30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 18:44

L'immeuble d'Henri Deneux


    Un curieux immeuble décoré de céramique se trouve au 185 rue Belliard, à Paris. Construit en 1913 par l'architecte Henri Deneux c'est un immeuble moderniste dont la structure en béton reste apparente.


Immeuble décoré de céramiques polychromes
façade surplombant la voie ferré


    Une pellicule étanche de céramique multicolore protège la façade. Le toit est en terrasse.  Construisant ce petit immeuble de quatre étages pour lui-même, Henri Deneux  suit les préceptes audacieux de son mentor Anatole de Baudot.




Immeuble décoré de céramiques polychromes
angle coupé du bâtiment



   La structure de l'immeuble est soulignée par des lignes verticales ornées de carrés bleus et de pastilles jaunes. Les murs et les fenêtres en encorbellement sont décorés de motifs géométriques répétitifs: des fleurs blanches stylisées. De loin, elle forme une résille beige.



Immeuble décoré de céramiques polychromes
façade surplombant la voie ferré



Immeuble décoré de ceramiques polychromes
détail de la façade



     Le rez-de-chaussée s'orne d'une frise géométrique polychrome bleue, verte et orange.


Immeuble décoré de céramiques polychromes
rez-de-chaussée



    Il n'y a qu'une seule ligne courbe, au-dessus de la porte d'entrée. L'architecte s'y est représenté avec ses outils, le compas et l'équerre, dans un style qui rappelle les vitraux, donnant ainsi une petite touche moyen-âgeuse à une construction très moderne. L'immeuble est assez atypique; ses rigoureuses lignes droites l'éloignent du style art nouveau.



Frise du rez-de-chaussée et portrait de l'artiste en architecte


    L'ornementation complexe est partie intégrante de l'architecture. Très élégante, elle a été réalisée avec des céramiques industrielles fabriquées par  les Etablissements Gentil et Bourdet à Boulogne-Billancourt. Alphonse Gentil et Eugène Bourdet ont travaillé sur de nombreux immeubles à Nancy et Paris dont, à Paris, la Société Générale (1905-1912) au 29 bd Haussmann et le cinéma Le Louxor (1921).

 

Tags figuratifs et signatures sur un quai désaffecté
de la rue Belliard



    L'immeuble d'Henri Deneux est situé au bord de la petite ceinture, une voie ferrée désaffectée. Les quais sont devenus le royaume des taggeurs. Les vieux murs s'ornent de motifs figuratifs polychromes et de signatures qui auraient sans doute déplus au rigoureux Henri Deneux!


Catherine-Alice Palagret
architecture
juillet 2008



Source biographie d'Henri Deneux:

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4 juillet 2008 5 04 /07 /juillet /2008 17:33

Kitsch et démesure
pour l'exposition universelle de Shanghaï



    L'art contemporain se confond parfois avec les manèges des parcs d'attractions. La future locomotive suspendue de Jeff Koons ne déparerait pas Disneyland; son colossal Puppy, chiot de quinze mètres de haut paré de fleurs fraiches, est un must touristique à Bilbao. François Scali, architecte, et Aurèle, plasticien,  ont imaginé un chien encore plus phénoménal pour la Chine. Le "chien jaune perdu de Shanghai" (the yellow lost dog), haut de quatre-vingt mètres, devrait devenir un repère aussi connu que la Tour Eiffel à Paris ou que Big Ben à Londres. 


Projet de l'immeuble du "chien jaune perdu"
sur la rive du Huangpu à Shanghaï.


