Londres, à Saint James square, du 21 au 30 juin 2008.


Fleur ballon bleue de Jeff Koons à Berlin
photo: Holger Dölle


    Il existe cinq fleurs dans le monde. La fleur jaune, comme le chien magenta exposé à Venise au Palazzo Grassi, appartient au collectionneur François Pinault. La fleur orange est dans une collection privée. La fleur bleue est à Berlin (Collection Daimler). La cinquième fleur ballon, la rouge, appartient à Jeff Koons. Elle est exposée à New-york dans une fontaine du quartier du World Trade Center.


Fleur ballon rouge de Jeff Koons. A New-York.
Photo: wallyg


    La série "Celebration" de Jeff Koons comprend les diamants géants, les chiens ballons, les coeurs suspendus (hanging heart) et les fleurs ballon. Jeff Koons dit en avoir trouvé l'inspiration dans les contes de fées et les livres pour enfant. Ces fleurs géantes sont faites pour être exposées en plein air.



1- in
The Dallas Morning News du 29 mai 2008.



voir:
Jeff Koons bientôt à Versailles en septembre 2008
         La visite de l'atelier de Jeff Koons mise aux enchères
         Rabbit, le lapin de Jeff Koons à la parade de Macy's
         La locomotive de Jeff Koons pour le musée de Los Angeles
      
Video de Jeff Koons présentant Balloon Flower (red) à New-York



Catherine-Alice Palagret




Jeff Koons, le roi du néo-pop
à la cour du Roi-Soleil



    On sait enfin ce que Jeff Koons va exposer à Versailles en septembre 2008 pour sa première rétrospective en France: seize oeuvres démesurées et / ou ironiques dont l'exubérance devrait s'accorder à la décoration baroque des Grands Appartements royaux.


Simulation: Rabbit, le lapin de Jeff Koons à Versailles


     Du salon d'Hercule à l'escalier de la Reine, chaque oeuvre occupera une pièce.
Les plafonds ornés de fresques mythologiques ou guerrières, les murs surchargés de tapisserie, tableaux et dorures serviront d'écrin aux créations de l'artiste américain.
     S'inspirant d'objets prosaïques de la culture populaire, de banals bibelots kitschs et de jouets d'enfants bon marché, ses sculptures aux reflets métalliques refléchiront joyeusement le décor rococo du château. Clownesques et pleines d'allusions sexuelles, les oeuvres apporteront un peu de dérision à la pompe royale et à l'esprit de sérieux voulus par le Roi-Soleil.



Buste de Louis XIV en acier inoxydable

     Selon Jeff Koons, l'environnement baroque de Versailles est un cadre idéal pour renforcer le caractère philosophique de ses oeuvres, sur le pouvoir, l'amour, le temps. Louis XIV et Versailles sont pour lui un symbole de raffinement et de lumière. L'intérêt de l'artiste pour Versailles n'est pas nouveau. En 1986, non sans dérision, il a réalisé un buste de Louis XIV en acier inoxydable et non en marbre, matière noble et traditionnelle. Le buste sera exposé dans la chambre du Roi.



Balloon Dog (Magenta) de Jeff Koons, à Venise, devant le Palazzo Grassi
Photo: dalbera


     Le parcours versaillais commencera avec Balloon Dog (Magenta), l'énorme chien ballon à la légèreté illusoire. Déjà exposé à Venise devant le Palazzo Grassi, Balloon Dog reproduit un chien fait d'un ballon noué. Haut d'environ trois mètres, il posera devant le « Repas chez Simon » de Véronèse et sous le plafond représentant l'Apothéose d'Hercule peint par François Lemoyne.



Bear and the Policeman, 1988, de Jeff Koons


     Suivront «Bear and the Policeman", l'ours et le policier britannique, faisant partie du Banality show de 1988.  Sculpture en bois peinte de plus de deux mètres de haut, l'ours en peluche à l'air bonasse pose paternellement son bras sur l'épaule d'un policeman et s'apprête à souffler dans son sifflet. C'est une parodie des souvenirs très kitschs que les touristes achètent. Le couple sera dans le salon de la Guerre, ce qui est approprié pour un gardien de l'ordre, peut-être moins pour un ours.



Jeff Koons posant devant Rabbit au MCA de Chicago, en mai


     "Rabbit" (1986) le célèbre lapin argenté est inspiré d'un jouet gonflable. En acier inoxydable poli, le salon d'Abondance se reflètera sur son corps brillant.

