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Arcimboldo en 3D et cabinet de curiosités


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Le cabinet de curiosités d'Aristide Sauveterre I

 
    Héritier d'une partie de la magnifique collection de Joseph Bonnier de la Mosson, Aristide Sauveterre accumule dans son cabinet de curiosités des originaux de grande valeur et des faux flagrants qui ne retiennent pas moins son attention.


Armoires du Cabinet de Curiosités de Bonnier de la Mosson.
Bibliothèque du Muséum national d’histoire naturelle de Paris


    Il y a un trésor que ni Bonnier de la Mosson ni Philibert Sauveterre, son neveu et assistant, ne réussirent jamais à posséder, bien qu'il firent plusieurs voyages à Prague et à Vienne sur les traces des Habsbourg: un portrait peint par Arcimboldo.





Allégorie du feu.
Arcimboldo 1566.


Le nez est fait d'un briquet, une bougie enflamme la chevelure. Le buste est composé d'un canon, d'un pistolet et d'un mortier. Le feu porte le collier de la Toison d'or. Ces attributs témoignent de la puissance militaire de Maximilien II et de sa
victoire sur les Turcs. Les allégories ont aussi une signification politique.
 




















    Arcimboldo est connu pour ses  portraits composés,
allégories ou caricatures,  faits d'une habile juxtaposition de fleurs, de légumes, de fruits ou d'objets. Vu de près, les divers éléments sont peints avec un réalisme méticuleux, de loin le portrait s'impose. On connait la série des quatre saisons, des quatre éléments, les portraits du Bibliothécaire, du cuisinier ou du juriste etc. Ces compositions curieuses, parfois dérangeantes mais toujours fascinantes faisaient la joie de la cour impériale de Vienne. La virtuosité ironique d'Arcimboldo le rendit extrèmement célèbre en son temps et de nombreuses copies et gravures de ses oeuvres circulaient dans toute l'Europe. Au dix-huitième siècle, Arcimboldo, si adulé à la Renaissance, était tombé dans l'oubli. Le collectionneur Joseph Bonnier de la Mosson découvrit son existence dans un traité du XVIè siècle sur la peinture. L'auteur, Giovanni Paolo Lomazzo 1, faisait l'éloge des têtes composées et des grotesques portraits-rébus d'un peintre à la cour des Habsbourg.




   

    Allégorie de l'eau.
    Arcimboldo 1566.



   Visage composé de poissons, de crustacés, de reptiles et de corail. Un requin aux dents acérées représente la bouche. Un collier de perles blanches et une boucle d'oreille atténuent la brutalité du tableau et rappelle la puissance de l'empereur.

















    Le journal de Philibert Sauveterre, dont Aristide possède les volumes non publiés2, témoigne de la quête obstinée de Joseph Bonnier de la Mosson à la recherche de ces curiosités. Il voulait au moins un tableau de la série des éléments (L'air, l'eau, le feu, la terre) ou les deux portraits
: “Eve croquant la pomme” et son vis-à-vis, un homme tenant un rouleau de parchemin.


arcimboldo-eve.JPG arcimboldo-eve-h-copie-1.JPG
                         portraits composés de corps nus enlacés d'Eve et de son vis à vis
Arcimboldo. 1578
collection privée suisse


    Vu de profil, le visage d'Eve est composé de corps d'hommes et de femme nus côte à côte. Son menton montre un couple enlacé. Eve tient une pomme d'une main, le petit doigt levé, elle s'apprête à croquer le fruit défendu, l'air sereine, inconsciente de la catastrophe qu'elle va déclencher. Le visage de l'homme est composé de corps d'enfants nus, sur son front un petit homme pose la main sur le sein de sa compagne. L'homme brandit un rouleau de parchemin; est-ce un signe d'avertissement, une menace? Cherche-t-il à sauver la pècheresse ou à la perdre? Tient-il tout le savoir dans sa main, le savoir qu'acquerra Eve en croquant la pomme? Ces deux tableaux furent-ils commandés par Rodolphe II pour son cabinet de curiosités? L'empereur du Saint-Empire possédait plusieurs cabinets, dont un Cabinet secret réservé à l'ésotérisme; il est probable qu'Eve et son vis-à-vis étaient exposés dans une pièce réservée aux amateurs avertis. La tonalité érotique des peintures ne les destinaient sans doute pas à être exposées aux yeux de tous.
  