  
Le bull-terrier assis dans le quartier moderne de Pudong, à côté de la Tv Tower, dominera les rives du Huangpu. Ce projet baroque abritera le "musée provisoire des villes perdues et des cités englouties". Il y aura un restaurant dans le museau de l'animal. Y servira-t-on du chien, plat traditionnel en Chine?
    C
onçue pour l’exposition universelle de Shanghai de 2010, en Chine, c'est la première tour zoomorphe connue.
Projet de l'immeuble du "chien jaune perdu"
sur la rive du Huangpu à Shanghaï.
Dessin préparatoire
 

    Le projet a été exposé en décembre 2007 au pavillon de l'Arsenal, dans exo-architecture. Techniquement, la construction d'un bâtiment aussi atypique est un défi. «Une partie du poids de la structure se situe au niveau des pattes avant du chien. Les 8 niveaux seront soutenus par de grandes poutres en porte-à-faux sur une structure dorsale faite de deux grandes poutres métalliques encastrées en pied et portées sur deux colonnes de béton», explique François Scali 1. Des escalators conduiront les visiteurs de niveaux en niveaux. La peau du chien sera constituée d’une double épaisseur qui génèrera «une circulation d’air pulsé et rafraîchi par des échangeurs thermiques situés dans le fleuve" , climatisant le site.

    François Scali a réalisé le Génitron, l
'horloge de l'an 2000 devant le Centre Pompidou, le mobilier urbain de Singapour et l'aménagement du musée du Camouflage, à Londres.

Gigantesque, le chien jaune translucide d'une surface de 4.300 m2 diffusera «une douce lumière jaune» qui s'harmonisera avec le paysage très coloré des grattes-ciels de la métropole chinoise. La couleur jaune est très présente dans la culture traditionnelle chinoise.


Chien jaune perdu
sculpture d'Aurèle


Comme Yves Klein et son "International Klein Blue", Aurèle a déposé sa couleur, IAY ( international Aurèle Yellow). L'artiste s'intéresse aux chiens depuis 1986 lorsqu'il remarqua un avis de recherche pour Bob, un fox-terrier disparu. Il voit dans ce chien  « le symbole de l'abandon et de l'errance urbaine, la métaphore de l'homme moderne en quête d'argent et d'affection.»2
A partir de ce jour, Aurèle fera de nombreuses sculptures de chien. Une des dernières pèse une tonne. Fabriquée en Chine, acheminée par bateau, elle a été exposée au festival de Cannes.



Museau du chien jaune perdu abritant un restaurant.
Projet de François Scali et Aurèle

    Aurèle vit en Chine depuis quelques années, profitant du nouvel intérêt des riches Chinois pour l'art contemporain.

    Comme les
fourmis géantes de Pallas 21,  le chien jaune perdu de Shanghai gardera la cité. Il sera entouré de gratte-ciels tous plus extravagants les uns que les autres. Dans la Chine moderne tout semble possible et les gratte-ciels poussent chaque jour au rytme de l'économie, construits par des migrants travaillant dans des conditions très dures. Le projet de Scali et Aurèle a été accepté par les autorités, ne manquent que les fonds. Le chien jaune sera-t-il finalement construit?


Shanghaï, photo de Stuck in Customs


    Le pavillon de la France à l'
Exposition Universelle de Shanghaï sera construit par Jacques Ferrier, au bord du fleuve. Ce sera un bâtiment innovant, faisant appel aux avancées les plus récentes en matière de conception architecturale, de matériaux de construction et de respect de l’environnement. Le projet est conçu en collaboration avec le scénographe Ruedi Bauer et I'agence paysagiste Ter. L'édifice enserré dans une très fine résille de béton sera suspendu au dessus d'un bassin et entouré par un jardin à la francaise. 3

L'Exposition Universelle de Shanghaï se déroulera du 1er mai au 31 octobre 2010 sur le thème de Meilleure Ville, Meilleure Vie (Better City, Better Life). Avec 70 millions de visiteurs attendus, Shanghai espère battre le record de l’Exposition universelle d’Osaka qui avait accueilli 64 millions de visiteurs en 1970.


