16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 17:13

UNE OSCILLANTE LOCOMOTIVE A LOS ANGELES


    Toujours plus grand, toujours plus difficile, toujours plus amusant, tel est le nouveau projet de Jeff Koons. Après un chiot géant recouvert de fleurs fraîches et des diamants gros comme le Ritz, l'artiste contemporain, un des plus chers du monde, ne pouvait décevoir son public habitué à son extravagance. Il a donc sorti de son chapeau un drôle de lapin: une locomotive suspendue à une grue pour le Los Angeles County Museum of Art (LACMA).



Projet de Jeff Koons pour le LACMA: locomotive suspendue à une grue



    Reproduire une locomotive Baldwin de 1943 de vingt et un mètres de long est assez facile, la suspendre à une grue haute de 49 mètres est déjà plus délirant surtout si les roues doivent tourner à pleine vitesse et la cheminée siffler de la vapeur trois fois par jour!

    L'oeuvre est un véritable défi technique. Une étude de faisabilité est en cours chez Carlson & Compagny en Californie, un des plus important fabricant d'oeuvres monumentales. Peter Carlson déclare: « Le projet est sans précédent dans le monde de l'art. C'est à l'échelle des ouvrages d'art, comme la Tour Eiffel, comme les ponts. » Son associé Ed Suman ajoute: « ou comme un manège à Disney World."  (2)

    Carlson & Compagny ont déjà travaillé avec Jeff Koons sur l'effet miroir des chiens et des fleurs ballons bleu jaune ou magenta. L'aspect lisse et brillant comme une carrosserie de voiture est obtenu grâce à un procédé tenu secret qui intéresse d'autres artistes. “En travaillant à une telle échelle avec une telle perfection, Jeff a montré à tous ce qui était possible. » dit Mr. Carlson.

Balloon Flower (Fleur ballon) de Jeff Koons à Versailles


    Tous les problèmes techniques ne sont encore résolus. Qu'en sera-t-il du balancement de la locomotive par grand vent ou de la résistance aux secousses sismiques? Le coût prévisionnel de l'oeuvre n'a pas été dévoilé quant au coût final!

    Michael Govan, le directeur du musée, voit dans ce projet un monument, un repère aussi important que l'est la Tour Eiffel pour Paris! (1)
 
    La Tour Eiffel, construite pour l'exposition universelle de 1889, témoigne d'une époque optimiste qui croyait au progrès et au triomphe de la technique qui devaient aller de pair avec l'amélioration du genre humain. La tour de fer a été construite avant que deux guerres sanglantes et quelques génocides ne viennent ternir l'espoir d'un monde meilleur. Quel symbole voir dans une locomotive piquant du nez? Un train pris au piège se débattant désespérément pour échapper à l'emprise de son ravisseur, comme une jeune fille dans la main de King Kong? Un symbole de force impuissante! L'oeuvre fera parler d'elle et sera un monument pour L.A, qui en manque sérieusement, mais il est difficile d'y voir une affirmation d'optimisme.

    Selon Jeff Koons, "l'oeuvre sera assez authentique pour tromper un conducteur qui a travaillé sur un train toute sa vie". Roman Polanski disait dans un entretien, à l'époque du film Tess, que si vous vouliez faire exploser un train à l'écran vous n'aviez qu'à demander au producteur, et hop, vous aviez une  belle explosion. Il y trouvait un plaisir de gosse, amplifié par sa toute puissance de cinéaste. Il est sûr que Jeff Koons adore proposer des idées loufoques et voir les mécènes le suivre avec enthousiasme.



Le LACMA sur Whilshire boulevard à Los Angeles

        L'inauguration de l'installation est prévue en 2011. La grue et la locomotive, hautes de quarante-neuf mètres, domineront l'entrée du musée, au 5905 Wilshire boulevard, et seront visibles de presque partout à Los Angeles.

   Ironiquement le train surplombera les autoroutes qui ont conduit au démantèlement du réseau ferré. Triomphants, les constructeurs de voitures et les pétroliers ne peuvent que se réjouir de voir le train réduit à un jouet monstrueux. Même si le pétrole est de plus en plus cher, il n'y a pas de réflexions sérieuses sur de nouvelles lignes ferroviaires aux États-Unis.

    Le nouveau jouet de Jeff Koons plaira aux passants, au risque qu'ils confondent le musée avec une attraction de Disneyland.



"straw locomotive" de George Wyllie, 1987


   Jeff Koons n'est pas le premier à suspendre une locomotive à une grue. En 1987, George Willie, un sculpteur écossais construisit "straw locomotive", une locomotive grandeur nature en paille. Elle fut suspendue à une grue aux docks de Finnieston pendant le Glasgow Garden Festival. L'oeuvre fut ensuite brûlée  lors d'une cérémonie, révélant dans son cadre métallique un point d'interrogation. C'était une oeuvre fragile et éphémère.


Partager cet article

Repost0
16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 12:21

VISITEZ L'ATELIER DE JEFF KOONS
POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS




    Si vous désiriez visiter l'atelier de Jeff Koons, il vous en aurait coûté quelques milliers de dollars. La visite mise aux enchères par Charitybuzz.com comprenait une visite privée et un déjeuner, pour quatre personnes, avec l'artiste lui-même. Le 5 mars la dernière enchère était de $3,250.


Jeff Koons sur le toit du Cantor Roof Garden à New-York
Photo:
Peter Duhon


    L'atelier de l'artiste néo-pop est situé à New-York au 600 Broadway. C'est là que Jeff Koons et ses nombreux assistants travaillent dans ce qui pourrait être un atelier de jouets pour géant. Le maître reconnaît lui-même ne pas fabriquer lui-même ses oeuvres; il touche rarement à un pinceau ou un ciseau. Dans un entretien avec Klaus Ottmann (1), Jeff Koons déclarait:
- Basiquement je suis un homme d'idée,
je ne m'implique pas physiquement dans la production. Je n'ai pas l'habilité nécessaire aussi je m'adresse aux meilleurs.

    Il conçoit les projets et contrôle tout, du croquis préparatoire à la maquette jusqu'à la réalisation finale. Ses quatre-vingt assistants font tout le travail manuel, se servant de techniques traditionnelles ou de 3D sur ordinateur. Jeff Koons se voit comme les peintres de la Renaissance qui avaient des apprentis à leur service. Mais Leonard de Vinci ou Michel-Ange peignaient aussi eux-
mêmes et nombre de leurs apprentis sont devenus de grands artistes.

    Sur catalogue le client peut choisir une oeuvre de Jeff Koons parmi les sculptures existantes ou les projets. Les pièces les plus monumentales sont préparées dans des ateliers en dehors de la ville. Certaines oeuvres existent en cinq ou six exemplaires de différentes couleurs.


