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Toujours pas de nouvelles du Pr Professeur Pierre-Epaminondas Boncam


Pierre-Epaminondas.jpgune des dernières photos du Professeur Pierre-Epaminondas Boncam

    Apollonie Boncam, sa cousine, voyant que l'enquête de gendarmerie piétine a décidé d'engager un détective privé. Ses amis affirment qu'Epaminondas est parti pour Pallas 21 pour sa deuxième campagne de fouilles. Elle n'en croit rien, trop d'indices prouvent le contraire. Le courrier s'empile chez le Professeur, le téléphone continue à sonner. Hier Apollonie a décroché. Un représentant de l'université d'Abou Dabi s'inquiétait de ne pas voir le Professeur. Il devait participer à une réunion du département d'archéologie, à la Sorbonne des Sables. Comment Epaminondas pourrait-il manquer une telle opportunité. Une chaire aux Emirats-Unis serait le couronnement de sa carrière, lui dont les découvertes sont tellement controversées. Prétextant un grave accident de voiture qui le retient alité, Apollonie a excusé l'absence de son cousin.
    Il faut qu'elle le retrouve. Il y a à Paris une agence de détectives, l'agence Duluc. Elle leur parlera de cette disparition mystérieuse.



undefined Duluc détective, enseigne au néon


    Ne sachant pas trop quelles sont les méthodes d'investigation aujourd'hui, Apollonie emporte la brosse à cheveux de son cousin, son ordinateur que les gendarmes ont rendu, ses factures, des lettres manuscrites. Les enquêteurs interrogent les voisins, font des filatures, examinent les relevés de téléphone mais ont-ils un laboratoire d'expertise comme les Experts de Las Vegas, de Manhattan ou de Miami? Il lui faudrait un archéologue du présent, un Gil Grisom, pour lire les infimes traces laissées par Pierre-Epaminondas. Ou même un Jack Malone, avec son équipe de fins limiers du FBI, capable de retrouver une personne disparue dans une fourmilière telle que New-York. Ou une Lillie Rush qui sait si bien découvrir les vérités enfouies des affaires classées (Cold Case). Ou le Gibbs de NCIS, à l'énergie débordande qui ne supporte pas les questions sans réponse.
Apollonie
se passionne pour les séries américaines et elle a fondé un club féminin dans son village, le club "Meurtres et punitions" où, avec ses amies, elles décortiquent les intrigues criminelles qui égayent leurs soirées. Comment trouver tant de plaisir à des histoires aussi sordides, c'est un mystére. Les séries françaises, grossièrement copiées sur les américaines, ne leur plaisent pas du tout, elles les trouvent ridicules et ne les regardent plus. Résultat, Apollonie et ses amies connaissent beaucoup mieux les méthodes de la police new-yorkaise que celle de la gendarmerie de leur pays. Si jamais elles étaient arrêtées, elles sont prêtes à invoquer le cinquième amendement. Apollonie sait bien que toutes ces fictions si réalistes ont leur part de licence poétique. La réalité ici en France, c'est que les gendarmes n'ont pas beaucoup bougé quand elle leur a déclaré la disparition de son cousin. Qui s'inquièterait de la disparition d'un adulte qui vient de fêter, entouré de tous ses amis, son départ pour une terra incognita? Apollonie. Apollonie s'inquiète.
    Aristide Sauveterre, croisé dans la rue hier, l'a prévenue qu'une enquête privée lui coûterait très cher!
- Très cher! Vous savez bien que ce serait
inutile puisque le Professeur et son équipe sont actuellement dans l'espace!
- Sottises, Aristide, je ne vous crois pas.
- Nous recevrons bientôt des nouvelles de l'expédition et tout le monde rira de votre affolement.

Apollonie l'a toisé de haut et elle est partie brusquement. Le collectionneur a peut-être un intérêt à ce qu'on ne retrouve pas le Professeur. Oui, mais lequel? Elle est la seule héritière de son cousin. A moins qu'il n'ait fait un nouveau testament. Il faut qu'elle parle à Maître Fangeaud-Real. C'est un vieil ami, il ne devrait rien lui cacher. Si il y a un nouvel héritier, elle doit le savoir; ce petit sournois de Ravenol peut-être? Si le professeur a organisé sa propre disparition, elle doit le savoir aussi. Tant de gens disparaîssent sans laisser de traces! Et maintenant il est sans doute trop tard.


    à suivre

Catherine-Alice Palagret



III- Le témoignage de Bénédicte Ravenol:


voir début du récit: 1, 2

    Poursuivant l'enquête sur l'enlèvement ou la disparition présumée du Professeur Pierre-Epaminondas Boncam, les gendarmes convoquèrent Bénédicte Ravenol à 8H 10.
A 8h 15, le Lieutenant Octave Guevarra se leva pour saluer le jeune homme. Son assistant, le gendarme Ferran, hocha la tête. Il attendait les mains croisées près de son clavier. Bénédicte s'assis, mal à l'aise. Qu'avait-il pu bien faire? On avait le droit de prendre des photos dans la rue, non?
- Comme vous le savez, Monsieur Ravenol, commença le lieutenant Guevarra, nous menons une enquête sur la disparition présumée du Professeur Pierre-Epaminondas Boncam.
- Le Professeur, ah oui.


Boncam-errance-moto.jpgLe Professeur Pierre-Epaminondas Boncam
devant une boutique abandonnée


- Nous interrogeons tout ceux qui ont été récemment en contact avec le Professeur, nous cherchons à reconstituer son emploi du temps. Son état d'esprit aussi. Ses amis disent qu'il est parti sur Pallas 21.
- Il est parti, oui.
- Le Professeur Boncam a manqué plusieurs rendez-vous importants.
- Ah.
- Sa cousine Mme Apollonie Boncam croit à un enlèvement.
- Je ne la connais pas.
-  Quel était votre rôle exactement auprès du Professeur?
- Il m'a engagé, il y a un mois environ, il cherchait un vidéaste.
- Que faisiez vous exactement?
- Des photos et des videos.
Bénédicte hésita. Jusqu'à maintenant il avait répondu le plus succinctement possible aux gendarmes, on ne sait jamais. Il était clair cependant que l'interrogatoire portait plus sur Boncam que sur lui, aussi devint-il plus loquace.
- Le Professeur voulait que j'enregistre tous ses faits et gestes afin de prouver l'authenticité de sa démarche scientifique. Je devais réaliser un documentaire sur son aventure, des préparatifs de l'expédition à l'exploration de la planète Pallas 21, jusqu'au retour sur terre.
- Vous avez cru à ce voyage dans l'espace?
- Le Professeur y est allé et il en est revenu avec des trésors archéologiques. Les planètes exo-telluriques existent, il n'y a aucun doute.
- ........?
- Exo-tellurique? Des planètes hors du système solaire qui pourraient abriter la vie. OGLE-2005-BLG-390Lb par exemple à 22000 années-lumière d'ici.
- Ogle, ah oui, continuez.
- Les photos et le documentaire de l'expédition devaient être exposés à coté des nouvelles découvertes archéologiques dans un grand musée de Washington, le Smithsonian je crois. Cette proposition était une occasion inespérée pour moi et j'ai accepté sans hésiter.
 - Concrètement, que faisiez vous?
- Je suivais le Professeur partout, quand il faisait des courses ou quand il rendait visite à ses amis. Par exemple, je l'ai photographié devant l'église Saint-Alexandre. Il y rencontrait souvent l'abbé Mouret avec qui il avait des disputes passionnées sur l'existence d'autres mondes et les glissements spatio-temporels. Après, il continuait la discussion avec moi ou plutôt il soliloquait.