Autres photos de sculptures d'Aurèle

voir:
l'art rigolo


Catherine-Alice Palagret

1- in Batiactu
2- in Le Monde 2, juillet 2007
3- Next Libération


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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 13:16

Une résille argentée
enveloppe le ministère de la culture

    A quelques pas du Louvre, rue Saint-Honoré, l'immeuble enveloppé d'une résille d'acier se voit de loin. Sa couleur argentée tranche sur les façades classiques en pierre de taille ocres ou beiges qui l'entourent. Les entrelacs de métal découpés au laser s'harmonisent avec les toits de zinc et les nuages du ciel de Paris. C'est une touche baroque, presque art nouveau, opposée à la sévérité classique de la rue de Rivoli.


La résille d'acier inoxydable de Francis Soler
Au coin de la rue Saint-Honoré et
de la rue Croix des Petits Champs



    Après la pyramide du Louvre de Peï, les colonnes de Buren au Palais-Royal et le kiosque des noctambules de Jean-Michel Othoniel place Colette, Francis Soler apporte la modernité au coeur d'un quartier historique. L'immeuble regroupe les services du Ministère de la Culture et de la Communication jusqu'ici dispersés sur plusieurs sites différents à Paris.

La résille d'acier inoxydable de Francis Soler
rue Saint-Honoré

    Comme pour les sept lots du Fouquet's unifiés par Edouard François, les deux lots des Bons Enfants posaient un problème de cohérence. Le premier immeuble conçu par Georges Vaudoyer, en 1919, abritait les réserves du grand magasin du Louvre, le deuxième, une extension conçue par Olivier Lahalle en 1960, était occupé par le Ministère des finances qui, après son déménagement à Bercy, souhaitait vendre le bâtiment à un promoteur qui en aurait fait un hôtel.

La résille d'acier inoxydable de Francis Soler
enveloppe l'îlot des Bons Enfants
rue
Croix des Petits Champs

    Sur 5 000 mètres carrés, la mantille de ferronnerie unifie les différents lots. Son motif abstrait, d'après Francis Soler, vient  d'un tableau de la Renaissance italienne, de Giulio Romano du palais du Té à Mantoue. L'architecte a déformé les personnages par ordinateur jusqu'à obtenir des arabesques où ils se dissolvent. La fine dentelle d'acier voile et dévoile la façade dans un même mouvement. Légère et puissante, elle enserre le batîment du premier étage aux combles et l'ancre ainsi dans le sol parisien. De l'intérieur, la résille argentée ne gêne pas la vue mais crée des jeux de lumière suivant le ciel changeant de Paris. Elle permet de voir sans être vu, selon le principe des moucharabiehs arabes.

Détail de la résille d'acier inoxydable de Francis Soler

Francis Soler déclarait en février 2005:
    "Sur le territoire de l’ancienne section révolutionnaire du Palais Royal (mai 1790), à deux pas de la Comédie Française et du Palais du Louvre, s’élèvent les Bons Enfants, Ministère de la Culture et de la Communication. Tous les grands mouvements de révolution ont traversé ce quartier, y semant une odeur de poudre, mais aussi tous les mouvements de capitaux (la Bourse, la Banque de France, la Place Vendôme, la rue de la Paix). C’est un quartier riche et révolutionnaire, conservateur et moderne, idéal pour marquer la pierre par une intervention contemporaine. ...

La résille d'acier inoxydable de Francis Soler
enveloppe l'îlot des Bons-Enfants
vue de la rue du Pélican

    La tentation d’aller vers une simple restauration ou vers la protection des traces laissées sur site était grande. Au contraire, je choisissais de maintenir la coexistence des différentes strates existantes ... .
    La rue des Bons Enfants était étroite et sombre. Elle alignait cependant, de l’autre côté du trottoir, de beaux immeubles du dix septième siècle en pierres décrépies par le temps. J’y créai une brèche en abattant un bâtiment sans intérêt et le soleil entra de nouveau sur un jardin inventé de toutes pièces. ... La cour s’ouvre désormais sur la rue ... .