Le puppy fleuri de Jeff Koons devant le Guggenheim à Bilbao
Photo:
Turkinator

    L'heureux finaliste des enc
hères et ses amis verront-ils la maquette d'une locomotive Baldwin de 1943? Suspendue à une grue, les roues tournant dans le vide et lâchant la vapeur en sifflant, ce projet spectaculaire est destiné au parvis du Los Angeles County Museum of Art (MOCMA). Ils verront sans doute la maquette de la chenille gonflable enjambée par une échelle d'aluminium. Ils verront peut-être aussi ce que Jeff Koons prépare pour Versailles à l'automne 2008!

    Jeff Koons est l'artiste contemporain le plus cher au monde. C'est une star des salles de vente. Son monumental “Hanging Heart” a atteint $23.5 million chez Sotheby’s, et son “Blue Diamond” $11.8 million chez Christie’s en mai 2008.
Selon le New-York Times du 4 avril 2008, un exemplaire de Rabbit, le lapin d'acier brillant de Jeff Koons a été vendu encore plus cher.


Les oeuvres de Jeff Koons, lisses aux couleurs de bonbons acidulés, issues de l'imagerie populaire et enfantine, plaisent autant au public qu'aux collectionneurs. Elles ne plaisent pas à tous les critiques.
 

    En 2006, un riche homme d'affaire lui a commandé un gâteau de mariage pour sa fille. Jeff Koons l'a dessiné en forme de coeur recouvert de glaçage blanc avec sur le dessus un cygne rose (la mariée) et un lapin bleu (le marié) fait de ballons pincés, comme le puppy de Venise. L'artiste a envoyé le croquis et l'armature au pâtissier. C'est la première sculpture à manger du plasticien!


Tulipes de Jeff Koons sur le toit du Guggenheim de Bilbao
Photo: Bocadorada


    Charity Buzz
est une entreprise américaine qui lève des fonds caritatifs en proposant aux donateurs de passer une journée avec une célébrité. Vous pouvez ainsi choisir sur catalogue Jerry Seinfeld, Alec Baldwin sur le plateau de la série 30 rock, Glenn Close tournant Damages, ou Tony Shalhoub dans Monk.


1- Journal of Contemporary Art


voir:
le lapin de Jeff Koons à la parade Macy's de Thanksgiving à New-york.
        Jeff Koons à Versailles à l'automne 2008
       la locomotive suspendue, nouveau projet de Jeff Koons pour Los Angeles
      
Une fleur ballon aux enchères à Londres chez Christie's


Catherine-Alice Palagret


Partager cet article

Repost0
15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 00:27


Pinocchio, une marionnette qui voulait devenir
un vrai petit garçon



    Alors que la galerie Daniel Templon fête ses quarante ans, Jim Dine y expose ses Pinocchio, de grands pantins figés dans leur gesticulation. Sculpté grossièrement et barbouillé de peinture, le petit personnage n'a pas les rondeurs rassurantes du dessin animé de Disney. Il est plus proche du travail de Geppetto, lui aussi un artiste qui donne vie à ses visions.

Plusieurs Pinocchio sculptés par Jim Dine
à la galerie Daniel Templon


    Plus tout à fait marionnette mais pas encore enfant de chair, Pinocchio est dans un état intermédiaire comme le morceau de bois sous le ciseau du sculpteur. Pinocchio veut désespérément devenir un vrai petit garçon mais il dépend de son créateur.

Pinocchio aux bras croisés, sculpté par Jim Dine
Hunter’s Moon, 2007. Bois vernis. 234 x 71 x 71 cm


     Les sculptures de bois peint sont grandes, environ 1,90 mètre avec le socle. Cheveux noirs, habillé d'une courte salopette et d'une chemise à manches courtes, chaussé de lourdes chaussures noires, les mains gantées, les quinze Pinocchio exposés ont des attitudes différentes et des couleurs variables. Quatre visages côte à côte projettent l'ombre de leur long nez sur le mur. La créature de Collodi est un menteur et son nez le trahit.
 

Pinocchio, 4 Faces Cut into a Log, 2007.
Bois peint et vernis. 79 cm x 234 cm x 51 cm


    Dans la galerie Templon, l'oeuvre la plus frappante représente Pinocchio entouré d'un renard et d'un chat en bois brûlé: l'enfant innocent mais faible tenté par deux voleurs. C'est la seule sculpture qui illustre directement un chapitre du livre: le renard et le chat volent à l'enfant des pièces d'or qu'il rapporte à son père Geppetto. Plus loin, Pinocchio est mis en scène accroché à un portique métallique, tenant une scie ou sur un tripode. D'autres oeuvres exposées à New-York le montraient monté sur une table ou contemplant une table couverte d'outils (the philosopher).
    Dans la piéce adjacente, sont exposées des gravures colorées retraçant les épreuves du pantin.

Pinocchio entouré du renard et du chat
Two Thieves, One Liar, 2006. Bois peint. 190 x 231 x 121 cm
sculptures de Jim Dine


    L'intérêt, ou l'obsession, de Jim Dine pour la marionnette n'est pas récent. Il a réalisé 39 lithographies colorées à la main, reproduites dans un livre publié chez Steidl en 2006: les aventures de Pinocchio par Carlo Collodi.


Lithographie de Jim Dine pour Pinocchio
   Dans la préface du livre illustré Jim Dine écrit:
" Grâce à Carlo Collodi, le vrai créateur de Pinocchio, j'ai pu pendant de longues années vivre à travers le garçon de bois. Sa puissance métaphorique a enrichi mes dessins, peintures et sculptures. "

 
     Jim Dine pense à Pinocchio depuis l'âge de six ans quand il a vu le dessin annimé de Walt Disney. « Soixante-quatre ans est un temps assez long pour connaître quelqu'un mais sa profondeur et ses secrets sont sans fin. Ce livre est pour le garçon. »

Pinocchio sculptés par Jim Dine à la galerie Daniel Templon
You Work Hard All Summer...etc., 2006.
Bois vernis, scie, et échaffaudage en métal .
292 x 213 x 155 cm


    En 1878 Carlo Collodi publie en feuilleton dans  "Giornale per i bambini" "Le avventure de Pinocchio. Storia di un burattino". Le livre parait plus tard illustré par Ferdinando Martini. L'histoire de Geppetto qui sculpte une marionnette et rêve de la voir s'animer rencontre un succès immédiat. Pinocchio le jouet de bois devient humain à travers des épreuves terribles et angoissantes. Indiscipliné et menteur, Pinocchio attire les catastrophes: son nez s'allonge dès qu'il ment, il est dévalisé, enchaîné comme un chien, transformé en âne avec de grandes oreilles, un monstre marin l'avale! Sa vanité et sa crédulité en font une victime rêvée mais il triomphera des méchants et deviendra un bon petit garçon.