Pr-Boncam-sep-07----glise.jpgLe Professeur Pierre-Epaminondas Boncam rend visite à l'Abbé Mouret

- Vous croyez aux glissements spatio-temporels?

- Oui, absolument, c'est pourquoi cette aventure était si excitante. Astronaute, vous vous rendez-compte! Je prenais mon rôle de documentariste très au sérieux mais ...
- Mais?
- Mais je me suis vite aperçu qu'une grande partie des occupations du Professeur avaient peu à voir avec l'exploration spatiale. Dès le matin, il parcourait la ville en tous sens, quel que soit le temps. Il aimait les lieux sans intérêt, à l'écart. Il s'attardait sur ce que les passants ignorent. Je prenais des photos de fissures, de tuyaux éventrés, de bois délavés. Boncam était fasciné comme si ...

Pr-Boncam-cr--pi.jpgLe Professeur Pierre-Epaminondas Boncam contemple un mur


    Bénédicte se tut. Est-ce bien approprié de parler de drogue aux deux gendarmes? Sans doute non. La sidération que Boncam éprouvait devant le travail du temps sur les murs de la ville lui rappelait sa récente expérience de la mescaline. Il était resté plus d'une heure devant un mur nu, s'émerveillant d'imperceptibles variations dans la texture blanche. Plus tard il avait contemplé les nuages, y découvrant des messages obscurs et impérieux. La drogue affinait sa vision et lui faisait voir des formes étranges d'une magnificence si tangible et si évanescente qu'il en avait les larmes aux yeux. Il avait marché au hasard dans les collines jusqu'à ce que, épuisé, il s'écroule dans l'herbe. Là, il avait conversé avec des fourmis gigantesques. Les effets de la mescaline dissipés, tout lui avait paru terne et grossier. Misérable miracle!
A y bien réfléchir cependant, la fascination d'Epaminondas pour des détails à peine perceptibles était très différente de la sienne bien qu'aussi obstinée.
Les psychotropes n'avaient rien à voir là dedans. Il manquait à la quête de Pierre-Epaminondas cette dimension d'euphorique poésie qui l'avait submergé. L'archéologue avait l'air préoccupé d'un homme à qui on a confié une tâche trop lourde. Comme si quelque autorité supérieure l'avait nommé vérificateur-en-chef des serrures, des portes et des murs de la ville, lui enjoignant de remettre au plus tôt un inventaire d'une exhaustivité sans faille.


Boncam-errance-traces.jpgune trace sur un mur


- Comme si? relança Guevarra en voyant Bénédicte perdu dans ses pensées.
- Excusez moi, j'ai perdu le fil.
- Vous parliez des errances du Professeur.
- Errances, non. Il avait un plan. Sûrement.
- Nous vous avons observé devant une boutique fermée depuis plus de trente ans. Vous êtes restés là près d'une heure. Des gens inquiets nous avaient appelés.
- Ils nous soupçonnaient de préparer un cambriolage, non?
- Votre attitude était bizarre alors on vous tenait à l'oeil. Le Professeur est un savant, un archéologue. Que faisait-il là dans la rue?