Ouverture du jardin rue des Bons Enfants

    Sur la périphérie, au droit des rues Saint Honoré, Montesquieu et Croix des Petits Champs qui constituent, à elles trois, la carapace poreuse et complète de l’îlot des Bons Enfants, la résille, toute en plaques d’acier inoxydable découpées au laser, enveloppe toutes les façades urbaines et péri métriques de l’opération. Elle est légère et envahissante, jamais encombrante. Et la lecture qu’on en a, se déplace sur des valeurs visibles, souvent contraires. Celles de la brillance et de la matité, celles de la finesse et de la profondeur, celles du ciselé et du contour flou, celles de la figuration et de l’abstraction. Elle est garde corps et œuvre confidentielle. Elle est cuirasse, armure ou cote de maille, s’attachant à protéger le ministère contre toute intrusion intempestive et contribuant, par sa proximité, à fabriquer ces espaces indescriptibles qui donnent le sentiment que lorsqu’on est dedans, on est, là, comme on est pas ailleurs. ...

La résille d'acier inoxydable de Francis Soler
enveloppe l'îlot des Bons-Enfants

au coin de la rue Saint-Honoré et de la rue des Bons Enfants

    Toute la lumière qui pénètre dans les bâtiments est découpée et dessinée par la résille de façade. Elle percute des sols en résine, dont la couleur noisette s’apparente à celle d’un sol sablonneux. La résine de superficie, transparente et uniforme, favorise les reflets et conduit la lumière très loin dans des couloirs recouverts, sur toute leur longueur, par un tapis bordé, couleur framboise."

Les Bons Enfants
Ministère de la Culture et de la Communication
Francis SOLER, avec Frédéric DRUOT (interior design) et Michel DESVIGNE (jardin)

Photos Palagret

Source:
Dossier de presse
http://www.soler.fr/SO_w-fr.html


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20 décembre 2007 4 20 /12 /décembre /2007 15:12

 

      Ici, dans le nouveau quartier Rive Gauche, comprenant les zones Tolbiac et Masséna, restaient de vieux bâtiments, des friches industrielles, quelques habitations décrépies et la tranchée des voies SNCF venant de la gare d'Austerlitz.

Tolbiac-avenue-de-France.jpgLa nouvelle avenue de France dans le XXIIIème arrondissement de Paris



"C'était un quartier à l'abandon, vraisemblablement voué au bulldozer. Demain des immeubles modernes, tout acier verre et béton, se dresseraient sur ces emplacements. Ca ne serait pas moins tocard. La mocheté n'aurait fait que changer de nature." Léo Mallet

    Comme Léo Mallet l'avait prévu, presque tout a été rasé pour faire place nette au nouveau pôle des affaires de l'est de Paris. Les voies de chemin de fer sont recouvertes et des immeubles sombres aux lignes austères, abritant des multinationales, s'alignent en une stricte ordonnance le long de l'avenue de France, conçue par Paul Andreux.

   Ce nouveau quartier ne donne pas envie d'y flâner. Tout est rationnel, planifié, organisé. Les employés, au sortir des bureaux, se pressent vers les autobus et le RER. Les spectateurs des cinémas MK2 et les chercheurs de la Très Grande Bibliothèque s'attardent un peu dans les cafés.


Tolbiac-sculpture--Kirili.jpg"hommage à Charlie Parker"
sculpture de Kirili


      Une sculpture de Kirili, installée sur une placette, introduit un peu de chaos. "Hommage à Charlie Parker" est une improvisation de jazz figée en un empilement de monolithes.

    Plus loin, l'université Diderot est installée dans les Grands moulins de Paris et la Halle aux farines réhabilités, deux témoins du passé industriel de Paris qui ont bien failli disparaître. Le quartier sera "le nouveau quartier latin de l'est parisien" selon les promoteurs. Les étudiants se méfieraient-ils de cet avenir radieux qu'on leur dessine? Ils ont couvert de slogans les panneaux de la Semapa, en charge des travaux.