He tells a lie - Il dit un mensonge
Lithographie de Jim Dine pour Pinocchio

 
    Fils de charpentier, comme le Christ, Pinocchio connaîtra le désespoir et la rédemption mais, Christ inversé, Pinocchio ne fait pas le bien. La fin trop moralisatrice du livre n'enlève rien à l'inventivité du récit. L'histoire destinée aux enfants peut être traumatisante car elle décrit un univers sombre où règne le mal.

Deux Pinocchio sculptés par Jim Dine à la galerie Daniel Templon

 
  En mai 2008, Jim Dine a inauguré une statue géante de Pinocchio à Boras, une petite ville suédoise.

Inauguration de "Walking to Boras"



    Jim Dine est né en 1935 aux Etats-Unis à Cincinnati dans l'Ohio. Il étudie les Beaux-arts puis se rend à New-York, à une époque où la scène artistique est en pleine ébullition. Il y rencontre, entre autres, Roy Lichtenstein, Robert Rauschenberg et Claes Oldenburg. Pionnier du happening et du pop art, il utilise tous les médias: la peinture, le dessin, la sculpture, la lithographie et la photo. Il est un des plus célèbres artistes américains contemporains. Les coeurs et les robes de chambre sont des motifs récurrents dans son oeuvre.

Göttingen songs, coeur de Jim Dine
Liens:
Jim Dine: Pinocchio statufié à Borat en Suède
Jim Dine, Göttingen Songs, cinq coeurs à la galerie Daniel Templon 2009
Quand les mannequins s'animent, Carte noire, Royal de Luxe et David Lynch



“Jim Dine”, galerie Daniel Templon
30, rue Beaubourg, 75003 Paris.
Du 12 avril au 28 mai 2008.
Tel : 33 (0) 1 42 72 14 10


 
Sculptures de Jim Dine exposées à la galerie Daniel Templon:
*   Two Boys Looking, 2006. Bois peint. 200 x 147 x 76 cm
*   Pinocchio Needs Attention, 2006. Bois peint. 294 x 154 x 73 cm
*   Two Thieves, One Liar, 2006. Bois peint. 190 x 231 x 121 cm
*   Pink Wash, 2006. Bois peint et vernis. 226 x 76 x 84 cm
*   Angel Face, 2007. Fusain sur bois vernis. 79 cm x 76 cm x 39 cm
*   2 Guys on Polished Steel, 2007. Bois vernis, métal. 216 cm x 170 cm x 89 cm
*   The Lavander Shirt, 2008. Bois vernis. 223 x 72 x 74 cm
*   Pinocchio (The night sky), 2007. Bois vernis. 196 x 61 x 63 cm
*   The Grey One, 2008. Bois vernis. 189 x 160 x 56 cm
*   4 Faces Cut into a Log, 2007. Bois peint et vernis. 79 x 234 cm x 51 cm
*   Living with Black Walnut, 2007. Fusain sur bois vernis. 184 x 102 x 80 cm
*   Stain on his body, Paint on his Face, 2008. Bois vernis. 201 x 74 x 41 cm
You Work Hard All Summer, 2006. Bois vernis, scie, et échaffaudage en métal. 292 x 213 x 155 cm
*   Hunter’s Moon, 2007. Bois vernis. 234 x 71 x 71 cm
*   On the Pylon, 2008. Bois vernis sur base métallique. 264 x 122 x 137 cm
*   Guy with big left arm, 2008. Bois vernis. 203 x 46 x 6


lire:
l'interview de Daniel Templon.

 www.danieltemplon.com

Catherine-Alice Palagret

art contemporain
mai 2008

Partager cet article

Repost0
9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 00:17

 


UN MONSTRE DANS LES JARDINS
DE LE NOTRE


    « Maman » l'araignée géante, oeuvre emblématique de Louise Bourgeois, est actuellement dans le jardin des Tuileries entourée de ...
 
 
 
 
 
Maman (1999), araignée géante de Louise Bourgeois
aux Tuileries

Collection particulière Cheim & Read, New-York
 
 
 
 
Louise Bourgeois. Une rétrospective.
Exposition au Centre Pompidou.
Jusqu'au 2 juin 2008.
Tous les jours sauf mardi et le 1er mai.
De 11h à 21h.


Maman, araignée géante aux Tuileries.
Heures d'ouverture des jardins.


 

Partager cet article

Repost0
23 janvier 2008 3 23 /01 /janvier /2008 00:49

Daniel Buren à la galerie Kamel Mennour


undefined
Oeuvre de Daniel Buren: Dx carrés de couleur et deux rayés


    Comme Jean-Pierre Raynaud qui voit son cube de céramique blanche détruit la semaine où il propose une nouvelle exposition, Daniel Buren, peu après son cri d'alarme sur l'état lamentable des "deux plateaux" (les colonnes rayées noires et blanches du Palais Royal), présente ses dernières installations à la nouvelle galerie de Kamel Mennour, rue Saint-André des arts à Paris. Après les Anneaux à la Biennale de l'estuaire à Nantes et l'arche du pont de Bilbao, Daniel Buren continue son travail in situ, cette fois à l'abri des murs d'une galerie.


C'ETAIT, C'EST, CE SERA, Travaux situés in situ


undefinedOeuvre de Daniel Buren: Une vitre jaune et une vitre bleue encadrées de rayures blanches et noires. Vue à travers.


undefinedOeuvre de Daniel Buren: Une vitre jaune et une vitre bleue encadrées de rayures blanches et noires


In situ, les transparences, les ombres et les reflets des néons font vivre les installations quand on se déplace.
Petite précision: l'échelle ne fait pas partie des travaux "situé in situ".
Daniel Buren et Jean-Pierre Raynaud utilisent tous deux des couleurs franches et des formes simples. L'un fait des carrés, l'autre des ronds.



Communiqué de presse:


Habitué à concevoir des projets pour de nouveaux lieux, c'est néanmoins la première fois que Daniel Buren se retrouve à construire pour un espace qui est lui-même en construction. D'où une appréhension qui s'est faite d'après les plans et surtout grâce à une anticipation nourrie d'expérience: “l'espace du lieu me donne certaines routes, certaines visions. Ici, j'ai eu la sensation que ce qui pourrait exister par la suite dans un autre lieu resterait en partie attaché à ce lieu-ci. C'est, ce sera.“ (1)

En effet, quand on pense au travail de Daniel Buren, c'est avant tout l'indiscociabilité entre l'oeuvre et l'espace qui s'impose. Reconnaissable entre tous par ses rayures verticales dont la largeur est invariablement de 8,7 cm, Daniel Buren s'est singularisé dès la fin de 1967 en créant la notion d'oeuvre in situ: “un travail prenant en considération le lieu dans lequel il se se montre/s'expose [qui] ne pourra être transporté autre part et [qui] devra disparaître à la fin de l'exposition.“(2)  Par exemple, Les Deux Plateaux dans la cour d'honneur du Palais Royal à Paris (1986). ...