« Les objets gonflables, bien sûr, sont une métaphore des gens; pour moi, ils sont une métaphore de la vie et de l'optimisme. L'image la plus morbide que je connaisse est celle d'un objet gonflable qui s'est effondré. » déclare Jeff Koons 1. Pour ne pas affronter la mort des jouets gonflables, l'artiste les pérennise en métal increvable et imputrescible.

    « New Hoover convertible »: les aspirateurs Hoover sont des ready-made (comme l'urinoir de Marcel Duchamp) mais ils sont enchâssés dans une vitrine de plexiglas bordée de néons. Les appareils ménagers seront exposés dans l'antichambre du Grand Couvert. Koons écrivait en 1980 qu'il y montrait la sexualité à la fois mâle et femelle: «  Il y a des orifices et des parties phalliques. » 

     «  Lobster » une langouste en aluminium polychrome et chaîne d'acier de 145 cm de long, de 2003. Inspirée d'une bouée de plage, elle sera dans le salon de Mars,  « À la place d'un des lustres, je suspendrai ­Lobster comme un acrobate accroché à un trapèze, comme une vision incongrue sortie du Moyen Âge. » 2



Simulation de Jeff Koons
Lobster dans le salon de Mars à Versailles


     « Large vase of Flowers », le  vase de fleurs, 1991, collection Dakis Joannou. Jeff Koons écrit à propos de « Large Vase of Flowers »: « Il y a 140 fleurs. Elles sont très sexuelles et fertiles.” Le vase ornera la chambre de la Reine
.


     « Moon » une lune argenté de trois mètres de diamètre en acier inoxydable trônera au bout de la Galerie des Glaces, créant d'étranges perspectives. Les miroirs anciens, récemment rénovés, de la Galerie multiplieront l'image de Moon qui elle-même reflètera sur sa surface brillante les visiteurs, les miroirs et les dorures à l'infini. La symbolique de Versailles est construite sur le mythe du soleil; Moon sera son contrepoint.







 On a pu voir « Moon » à l'exposition Translation au Palais de Tokyo, en 2005.

Beaucoup de sculptures « gonflables » de Jeff Koons sont en acier inoxydable polychrome, fabriquées par  Carlson & Company, en Californie.


Moon, de Jeff Koons.







     «
Michael Jackson and Bubbles », représente, grandeur nature, le chanteur avec son singe favori. La peau exagéremment blanche du chanteur crée un sentiment de malaise. De la série Banality (1988), la porcelaine peinte, polychrome et dorée à la feuille d'or,  allie le kitsch et l'hyper-réalisme. Fabriquée en Chine sous la supervision de l'artiste, c'est l'une des plus grandes porcelaines au monde.  Elle sera dans le salon de Vénus.



Michael Jackson and Bubbles, son singe favori.
Porcelaine de Jeff Koons


Pink Panther, porcelaine


    "Pink Panther" (1988) est une porcelaine de 1 mètre sur x 52. cm . C'est la rencontre de deux univers: une femme blonde enlaçe la panthère rose, un personnage de dessin animé. L'oeuvre sera exposée dans le salon de la Paix . « Ces deux pièces renvoient à l'art de la porcelaine et de la dorure célébré partout à Versailles, mais aussi à sa qualité sexuelle et à sa liberté magnifiée. » 2

Un ironique autoportrait de l'artiste sera  dans le salon d'Apollon. Alors que le buste de Louis XIV est en acier inoxydable, celui de Koons est en marbre!


Autoportrait de Jeff Koons
Buste en marbre


     "Hanging Heart", un coeur rouge brillant enrubanné, apportera "générosité, chaleur et romance" au parcours, dit Jeff Koons.




Hanging Heart, de Jeff Koons, exposé ici à Venise



     Une seule sculpture sera installée dans le jardin:  "Split Rocker" déjà vu à Avignon en 2000, dans l'exposition « La beauté in fabula ». Cette tête géante mi-dinosaure mi-poney mesure douze mètres de haut et pèse onze tonnes. Comme beaucoup d'oeuvres de Jeff Koons, elle est inspirée d'un jouet enfantin, un cheval à bascule. Split Rocker sera recouvert de fleurs fraîches, 90 000 pétunias et géraniums arrosés automatiquement par un système interne. Comme le Puppy de Bilbao, ce sera une sculpture vivante, changeant de couleurs avec la floraison. Louis XIV s'intéressait beaucoup à l'art topiaire; il est sûr que Jeff Koons renouvelle radicalement cet art qui remonte à l'antiquité.



Split-rocker dans le cloître Benoît XII à Avignon en 2000


     Jeff Koons est venu à Versailles le 18 juin pour affiner son projet d'accrochage qu'il a préparé dans son studio de Manhattan à partir d'une documentation fournie par Jean­-Jacques Aillagon et les conservateurs du château de Versailles.