    Le Baron Bonnier de la Mosson ne trouva jamais un tableau original d'Arcimboldo. Tout ce qu'il dénicha fut des gravures en noir et blanc qui rendaient assez mal l'exubérance et l'inventivité de ces portraits.

    Deux siècles et demi plus tard, Aristide a réalisé le rêve de Bonnier de la Mosson ... ou presque! Bien sûr il ne possède pas un tableau original! Lors d'une vente aux enchères, il est tombé par hasard sur un lot de caisses en bois provenant d'une école publique qui venait d'être rasée pour faire place à un centre psychiatrique de jour. Etiquetées “Arcimboldo cours élémentaire, 2ème année, 1978”, les caisses contenaient 17 sculptures soigneusement emballées. En plâtre peint, haute d'environ trente centimètres, elles reproduisaient avec plus ou moins d'habilité l'accumulation de fruits et de légumes qui donnait forme aux plus fameux portraits du peintre maniériste. Des bananes, des fraises, des oranges  ainsi que des poireaux, des choux et des champignons en plastique sont incrustés dans le plâtre, donnant aux répliques arcimboldiennes une vivacité du plus gracieux effet. Connaissant l'obsession de Mosson pour les têtes composées, Aristide n'a pu résister à acquérir ces amusants Arcimboldo en 3D. Il les a catalogués sous: Section art modeste n° ACBD 2.

    Le collectionneur du dix-huitième siècle aurait apprécié cette trouvaille insolite. Il ne manquait pas d'humour, lui qui accumulait des objets bizarres aux origines incertaines à coté de merveilles de la nature.

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extrait du catalogue raisonné établi par Gersaint en 1744.
inventaire du cabinet de curiosités de Bonnier de la Mosson

 


1- Tempio della Pittura 1590, Giovanni Paolo Lomazzo.

2- Journal de Philibert Sauveterre. Seize in-quarto reliés en peau de requin. Manuscrit illustrés de croquis.

 

Catherine-Alice Palagret


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Dernières acquisitions d'Aristide Sauveterre pour son cabinet de curiosités:

  •     Un morceau du moulage du linteau de la cathédrale d'Autun. On y voit la main d'Eve cueillant le fruit défendu. La sculpture originale est attibuée à Gislebertus et daterait du début du douzième siécle. Ce morceau a été récupéré lors de l'installation du Musée des moulages en 1882 sur la colline de Chaillot. Le musée présentait des moulages grandeur nature des chefs d'oeuvres médiévaux. Alors que les ouvriers hissaient le linteau pour l'accrocher au mur, une corde se rompit et il s'écrasa au sol. Les plus gros morceaux furent recollés. A l'inauguration, le linteau fut présenté à demi-voilé et il fallut attendre deux mois pour que le moulage retrouve son intégrité.

Eve-cueillant-le-fruit-d--fendu.jpgEve tendant la main vers le fruit défendu. Cathédrale d'Autun

    Alfred Faulherbe, un jeune gardien du nouveau musée, balaya les débris; en fait il récupèra de minuscules morceaux. Après des nuits d'effort, Alfred réussit  à reconstituer la main d'Eve tenant la pomme, remplaçant les parties manquantes par du plâtre. Il gardera ce fragment toute sa vie, exposé sur le manteau de sa cheminée, dans son pavillon de Montreuil.
    A sa mort en 1962, sa veuve Léonie, décida de se défaire de
cette "vieillerie". Elle y voyait la main du Diable et non celle de la première pécheresse. Toute cette histoire de la connaissance du Bien et du Mal, et du paradis perdu l'exaspérait. Pour sa part, elle avait toujours vécu en enfer et ce débris d'art roman que son défunt mari vénérait n'y avait rien changé. Sans remords, Léonie vendit le fragment aux puces de Saint-Ouen, pour cinquante francs, ce qui lui permit de succomber à la tentation: elle acheta aussitôt ces nouvelles bassines en plastique que le marchand de couleurs venait de recevoir.
Le morceau de moulage recollé n'a que peu de valeur marchande et Aristide Sauveterre l'a échangé contre trois programmes du TNP des années 1959, 1960 et 1961.
    Aujourd'hui, on peut voir le moulage d'une partie du linteau de la cathédrale Saint-Lazare d'Autin à la nouvelle “Cité de l'architecture et du Patrimoine”, au Trocadéro à Paris. Adam a disparu mais Eve y est représentée nue, couchée; son bras se tend vers le fruit défendu mais elle regarde de l'autre côté comme si elle n'était pas responsable du péché qu'elle commet. Dieu n'étant pas de cet avis, chassa Adam et Eve du Paradis.
Section archeologia n° MA 22.