Tolbiac-trop-tard.jpg

"Réveillez vous avant que ce soit trop tard."
"Regardez autour de vous."
Slogans sur une palissade de chantier face à l'Université Diderot.

 

 

    Le district Masséna Nord, dont une grande partie est encore éventrée par les bulldozeurs, est supervisé par Christian de Portzamparc.

"Dans le secteur Masséna Nord, Christian de Portzamparc expérimente, pour la première fois à une si grande échelle, le principe de l’îlot urbain ouvert qu’il défend depuis plusieurs années. Ce mode de composition urbaine vise à fusionner la qualité des vides resserrés de la ville traditionnelle et celle des objets isolés de la ville moderne.

 



Tolbiac-balcon-vert.jpgNouveaux immeubles de Paris Rive Gauche


 

Il en résulte des îlots dont les bâtiments, non mitoyens et tous de hauteur différente, n’occupent que 30 à 50 % des limites sur les rues, ce qui permet de ménager des transparences et des vues profondes vers l’intérieur des parcelles plantées. Il se crée ainsi, dans le cadre d’opérations planifiées, un environnement pittoresque qui rappelle les formes urbaines faubouriennes : une planification hétérogène, en quelque sorte." 1

 


 Tolbiac-Diderot--2395.jpgNouveaux immeubles de Paris Rive Gauche


    On peut s'attendre à des lignes plus fluides que sur l'avenue de France. On distingue déjà quelques touches de fantaisie dans les immeubles d'habitation. Des balcons de couleur translucide, des crépis colorés, des formes arrondies. Cette deuxième zone sera sans doute moins austère, avec des décrochements, des hauteurs variables et un grand jardin face à l'université.


Tolbiac-Diderot--2391.jpgNouvel immeuble brun et jaune rue Françoise Dolto

    Plus à l'est, près du Pont National, se trouve l'ancienne usine d'air comprimé (SUDAC). Construite par Victor Popp et Joseph Leclaire en 1891, c'est un bel exemple de l'architecture industrielle du dix-neuvième. La halle de briques rouges laisse voir sa stucture métallique à l'extérieur, libérant ainsi l'espace intérieur. Un principe qui sera utilisé quatre-vingt ans plus tard à Beauboug par Piano et Rogers. L'architecte Frédéric Borel a rénové cette halle et y a adjoint un bâtiment blanc de sept étages, posé sur pilotis. L'école d'architecture du Val-de-Seine s'y est établie au printemps 2007.

Tolbiac-usine-Sudac.jpgCroisillons métalliques de l'ancienne usine d'air comprimé SUDAC.
Abrite aujourd'hui l'école d'architecture du Val-de-Seine.

    Quant à la rue Watt que parcourait le détective Nestor Burma, héros de Léo Mallet, elle a perdu tout son mystère. Les structures métalliques ajourées ont disparu. Il ne reste qu'un banal passage souterrain en béton auquel même le dessin de Tardi ne pourrait donner le moindre charme. Un nouvel éclairage est prévu. Patience.


Palagret
architecture
décembre 2007


1- in "
projet de Christian de Portzamparc" présenté par www.paris.fr/


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1 septembre 2007 6 01 /09 /septembre /2007 16:08


L'art du faux II

 

    Non loin du trompe-l'oeil dégoulinant du 39 avenue Georges V, un autre trompe-l'oeil, permanent celui-là, se joue des codes haussmanniens. Il s'agit du nouvel hôtel Fouquet's Barrière, au coin de la rue Quentin Bauchard et de la rue Vernet, à deux pas des Champs Elysées.


  trompe-l-oeil-moul---trou---3.jpg  Façade de béton en moulé-troué d'Edouard François