Le Professeur Pierre-Epaminondas Boncam
devant une boulangerie abandonnée


- De l'archéologie du quotidien. Il observe et documente les traces urbaines, enfin je crois. Il ne m'expliquait rien.
- Ca ne vous ennuyait pas?
- C'était un peu frustrant de ne rien savoir mais il avait l'air tellement sûr de lui!
- Le Professeur prenait des notes dans un petit carnet noir. L'avez vous lu?
- Bien sûr que non! D'ailleurs il l'avait toujours avec lui.
- Revenons à l'exploration de Pallas 21. Avez vous suivi un entraînement pour ce voyage intergalactique?
- Non, pas ici, le Professeur m'a affirmé qu'un seul jour d'entraînement à Irkoutsk serait suffisant. Ensuite, j'aurais continué la préparation dans la navette. Les voyages spatiaux ont beaucoup évolués, vous savez. C'est accessible aux civils, sans problème.
- Vous avez eu des doutes sur la réalité de ce voyage puisque vous êtes ici.
- Pas du tout, ce n'est pas la raison. Vous croyiez que cette exploration est une mystification, une escroquerie? Je n'y suis pour rien!
- A ce stade de l'enquête nous n'avons aucune opinion, nous rassemblons des éléments. Avez-vous rencontré les membres de l'expédition?
- Non, aucun, jamais.
- Quand avez vous vu le Professeur pour la dernière fois?
- Au dîner d'adieu.
- Qui était là?
Comme tous ceux qui se méfient de la police, Bénédicte, une fois lancé, était prêt à raconter la vie des autres sans aucune retenue.
- Qui était là? Voyons, Aristide Sauveterre le collectionneur, une ethnologue dont j'ai oublié le nom, le plasticien Claude-Henri Bartoli et un professeur de la Sorbonne, Michel Maffesoli.
- Quatre invités?
- Ah oui, il y avait aussi une étudiante des Beaux-arts, très jolie. Et l'abbé Mouret. Une femme d'affaires aussi, très importante mais je ne l'ai pas reconnue. Et moi.
- Ont-ils parlé de Pallas 21.
- Bien sûr. C'était un dîner d'adieu. Nous partions le lendemain et nous étions tous surexcités.
- Un dîner d'adieu? Le Professeur ne comptait pas revenir?
- Mais si; un dîner d'au revoir alors.
- Ses amis n'étaient pas inquiets?
- Un peu inquiets mais surtout fébriles. C'était un voyage dangereux. J'ai cru comprendre qu'ils appartenaient tous à un cercle très fermé, “les astronautes du futur”, qui finançait le voyage. Quand l'étudiante a mentionné ce nom, ils se sont tu brusquement, en me regardant, et ils ont changé de sujet.
- Un petit cercle privé finançait le voyage? Mais il faut des sommes colossales.
- Je sais qu'il y avait des investisseurs américains et japonais beaucoup plus importants mais Boncam refusait d'en parler avec moi.
- De quoi les convives ont-ils encore parlé?
- D'un peu de tout. Sauveterre a parlé de son obsession pour les canards à la dérive sur l'océan ...
- Des canards?
- Oui des canards en plastique. L'ethnologue a analysé les reconstitutions archéologiques que Boncam a faites avec les coupelles trouvées sur Pallas 21, Bartoli a défendu l'art magique, l'étudiante projetait de faire un festival d'art corporel dans le parc du château d'O. La conversation était très animée. Seul la femme d'affaire est resté silencieuse. Le Professeur Maffesoli a conclu en disant que tout convergeait vers le réenchantement du monde.
- C'est à dire?
- Les valeurs du siècle des lumières sont dépassées. Le merveilleux et le fantastique reviennent. Quelque chose comme ça, je n'ai pas très bien compris mais c'était intéressant.
- A part son petit cercle d'amis, le Professeur a-t-il eu des visites?
- Je n'étais pas là tout le temps vous savez. Un après-midi, deux japonais sont venus. Costard noir, lunettes noires, porte-documents. Les "Men in black", le cliché quoi! Boncam m'a dit qu'il n'avait plus besoin de moi pour la journée et je suis parti. C'est les seuls que j'ai vus. Le Professeur réglait tout par téléphone, dans son bureau. Vous devriez consulter le relevé de ses appels téléphoniques.
- ....
- Il discutait en anglais, en russe et en japonais, enfin il m'a semblé. A travers la porte, ce n'était pas très clair. J'ai tout de même compris que 28 conteneurs étaient arrivés à Irkourtz, en Sibérie.
- C'est tout?
- Un jour il est sorti en criant de son bureau:” Elle est incroyable, elle veut faire mon portrait et maintenant elle est injoignable!”
- De qui parlait-il?
- De Jane Wildgoose, la conservatrice du Wildgoose Memorial Library, à Londres. Nous devions aller à Londres pour qu'elle le photographie. Il était flatté. Finalement, il a annulé, c'était trop tard.
- Wildgoose? l'interrompit Ferran.
- W.I.L.D.G.O.O.S.E., oie sauvage, gloussa Bénédict.
- Merci.
- Vous deviez partir avec le Professeur sur Pallas 21, continua Guevarra. Que s'est-il donc passé, Monsieur Ravenol?
- Les Productions EsperanzA m'ont proposé de participer à un long métrage sur Arcimboldo. Un peintre très à la mode en ce moment à cause de l'exposition du musée du Luxembourg, à Paris. J'ai accepté.
- Vous vous étiez engagé envers le Professeur et vous le laissez tomber au dernier moment!
- Je n'avais rien signé, c'était un arrangement oral! Ecoutez, on m'a proposé un poste de deuxième assistant! C'est énorme. Avec un réalisateur français d'Hollywood. Hugh Laurie et Angelina Jolie sont pressentis pour les rôles principaux, vous vous rendez-compte!
- Et George Clooney?
- Non, il refusé, c'est dommage.
- Oui c'est vraiment dommage mais le Professeur n'a pas du apprécier votre défection.
- C'est vrai.
- Je ne comprends pas bien Monsieur Ravenol. Vous abandonnez une expédition extraordinnaire à travers le temps et l'espace, une expédition qui devrait révolutionner la connaissance que nous avons de l'univers! Tout ça pour un film comme il s'en tourne mille par an.
- .......
- Pourquoi avez vous renoncé au dernier moment? Vous avez eu peur?
- Oui, j'ai eu peur! Le professeur m'a raconté comment tout l'équipage de la première mission est mort; c'était terrifiant. Je n'ai que 20 ans vous savez, je ne suis pas prêt à mourir.
- Vous avez eu peur, c'est compréhensible. Mais n'avez vous pas eu quelques doutes sur la réalité du voyage lui-même?
- .........
- Vous y croyiez? Vraiment?
- J'ai eu quelques doutes, c'est vrai. Ma valise était prête, j'avais mon passeport, mes visa, et au dernier moment j'ai reculé. Je me suis dit que le Professeur Boncam n'était qu'un dangereux illuminé et que ce voyage dans l'espace était impossible.

- Quand avez vous prévenu le Professeur?
- Après le dîner de lundi. Tous les invités étaient partis. Je devais rester pour l'aider à classer les dernières photos. Quand je lui ai dit que je ne partirai pas avec l'équipe, d'abord il ne m'a pas cru. Il m'a proposé plus d'argent mais j'avais pris ma décision, j'ai refusé. Alors il s'est mis en colère, il m'a insulté.
- Et vous?
- J'ai bafouillé des excuses et j'ai attendu qu'il se calme. Quand il a vraiment compris que je ne l'accompagnerai pas, il m'a ignoré. Je n'existais plus. Il partait le lendemain pour le lac Baïkal, il n'avait pas de temps à perdre avec un déserteur.
- Comment va-t-il se débrouiller sans vous?
- Boncam a tout de suite téléphoné au médecin de l'expédition, à Irkoutsk. Le Docteur Faulherbe est un vidéaste amateur; il a été ravi de me remplacer.
- Quel était l'état d'esprit du Professeur?
- Il était plein d'enthousiasme et d'espoir, comme un gosse à la veille de Noël. Mon abandon ne l'a troublé que le temps de trouver un remplaçant.
- Son inspection de la ville était terminée?
- Il avait complètement quadrillé le secteur nord-ouest. Il pouvait partir tranquille.
- Donc vous avez vu le Professeur pour la dernière fois le lundi 27 août au soir.
- Oui, après le dîner, vers deux heures du matin.
- Qu'avez-vous fait des photos et des videos?
- Tout était dans son bureau, il a tout entreposé sur une étagère, clairement étiqueté. Vous trouverez facilement les documents.
- Sous l'étiquette “ photos et vidéos” l'étagère est vide.
- Bizarre. Il avait une copie dans son ordinateur.
- Et vous, vous n'avez pas fait de copies par hasard?


Boncam-errance-portillon.jpgexamen d'une serrure rouillée

- Si.
- Je m'en doutais. Bien, nous avons besoin de tout ça.
- Mais!
- Nous vous les rendrons quand l'enquête sera close.
- Je peux partir?
- Une dernière question. Vous êtes diplômé de la Femis?
- Oui, répondit Bénédicte aprés avoir légèremment hésité.
- Votre nom n'est pas sur la liste des anciens élèves.
- Un oubli sans doute.
Bénédicte avait en fait raté l'examen d'entrée de cette école de cinéma, ce qui le mortifiait grandement et, quand il ne critiquait pas l'enseignement de l'école, il prétendait en faire partie.
- Sans doute. Bien, apportez nous tous vos documents, photos, vidéos et textes cet après-midi. Merci de votre collaboration Mr Ravenol.