    Provocatrice et ludique, il est certain que l'exposition fera parler d'elle. Les amoureux du Grand Siècle seront sans doute scandalisés de voir le prestigieux château de Versailles envahi par des oeuvres contemporaines clinquantes d'un mauvais goût assumé. Qu'ils se rassurent! Trois mois après, le château retrouvera, sinon la paix, du moins son décor historique intact. L'exposition d'artistes contemporains dans des lieux historiques célèbres est à la mode et suscite toujours des polémiques. Au Louvre Jan Fabre se confronte aux  chefs-d’oeuvre de Van Eyck, Bosch ou Rubens. De la rencontre de styles si dissemblables, du choc visuel, naît un regard nouveau.


     Que Versailles retrouve le joyeux délire des fêtes de Louis XIV! Le Roi-Soleil aimait les divertissements baroques, les décors grandioses et éphémères, les déguisements absurdes. Il aimait éblouir et surprendre la cour. Peut-être aurait-il aimé l'extravagance de Jeff Koons.

L'exposition réservera peut-être quelques surprises: une pièce inédite?

L'acheminement et l'installation d'oeuvres aussi monumentales nécessitent des moyens énormes. Il faut un convoi spécial et une immense grue pour les positionner. Comment "Balloon dog", "Hanging Heart" ou "Moon" lourds et surdimensionnés arriveront-ils dans les appartements royaux?


Affiche de l'exposition Jeff Koons à Chicago
Photo: lobstar


     Une grande retrospective de Jeff Koons a lieu en ce moment au MCA de Chicago jusqu'au 21 septembre 2008. Superstar dans le milieu de l'art, Koons est l'un des artistes contemporains les plus controversés et les plus chers au monde. Son "Hanging Heart" (Magenta/Gold), un cœur rouge de 3 mètres de haut, a été adjugé le 14 novembre 2007 chez Sotheby’s $23.6 millions. Le 30 juin, "Balloon Flower (magenta) a été vendue aux enchères à Londres, chez Christie's pour la somme de $25.8 million.




Bientôt:
"Jeff Koons Versailles"
Du 10 septembre au 14 décembre 2008
à Versailles



1-
in Chicago.mag.com
2- in Le Figaro.fr


voir: Rabbit, ballon gonflable à la parade de Macy's
        Visite de l'atelier de Jeff Koons aux enchèrès
        Le projet de locomotive suspendue
        L'art contemporain et Jeff Koons à Versailes


Catherine-Alice Palagret


Une résille argentée
enveloppe le ministère de la culture


    A quelques pas du Louvre, rue Saint-Honoré, l'immeuble enveloppé d'une résille d'acier se voit de loin. Sa couleur argentée tranche sur les façades classiques en pierre de taille ocres ou beiges qui l'entourent. Les entrelacs de métal découpés au laser s'harmonisent avec les toîts de zinc et les nuages du ciel de Paris. C'est une touche baroque, presque art nouveau, opposée à la sévérité classique de la rue de Rivoli.


La résille d'acier inoxydable de Francis Soler enveloppe l'îlot des Bons Enfants
Au coin de la rue Saint-Honoré et de la rue Croix des Petits Champs


    Après la pyramide du Louvre de Peï, les colonnes de Buren au Palais-Royal et le kiosque de Jean-Michel Othoniel place Colette, Francis Soler apporte la modernité au coeur d'un quartier historique. L'immeuble regroupe les services du Ministère de la Culture et de la Communication jusqu'ici dispersés sur plusieurs sites différents à Paris.


La résille d'acier inoxydable de Francis Soler enveloppe l'îlot des Bons Enfants
rue Saint-Honoré


    Comme pour les sept lots du Fouquet's unifiés par Edouard François, les deux lots des Bons Enfants posaient un problème de cohérence. Le premier immeuble conçu par Georges Vaudoyer, en 1919, abritait les réserves du grand magasin du Louvre, le deuxième, une extension conçue par Olivier Lahalle en 1960, était occupé par le Ministère des finances qui, après son déménagement à Bercy, souhaitait vendre le bâtiment à un promoteur qui en aurait fait un hôtel.