    Pour relever le défi d'unifier sept immeubles hétérogènes (haussmanniens, Louis-Philippe et année 70), l'architecte Edouard François a inventé le «moulé-troué». A partir d'un relevé en 3D d'une façade haussmannienne, l’entreprise Novidis a moulé des panneaux en béton qui ont été ajustés sur les sept lots liant ainsi un ensemble disparate.  L'architecte a crée une cohérence visuelle en recréant le rythme du dix-neuviéme siècle: «Un bâtiment haussmannien, c'est quoi? s'amuse-t-il. Des têtes de lion, des anges, des corniches et une certaine hauteur d'étage. On n'a qu'à mouler le tout ! On moule, on coule, on coupe et on crée un décor de pierre sur les deux façades à combler, comme un nouvel épiderme, une anamorphose, avec un décalage d'échelles pour les moulures .... La façade se déroule comme un papier peint en trois dimensions” et les nouvelles fenêtres sont comme des tableaux accrochés au mur".


    trompe-l-oeil-moul---trou----moulures.jpg

  trompe-l-oeil-moul---trou----lion.jpg 

tête de lion, ornement haussmanien en béton moulé-troué


    Les étages des différents lots ne correspondant pas à l'apparence du nouveau bâtiment, les fenêtres haussmaniennes sont murées et Edouard François perce des baies nouvelles qui de l'extérieur ont l'air d'être posées un peu au hasard. On voit donc des fenêtres classiques “à la française” aveugles et des fenêtres modernes côte à côte ou superposées. Comme le disait Le Corbusier: “L'extérieur est le résultat de l'intérieur”. Le moulé-troué standardise les façades tout en proclamant leur hétérogénéité d'origine.



trompe-l-oeil-moul---trou----fenetre.jpgFenêtres traditionnelles murées et baies vitrées décalées sur la façade n moulé-troué du Fouquet's


    Le vocabulaire ornemental du dix-neuvième siècle (sculptures, moulures, linteaux en pierre, balustrades en fer forgé et portail en bois) est ironiquement reproduit en un seul matériau. Le béton, par sa brutalité, souligne la joliesse traditionnelle des éléments décoratifs et les interstices entre les plaques de béton ne font qu'accentuer le jeu entre la tradition et l'invention. Juxtaposer une porte d'aluminium et un portail en béton, copie d'une porte cochère en bois, crée un effet comique. L'ornement qui devrait cacher le matériau brut le révèle. C'est un pied de nez à l'architecture rationnaliste.


   trompe-l-oeil-moul---trou----beffroi.jpg

  trompe-l-oeil-moul---trou----portail.jpg   
Le beffroi post-moderne de Edouard François avec sa fausse porte cochère en béton


    La façade étroite de de la rue Vernet, sorte de beffroi post-moderne, se remarque peu le jour. La nuit une lumière mauve la met en valeur.
«La couleur grise, celle des toits parisiens, a été un choix difficile à faire passer, je voulais que la réplique haussmannienne tranche», dit l'architecte Edouard François. Pas de problème, elle tranche.
    La sévérité de l'ensemble est atténuée par le ciel changeant de Paris qui se reflète dans les vitres.


trompe-l-oeil-moul---trou----2.jpgDétail des ornements de la porte cochère en béton et métal


    On peut voir cette architecture ludique, permanente au contraire du trompe-l'oeil éphémère de l'avenue George V, au coin des rues Quentin Bauchard et Vernet. Dans un Paris que certains veulent muséifier, il est encore possible d'innover, même dans le triangle d'or des Champs Elysées.


A l'opposé de cette architecture ludique, voir l'architecture "sérieuse" de Paris Rive Gauche


voir: le trompe-l'oeil dégoulinant de l'avenue George V
       
le trompe-l'oeil du Printemps, boulevard Haussmann
       
le trompe-l'oeil chocolat de LCL, boulevard des Italiens
       
Ceci n'est pas un trompe-l'oeil: le nouveau musée Magritte à Bruxelles
       
Les trompe-l'oeil de la place Vendôme



    Catherine-Alice Palagret 
 Août 2007


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