    Bénédicte ramassa son sac à dos et sortit du bureau, soulagé. Il avait eu peur des gendarmes avant même de les rencontrer. A sa grande surprise, l'entretien avait été détendu et poli. Pas étonnant qu'il ait été si bavard! Le besoin de parler sans doute. Il aurait dû se méfier. Une fois dehors il goûta l'air frais du matin, si inhabituel pour lui. C'était étonnant de voir tant de gens s'affairer dans les allées du marché, il pouvait à peine se faufiler au milieu des paniers de légumes que portaient fièrement les touristes et les étrangers! Le marchand de cd lui fit écouter un blues douloureux bientôt effacé par le refrain de la danse des canards, venu d'un stand voisin. Le marchand haussa les épaules et Bénédicte continua vers l'étal de quincaillerie où il examina avec la plus grande attention les tire-bouchons, les épluche-légumes et les passoires. Voilà qu'il devenait comme le Professeur, s'absorbant dans la contemplation d'objets insignifiants!


Dernières courses du Professeur Pierre-Epaminondas Boncam

Les cloches sonnèrent et se tournant vers l'église, il vit un groupe endeuillé descendant les marches. Il hésita. Il devrait peut-être aller bavarder avec l'abbé Mouret. De tout et de rien, de Pallas 21, d'aventure, de voyage dans les étoiles. Qu'allait-il faire? Le film sur Arcimboldo venait d'être annulé, il n'avait rien en vue. Maintenant il le savait: il aurait dû faire confiance au Professeur. Aujourd'hui il serait à des années lumières de cette triste planète.


à suivre


Catherine-Alice Palagret


Enquête sur la disparition de Pierre-Epaminondas Boncam.

Voir début du récit

Aristide Sauveterre déchiffrait une carte au trésor de l'île de Miskitos Alba que  beaucoup auraient convoité s'ils en avaient connu l'existence. Depuis des années, des étudiants de l'Université des chasseurs de trésor (Treasure hunters University) harcelaient le collectionneur pour qu'il leur confie une carte. Un soit-disant envoyé de Frank Goddio, le célèbre découvreur du trésor sous-marin d'Alexandrie, lui écrivait tous les ans; un archiviste espagnol, affirmant avoir déchiffré le « cryptogramme du forban » le suppliait de le recevoir. Aristide se refusait à tout contact.


cases-sur-Miskita-Alba.jpgDétail de la carte au trésor de Miskitos Alba


  Un crissement de pneu lui fit lever la tête. De la fenêtre de la bibliothèque, Aristide vit une voiture bleue; elle s'arrêta un peu trop près de caisses arrivées d'Ouzbekistan le matin même. Il reconnu les deux hommes qui avançaient lentement vers la maison, examinant les étiquettes des colis empilés dans la cour. Ces gendarmes étaient déjà venu deux fois à la suite du cambriolage de son cabinet de curiosités. Aristide cacha rapidement la carte qu'il consultait et descendit accueillir ses visiteurs.

D'une politesse mécanique, les gendarmes saluèrent le collectionneur.
- Pas de cambriolage depuis la dernière fois, Monsieur Sauveterre ?
- Non heureusement, tout va bien merci.
- Bien, bien. Comme nous vous l'avons dit au téléphone, nous enquêtons sur la disparition présumée du Professeur Pierre-Epaminondas Boncam.
- Disparition! Je vous le répète, il est parti en voyage, en expédition plus précisément, sur Pallas 21.
- Pallas 21, oui.
- Vous n'y croyiez pas?
- A priori nous n'écartons aucune hypothèse. Bien, bien, nous aimerions voir la carte dont vous parliez, celle dont s'est servi le Professeur pour trouver sa fameuse planète.
- Le portulan de Cordoue! Le Professeur Epaminondas l'a emporté avec lui. D'ailleurs je ne garde pas ces documents ici. Je sais qu'ils attirent les voleurs; les cartes sont à l'abri.
- Vous semblez tenir beaucoup à vos cartes. Pourquoi en avoir donné une au Professeur?
- Epaminondas est un ami et ce que nous avons déchiffré est si excitant! Pallas 21 pourrait nous apprendre beaucoup de choses sur le système solaire, la formation des planètes sans parler de l'étude d'une civilisation très ancienne et très évoluée.
- Une civilisation extra-terrestre!
- Je n'aime pas trop cette expression qui renvoie à la littérature plus qu'à la science. Mais oui, c'est bien de ça qu'il s'agit, une civilisation extra-terrestre.
- Bien sûr.
- Ne vous moquez pas, nous sommes des scientifiques; les découvertes d'Epaminondas sont indiscutables. Ce qu'il a trouvé sur Pallas 21 dépasse de beaucoup tout ce que nous pouvions imaginer.
- Vous pouvez nous montrer quelque chose?
- Tout à fait. J'ai des photos et des video. Restez là, je vais vous les chercher.
Pendant que le collectionneur remontait à la bibliothèque, les gendarmes examinaient l'extraordinaire bric-à-brac qui recouvrait les meubles, les étagères et les murs du salon.
- Une guillotine miniature! Et ça! C'est des allumettes non? dit le plus jeune en secouant une boîte grise couverte de poussière.

Curiosit--s-guillotine.jpgcabinet de curiosités: guillotine


- On dirait oui. D'avant guerre.
- Et ce vieux bouquin: Catalogue des choses rares qui sont dans le cabinet de Maistre Pierre Borel Medecin de Castres en haut- ....

- N'y touchez pas, c'est très très fragile, s'exclama Sauveterre. Tout est très fragile ici. Posez le doucement. L'acide de vos doigt peut attaquer le papier de ce livre unique! Ce serait un désastre.
- Désolé.
- Merci. Contentez vous de regarder ces photos que le Professeur m'a laissées: elles montrent trois objets identiques découverts dans la nécropole royale de Tilmiksa-ah sur Pallas 21. Le Professeur ne les a pas exposés en 2005 avec ses autres piéces archéologiques car elles sont très difficiles à interpréter.


objets trouvés sur Pallas 21

Nous avions trois petits objets verts de matière inconnue; chacun mesure 17 centimètres sur cinq. On distingue un réceptacle rond percé de trous irréguliers et une hampe crènelée.
Quand le Professeur Boncam a sorti ces objets de leur gangue de terre, ils contenaient encore des fragments de plusieurs végétaux ce qui accrédite un usage lié aux récoltes. Les analyses sont en cours. Nous avons retenu trois hypothèses de travail:


offrandes-automne--1057.jpg 1- Une balance de cérémonie de la guilde des marchands



offrandes-collier.jpg 2- Un collier princier porté lors des rites de fertilité



3- Des coupelles d'offrandes célébrant les saisons


Ce que vous voyez ici est une reconstitution très grossière de l'usage qui pouvait être fait de ces objets rituels. Les fruits et les feuillages de l'automne sont une interprétation. Il est probable que les végétaux sur Pallas sont complètement différents. Nous nous trompons peut-être complètement mais nous avons consulté une amie ethnologue, Alix de la Liquière-Engueyrade
. Elle trouve ces interprétations tout à fait plausibles et assez proches des autels qu'elle a vus en Océanie à Nova-Esperanza.
   