La résille d'acier inoxydable de Francis Soler enveloppe l'îlot des Bons Enfants
rue
Croix des Petits Champs


    Sur 5 000 mètres carrés, la mantille de ferronnerie unifie les différents lots. Son motif abstrait, d'après Francis Soler, vient  d'un tableau de la Renaissance italienne, de Giulio Romano du palais du Té à Mantoue. L'architecte a déformé les personnages par ordinateur jusqu'à obtenir des arabesques où ils se dissolvent. La fine dentelle d'acier voile et dévoile la façade dans un même mouvement. Légère et puissante, elle enserre le batîment du premier étage aux combles et l'ancre ainsi dans le sol parisien. De l'intérieur, la résille argentée ne gêne pas la vue mais crée des jeux de lumière suivant le ciel changeant de Paris. Elle permet de voir sans être vu, selon le principe des moucharabiehs arabes.


Détail de la résille d'acier inoxydable de Francis Soler


Francis Soler déclarait en février 2005:
    "Sur le territoire de l’ancienne section révolutionnaire du Palais Royal (mai 1790), à deux pas de la Comédie Française et du Palais du Louvre, s’élèvent les Bons Enfants, Ministère de la Culture et de la Communication. Tous les grands mouvements de révolution ont traversé ce quartier, y semant une odeur de poudre, mais aussi tous les mouvements de capitaux (la Bourse, la Banque de France, la Place Vendôme, la rue de la Paix). C’est un quartier riche et révolutionnaire, conservateur et moderne, idéal pour marquer la pierre par une intervention contemporaine. ...


La résille d'acier inoxydable de Francis Soler enveloppe l'îlot des Bons-Enfants
vue de la rue du Pélican


    La tentation d’aller vers une simple restauration ou vers la protection des traces laissées sur site était grande. Au contraire, je choisissais de maintenir la coexistence des différentes strates existantes ... .
    La rue des Bons Enfants était étroite et sombre. Elle alignait cependant, de l’autre côté du trottoir, de beaux immeubles du dix septième siècle en pierres décrépies par le temps. J’y créai une brèche en abattant un bâtiment sans intérêt et le soleil entra de nouveau sur un jardin inventé de toutes pièces. ... La cour s’ouvre désormais sur la rue ... .


Ouverture du jardin rue des Bons Enfants


    Sur la périphérie, au droit des rues Saint Honoré, Montesquieu et Croix des Petits Champs qui constituent, à elles trois, la carapace poreuse et complète de l’îlot des Bons Enfants, la résille, toute en plaques d’acier inoxydable découpées au laser, enveloppe toutes les façades urbaines et péri métriques de l’opération. Elle est légère et envahissante, jamais encombrante. Et la lecture qu’on en a, se déplace sur des valeurs visibles, souvent contraires. Celles de la brillance et de la matité, celles de la finesse et de la profondeur, celles du ciselé et du contour flou, celles de la figuration et de l’abstraction. Elle est garde corps et œuvre confidentielle. Elle est cuirasse, armure ou cote de maille, s’attachant à protéger le ministère contre toute intrusion intempestive et contribuant, par sa proximité, à fabriquer ces espaces indescriptibles qui donnent le sentiment que lorsqu’on est dedans, on est, là, comme on est pas ailleurs. ...


La résille d'acier inoxydable de Francis Soler enveloppe l'îlot des Bons-Enfants
au coin de la rue Saint-Honoré et de la rue des Bons Enfants


    Toute la lumière qui pénètre dans les bâtiments est découpée et dessinée par la résille de façade. Elle percute des sols en résine, dont la couleur noisette s’apparente à celle d’un sol sablonneux. La résine de superficie, transparente et uniforme, favorise les reflets et conduit la lumière très loin dans des couloirs recouverts, sur toute leur longueur, par un tapis bordé, couleur framboise."





Les Bons Enfants
Ministère de la Culture et de la Communication
Francis SOLER, avec Frédéric DRUOT (interior design) et Michel DESVIGNE (jardin)


Source:
Dossier de presse
http://www.soler.fr/SO_w-fr.html



La vie tout simplement

un autre regard sur la Palestine
au pont des arts à Paris.   
`


    Pas de combat, pas de blessés ou de foule en pleurs comme le montrent les journaux télévisés quand ils parlent de la Palestine. L'exposition de photographies organisée sur le pont des Arts à Paris présente une autre image d'un pays déchiré.


"En tournant les pages", Scènes de la vie quotidienne à Betléem,
Rula Halawani
exposition de photos sur le Pont des Arts à Paris







Il ne s'agit pas d'occulter la difficulté de vivre là-bas ou de présenter des images idylliques mais de donner à voir la vie quotidienne, la vie simple qui continue avec ses baignades en bord de mer, ses boutiques, ses cérémonies, ses rituels.


Une jeune mère nourrit son bébé sur le parvis de l'église de la Nativité à Bethléem.
Rula Halawani







    L’exposition est une commande passée à deux photographes palestiniens, reconnus sur la scène internationale, Rula Halawani et Taysir Batniji.