undefinedOeuvre de Daniel Buren: Un carré jaune devant la fenêtre


Pour son exposition au 47, rue Saint-André des Arts, Buren formule pour la première fois la notion d'oeuvre située in situ .... Ainsi, explique-t-il, “on peut imaginer que tous les éléments qui se trouvent dans cette exposition pourraient se trouver ailleurs mais tronqués, agrandis... avec des éléments en plus et en moins“. (4) En effet, ces travaux sont “situés“ car ils répondent à une règle (leur définition est relative à l'espace) mais ils sont également in situ: ils se modulent pour s'adapter au nouveau lieu, et pour ceci - grande première - des éléments peuvent être soit ajoutés soit retranchés... à condition bien sûr de conserver l'identité de l'oeuvre. Ainsi, “elle  peut changer de façon drastique à cause du nouveau lieu d'accueil“, ce qui fait rupture avec les “cabanes éclatées“ dont le nombre d'éléments est absolument invariant. L'intervention dans la première salle de la galerie combine, à ce propos, des éléments in situ qui seront détruits à la fin de l'exposition (les adhésifs directement collés sur les murs), des parties qui peuvent être transportées, multiples et disposées d'une autre façon (les caissons de bois) et d'autres éléments qui devront être refaits comme celui qui s'adapte à la banquette d'accueil de la galerie et qui fait partie de la salle pour le temps de l'exposition.


Avec la notion d'oeuvre “située in situ“, le titre de l'exposition (C'était, c'est, ce sera) prend tout son sens. “C'était“ renvoie à la pensée de Buren, pour qui “les expositions sont des suites de travaux précédents“ (5).
...
 “C'est“ renvoie à  l'exposition telle qu'elle se donne présentement à voir tandis que le “Ce sera“ contient en germe d'autres propositions visuelles que pourrait générer l'oeuvre dans des contextes différents, si elle trouve toutefois un nouveau lieu d'accueil.
Ainsi, on peut penser qu'une pièce pourrait être refaite sans la présence de l'artiste, mais seulement en suivant le programme inscrit au coeur de celle-ci. On mesure donc le parcours accompli depuis la notion d'in situ.

 En effet, dans un nouveau contexte, l'oeuvre “située in situ“ fera mentir la formule de Verlaine. Elle ne sera pas “Ni tout à fait la même/Ni tout à fait une autre“ (6) mais comme Daniel Buren l'affirme, “la pièce sera donc la même et complètement une autre“.

Marie-Cécile Burnichon, novembre 2007

(1), (4), (5)  Entretien avec l'artiste le 3 novembre 2007
(2) Daniel Buren, in “catalogue raisonné thématique volume 2, cabanes éclatées 1975-2000 - “Notes sur le travail en rapport aux lieux où il s'inscrit, prises entre 1967 et 1975 et dont certaines sont spécialement récapitulées ici“. Studio international, 190, printemps 1975
(6) Mon rêve familier, Verlaine, Poèmes saturniens, 1866



undefined




Exposition du 6 novembre 2007 au 19 janvier 2008.

Galerie Kamel Mennour, 47 rue Saint-André des Arts - 75006 Paris.
Tél.: 01 56 24 03 63.

Ouverture du mardi au samedi de 11h à 19h.








L'ancien hôtel particulier du 47 rue Saint-André des Arts. Au fond de la cour, la galerie Kamel Mennour


La galerie est installée dans un ancien hôtel particulier du XVII èmé siècle. Aménagée par Aldric Beckmann et Françoise N'Thépé, elle offre 300 m2 d'exposition.

Au rez-de-chaussée, un bel espace lumineux investi par les plasticiens les plus connus de la scène contemporaine, au sous-sol, la cave voutée appelée  le "tube" est un espace expérimental. Kamel Mennour y voit une « tête de pont entre l'art contemporain et d'autres formes artistiques ».

Damien Odoul, dont c'est  la première exposition personnelle y présente "Virtual fight et lymphatique".


Liens: Dan Flavin, un minimaliste américain qui travaille aussi in situ




Photos Catherine-Alice Palagret


Partager cet article

Repost0
20 janvier 2008 7 20 /01 /janvier /2008 23:02

Vana Xenou: arrivée-passage au Palais Royal


Régulièrement depuis 1998, l'association "les Jardins du Palais Royal" propose des expositions de sculpture contemporaine. Après Jacques Lipchitz, Magdalena Abakanowicz et Beverly Pepper en 1999, l'exposition collective "l'homme qui marche" en 2000, Arnaldo Pomodoro en 2002, Philolaos en 2005, Gottfried Honegger en 2006, Shim Moon Seup en 2007 c'est au tour d'une artiste grecque d'occuper les jardins.


undefinedArrivée
26 sculptures de bronze
une table de tôle noire, deux murs de tôle noire


ΕΛΕΥΣΙΣ-ΠΕΡΑΣΜΑ

undefinedArrivée
détail des visages



undefinedSurgissement
sculpture de bronze entourée d'un tas de minerai



Dossier de presse:


C'est dans son univers habité par la mythologie grecque que nous convie Vana Xenou. Au travers de 13 sculptures  - posées  comme présences actives dans l'espace  poétique et philosophique constitué par le lieu même du Palais Royal –  la sculptrice nous donne à voir le sacré.


undefinedGaïa Terre-mère
sculpture de bronze et fragment de métal


Pour concéder un éclairage pédagogique à cette riche exposition,  les éléments fondateurs  de son œuvre : matériaux d’une recherche théorique, dessins et manuscrits sont exposés dans les vitrines du péristyle et de la galerie de Valois.

undefinedLe puits de Kallichoron
Cinq sculpture de bronze



Née à Athènes en 1949, Vana Xenou est considérée comme l’une des
artistes grecques les plus importantes de sa génération. Elle a fait ses études à l’École supérieure des beaux-arts d’Athènes, puis de 1973 à 1974 à l’École supérieure des arts décoratifs de Paris et de 1973 à 1978 à l’Écolenationale supérieure des Beaux-arts de Paris. Elle est professeur à l’École nationale polytechnique d’Athènes, section Arts plastiques.


undefinedAxis, installation contenant: une sculpture de fer de 9 mètres, des branchages, des plaques de tôle noire


L'exposition du Palais Royal est en accès libre
du 17 octobre au 25 décembre 2007, suivant les horaires du jardin : 9 h à 19 h.

Cette exposition, dont le commissariat est assuré par Solange Auzias de Turenne, bénéficie du soutien du ministère de la Culture et de la Communication, de l'association « Sculptures au Palais Royal ». Elle profite également de la participation du ministère de la Culture grec et de l'Ambassade de Grèce en France.