Les gendarmes examinèrent les photos attentivement sans dire un mot. Comprenant leur scepticisme, le collectionneur reprit les photos sans chercher à leur expliquer plus avant. Certes ces enquêteurs recherchaient la vérité comme les ethnologues et les archéologues, ils savaient déchiffrer les signes et élucider les mystères mais leur approche était radicalement différente. Autant Pierre-Epaminondas s'émerveillait à la vue de la balance cérémonielle tournant doucement dans le vent, autant les gendarmes, ne voyant que des branchages et des raisins bien terrestres, soupçonnaient une falsification.

- Il reste tant de mystères à élucider sur Pallas 21, reprit Aristide Sauveterre. Ne perdez pas votre temps à chercher Epaminondas sur terre, quoi qu'en dise Appollonie, je sais qu'il est reparti dans l'espace. Il reviendra dans un an ou deux chargé d'un trésor archéologique digne de Schliemann. La cité de Tilmiksa-ah sera aussi célèbre que Troie et ceux qui se moquent du Professeur Boncam aujourd'hui le porteront aux nues demain !
- Nous comprenons votre enthousiasme, Monsieur Sauveterre, mais il y a un mystère à élucider ici-même: la disparition, ou si vous préférez, l'absence du Professeur.
- Je m'étonne que vous consacriez tant de temps à rechercher un adulte qui a annoncé son intention de partir depuis des mois!
- Nous avons l'ordre de prendre cette histoire très au sérieux. Apparemment, des gens haut-placés se posent des questions à propos du Professeur.
- Vous m'étonnez Messieurs, je vois mal les Renseignements Généraux s'intéresser à un vieil archéologue.
- Nous n'avons rien dit de tel. Revenons au Professeur. Voici une photocopie de son l'agenda. Reconnaissez vous  son écriture?
- Tout à fait, sans aucun doute.
- Les lettres sont peut-être trop bien formées?
- Il est très fier de son écriture, il se sert encore d'un porte-plume et d'un encrier.
- Que pensez vous de la dernière phrase qu'il a notée:
"Jamais, Jamais, non JAMAIS, vous aurez beau faire, jamais ne saurez quelle misérable banlieue c'était que la Terre."
- Ca vous dit quelque chose?
- Bien sûr, c'est une citation de son poète favori.

-
Une phrase assez dépressive, non? Aurait-il pu se suicider?
- Non, pas Epaminondas. Cette phrase parle de son désir de quitter ce monde rétréci, de laisser la Terre derrière lui, d'explorer les planètes et les galaxies, pas de mourir.
- Sans doute. Revenons sur terre pour une dernière question. Saviez vous que le Professeur devait rencontrer un fabriquant de lombricompostage le 10 septembre et qu'il ne s'est pas présenté?
- Epaminondas a de nombreuses activités que j'ignore. Rien ne me surprend de lui.
- Quelle genre d'activités?
- Mais je ne sais pas, les lombrics par exemple.
- Et vous Monsieur Sauveterre, vous semblez voyager beaucoup?
- Je suis un collectionneur. Dernièrement une armada de petits canards jaunes en plastique m'a attiré en Angleterre. En vain d'ailleurs, je n'ai rien trouvé.
-
M. Pim van Leyden vous a-t-il contacté?
- L'acheteur de la Bentley? Ah quelle magnifique voiture!
-Vous étiez au courant de cette vente et vous n'avez rien dit.
- Un, personne ne me l'a demandé et deux, je n'ai pas vu
M. Pim van Leyden. Pourquoi m'aurait-il contacté?
- On dit qu'il cherche le trésor de Pomarédes, caché dans les
bois de Caussiniojouls. Il aurait pu vous acheter la carte du trésor.
- Ah le
fameux bandit des grands chemins, la canaille de Caux! Cette région du Languedoc était peu sûre à l'époque. Pomarédes a amassé une grande fortune dit-on, de l'argent, de l'argenterie et des bijoux. Il a sévi dix ans et commis plusieurs meurtres avant que vos collègues ne l'attrapent. Il a été guillotiné en 1843 et son trésor, s'il existe, est toujours enfoui quelque part. Quant à la carte du trésor de Caussiniojouls, la légende n'en parle pas et je crains que le Hollandais ne perde son temps ici.
- Les gens du village l'ont vu avec un détecteur de métaux.
- On verra bien. Avec de la chance, il trouvera des monnaies romaines! Sinon il ramassera des boîtes de sardines rouillées.
-  Vous semblez avoir des trésors plus intéressants dans ces caisses, dans votre cour.
-  Des fossiles d'Ouzbekistan. C'est écrit dessus.
-  Nous ne lisons pas le chinois.
Les papiers de douane sont en règle. Messieurs, si vous n'avez rien d'autre à me demander .....
-  Merci pour votre collaboration Monsieur Sauveterre. Si vous recevez des nouvelles du Professeur, prévenez nous.
- Je n'y manquerai pas. Ah, j'y pense: vous devriez interroger le jeune documentariste qui le suivait partout avant son départ
- Oui, Bénédicte Ravenel, nous sommes au courant. Merci. En attendant l'enquête n'est pas close, Monsieur Sauveterre. Nous nous reverrons.
      -----------
    Aristide Sauveterre chassa les gendarmes de son esprit. Quelle perte de temps! Il déplia la belle carte de Miskitos Alba sur son bureau et, pour la dixième fois, essaya de comprendre le texte sybillin tracé sous le monstre marin dessiné à la pointe de l'île.

monstre marin sur une carte ancienne

    Il songea à Epaminondas qui avait voulu l'enrôler dans son équipe d'exploration spatiale. Les nouvelles techniques de détection, disait-il, permettaient de sonder les mers et les terres avec une terrible précision. Aristide pensait: « où est le mystère, la poésie? Pourquoi confronter le rêve au réel? ». Il avait invoqué sa mauvaise santé pour ne pas participer à une aventure aussi risquée. Epaminondas avait besoin de découvrir des cités enfouies, des civilisations disparues. Lui, bien qu'il se passionne pour les découvertes de son ami et voyage encore pour son cabinet de curiosités, il préferait maintenant le voyage immobile que lui procurait ses cartes. Confortablement installé dans sa bibliothèque, il imaginait les déserts calcinés et les plaines verdoyantes, les océans déchainés et les lacs d'émeraude, les forêts impénétrables et les grottes secrètes. Il n'avait nul besoin d'affronter les dangers de terres inconnues ni de rechercher des trésors enfouis. Ses cartes aux trésors devaient rester secrètes, inutilisées. S'en servir leur ôterait toute valeur. Il regarda la canette d'air de Paris qui lui servait de presse-papier. S'il l'ouvrait, que lui resterait-il?

Rien.

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Textes et photos: Catherine-Alice Palagret
  



Où est le Professeur Pierre-Epaminondas Boncam ?


     Le 13 du mois de septembre 2007 à 15h 45, Mme Apollonie Boncam a signalé à la gendarmerie de son village la disparition de son cousin le Professeur Pierre-Epaminondas Boncam, le si controversé archéologue. L'ayant attendu toute la journée du huit pour signer des papiers relatifs à une donation chez le notaire, elle a depuis cherché à le joindre sans succès. S'étant rendu chez lui, elle a constaté que sa maison était ouverte mais vide.