Pères. de Taysir Batniji
exposition de photos sur le Pont des Arts à Paris






Taysir Batniji, dans « Sous le ciel de Gaza » photographie sa ville natale en quatre séries: la mer, la frontière, la ville et les pères (si importants dans une culture patriarcale).








Taysir Batniji: " En travaillant sur ces images, qui sont essentiellement des archives personnelles, j’ai senti que mes choix ne se conformaient pas forcément à des critères objectifs mais étaient de plus en plus conditionnés par un sentiment de manque. Plus le temps passe, plus la perspective d’un retour chez moi semble s’éloigner -au vu de la dégradation de la situation- et plus chacune de mes photos, même ratée, prend à mes yeux une valeur considérable. Comme si je n’allais plus jamais revoir ce et ceux qu’elles représentent.


La mer de Taysir Batniji
exposition de photos sur le Pont des Arts à Paris




Ces images constituent ma mémoire. La détérioration ou la perte des originaux et des négatifs seraient une perte de ce qu’il me reste de ce monde, de cette partie de moi, qui m’est tellement familière et proche.




Ces images n’ont pas non plus été faites selon « une approche artistique ». Je ne pensais d’ailleurs pas en les prenant qu’elles seraient un jour exposées. Elles sont le témoignage de moments de retrou- vailles, d’attente, de flânerie, de joie et de tristesse, de «temps faibles» où je me sentais à la fois auteur et sujet de mes photographies." 1


La frontière, série de Taysir Batniji
exposition de photos sur le Pont des Arts à Paris
























 

La frontière, série de Taysir Batniji
exposition de photos sur le Pont des Arts à Paris


    Taysir Batniji est né à Gaza en 1966. Après sa première exposition personnelle "Dessine-moi une patrie" à Paris en 2002, il a participé à de nombreuses expositions personnelles et collectives parmi lesquels Les rencontres d'Arles en 2002, C'est pas du Cinéma! au Fresnoy en 2002, La Biennale de Venise en 2003, Représentations ArabesContemporaines, Heterotopias (Biennale de Thessalonique) en Grèce et la Biennale de Sharjah (EAU) en 2007... .Il vit entre l'Europe et le Palestine. Il est aujourd'hui représenté par la galerie La Bank à Paris.



Maison décorée à Jérusalem pour accueillir l
es pèlerins de retour de La Mecque

Rula Halawani
exposition de photos sur le Pont des Arts à Paris



Rula Halawani photographie Jérusalem Est (Ramallah, Bethléem, Qualandia), où elle vit. La série intitulée "en tournant les pages" se réfèrre à un album de photos familiales.






"En tournant les pages",

Scènes de la vie quotidienne, Rula Halawani
exposition de photos sur le Pont des Arts à Paris

    Les écolières qui font leur devoir, la récolte des olives, des femmes dans la neige devant le Dôme du Rocher, une maison décorée pour accueillir les pélerins revenant de la Mecque, toutes ces images témoignent que la vie continue malgré la frontière et les difficultés quotidiennes.


 « Mon Jérusalem est plein de célébrations et de rituels et tout comme dans la ville, chaque famille y célèbre, selon ses traditions, la vie. » Rula Halawani 1



Sur le pont des arts



    Rula Halawani est Palestinienne, née à Jérusalem en 1964, elle fait des Etudes supérieures en Mathématique au Canada. En 1994, elle commence sa carrière de photographe de Presse pour l'Agence Sygma et sera Reuters. En 2000 elle va à Londres suivre un Master en Arts plastiques. Ses photos sont largement exposées dans le monde : Aux Etats Unis, au Japon, en Allemagne, en France et dans de nombreux festivals et biennales d'art.


Exposition de photographies sur le pont des Arts.
Vers
l'Institut de France


Exposition de photographies sur le pont des Arts.
Vers la cour carrée du Louvre



1- in dossier de presse


Du 3 au 30 juin 2008
Exposition photographique
"Palestine, la vie tout simplement"
Pont des Arts, Paris
Entre le Louvre et l'Institut.


Catherine-Alice Palagret


L'art contemporain descend dans la rue


    Erro s'expose en grand, rue de Rivoli. Une bande-dessinée monumentale, 30 mètres de long sur six de haut, orne la  façade du Bazar de l'hôtel de ville (BHV). Face  aux statues classiques qui ornent les murs de la mairie de Paris, Erro oppose un univers grotesque.