Autres oeuvres au Palais Royal: les colonnes de Buren
                                                    la fontaine de Pol Bury


Photos: Catherine-Alice Palagret


Partager cet article

Repost0
18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 01:44


    Pendant que les marteaux-piqueurs pulvérisaient ses carreaux blancs dans le hall de Peugeot Neubauer, Jean-Pierre Raynaud préparait sa nouvelle exposition.


undefineddétail de l'affiche de "Raynaud peinture"



Une oeuvre est détruite, une autre naît à la galerie Patrice Trigano sous le titre: “Raynaud peinture”.


undefined  
undefinedRaynaud peinture


     

    Après les pots monochromes géants, les carrelages blancs, Raynaud avec son travail sur les drapeaux a commencé des séries plus colorées. A l'Arsenal de Metz en 2007, il exposait "Objet drapeau" une installation de petits drapeaux de tous les pays tendus sur un chassis. Il y posait cinq ou six petits canards en plastiques aux couleurs acidulées rose, rouge, bleu, vert et jaune qui contrastaient ou se mêlaient aux couleurs franches des emblèmes nationaux.

Canard-Raynaud.jpg Drapeaux et canards en plastique, Jean-Pierre Raynaud
 

« L’enjeu ici c’est la rencontre d’un drapeau objet universel avec un jouet d’enfant autre objet universel » disait Raynaud.

Le contraste entre le drapeau, symbole violent du nationalisme, et d'un jouet de bain associé à l'imaginaire enfantin crée une curieuse impression de dé-réalité. 1

    L'exposition "Raynaud peinture" tourne le dos à l'anecdotique et se recentre sur la couleur pure. Le titre montre bien qu'il s'agit de Raynaud et de rien d'autre. Les pièces exposées sont constituées de pots de peinture d'un kilo, tels qu'on en trouve dans le commerce. Plus besoin d'ouvrir le pot, plus besoin de pinceau!  Accrochés au mur de la galerie comme des tableaux, on est frappé par les ronds de couleurs franches des couvercles qui rythment la composition. Les pots sont blancs, débarrassés de leur étiquette. Sur un présentoir, cinquante pots s'empilent surmontés du mot “Raynaud” qui devient ainsi la marque de la peinture. Au sol, une composition de pots intitulée "hommage à Mondrian". Ces oeuvres sont modulables; les pots de peinture peuvent permuter de même que les carrés lumineux de Buren de la galerie Kamel Mennour pourraient s'exposer selon un motif différent.

       A Beaubourg, dans "container zéro" un cube d'acier, doublé de céramique blanche, Jean-Pierre Raynaud avait déjà utilisé des pots de peinture blancs fermé par un couvercle de couleur. En 2008 les pots reviennent sortis de leur écrin carrelé.

Jean-Pierre Raynaud déclare;
“Chez moi il n'y a pas de style, il n'y a qu'une méthode. La méthode Raynaud, c'est prendre le risque de se trouver avec moins que moins. Aujourd'hui avec le projet peinture, j'ai l'audace de penser que je fais quelque chose d'important. le mot peinture est une oeuvre en soi, je le revendique en tant qu'oeuvre. Ici l'idée de peinture m'apparait plus forte que la peinture elle-même. Je passe avant que celle-ci ne devienne de l'art, avant qu'elle ne devienne un chef-d'oeuvre. Je dépasse la peinture! Pour moi la peinture c'était un fantasme, c'était aussi la noblesse de l'Art. Je pose la peinture avant la peinture, c'est une fraîcheur du regard que j'ai, je peux oser faire cela (.. .) Matisse l'a fait avec des ciseaux, Pollock avec un bâton, Klein avec un rouleau, Jean-Pierre Raynaud fait de la peinture avec des pots'.

 


Galerie PATRICE TRIGANO
4, bis rue des Beaux-Arts 75006 PARIS
Tél: 01 46 34 15 01
Du 15 janvier au 15 mars 2008



Liens sur ce blog:

 
Le monumental pot doré de Jean-Pierre Raynaud à Beaubourg

 

Nuit Blanche 2009: le pot doré de Jean-Pierre Raynaud s'est envolé


Le cube de Jean-Pierre Raynaud détruit au marteau-piqueur

 

Beaubourg: Jean-Pierre Raynaud, container zero, écrin stérile

 

Jean-Pierre Raynaud, Chine, pot-sculpture à Art Paris

Palagret
janvier 2008

 

1- Le canard en plastique, jouet de bain pour les petits, inspire les artistes contemporains tels Florentijn Hofman à la «biennale d'art contemporain de Nantes à Saint-Nazaire" ou Patrick Gofre et Marga Houtman à la recherche des petits canards jaunes disparus dans l'océan.

 


Partager cet article

Repost0
16 janvier 2008 3 16 /01 /janvier /2008 19:34


Une oeuvre d'art réduite en morceaux 


    Aujourd'hui, mercredi  16 janvier 2008,  une installation de Jean-Pierre Raynaud  a été détruite au  marteau-piqueur pour laisser place à des travaux d'aménagement au siège de Peugeot Neubauer, 11 boulevard Gouvion Saint-Cyr à Paris. Il ne s'agissait pas d'une performance artistique mais bien de l'anéantissement programmé d'une oeuvre d'art pour raisons économiques.

Photos de la destruction

     Pris dans le mur du hall d'entrée, le cube de béton de 3 mètres sur 3, était recouvert de carreaux de céramique blanche. Ces carreaux blancs de 15 centimètres sur 15 sont le motif de prédilection de l'artiste comme les rayures noires et blanches le sont pour Buren. Le cube servait de reliquaire à une fresque gréco-romaine. Tout a été détruit, l'oeuvre contemporaine de 1986 et l'oeuvre antique, Neubauer le propriétaire et le plasticien n'ayant pas réussi à s'entendre.


undefinedContainer zéro (1988), un cube de Jean-Pierre Raynaud au centre Pompidou à Paris


    Jean-Pierre Raynaud acceptait que son oeuvre soit déplacée mais par ses propres techniciens, ce qui aurait coûté plus que le prix de l'installation, estimée à cent mille euros. Neubauer a alors décidé de détruire l'oeuvre. L'artiste a donné son accord au dernier moment.

     La démolition s'est faite sous contrôle d'huissier. Que deviendront les débris? Seront-ils broyés, réduits en poussière? Les débris du mur de Berlin ou les pièces remplacées de la Tour Eiffel, qui ne sont pas à l'origine des oeuvres d'art, sont très recherchés. Les morceaux de céramique, seuls témoins d'une oeuvre disparue, pourraient se vendre très cher mais serait-ce légal?


    Jean-Pierre Raynaud est connu pour ses pots (blanc rouges ou doré), ses psycho-objets et ses cubes en céramique blanche dont l'un, Container Zéro, est exposé à Beaubourg.


undefinedLe pot doré de Jean-Pierre Raynaud sur le parvis de Beaubourg à Paris


     Il y a quelques années une oeuvre monumentale de Dubuffet avait échappée de peu à la destruction. Alors que Buren menace de détruire ses colonnes au Palais-Royal parce qu'elles sont mal entretenues, Raynaud voit son travail réduit à des gravats que piétinent les ouvriers. L'oeuvre, aujourd'hui en ruine, était installée dans un lieu privé et peu la connaissait.