    Le quinze elle a reçu un courrier de son cousin. Mme Apollonie Boncam, directrice de poste à la retraite, a remarqué que le cachet de la poste était trafiqué et que le nom du bureau « La Souque » n'existait pas. Dans une lettre dactylographiée, son cousin lui annonçait son départ pour Pallas 21 sans aucune excuse pour le rendez-vous manqué. Selon elle, bien qu'ils soient en mauvais termes, son cousin, très respectueux des bonnes manières, ne saurait être aussi désinvolte envers elle. Mme Apollonie Boncam se moquait ouvertement de la prétention du Professeur à avoir exploré une planète et celui-ci reprochait à sa cousine son étroitesse d'esprit et son absence totale de culture scientifique. La plaignante paraît plus en colère qu'inquiète: le Professeur devait lui remettre une propriété qu'ils se disputaient depuis des lustres. Elle insiste pour qu'on retrouve son cousin qui selon elle a été enlevé.


Boncam-errance-coin.jpgLe Professeur Pierre-Epaminondas Boncam vu de dos

    Mme
Apollonie Boncam ne croit absolument pas à son départ pour une nouvelle campagne de fouille sur Pallas 21, une planète inventée par son délirant cousin. Elle ne précise pas qui aurait pu l'enlever.

Une enquête a été ouverte.

     Le 14 septembre, un habitant de Caussiniojouls a signalé la présence inhabituelle d'une Derby Bentley blanche de 1933 sous l'auvent d'une maison à demi en ruines. L'immatriculation attribue ce véhicule au Pr Boncam. Après inspection, il s'est avéré que la voiture, en très bon état, était entièrement vide et soigneusement nettoyée. Pas un papier, pas une carte, pas une empreinte! Et bien sûr aucune trace de sang! Le Pr Boncam a-t-il été enlevé ou a-t-il organisé sa propre disparition?
    Le 17 septembre, un citoyen hollandais très énervé, M. Pim van Leyden a porté plainte pour vandalisme: la Bentley qu'il venait d'acheter au Pr Boncam a été fracturée ainsi que les volets de sa maison. Après des excuses, la gendarmerie a conseillé à M. van Leyden de ne pas laisser une telle voiture de collection sans surveillance et d'en changer les plaques d'immatriculation s'il ne voulait pas payer une amende.
    Les amis et voisins du Professeur ont été interrogés:
    Aristide Sauveterre, le collectionneur, ne voit pas pourquoi Apollonie fait tant d'histoire pour un rendez-vous manqué. La querelle des cousins à propos de l'héritage de leur grand-oncle est bien connue. Il confirme cependant que les découvertes du Pr Boncam sont bien réelles. Sauveterre a lui-même travaillé à la préparation de la première campagne de fouilles sur Pallas 21. Une carte dessinée par un disciple d'AI-Idrisi de Cordoue se trouvait dans son cabinet de curiosités. Un soir qu'ils admiraient la délicatesse du dessin, ils ont remarqué des nombres bizarres qui semblaient indiquer la position d'une planète inconnue. L'archéologue décida alors de partir à la recherche de ce monde exo-tellurique.

Cosmonaute sculpté sur le portail de la cathédrale
Salamanque, Espagne

Photo: fredone

    Claude-Henri Bartoli et Camille Octonel ont confirmé le voyage de leur ami pour Pallas 21 bien qu'Ils n'aient pas assisté personnellement à son envol. Le Professeur Boncam devait prendre un vol pour Moscou puis pour lrkoutsk près du lac Baïkal et rejoindre son équipe au spatioport. Son nom n'est sur aucune liste de passagers. Il a pu prendre un jet privé ou utiliser un pseudonyme comme il l'a fait à plusieurs reprises.
    La direction russe des passeports ne communique aucune information.
    L'ethnologue Alix de la Liquière-Engueyrade, une amie proche du Professeur est en expédition quelque part en Océanie et ne peut être jointe.
    Le psychanalyste qui suit le Professeur, suite à une grave dépression, refuse de parler et ne veut pas que son nom soit cité.

Pièces à verser au dossier:
Interviews du Professeur Pierre-Epaminondas Boncam:
1°- à propos des pièces archéologiques rapportées de Pallas 21
2°- à propos des fourmis géantes


fourmi-geante---bedarieux-_3_.jpgFourmi géante

3°- à propos de la nécropole royale de Pallas 21
4°- article relatant les projets du Professeur


Une demande d'information est envoyée à la police du district du lac Baïkal, au sud de la Sibérie, en Russie orientale.

L'enquête suit son cours (dossier n° DNI 376390
RIF: recherche dans l'intérêt des familles.)
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    D'après une source interne, les gendarmes ne croient pas à un enlèvement même si la maison du Professeur est resté ouverte. Ils aiment à penser que tous les savants sont des "Professeur Tournesol". Pour eux Boncam est simplement parti en voyage. Quant à l'exploration de Pallas 21, ils ne se prononcent pas, habitués qu'ils sont à recevoir des témoignages sur les ovnis et autres facéties.
Deux choses les tracassent:
    1°- le cachet de la poste, sur l'enveloppe adressée à
Apollonie, a été falsifié.
     2°-  L'agenda du Professeur était ouvert sur son bureau
avec cette phrase énigmatique en date du 29 août:

"Jamais, Jamais, non JAMAIS,
vous aurez beau faire,
jamais ne saurez quelle misérable banlieue c'était que la Terre."

    Après, Boncam n'a plus rien écrit. Etait-il suicidaire?

    Apollonie Boncam envisage d'engager un détective privé. Quant aux investisseurs du "Club des Argonautes du Futur", ils ne souhaitent pas faire de déclaration.


voir le témoignage d'Aristide Sauveterre

Voir le témoignage du documentariste


Catherine-Alice Palagret

Vers de nouvelles découvertes



Carte-ancienne.jpgNavigateurs en route vers l'inconnu
détail d'un portulan


    Le Professeur Pierre-Epaminondas Boncam est enfin reparti sur Pallas 21. La deuxième campagne de fouilles sur cette planète exo-tellurique devrait durer un peu plus de six mois.

En 2005, l'exposition des piéces archéologiques collectées sur Pallas 21 avait déclenché une longue polémique dans le monde universitaire. Epaminondas, humilié et amer est resté dans sa retraite languedocienne pendant deux longues années. Même sa cousine Apollonie le traitait d'affabulateur. Seuls ses amis le soutenaient.
Au début du printemps en essayant de ranger sa bibliothèque, le Professeur a fait tomber une pile de livres et de dossiers. En les ramassant il a trouvé un échange de courrier qu'il avait oublié:

Correspondance* échangée entre le Professeur Herbert-August von Hallerstein de l'université de Leipzig et Catherine-Alice Palagret, curator de la donation Epaminondas.