Oeuvre de Erro sur la façade du BHV


    Mêlant les images avec ironie, Erro produit de grandes fresques satiriques où l'agitation des personnages saturent l'image, à plat, avec une perspective simplifiée. Dans cette toile crée spécialement pour l'occasion, il n'y a rien de politique ou d'érotique comme souvent chez le peintre, tout juste une femme nue dans un coin.


Oeuvre de Erro sur la façade du BHV
Homme baillonné et fer à repasser


    Erro a représenté une télévision, une cuisinière, un fer à repasser, des pinceaux, objets qu'on peut acquérir dans ces temples de la consommation que sont les grands magasins. Il y mêle un caméraman, un gourmet, une mère de famille débordée, un singe qui peint etc... .
    Notons que le fresque commence avec un homme baillonné et représente deux caméramen. Quelque chose à voir avec la liberté de l'information ou la sur-médiatisation?

   


Oeuvre de Erro sur la façade du BHV
Un des deux Caméramen

Oeuvre de Erro sur la façade du BHV
Le peintre, le dandy et le deuxième cameraman


Au milieu de la toile, dans un cercle une pin-up. Elle est la seule à se reposer avec le dandy attablé.

Case de bande-dessinée avec pin-up et singe


    Erro est un peintre islandais travaillant à Paris. Il appartient au mouvement de la figuration narrative, proche du pop art; il trouve son inspiration dans l'imagerie des dessins animés, des catalogues, des vieux livres illustrés et des journaux. Avant de commencer un tableau, il rassemble une grande documentation.

"Le processus consiste ensuite à sélectionner les images, à les "marier" ensemble pour en faire des collages, puis des tableaux. Avec un bon stock d'images, je peux avoir de quoi travailler pendant un ou deux ans." Erro


Les deux fresques d'Erro sur les façades du BHV
en premier plan, l'Hôtel de ville de Paris


    La farandole des personnages d'Erro est visible la nuit, grâce à un éclairage spécifique et des d’encres réverbérantes.


Deuxième toile sur le pan coupé de l'immeuble

    La fresque a été  accrochée par des alpinistes le dimanche 25 mai, à la nuit. Elle restera sur la façade du BHV jusqu’au 18 juin. Elle sera alors découpée  en 600 morceaux de 45cm sur 45 et distribuée aux passants en même temps que des estampes numériques signées et numérotées. L'évènement aura lieu rue de La Verrerie.



Deux piliers décorés d'oeuvres d'Erro au rayon livres du BHV



    Le rayon librairie est décoré avec des reproductions d'oeuvres d'Erro. Un jeu à lieu à l’occasion de cette exposition dans la rue

    En plus des « six jours », des soldes ou des opérations spéciales, le BHV crée un nouveau rendez-vous. Le magasin organisera chaque année un évènement « BHV Art » avec une oeuvre crée spécialement. C'est une occasion pour le magasin de valoriser son image en donnant à voir un artiste contemporain.


La fresque d'Erro rue de Rivoli



L’expo à ciel ouvert - Erró
Du 26 mai au 18 juin 2008

Au BHV Rivoli, 14 rue du Temple, 75004 Paris.




Catherine-Alice Palagret

La musique des creux et des bosses



    Au festival des arts numériques d'Issy les Moulineaux, une installation de Jens Brand capte les  bruits du monde. Au contraire de Maurice Benayoun qui transcode le bruit de nos émotions avec son "emotion vending machine", Brand s'intéresse plus à la géologie qu'à l'intime.



Installation de Jens Brand: la musique du monde
Les arts numériques réinventent la ville


   Brand prend de la hauteur et écoute le chant du monde. A partir d’un iPod détourné, le G-Player, et d’une maquette tridimensionnelle de la planète Terre, le logiciel choisit un satellite parmi les 1000 disponibles qui tournent autour du globe. 


Recherche d'un satellite


    Telle une aiguille sur le microsillon d’un disque, le satellite balaye la surface de la Terre. Les données topographiques sont interprétées comme des sons. Les mers sont presque silencieuses. Les massifs montagneux sont bruyants et tourmentés, les plaines plus douces, les collines plus mélodiques. La musique générée n'est pas vraiment harmonieuse mais elle intrigue.




Les bruits du monde



Ici le satellite survole la cordillère des Andes,
le G-Player produit des sons engendrés
par les différences de reliefs.



    "We play the world" conçoit les données numériques comme une réalité tactile et analogique captée métaphoriquement par un tourne-disque dont l’aiguille se fraie, elle aussi, un chemin à travers les réseaux.


Matériel de  l'installation "We play the world"


    Le dispositif asez sobre est présenté au milieu de meubles, lampes et tapis d'Ikea. Les étiquettes sont mises en évidence. Il s'agirait d'une dénonciation du mode de vie uniformisé des terriens.