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  •  Un Arcimboldo en plastique: une sculpture faite de fruits et de légumes  dans l'esprit du portrait allégorique de l'été peint par Arcimboldo. Les éléments qui composent le portrait sont en plastique, de couleur vive. On discerne une aubergine, deux tomates, un épi de maïs, du blé, du raisin, des cerises etc ... Ils proviennent d'un caddy pour enfants. Auteur inconnu. Section art modeste n° ACBD 2.
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  •  La famille Simpson, six figurines de dix centimètres de haut, trouvées dans un vide grenier: 
  • Homer Simpson le père abruti, 
  • Marjorie Bouvier la mère, dite Marge. Elle porte le même nom de famille que Jacqueline Kennedy, née Bouvier.
  • Bart, un gamin impossible.
  • Lisa Simpson, la plus intelligente de la famille
  • Maggie Simpson le bébé.
  • Le petit chat Boule de neige
    Les personnages de Matt Groening sont modelés en argile sur une structure de bambou. Des punaises de couleur dessinent les traits et les vêtements.
Le teint jaune est bien rendu. Seul le chat est maladroit sans doute parce que sa petite taille rend difficile l'implantation des punaises. Il aurait fallu utiliser des épingles à tête ronde. L'exceptionnelle choucroute bleue de Marge est particulièrement réussie. L'auteur est anonyme. Section art modeste n° SP 3.

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  • - Trois tableaux au point de croix de 30 X 30 cm  :
-- De Gaulle à Colombey entouré de deux drapeaux de la France Libre.
-- Le cimetierre de Verdun
-- Le pêcheur de truite

Curiosit--s-Colombey--1-.jpg   
Curiosit--s-verdun.jpg    Curiosit--s-truite.jpg  
           
                       Points de croix  réalisés par Mademoiselle Léonce Cabrerollis, vers 1960. Section art modeste n° PCX 8

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  • - un plateau d'offrandes jaïn de Palitana, Inde. Section exotica N° PLT 1

  •  - un livre de prière trouvé dans un cercueil suspendu à Long-ma au Yunan, Chine. Section exotica N° CSP 1

  • - des photo de tournage (1965) du “Tigre se parfume à la dynamite”, film de Claude Chabrol, avec Roger Hanin et Margaret Lee.


Tigre.JPG
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  • - trois poteries berbères à décor géomètrique de Grande Kabylie. Section exotica N°GK  17
  • - un plan relief de la forteresse de Salses le Chateau située sur l'ancienne frontière entre la Catalogne et la France. Construite sur l'ordre du roi d'Aragon Ferdinand V le Catholique par l'architecte Francisco Ramiro Lopez. Le traité des Pyrénées du 16 novembre 1659 donne la citadelle  à la France. L'ouvrage militaire, désaffecté, est réparé par Vauban au XVIIè siècle.

    Salses.jpegvue aérienne de Salses le chateau

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  • - une demie tour Eiffel en allumettes coulée en bronze, d'après l'oeuvre de François Pignon.

  • - un plan des égouts de Londres qu'aurait utilisé Jack l'éventreur. On y voit les 1750 km de tunnels conçus par  l'ingénieur Joseph Bazalgette afin d'assainir la ville et de prévenir les épidémies de choléra. En 1849, la maladie fit des milliers de victimes dans les quariers insalubres de la capitale. 

  • - deux rouleaux de tickets du “Midi-Minuit”, années cinquante. Ce cinéma dédié aux films fantastiques se trouvait sur les grands boulevards à Paris.

  • - un masque Fang (Gabon) rafistolé avec de petites bandes de vénilia à fleurs et des agraffes rouillées, daté du milieu du XIXè siècle. Fait de bois couvert de kaolin blanc, le visage est ovale, dépourvu de bouche. Le blanc symbolise le monde des morts. Les hommes de la société secrète Nfgil portaient le masque de “la jeune fille blanche” lors de danses rituelles qui protègeaient le village de la sorcellerie. Section exotica n° FG n° 73.