1°- Du Professeur Herbert-August von Hallerstein à Catherine-Alice Palagret, le 12 juillet 2005.
"Nous avons été visiter la collection de pièces rares du Professeur Epaminondas. Voilà qui incite à réfléchir sur la manière dont les artéfacts de notre civilisation matérielle seront compris dans quelques millénaires. Mon jeune collègue, le Professeur Rafaello Scipione, était quelque peu étonné que des piéces du XXXIIé siècle aient été découvertes en 1964. J'ai bien essayé de lui faire comprendre qu'il s'agissait de deux espaces-temps distincts (c'est évident) mais il est demeuré troublé. On aimerait que la collection soit plus riche cependant, ces trois pièces rares donnent envie d'en découvrir plus. Il faudrait reprendre les fouilles au plus tôt."

2°- De Catherine-Alice Palagret au Professeur Herbert-August von Hallerstein, le 15 août 2005.
"La perplexité du Professeur Rafaello Scipione est compréhensible. J'ai moi-même eu du mal à accepter ce paradoxe temporel. Il s'agit bien évidemment d'une courbure du temps mais de nombreux scientifiques réfutent cette hypothèse angoissante et pourtant stimulante. Ceux qui soutiennent le Professeur Boncam sont le plus souvent des amateurs de science-fiction prêts à gober n'importe quoi. C'est pourquoi le soutien de deux universitaires reconnus a fait grand plaisir à mon ami Epaminondas. Cet homme ne recherche ni la gloire ni la richesse, seulement la reconnaissance de ses pairs."

    Emu par la confiance que lui témoignaient ces deux collègues, le Professeur Pierre-Epaminondas Boncam a décidé de repartir en campagne. Il a reçu des fonds du "Club des Argonautes du Futur", un cercle très discret qui comprend de nombreux hommes d'affaires et savants. Aristide Sauveterre, collectionneur, et Camille Octonel, ethnologue, en sont membres. La bourse octroyée par le club a permis d'acquérir des robots japonais très sophistiqués dont les spécifications n'ont pas été communiquées. Il semblerait que ces prototypes conçus à Osaka soient communiquants mais non humanoïdes. A leur côté, une centaine de micro-robots fourmis travaillant en essaim sont destinés à l'étude des insectes. Moins complexes que les robots japonais, la défaillance d'un seul micro-robot n'est pas une catastrophe, les autres continuent leur travail sans lui. Pallas 21 et son environnement extrème est une excellente opportunité pour tester la résistance physique et logicielle de ces machines très évoluées.
    Depuis le printemps, Epaminondas constitue une équipe pluridisciplinaire: une ingénieure informaticienne de Pondichery (Inde), un roboticien japonais, un géologue-climatologue français, un chimiste anglais, un médecin-biologiste américain, un étudiant-cinéaste de la FEMIS, une dessinatrice multimédia de l'école des Gobelins et plusieurs techniciens (communications, logistique, mécanique, loisirs etc). Un cuisinier-herboriste rompu aux expéditions lointaines assurera les repas. Il a l'intention d'expérimenter quelques recettes nouvelles à base d'herbes aromatiques de la planète, s'il en trouve! Le jeune Professeur Rafaello Scipione n'était pas vraiment convaincu de l'existence de Pallas 21 jusqu'à ce que le Professeur lui montre des pièces archéologiques non exposées en 2005. Ces nouveaux témoignages l'ont convaincu et il s'est joint à cette aventure périlleuse.
Les membres de l'équipe qui devront affronter le climat polaire de Pallas 21 dans leur travail quotidien ont suivi un entraînement spécial sur Stolbovoï, unes des îles de Nouvelle-Sibérie, en Yakoutie.
    La navette privée a décollé, en toute discrétion, d'une base militaire près du lac Baïkal. Le spatioport est complètement enterré et ne peut être repéré que lors d'un lancement quand le dôme s'ouvre. Les satellites font état d'une telle activité dans la nuit du premier au deux septembre dans la région d'lrkoutsk.
    L'équipe du Professeur Boncam devrait arriver sur Pallas dans six mois. Espérons que tout se passera bien sur cette planète désolée; on se rappelle le sort funeste des astronautes précédents!



  vue-satellite-Pallas-3.jpgvue satellite des terres émergées de Pallas 21



* publié avec l'autorisation des auteurs.



Catherine-Alice Palagret
Septembre 2007

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Les terres calcinées de Pallas 21


    L'archéologue Pierre-Epaminondas Boncam
a reçu aujourd'hui quelque chose qu'il croyait ne jamais revoir.
Le vice-gouverneur d'Oulan-Bator vient de lui faire parvenir trois containers, estampillé "PEB-Pallas 21" Le Professeur avait perdu tous ses documents suite aux évènements terribles qui mirent fin à sa première expédition sur Pallas 21. Heureusement, lors de son violent atterissage dans le canyon de Yollin Am, plusieurs containers ont été projetés à des kilomètres à la ronde. Des nomades viennent de les récupérer dans le désert de Gobi. Grâce aux documents retrouvés, nous pouvons maintenant avoir une connaissance plus précise de ce monde nouveau.


PEB: - Cette petite planète calcinée a jadis abrité une puissante civilisation qu'un cataclysme a détruit. Il n'y reste aujourd'hui que des terres à demi stériles balayées de tempêtes.
On distingue les Terres Noires à l'ouest, les Terres Ocres à l'est, les Terres rouges au nord.


1- Les Terres Noires de l'Ouest:


Terres noires à demi-stériles


PEB: Cette partie ouest de la planète est un désert aride. Il y pleut environ tous les dix ans. Violemment. Quand les torrents s’assèchent, quelques fleurs éclosent; elles ne durent qu’un seul jour. La terre noire est ravinée sur plusieurs mètres de profondeur.


schiste-_30_-2.jpgles terres noires de Pallas 21


C’est ainsi que nous avons découvert une sépulture royale. Les mouvements du sol et les pluies torrentielles l’avaient fait remonter à la surface. Un sarcophage de pierre noire sculptée affleurait la terre. Nous l’avons facilement dégagé de sa gangue. Il était presque intact. Un peu plus loin, au bas de la colline, d’autres sarcophages moins ornementés s’empilaient les uns sur les autres. Certains étaient encore scellés, d’autres s’étaient ouverts en glissant. Les ossements, effrités depuis longtemps, n'étaient plus que poussière. Nous nous promenions au milieu d'un cimetière dévasté non par les pilleurs de tombe mais par les éléments.
Ce chaos m’a fait penser à Termessos, un petit village d'Anatolie centrale.



Termessos-2.jpg Nécropole de Termessos en Pamphilie. Sarcophages ouverts


    Au IVè ou Vè siècle, un tremblement de terre détruisit en partie Termessos, une ville de l'empire romain. Les sarcophages de la nécropole glissèrent du haut de la colline et s'ouvrirent. D'autres restèrent empilés en tas naturels ou furent rangés à côté pour dégager le champ des paysans.
J'avais fait des fouilles à Termessos au printemps 1983 et m'étais interrogé sur ces cercueils de pierre éparpillés dans les bois et les champs. Les couvercles manquants avaient été réemployés tout au long des siècles par les habitants des villages environnants. On retrouvait des linteaux, des pièces sculptées, des chapiteaux dans les murets qui clôturaient les parcelles agricoles.