    Né en 1968, Jens BRAND travaille en tant que compositeur, musicien et artiste multimédia.


Dans le cadre du festival numérique voir:

    La collecte des regrets





Le Cube Festival :

Les arts numériques réinventent la ville
Issy-les-Moulineaux
M° Mairie d’Issy

www.cubefestival.com


Du mardi 3
au dimanche 8 juin 2008

















Catherine-Alice Palagret



ECOUTEZ LES BRUITS DU MONDE


   
A Issy-les-Moulineaux, les bruits du monde sont captés par deux oeuvres numériques interactives. Le Cube festival présente une installation de Maurice Benayoun et une autre de Jens Brand:

    Le dispositif conçu par
Maurice Benayoun ressemble à un distributeur de boissons mais c'est un distributeur d'émotions.


Emotion vending machine / Distributeur d'émotions


                                                                                               

Vous sélectionnez
trois émotions
parmi neuf:
peur
solitude
optimisme
joie
enchantement
terreur
dépression
nervosité,
extase.



Liste des émotions proposées


    A partir de votre sélection, le logiciel explore la toile en temps réel, repère les mots choisis et les affiche sur une carte du monde, par nuages de tag ou mots-clé.


Nuages de mot générés par internet


     Des sons composés par Jean-Baptiste Barrière crée une ambiance sonore en accord avec les émotions. Il ne reste plus qu'à reporter sur une clé USB l'image du monde et le son unique qui correspond à vos états d'âme.




Emotion vending machine
envoyé par Palagret
La musique des émotions




Premier cocktail d'émotions



Deuxième cocktail d'émotions



    Né en 1957,
Maurice Benayoun est agrégé d’arts plastiques et enseigne depuis 1984 à l’Université Paris I. Lauréat de la Villa Medicis hors les murs en 1993 pour son projet « AME » (Après Musée Explorable), il est aussi directeur artistique et co-fondateur du CITU (Création Interactive Transdisciplinaire Universitaire).

Alors que Maurice Benayoun s'intéresse aux émotions humaines, Jens Brand écoute la planète et ses reliefs grâce aux satellites.


Dans le cadre du festival numérique voir:
La collecte des regrets



".... alors que pour les justes les bruits du monde ne s'arrêtent jamais. "

Samuel Beckett





Le Cube Festival :
Les arts numériques
réinventent la ville.

Issy-les-Moulineaux


www.cubefestival.com


Du mardi 3 au dimanche 8 juin 2008








Catherine-Alice Palagret


Regrets, une oeuvre conceptuelle interactive de Jane Mulfinger et Graham Budgett


    Confiez vos regrets à la toile numérique: dans le cyber-espace, quelqu'un vous entendra soupirer. A Issy-les-Moulineaux, des Collecteurs de Regrets portent un ordinateur sur le dos, tels des sherpas à l'assaut de notre amertume. Ils proposent aux passants d'écrire leurs regrets et de les envoyer sur internet.


Confiez vos regrets à l'ordinateur
Les arts numériques réinventent la ville


    Seuls les poètes sèment leurs regrets à tous vents. La plupart des gens gardent leurs états d'âme pour eux. Les regrets sont au secret, enfouis dans la mémoire ou dans un journal intime. Pourtant le sentiment d'inaccomplissement ou de ratage, qu'il soit discret ou envahissant existe chez la plupart des humains même chez ceux qui proclament haut et fort qu'ils n'ont aucun regret. Le confessionnal numérique à dos d'homme interroge notre capacité à énoncer ce qui nous peine.



Regrets d'Aragon et de Brassens


    Place de la mairie, un homme jovial fanfaronne: "Je vis dans le bonheur". Des passants se détournent craintivement, d'autres sont offusqués par cette indiscrètion tant le mot regret a une forte charge affective, intime. Il scelle une séparation ou un abandon: sans regret? Avec précautions, le mot regret annonce un échec ou un bouleversemnt radical: j'ai le regret de vous annoncer que... . Il peut aussi constater un changement définitif: « regrets éternels », formule classique et mensongère inscrite sur les couronnes mortuaires et les pierres tombales. Le mot peut aussi s'employer de manière anodine: Ah, je regrette, je ne suis pas du quartier ... .