  • - un carton d'invitation à une cérémonie d'intronisation du "Club des Argonautes du Futur", sis Impasse de l'Astrolabe à Paris, daté du 27 avril 1832, calligraphié sur papyrus.

  • - un morceau de sarcophage romain en pierre. Décoré de cercles, venant de la nécropole de Termessos Section archeologia n° TMS 6.  
  
Termessos-4--4-.jpgsarcophage de Termessos, Turquie



  • - Le mode d'emploi absurde du cadre-photo Philips 7FF1CMI.
  • Il va rejoindre un gros classeur qui contient déjà des dizaines de modes d'emploi surréalistes, traduits de l'anglais en coréen, du coréen en tchèque et du tchèque au français ou l'inverse. Section archéologie n° MES 32.  Voir l'article.
  •  



Et toujours pas de petit canard jaune!


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Catherine-Alice Palagret

    à suivre ...



UN MAMMOUTH AUX ENCHERES


Le lundi 16 avril 2007 la maison Christie's, à Paris, a mis aux enchères une collection de fossiles et de squelettes préhistoriques dont un mammouth de Sibérie mesurant 3,80 m de haut et 4,80 m de long.



squelette de mammouth de Sibérie en vente chez Christie's


Dans la tradition des cabinet de curiosités, Christie's expose des trésors hétéroclites mêlant les squelettes, fossiles, dents de dinosaures, météorites et papillons à de beaux meubles du XIX siècle.



collection de papillons et poisson fossile





    Aristide Sauveterre, bien qu'impressionné par le Mammuthus primigenius, dit "Président" (découvert en Sibérie sous Boris Eltsine en 1991), n'avait pas l'intention d'enchérir. Il n'a pas les moyens d'une telle folie. Il venait pour la collection d'objets d'histoire naturelle du Dr Jean Bouhanade. Des fossiles de reptiles ou d'oiseaux incroyablement délicats. Il espérait repartir avec la magnifique chauve-souris datant de l'oligocène.




lot 41: Fossiles de chauve-souris (oligocène, pays de Forcalquier)


fossile d'oiseau (oligocène)



    Dispersée devant une foule de collectionneurs et de curieux, ce bestiaire préhistorique a largement dépassé les estimations, les prix se sont envolés. Le mammouth de Sibérie, datant du quaternaire, était la piéce la plus médiatisée et la plus convoitée. Estimé à moins de 180.000 euros, il a été adjugé 260.000 euros (1 705 340 francs ) à un amateur anonyme.


lot n° 83: squelette de rhinocéros laineux (pléistocène supérieur)


Le squelette de rhinocéros laineux s'est vendu 100.000 euros et l'ours des cavernes 39.000.

Un fossile de crabe estimé à 1.500 euros, adjugé à 28.000 euros.

Un magnifique fossile de poisson-ange, vieux de 50 millions d'années s'est vendu à 100.000 euros.


lot n°16: Eoplatax papilio dit poisson-ange, éocène inférieur, Italie







détails du poisson-ange


    Les enchères sont montées trop haut pour Aristide Sauveterre. Il n'a pu s'offrir qu'une dent de dinosaure. Un peu désabusé, il soulève un problème à propos de ces ventes: «Toutes ces pièces sont très belles mais leur authenticité peut être problématique. Certains squelettes sont assemblés avec des ossements de différentes provenances. Le remontage des os peut être fantaisiste. On peut se procurer des squelettes auprès d'une société russe mais quelle est la garantie scientifique?
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squelettes préhistoriques en vente chez paleoart


    On y trouve de nombreux mammouths ainsi que des ours et des lions. Ils ressemblent beaucoup aux vertébrés mis en vente chez Christie's. Je ne dis pas que le mammouth de Christie's est un faux mais il faut être prudent. Si les ventes se multiplient, inévitablement, il y aura des problèmes. Il y a déjà des rumeurs. Certains musées ont eu des déconvenues et les scientifiques s'inquiètent.»


bézoard de cheval en vente chez Christie's



Aristide Sauveterre aurait bien besoin du bézoard de cheval, datant du XVIIIe siècle. Il ressemble à celui de la collection de son ancêtre Joseph Bonnier de la Mosson. Les collectionneurs recherchaient ces "perles d'estomac" fabriquées par certains herbivores. Selon les princes de Habsbourg, elles soignaient la mélancolie!


dent de dinosaure, crétacé supérieur



Catherine-Alice Palagret


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Une tentative de collection universelle ...