Le marteau-piqueur en action.




    Construit autour d'une pièce archéologique, le cube rejoint les oeuvres détruites au cours de l'histoire par les vandales, les iconoclastes, les récupérateurs de matériaux ou simplement le temps. Des archéologues du futur redécouvriront peut-être un jour des débris de céramique blanche. Seront-ils capable de faire la différence entre une oeuvre d'art et un simple carrelage? Ils étudieront la forme des cassures et comprendront qu'une puissante machine a infligé ces blessures. Ils y reconnaîtront  une volonté de destruction. Et que déduiront-ils des tesselles gréco-romaines mêlées aux décombres du XXIème siècle?

    Pendant que les marteaux-piqueurs pulvérisaient ses carreaux blancs dans le hall de Peugeot Neubauer, Jean-Pierre Raynaud préparait sa nouvelle exposition "Raynaud peinture" dans la galerie Patrice Trigano, à Paris.

Catherine-Alice Palagret
janvier 2008

Partager cet article

Repost0
10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 20:55
 
De Félix le Chat (1927) au Lapin de Jeff Koons (2007)



    Depuis 1924, le quatrième jeudi de novembre, les grands magasins Macy's organisent la Parade de Thanksgiving à New-York. Les premières parades montraient des animaux vivants empruntés au zoo. Le premier ballon fut Felix le Chat en 1927, un personnage très populaire crée par Pat Sullivan et Otto Messmer.

Le ballon de Felix le Chat, ici dans une parade au Canada.
       
Rabbit, le gigantesque lapin gonflé à l'hélium, de Jeff Koons
à la parade de Macy's


     La chaine NBC retransmet la parade dans tout le pays depuis quarante ans.
Dès neuf heures du matin jusqu'à midi, deux millions et demi de spectateurs se massent le long de Broadway  et de la 34 ème rue pour admirer le  célèbre défilé de fanfares, de ballons géants et de chars représentant des personnages issus de la culture populaire enfantine.





undefined
Kermit la grenouille salue la foule


    undefined
          suivie de Hello Kitty

   
    Cette année la 81ème parade de Thanksgiving day présentait à côté de Kermit, Kitty et  Mr Patate, un nouveau ballon un peu inhabituel: « Rabbit » réalisé d'après une sculpture de Jeff Koons, un des artistes contemporains les plus chers du monde.

    Gonflé à l'hélium, mesurant 16 mètres sur 8, le gigantesque lapin a survolé les têtes des enfants étonnés qui ne reconnaissaient pas une de leurs idoles. Jusqu'ici les ballons ont toujours été des personnages familiers très populaires de l'imaginaire enfantin: leur apparition suscitent des cris d'enthousiasme. La parade repose sur la reconnaissance et la complicité et le lapin volant est encore un inconnu, presqu'un intrus, une énigme pour les petits.

- C'est qui, Man, c'est qui?
- Je ne sais pas, mon coeur, c'est un beau lapin argenté tout brillant. Il est nouveau.
- C'est qui Pa? C'est qui dis?
- Je ne sais pas. Un nouveau dessin animé qui va sortir peut-être. Regarde plutôt Snoopy là-bas.


    Prêt à s'envoler vers le ciel, chaque ballon est solidement tenu en laisse par quatre-vingt participants bénévoles. Comme Dora, Pikachu et Shrek prisonniers du désir enfantin, le lapin anonyme a dignement descendu Broadway et la 34ème rue avant de s'arrêter devant les grands magasins Macy's.

  undefined   
Shrek retenu au sol par des filins.


    Rabbit a suscité beaucoup moins d'enthousiasme que Pikachu, le Pokémon jaune à taches rouges ou que l'Ogre géant au visage vert.  Il y a plus de six milles photos de la parade sur Flickr et moins d'une cinquantaine de Rabbit, le lapin inconnu. Non identifié, il a peu intéréssé les photographes amateurs. De même sur Daily Motion sa présence est rare. Pourtant sa combinaison argentée de cosmonaute, d'une grande simplicité, tranchait au milieu des couleurs vives et des ornements des autres personnages-ballons. Les gratte-ciels se reflètaient sur son enveloppe polie comme un miroir. L'année prochaine, il aura plus de succès. La presse en aura parlé, il sera reconnu et attendu. Tel un scintillant chevalier blanc, il veillera sur la foule armé d'une carotte.

    Dans la foule, quelques parents ont peut-être identifié « Rabbit », le lapin  de Jeff Koons, exposé au musée d'art moderne à deux pas de là. Créé en 1986, Rabbit représente un lapin gonflable réalisé en acier inoxydable poli, haut d'environ un mètre.
« L'église et les gens riches exposent des objets polis qui prétendent exprimer la sécurité matérielle et la spiritualité. L'acier inoxydable est une fausse réflexion de cette mise en scène. » déclarait Jeff Koons.
L'acier inoxydable est aussi un matériau très commun en opposition au bronze ou à l'or, matériaux traditionnels des sculptures.


undefinedRabbit, le lapin d'acier inoxydable de Jeff Koons. 1986


---------------------------------------------------------------
Selon le New-York Times du 4 avril 2008, un exemplaire de Rabbit, le lapin argenté de Jeffs Koons, a atteint des sommets dans une vente privée organisée par les héritiers d'Ileana Sonnabend, la célèbre galeriste morte en 1992.  On attribue cet achat mémorable aux courtiers en art  Franck Giraud, Lionel Pissarro et Philippe Ségalot, dit GPS. Ils ont devancé le galeriste Larry Gagosian, Christie's et Sotheby's qui tous convoitaient ce quadrupède d'un mètre de haut. Les ventes se succèdent mais Jeff Koons reste l'un des artistes contemporains les plus chers au monde.
--------------------------------------------------------------------

    La sculpture de Jeff Koons s'inspire d'un lapin gonflable très familier. Vendu à Pâques comme décoration, il orne les pelouses et les appartements. D'un petit objet fragile, léger et doux, l'artiste fait un moulage agrandi d'un mètre de haut. Solide et lourd, dur au toucher, son corps d'acier poli lui confère une certaine légèreté. Brillant comme une voiture de luxe, il reflète le décor autour de lui. Chacun peut s'y mirer et y voir ce qu'il veut, le lapin n'est jamais le même. Koons a transformé un jouet insignifiant et bon marché en une oeuvre d'art convoitée par les collectionneurs privés et les grands musées.


undefinedRabbit, le gigantesque lapin d'hélium de Jeff Koons

    En en faisant un ballon géant, Koons l'arrache à la pesanteur des musées et à l'esprit de sérieux, il lui redonne sa légèreté. Bientôt les boutiques de souvenirs vendront des répliques miniatures du ballon et la boucle sera bouclée. L'icône de Jeff Koons redeviendra le lapin de Pâques d'origine. Si la sculpture du MOMA se voulait une critique de la société de consommation, l'intention originale s'est perdue en chemin car le gigantesque lapin flottant au-dessus de Broadway n'est qu'un divertissement populaire et familial, acclamé par une foule trépidante, charmée par la magie de ces gentils géants aussi légers que des nuages.
   