Les sherpas de l'amertume collectent les regrets



    Regrets et remords sont des sentiments assez proches et ce qui n'est qu'un jeu pourrait déboucher sur des aveux étonnants. A Issy-les-Moulineaux, les collecteurs de regrets accueillent toutes les confidences. Un jeune homme tape quelque chose qui semble lui tenir à coeur, en vérifiant que personne ne lit par dessus son épaule. Le médiateur regarde discrètement de l'autre côté. L'anonymat est essentiel. Un groupe d'amis s'amuse à inventer n'importe quoi. Chaque phrase commence par « Je regrette » et la suite est banale, farfelue, surréaliste ou sincère.


                                                                                                                               Envoi d'un message de regret, Issy-les-Moulineaux.
Les arts numériques réinventent la ville



    Je regrette ... qu'il pleuve           
    Je regrette ... d'avoir oublié mon parapluie
    Je regrette ... d'avoir menti
    Je regrette ... Non, rien de rien, non, je ne regrette rien
    Je regrette ... que pour que vous aimiez quelque chose il faut que vous l'ayez vu
    Je regrette ...  .....


    Les regrets collectés iront rejoindre une vaste banque de données constituée par deux américains: Jane Mulfinger et Graham Budgett, de l'Université de Californie à Santa-Barbara. Leur projet relève de l'art conceptuel et de la sociologie, c'est un jeu entre la sphère privée et la sphère publique. Les créateurs ont déjà archivé des milliers de regrets à Santa Barbara, à Cambridge en Angleterre et à Linz en Autriche. L'étude des archives permettra peut-être de dégager des tendances en fonction des pays ou des lieux (université, marché, rue etc ...). Pendant le festival, les messages sont visibles sur un écran dans la tente du village numérique, en temps réel. On peut aussi les consulter sur le site www.regrets.org.uk/


Jane Mulfinger et Graham Budgett
les créateurs de "Regrets"
collectent les messages


  En envoyant notre regret dans le vaste espace digital nous recevons cinq autres messages qu'un logiciel a sélectionné: nous ne sommes pas seuls, d'autres ont des regrets similaires. Le dispositif est une métaphore: nous enlevons le fardeau de nos épaules pour le mettre sur le dos de quelqu'un d'autre.





Hésitation sur le clavier avant d'envoyer le regret dans le cyber-espace


    Un assistant porte un grand parapluie blanc. Il protège le sherpa collecteur de regret, l'ordinateur et les participants ... du regret? Sur le parapluie on peut lire:
I regret not telling my father what I thought of him
Je regrette de ne pas avoir dit à mon père ce que je pensais de lui
I regret the passing of time and wind
Je regrette le passage du temps et du vent
etc ...



Envoi d'un message de regret, Issy-les-Moulineaux.
Les arts numériques réinventent la ville



    Les évolutions technologiques, wi-fi, mobiles, internet, modifient l’espace, le temps et notre relation aux autres. Nous pouvons être en contact permanent avec nos amis ou des inconnus dans le vaste espace électrique et ignorer ceux qui nous entourent dans l'espace réel. Aujourd'hui Du Bellay publierait ses « Regrets » sur Internet, il tiendrait un blog pour partager ses désillusions et ses colères avec ses amis restés au pays et avec des milliers d'étrangers.


Graham Budgett et un homme de regret


    Cette intervention conceptuelle de Jane Mulfinger et Graham Budgett est une des vingt et unes oeuvres du troisième Cube festival, une déambulation numérique et poétique dans la ville. Les promeneurs curieux s'initient à l'art numérique interactif, les gamins sautent d'une oeuvre à l'autre en répondant à leur questionnaire. Les gens sérieux se hâtent vers le marché ou le bureau de tabac. Les habitués du jardin papotent sans rien remarquer de bizarre; à côté, des jeunes gens branchés commentent les oeuvres savamment.


Regrets projetés sur une façade à Cambridge


      A Cambridge les regrets étaient projetés sur le mur de la mairie à la nuit tombée. Voir ses regrets les plus intimes livrés à la vue de tous doit être une expérience troublante. L'expérience n'a pas été possible à Issy-les-Moulineaux. Début juin, l'obscurité vient trop tard. Il serait intéressant que les regrets apparaissent de manière aléatoire sur les panneaux d'affichage électroniques de la ville. Le passant, surpris, serait déstabilisé quelques secondes par des phrases énigmatiques mêlées aux horaires d'ouverture de la piscine et à l'annonce du prochain conseil municipal.


Regrets projetés sur la façade de la mairie à Cambridge

   
    En décembre dernier, les new-yorkais ont participé au
"Good Riddance Day". Il s'agissait de se débarrasser des mauvais souvenirs de l'année en écrivant ses galères sur un papier avant de le jeter dans une déchiqueteuse. L'évènement n'était pas artistique, seulement thérapeutique.