    "curiosus, cupidus, studiosus" ainsi le dictionnaire de Trévoux publié en 1771 définit-il la curiosité: ce qui se traduit par "l'attention, le désir, la passion du savoir". C'est la devise de tous les collectionneurs de curiosités et plus particulièrement celle d'Aristide Sauveterre.


Les ancêtres
Statue de carnaval en papier mâché peint, dignitaires chinois sur rouleau,
statue de femme noire


    Son cabinet de curiosités se cache dans un vieux mas du Languedoc, non loin du château de ses ancêtres. Bien peu de personnes sont autorisées à visiter cette chambre des merveilles. Selon la tradition, la collection se compose de naturalia (animaux empaillés, madrépores, météorites, monstres et merveilles de la nature ), d'artificialia (clepsydres, fioles lacrymales, astrolabes, automates) et d'exotica (papyrus, tambour indien ou pipe inuit, statuettes barbares). C'est tout un bric-à-brac d'objets rares ou insolites, grotesques ou scientifiques, où une précieuse verrerie romaine peut côtoyer un gobelet Mac Donald's à l'effigie d'Homer Simpson et où un ticket de métro de 1975 a autant de valeur qu'une enluminure médiévale. Aristide nous a autorisé à photographier quelques pièces mineures de sa collection.


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      Naturalia - Serpent conservé dans le formol -  Madrépore

    Le cabinet de curiosités est un miroir du monde, un microcosme. Il tente de représenter la merveille et la diversité de la Création. Les cabinets ont toujours contenus des pièces fantaisistes: la fabuleuse corne de licorne du Trésor de Saint-Denis, aujourd'hui au Musée national du Moyen âge, des dents de dragon enchâssés d'or, des lutins embaumés, des os de Titans ou des griffes de yéti. Dès la Renaissance, la fascination pour le monstrueux et les chimères, jointe au goût de la mystification, peuple les cabinets de curiosités d'improbables naturalia. La supercherie est présente au coeur des plus somptueuses collections. Bien qu'ancêtres des musées, les cabinets de curiosités n'en ont pas la rigueur scientifique: les attibutions sont souvent erronées, la provenance et la datation sont farfelus.


chouette-_large_.jpgNaturalia - animaux empaillés


    Dans son désir de totalité, dans sa frénésie à faire tenir le monde dans une pièce, le collectionneur accumule les objets les plus étranges et les plus dérisoires sans jamais assouvir sa passion. C'est une entreprise qui ne peut être que vouée à l'échec. Des collectionneurs se sont ruiné à trop acquérir.


Curiosit--s-Mosson--011.jpgLivre: cabinet des insectes de Joseph Bonnier de la Mosson


    Au 18è siècle, Joseph Bonnier de la Mosson, un ancêtre d'Aristide Sauveterre, est de ceux-là. Son hôtel de Lude, rue Saint-Dominique à Paris, abritait un célèbre cabinet de curiosités rassemblant multitude de naturalia, exotica et artificialia. La curiosité la plus appréciée de la société parisienne était un théâtre d'automates qui jouaient la Création du monde. Ce théâtre a disparu et on en sait peu de chose.

Curiosit--s--portrait--1-.jpg Portrait d'un noble sur un vase fait de morceaux de porcelaine


 

Aristide Sauveterre: Je suis le descendant de Philibert Sauveterre, un cousin éloigné de Joseph Bonnier de la Mosson. Le baron Bonnier de la Mosson dilapida la fortune héritée de son père tant à Paris pour son cabinet de curiosités qu'à Montpellier pour son chateau de la Mosson qu'il meubla avec munificence. Lorsqu'il mourut ruiné en 1744, ses biens furent dispersés. Philibert Sauveterre était son assistant, son disciple. Il avait voyagé avec lui partout en Europe, en Italie sur les traces d'Ulysse Aldovandri, en Angleterre chez les héritiers de John Tradescant, en Autriche et en Bohême à la recherche des trésors dispersés de Rodolphe II, créateur d'un cabinet de curiosités unique en Europe. Joseph et Philibert revenaient à l'hôtel de Lude suivis de charrettes débordantes de trouvailles. Pour immortaliser sa collection, la curiosité et la vanité allant souvent de pair, Bonnier de la Mosson commanda un recueil de dessins de ses trésors à Jean-Baptiste Courtonne et Philibert organisa le travail. A la mort de son mentor, le coeur brisé, il fut aussi chargé d'établir avec Gersaint le catalogue raisonné de la collection qui allait être vendue aux enchères.