Termessos-3.jpg Nécropole de Termessos en Pamphilie. Couvercle sculpté


    A Termessos j'éprouvai une paisible nostalgie devant cette cité disparue. Elle avait été riche et puissante, comptant alors des dizaines de milliers d'habitants avec des temples, un gymnase et un amphithéâtre. Tout ce qu'une cité romaine digne de ce nom devait construire. Vingt-quatre siècles plus tard, elle n'était plus qu'un minuscule village. Ce jour-là, un paysan grattait la terre en contournant les luxueux vestiges de la nécropole romaine. La vie côtoyait paisiblement la mort. Les arbres fruitiers étaient en fleurs et les gosses du village nous observaient en riant, assis sur des linteaux ornés de chrème. Les oliviers poussaient sur les gradins de l'amphithéâtre presque intacte.

    Sur Pallas 21, au contraire, toute vie avait disparu. Il n'y avait pas de place pour une rêverie romantique sur la mort des civilisations tant l'endroit était sinistre. Rien qu'une terre noire et stérile, un froid glacial, un vent hurlant suivi d'un silence absolu quand le vent s’arrête brusquement pour une ou deux minutes.
    A cinq kilomètres des sépultures nous avons découvert la cité de Tilmiksa-ah au centre des plaines de l'Ouest. Il ne restait qu'un tumulus et des pierres éparses. Il faudrait beaucoup de temps pour dégager la cité de sa gangue de terre. Nous avons creusé et découvert à plusieurs mètres de profondeur la partie centrale d'un triptyque et des coupelles rituelles. Je les ai datées du XXXII siècle. Il y a une grande controverse sur cette datation mais je la maintiens.


2°- Les Terres Ocres Calcinées de l'Est:

Dans la région est, au contraire, les ruines que nous avons découvertes sont plus grossières et il n’y a pas trace de sépultures.

Pallas-21-terres-ocres-relief.jpg
Le vent et les ruissellements sculptent les roches nues.


Pallas-21-terres-ocres-ravinement.jpg



3°- Les terres rouges du Nord

La deuxième grande cité, Xyanthazak, est au centre des Terres rouges. Ce nom de Xyanthazak ainsi que celui de Tilmiksa-ah n'a rien de scientifique. Il est bien évident que nous n'avons pas su déchiffer les inscriptions sur les frontons des basiliques ou des temples. Le géologue nous a convaincu de renoncer aux noms tels que A-PBZKL1 et A-PBZKL2 ou même Athènes 2 et Thèbes 2.  Nous avons donc inventé des noms plus poétiques.
Huit fourmis géantes de trente mètres gardent le dôme de Xyanthazak.


fourmi-geante---bedarieux-_2_.jpg Fourmi Gardienne renversée

Voir les Fourmis géantes du Premier Cercle


Pallas-21-terres-rouges-canalisation.jpg
Traces du système de canalisation de Xyanthazak


Pallas-21-terres-rouges-v--g--tation-2.jpg
Rares traces de végétation dans la région des terres rouges

Pallas-21-terres-rouges-v--g--tation.jpg

    Nous n'avons exploré ni la "cordillère des brouillards" qui entourait les Terres Noires ni les marais fumants tout au sud. Par manque de temps, manque d'équipement, manque de chance. Mon séjour sur Pallas 21 n’est certes pas un bon souvenir, il s'y est passé trop de choses terribles, mais de cet enfer j’ai rapporté le trésor archéologique que vous avez pu voir exposé. J'ai fait reculer "la terra incognita" ou plutôt Pallas incognita. J'essaye de dessiner une carte pour remplacer celles du cartographe qui ont été perdues lors de mon retour sur terre. Hélas, je n'ai pas son talent et jusqu'ici mes dessins sont très approximatifs.

        J'e retournerai sur Pallas 21, je dois y retourner, ne serait-ce que pour établir une nouvelle carte.



Catherine-Alice Palagret cc.gif


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LES MYSTERES DE PALLAS 21


    Le Professeur Pierre-Epaminondas Boncam
, archéologue, s’interroge sur les fourmis géantes du Premier Cercle qu'on peut voir à l'entrée de la ville de Bédarieux, dans le Sud de la France.


fourmi-geante---bedarieux.jpgFourmi géante en contre-jour

Pierre-Epaminondas Boncam : - Les fourmis géantes du Premier Cercle, que nous voyons ici, sont très proches de celles que j’ai vu sur Pallas 21, une exo-planète tellurique. Dans la région des Terres Ocres Calcinées, aux quatre points cardinaux, deux fourmis géantes de 3O mètres de haut gardaient l’entrée de Xyanthazak. Une cité abandonnée dont il ne restait que des ruines sous un dôme éventré. Les huit statues, faites d’un métal inconnu, avaient parfaitement résisté au temps. A l'intérieur des insectes, un escalier en colimaçon menait à une plate-forme située à la hauteur des yeux. De là, à travers les vitres à facettes, les guetteurs surveillaient la plaine à des dizaines de kilomètres à la ronde. Le vent violent qui soufflait jour et nuit enveloppait les insectes d’un sifflement sinistre. Et leurs antennes se balançaient sans relâche. Un spectacle terrifiant qui devait tenir les ennemis à distance.

Catherine-Alice Palagret :- Mais la cité de Xyanthazak a été détruite.

PEB : - Oui, comme de nombreuses cités au cours de l'histoire. Mais comment a-t-elle été détruite? Nous n’avons trouvé trace ni de combat ni d'armes. Ces fourmis géantes étaient de redoutables gardiennes. Ce qui les a vaincu était bien plus puissant qu’une armée. Un cataclysme naturel aurait pu les abattre mais rien n'indique qu'un tsunami, un tremblement de terre ou une météorite ait endommagé la planète. Des croquis ou des photos vous auraient mieux fait comprendre la puissance de ces insectes. Barthélemy, mon assistant, avait rempli des carnets de dessins très réalistes mais ils ont disparu, lorsqu’un glissement de terrain a écrasé son chariot.

CAP :- C’est terrible.

PEB : - Oui, ces croquis étaient très détaillés. Il ne me reste que des photos satellites que nous avions eu le temps de transmettre. On y voit d'ailleurs que cette planète est constituée d'une multitude d'îles. Nous n'avons exploré que la principale, faute de temps.




  Photo satellite de Pallas 21

 

 
CAP:- Mais …

PEB : Je compte bien y retourner un jour et terminer ce dénombrement.

CAP: Non, je voulais parler de Barthélémy.

PEB : Ah, Barthélemy! Ne vous inquiétez pas. Bart n’éta