     A la fin des premières parades, les ballons étaient lâchés dans le ciel. Dommage que  cette pratique ait disparue. On imagine les spectateurs se ruant à la poursuite du lapin argenté, escaladant les grattes-ciel pour l'attraper et le mettant en pièces afin d'arracher un morceau de sa belle armure.


undefinedHumpty Dumpy de Tom Otterness, parade de macy's 2005


    Le premier artiste à rejoindre la parade a été Tom Otterness en 2005. Tom Otterness est connu pour ses bronzes, des personnages aux formes rondes de dessin animé. Pour Macy's, il a créé un Humpty Dumpy gonflable: une baudruche orange et jaune, grosse comme un camion et suspendue dans sa chute la tête en bas.
«J'aimais beaucoup les anciennes parades. J'ai grandi au Kansas et c'est grâce au petit écran que j'ai connu New-York. Ces parades, c'était vraiment de l'art et j'essaye de retrouver cet esprit, un vrai art populaire. ... J'aime m'introduire chez les gens, sur leur écran de télévision, le matin de Thanksgiving. » déclare Tom Otterness  in artinfo, octobre 2006 


    Après Tom Otterness, Jeff Koons est ainsi le deuxième artiste à faire son entrée dans la Blue sky gallery (la galerie du ciel bleu). Ses oeuvres, proches de l'esprit d'enfance, s'intègrent facilement à une fête populaire. Le ballon n'est pas à vendre mais il pourrait valoir beaucoup s'il était mis aux enchères tant la cote de Jeff Koons est haute.
Macy's, le propriétaire du lapin, a l'intention de le faire défiler dans ses prochaines parades et aimerait attirer d'autres artistes contemporains.

    Quel nouvel artiste acceptera que son oeuvre devienne une baudruche géante à la parade de Macy's en 2008? Barry Flanagan et son  lapin dansant pourrait tenir compagnie à celui de Jeff Koons. Jim Dine et ses Pinocchio? Botero et une de ses grosses dames nues? Leur aspect lisse et rassurant s'intégrerait bien à une fête populaire, quoique la nudité pose problème aux prudes américains. Verrons nous une nana de Niki de Saint-Phalle planer sur Broadway ou son oiseau de feu, plus consensuel? Le requin de Damian Hirst? Non, trop inquiètant pour un public familial. Par contre son crâne recouvert de diamants pourrait participer aux festivités du jour des morts, mais au Mexique.


voir:
la visite de l'atelier de Jeff Koons mise aux enchères
        l
e nouveau projet de Jeff Koons à Los Angeles: la locomotive suspendue
       
Jeff Koons à Versailles
            La parade de Thanksgiving day 2008 avec le ballon de Keith Haring
_____________________________________________________

Liste des ballons géants participants à la  parade
de Thanksgiving day 2007 organisée par Macy's.


undefined


ABBY CADABBY de Sésame Street.
DORA l'exploratrice, l'héroïne des maternelles.
SNOOPY, l'as volant.
HELLO KITTY, la super-héroïne.
JOJO le clown.
KERMIT la grenouille du Muppets show.
MR. PATATE avec sa casquette de base-ball et sa bouteille d'eau.
PIKACHU le Pokémon. Le seul ballon dont les joues s'allument.
RONALD MCDONALD le clown des hamburgers.
SCOOBY-DOO le détective.
SHREK l'ogre géant


Ballons de taille moyenne:


"RABBIT"de JEFF KOONS
ARRTIE le pirate, à la recherche d'un trésor, d'après le ballon de 1947
BASEBALL, signée par  R.H. Macy.
LE SUCRE D'ORGE, vert et blanc.
CLOE le clown
ENERGIZER BUNNY, le lapin rose.
Une invention de Macy's qui ressemble beaucoup au lapin de la publicité des piles Duracell
LE POISSON VOLANT
BALLON DE FOOTBALL
HAROLD le pompier
ICE CREAM CONE, le cornet de glace
KIT et l'elfe de Charlie
LES ETOILES DE MACY'S
LES  BALLOONS DE MACY'S, citrouilles et flocons de neige
LA PLANETE TERRE
SNOWBO, le bonhomme de neige.



voir le site officiel de la parade

Jeff Koons: Rabbit, les tribulations du lapin géant, Miami, Toronto, Londres



Catherine-Alice Palagret

Partager cet article

Repost0
3 janvier 2008 4 03 /01 /janvier /2008 00:38
 
  L'ARTISTE NEO-POP ET LE ROI SOLEIL A VERSAILLES


    En leur temps les colonnes de Daniel Buren, installées au Palais Royal, ont crée le scandale. Qu'en sera-t-il de Jeff Koons à Versailles dans un site historique encore plus prestigieux?


Koons-rabbit-by-Nicki-Ishmael--2-.jpgRabbit, le lapin géant de Jeff Koons survolant Broadway à New-York
lors de la parade de Thanksgiving 2008 organisée par Macy's.



    Le public apprécie l'artiste américain Jeff Koons, 52 ans, et ses oeuvres monumentales faites de ballons d'acier poli représentant des fleurs ou des animaux.
Influencé par le dadaïsme, le surréalisme et le pop art, l'artiste s'approprie de prosaïques objets de la vie quotidienne, aspirateurs, jouets, personnages de BD, bibelot de porcelaine.