Le catalogue raisonné de Gersaint est téléchargeable sur: http://books.google.fr/books?id=fWMGAAAAQAAJ&pg=PA1&dq=Gersaint#PPP1,M1



Catalogue-Mosson--Gersant.jpg

Catalogue raisonné d'une collection considérable ...



    Grâce au catalogue de Gersaint et aux dessins de Courtonne, nous avons une connaissance précise des merveilles rassemblées par Joseph Bonnier de la Mosson.









 

 

 

 

    Le 26 avril 1745, une vente aux enchères dispersa les biens du collectionneur. Le comte Buffon acheta les plus belles naturaliae pour le cabinet du roi Louis XVI. Philibert dut s’incliner devant l'envoyé royal. Il ne put acquérir que des pièces jugées mineures à l'époque.

    “Le bouclier chinois, l'écuelle de bois sculptée très curieusement et fort ancienne, le crocodile d'environ cinq pieds, le crabe fort singulier portant une longue et forte aiguille au bout du museau“ etc, lui échapèrent mais peu à peu, Philibert constitua une collection tout aussi hétéroclite. Il ne possédait pas une grande fortune et acheta avec modération. Transmis de génération en génération, enrichi, ce cabinet de curiosités est désormais le mien car je suis le descendant direct de Philibert Sauveterre.
  



Curiosit--s---l--phant--1-.jpg Curiosit--s-Simpson--1-.jpg
            Jouets indiens: poupée et éléphant sur roulettes       -        Figurines: Les Simpsons


    Quand Bonnier de la Mosson meurt, l'âge d'or des cabinets de curiosités  se termine. Dès le dix-septième siècle, René Descartes a établi des règles précises pour chercher la vérité dans les sciences. Il s'en prend aux amateurs de curiosités qui recherchent l'objet rare au détriment de la rigueur scientifique:
"Il est bien meilleur de ne jamais penser à chercher la vérité d'aucune chose, que de le faire sans méthode: car il est très certain, que de telles études menées sans ordre, troublent la lumière naturelle et aveugle les esprits; et tous ceux qui se sont accoutumés à marcher ainsi dans les ténèbres, affaiblissent tant l'acuité de leurs yeux, qu'il ne peuvent plus ensuite supporter la lumière." (1)
    Le Merveilleux et la Raison vont cohabiter encore quelques temps. C'est le début des cabinets d'histoire naturelle, bientôt la classification du vivant, l'évolution des espèces, l'émergence des musées.

idole-1-a.-_10_.jpgStatuette de Nova-Esperanza au miroir, sorcière  et horloge aux brebis



    Pour ma part, j'assume entièrement le manque de rigueur scientifique de ma collection. Des oeuvres authentifiées côtoient des faux évidents. Je m'en arrange car l'intérêt est dans la recherche et l'accumulation de pièces bizarres, rares, étonnantes.
Dernièrement, ma section exotica, celle que je préfère, s'est enrichie des figurines rituelles rapportées par mes amis : Pierre-Epaminondas Boncam, le célèbre archéologue, Camille Octonel et Alix de la Liquière Engueyrade, toutes deux ethnologues. Je possède aussi quelques cartes au trésor mais elles ne sont pas ici. Je les ai mises en lieu sûr, elles attisent trop les convoitises.
    Mes acquisitions ne dépareraient pas le cabinet de curiosités de Joseph Bonnier de la Mosson, reconstitué en 1994 au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Je vais souvent m’y promener pour admirer les cinq armoires de naturalia contenant les achats de Buffon.


curiosit--s-Mosson-1.jpgLe cabinet de curiosités de Bonnier de la Mosson, dessin de Jean-Baptiste Courtonne


Cabinet-Mosson-6.jpgle cabinet de curiosités de Bonnier de la Mosson, reconstitué au Muséum national d’histoire naturelle de Paris


Cabinet-Mosson-2.jpg Cabinet-Mosson-7.jpg

Détails des vitrines du cabinet de curiosités de Bonnier de la Mosson. Coléoptères, papillons et coquillages


    Je corresponds avec de nombreux collectionneurs tout aussi passionnés que moi. Nous échangeons parfois des objets. Ainsi je négocie avec David Wilson à Culver City, près de Los Angeles. Son « Museum of Jurassic Technology » contient des merveilles dont je suis jaloux. J’ai essayé de lui arracher la corne de Mary Davis de Saughall daté de 1688, sans succès.

 




Mary Davis de Saughall n’est pas le seul être humain à avoir une corne mais c’est la seule dont on ait conservé le crâne.   




Je connais un deuxième exemple de
femme aux cornes de bélier: un tondo de Jean-Léon Gérôme (1853). Il s'agit sans doute d'une figure mythologique, d'une bacchante.










    Ne pouvant acquérir l'oeuvre de Gérôme, je me contenterai bien du crâne de

Mary Davis de Saughall. Sa corne irait très bien avec mes autres monstres dans ma Wunderkammer, ma chambre des merveilles, à coté de mon basilic, né de l’union d’une poule et d’un crapaud, de mon fœtus de licorne et de mes araignées géantes desséchées.

   

  frankenstein-group-by.jpg 

Curiosit--s-jouet--1-.jpg


   







 
Monstres de Frankenstein. Photo: ciudad imaginaria         Collection de jouets en plastique



Ma collection ne cesse de croître. J’achète, j’achète sans relâche et peut-être finirai-je ruiné moi aussi comme Joseph Bonnier de La Mosson. La soif de posséder ne peut être étanchée, Il y aura toujours une pièce manquante, une nouvelle série à commencer. Le mois dernier, j'ai songé à commencer une collection de cercueils quand une menuiserie a fait faillite non loin d'ici. Je suis allé à la vente aux enchères mais j'ai dû renoncer à ces grosses boîtes, comme pour les dinosaures, faute d'espace. Il faut faire des choix.


baigneuse-_large_.jpg             Collection de souvenirs balnéaires

   
soeurs-_large_-1.jpg
Collection de statuettes religieuses


    Mes trois neveux et nièces (Clémentine, Tugdual et Quentin) n'hériteront pas de mon cabinet de curiosités. ils ne voient là qu'un fatras poussiéreux qui les fait éternuer. Ils seraient capables de tout envoyer à la décharge ou aux Emmaüs. Ainsi se romprait la chaîne qui me lie à Philibert et à son cousin Joseph Bonnier de la Mosson. Au temps de l'immatérialité de la musique, mes neveux ont du mal à concevoir qu'on puisse accumuler tant de choses inutiles. Un musée virtuel en 3D leur plairait plus.
Mes naturalia iront au muséum de Paris. Le reste de ma collection ira à mon ami Pierre-Epaminondas Boncam. Il respectera l'oeuvre de plusieurs générations même s'il trouve mon cabinet de curiosités “amusant“. S'il meurt avant moi, je prendrai soin de ses archives même si j'ai des doutes sur la datation de ses découvertes archéologiques. Nous disputons souvent à ce propos. La postérité nous départagera.

    Aujourd'hui, l'objet de mon désir est un de ces fabuleux petits canards jaunes en plastique, tombés à la mer lors d’une tempête en 1992. Voici quatorze ans qu’ils errent sur les trois océans et depuis, des centaines de curieux, partout dans le monde, scrutent les plages dans l'attente d’un rescapé. Un seul canard me suffirait. Même décoloré, même déchiqueté. Un seul magnifique petit canard jaune pour mon cabinet de curiosités.

duck-crossing.jpg
Pancarte: attention traversée de canards (duck crossing).
Photo: flickr.com/photos/donnagrayson/445860995/


voir: Aristide Sauveterre et la disparition de l'archéologue Pierre-Epaminondas  Boncam.

         :   Aristide et les canards jaunes
      :   Aristide et les Arcimboldo en plastique




1- in Règles utiles et claires pour la direction de l'esprit et la recherche de la vérité, (Regulae ad directionem ingenii). René Descartes


Lien:le site d'Eric Poindron: http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites/



Texte et photos: Catherine-Alice Palagret







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