Flowers de Jeff Koons


    Son oeuvre provocatrice, où le banal devient extraordinaire, interroge la notion de bon goût et d'art. Joyeuses, colorées et futiles ses immenses installations divisent les critiques. L
a frontière entre l'art et le pur divertissement est de plus en plus floue comme le montre la parade de Thanksgiving Day organisée par les grands magasins Macy's. Les new-yorkais ont pû y applaudir le lapin géant de Jeff Koons flottant au-dessus de Broadway. Cette réplique n'était plus en métal imitant un ballon mais un vrai ballon gonflé à l'hélium, dérivant comme un cosmonaute argenté, tenu en laisse par ses maîtres. Il est probable que beaucoup de spectateurs l'aient applaudi, à la suite de Dora l'exploratrice, Pikachu, Hulk et autres icônes du monde enfantin, sans pour autant l'identifier en tant qu'oeuvre contemporaine d'un artiste favori des collectionneurs.


undefined
Le diamant rose à Londres Photo: Interrobang


    Jean-Jacques Aillagon, ancien ministre de la Culture, ancien curateur du musée Pinault à Venise, maintenant en charge du château de Versailles, a annoncé la venue de l'artiste américan dans Versailles off, en septembre 2008. Pour le Conservateur, il est intéressant d'explorer la résonance entre les oeuvres contemporaines et Versailles. Il faut inviter le visiteur à voir le château différemment.


undefinedCalamita cosmica, oeuvre de Gino de Dominicis, ici exposée à Milan
Photo: /cicciopizzettaro/


    Le jardin de Versailles est orné de nombreuses statues mythologiques qui toutes racontent une histoire terrible, ou merveilleuse, qui nous amène à réfléchir sur la fragilité de la condition humaine. Le squelette géant de Gino de Dominicis, Calamita Cosmica, exposé l'année dernière lors de la Nuit Blanche tel un Gulliver abandonné, en était une illustration contemporaine.


undefined
Hulk: Photo Faz


    Quelle histoire tragique nous racontent les oeuvres puériles et lisses de Jeff Koons? Aucune apparemment mais on peut en voir certaines comme une continuation de l'art topiaire des jardins de Le Nôtre. Les parterres en broderies de buis et les ifs taillés sont l'expression d'une volonté de puissance, d'un désir de dompter la nature qui se perpétue dans les jardins de banlieue avec des lapins et des chiots en buis soigneusement taillés autour d'une armature métallique achetée à la jardinerie locale. A chacun son petit Versailles.


undefinedLe puppy de Jeff Koons à Bilbao

    Koons, reprenant une image de la culture populaire, donne une nouvelle dimension à l'art topiaire avec le «Puppy» du musée Guggenheim de Bilbao. Couvert de fleurs fraîches irriguées par un système interne, le chiot fox-terrier est devenu la mascote de Bilbao. Koons ne dompte pas seulement la nature, il dompte le public.

Koons-split-rocker.jpgSplit- rocker dans le cloître Benoît XII à Avignon en 2000


    Cousin du Puppy, «Split-Rocker» est une tête bicéphale de 12 mètres de haut, à moitié dinosaure à moitié poney, couverte de milliers de pots de fleurs fraîches sur une structure d'acier. La tête est inspirée d'une bascule pour enfant.


Split-rocker à Versailles en 2008


    Acquis par François Pinault, Split Rocker devait être le symbole de sa fondation d'art contemporain sur l'île Seguin à Boulogne-Billancourt. On sait ce qu'il est advenu de ce projet. Le collectionneur est parti à Venise, au Palazzo Grassi, installer sa collection d'art contemporain. Face au Grand Canal, un énorme chien d'aluminium magenta (balloon dog) fait de ballons noués comme en fabriquent les vendeurs à la sauvette dans les lieux touristiques, contemple les gondoles et les vaporetti. Les touristes l'observent, amusés ou choqués. Le Grand Canal est un des lieux les plus touristiques au monde, incarnation, comme Versailles, de la culture classique. Le chien ballon est-il un commentaire ironique sur la culture institutionnalisée ou un simple divertissement brillant et creux?


Balloon-puppy.jpgLe chien ballon magenta de Jeff Koons devant le Palazzo Grassi à Venise

 
    Le contraste entre ces monstres débonnaires et les cadres historiques où ils sont présentés crée une dissonance humoristique qui indigne les uns et ravit les autres. Les oeuvres contemporaines détonnent mais elles peuvent aussi entrer en résonnance avec le passé.

      Jean-Jacques Aillagon note d'ailleurs un écho entre l'esprit de Versailles et les oeuvres de Koons; Versailles, dans son exhubérance décorative, est baroque et le baroque du XVIIème siècle est le pop art d'aujourd'hui. Louis XIV est présent dans l'iconographie du plasticien. La Cicciolina, l'ex-femme de Jeff Koons, devrait bien s'entendre avec les fantômes des courtisanes royales. Quelques sculptures ou photos de la  série «Made In Heaven», une représentation kitsch et pornographique de son couple, seront-elles exposées? En août 2005, Koons déclarait:

  "La sexualité, c'est l'objet principal de l'art. Il s'agit de la préservation de l'espèce. La procréation est une priorité. Mais cela revêt un aspect spirituel pour moi. Cela parle de la manière dont nous pouvons avoir des enfants." 1

    Les productions de Jeff Koons (chien-ballon, chiot fleuri, lapin d'acier), inspirées de jouets, semblent innocentes mais son projet de cygne, toujours en ballon noué, se réfèrent directement à la sexualité. 
    Jeff Koon travaille souvent sur commande, fabriquant des maquettes qu'il présente sur catalogue aux riches collectionneurs. L'oeuvre est ensuite réalisée sous sa direction par de nombreux assistants. Il exposera à Versailles une quinzaine de pièces à l'extérieur et à l'intérieur du chateau. Ce sera la première grande exposition de l'artiste américain en France.

    Gageons que la confrontation de Jeff Koons et de Louis XIV, du Grand Siècle et des icônes néo-pop sera étonnante.

    Et pour les prochains événements pourquoi ne pas inviter le canard géant d'Hoffman à venir barboter dans le bassin de Neptune. L'araignée de Louise Bourgeois pourrait se tapir dans le bosquet du Dauphin et la pomme à demi-croquée de Oldenburg reposer sur le tapis vert.
    Que Versailles retrouve le joyeux délire des fêtes de Louis XIV! Le Roi-Soleil aimait les divertissements baroques, les décors grandioses et éphémères, les déguisements absurdes. Il aimait éblouir et surprendre la cour. Peut-être aurait-il aimé l'extravagance de Jeff Koons.



undefined
       Portrait de Louis XIV par Hyacinthe Rigaud, 1701


    Jeff Koons, représenté par la galerie Gagosian à New-York, est un des plasticiens vivants le plus cher au monde. Les amateurs, collectionneurs privés et institutions, font monter sa cote.
Dernières ventes de la série Celebration:
- un des cinq diamants géants faits de métal chromé (bleu, rouge, rose, vert et jaune) a atteint une somme colossale pour un artiste vivant. Le diamant bleu s'est vendu 12 millions de dollars chez Christie's en novembre 2007.
- "Hanging heart", un coeur lourd de 1600 kilo et haut de 2,7 mètres, s'est vendu 23.6 million de dollars chez Sotheby's en novembre 2007: .

Jeff Koons n'est certes pas un artiste maudit et les diamants sont ses meilleurs amis.


voir: la visite de l'atelier de Jeff Koons mise aux enchères
      
la future locomotive de Jeff Koons au musée de Los Angeles, le LACMA.
      
   Balloon flower (magenta) en vente à Londres
       Seize oeuvres de Jeff Koons bientôt à Versailles
      
Split-rocker à Versailles


1-
in Le Monde

Catherine-Alice Palagret


Partager cet article

Repost0