24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 15:22

 

    Une forme drapée de noir, vaguement humaine est exposée sous la pyramide du Louvre, sur un piédestal vide la plupart du temps. Une chef-d'oeuvre classique attendant d'être dévoilé à un public ébloui? Non, une oeuvre contemporaine de Loris Gréaud intitulée [I], un signe qui ne se prononce pas et fait référence à la verticalité du pilier. Une oeuvre en écho à la Tour aux plongeurs, sculpture-performance du même Gréaud au Centre Pompidou.

 

 

 

Loris Gréaud, sculpture Louvre 7[I], sculpture de Loris Gréaud sous la pyramide du Louvre

 

 

 

 

   Loris Gréaud imite les statues commémoratives attendant leur inauguration. Le drapé noir entouré de cordes cache en fait la silhouette du Captif, esclave rebelle, de Michel-Ange, une oeuvre du seizième siècle exposée au musée du Louvre. 


 

 

 

Loris Gréaud statue Louvre 3[I], sculpture de Loris Gréaud sous la pyramide du Louvre

 

 

 

 

    "J’ai choisi un chef-d’oeuvre, l’Esclave rebelle de Michel-Ange, ce personnage qui est comme prisonnier de la pierre. Nous avons drapé puis scanné en 3D une copie prise dans les réserves. Plusieurs choses se combinent : l’histoire du drapé dans la sculpture ; mais aussi le moment de l’inauguration, où l’on enlève le drap qui recouvre une sculpture publique. J’ai voulu étirer ce moment liminal, prolonger l’attente sur huit mois. Aussi, pendant l’hiver à Paris, les jardiniers recouvrent les sculptures des Tuileries pour les protéger du froid. C’est un geste fonctionnel, non esthétique. J’ai cherché à fusionner ces trois manières très différentes de draper une sculpture dans une même forme." 1


 

 

 

Loris Gréaud statue Louvre noeud[I], sculpture de Loris Gréaud sous la pyramide du Louvre

 

 

 

 

  [I], les deux oeuvres de Loris Gréaud sont exposées dans des espaces publics, dans le forum de Beaubourg et sous la pyramide du Louvre. Pas besoin de billet pour les voir.


« C’est un geste politique, surtout en ce moment, que l’accès soit gratuit, que l’œuvre prenne place au cœur de deux des plus grands musées français, qu’elles puissent s’adresser à tout le monde et que le projet de cette exposition contienne une immédiateté.

La personne qui traverse le forum du Centre pour aller aux toilettes, ou les visiteurs du Louvre qui viennent prendre une photo de la pyramide, tous peuvent faire une expérience d’art sans avoir une culture de la création contemporaine. » 2


 

 

Loris Gréaud statue Louvre pyramide[I], sculpture de Loris Gréaud sous la pyramide du Louvre

 

 

 

 

        "Il y a là une grande colonne vide qui, en vérité, est un socle en attente perpétuelle d’une sculpture : le Louvre avait eu le projet d’y installer la Victoire de Samothrace mais ça n’a jamais pu se faire. Je voulais quelque chose de très immédiat, mais qui ne sonne pas juste, pour créer une inquiétante étrangeté. Les dimensions de la sculpture ne sont pas à l’échelle du socle ni de la pyramide. Ça crée comme un déséquilibre. Enfin le drapé est brut, plein de poussière, des cordes l’enserrant. J’aimerais donner l’impression que cette sculpture a toujours été là, ou qu’on l’a exhumée des sous-sols du Louvre. Ou qu’il s’agit d’une sculpture postapocalyptique, restée là, bien après la catastrophe. " 1

 

 

  

 

Cragg-Versus--Louvre-pyramide.jpgVersus de Tony Cragg sous la pyramide du Louvre

 

 

"Exposer une sculpture drapée pendant des mois sous la pyramide du Louvre, c’est jouer avec l’attente, c’est étirer au maximum ce désir de voir le drap soulevé et la sculpture apparaître." 1


 

    Pourtant, comme devant Versus, la sculpture rouge de Tony Gragg en 2010, ou comme Suppo de Wim Delvoye en 2011 exposées sur ce même pilier, les visiteurs se prennent en photo devant l'oeuvre sans trop se poser de question. Venus voir les prestigieuses oeuvres du passé,  trop pressés de voir la Joconde, peu s'approchent du cartel pour savoir ce qu'est cette mystérieuse statue voilée. Les touristes ne s'offusquent pas des sculptures contemporaines qu'ils trouvent plutôt drôles ... ou qu'ils ignorent. 


 

 

[I], sculpture de Loris Gréaud

pyramide du Louvre, Paris

 Du 19 juin à janvier 2014    

 

 

 

 

Liens sur ce blog:

Loris Gréaud, [I], performance ou attraction foraine au Centre Pompidou?

Les statues du parc de Versailles emmitouflées pour l'hiver

Zoo humain d'Antony Gormley, à Trafalgar square sur le quatrième piédestal

Sculptures contemporaines de Tony Cragg au Louvre, video

Yan Pei-Ming: les larmes de Monna Lisa au Louvre

Les Trois Grâces de Lucas Cranach dévoilées au Louvre

Ruines et reconstructions, Makom de Michal Rovner d'Israël au Louvre

Wim Delvoye: des cochons dans les salons Napoléon III du Louvre

 

 

 

 

 

Palagret

L'art contemporain au Louvre

juillet 2013

 

 

 

Source:

1- in Les inrocks

2- in rue 89

 

 


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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 20:44

   

    Un corps vêtu de noir plonge du haut d'une tour de 14 mètres. Il rebondit sur un énorme matelas gonflable, se laisse glisser au sol et attend son tour avant de recommencer cette cascade sans fin, tel un Sisyphe d'aujourd'hui. [I], la tour aux plongeurs est la dernière sculpture-performance-installation de Loris Gréaud dans le forum de Beaubourg. La tour métallique noire et son escalier à vis font écho aux éléments de structure apparents du centre Pompidou.

 

 

 

Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs Beaubourg 6Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs, Beaubourg 

 

 

 

   Le cascadeur gravit lentement les marches jusqu'à la plateforme qui tourne sur elle-même avant de le positionner devant le tremplin. Comme un athlète de haut niveau, l'homme ou la femme s'étire et se concentre avant de se jeter dans le vide.

 


 


Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs, Beaubourg,  Palagret

 

 

 

   Imperturbable, un maître de cérémonie est assis au fond de la fosse sur une chaise haute d'arbitre de tennis. Régulièrement, il élève un petit drapeau noir et autorise ainsi le cascadeur à plonger vers le fond du forum. Le public attend silencieusement. Quand l'homme noir rebondit avec un bruit mat sur l'air-bag, les applaudissements éclatent. Répétitive et obstinée, la performance fascine par son absurdité et l'élégance des corps qui tombent.

 

 

 

Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs 11Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs, Beaubourg 

 

 

 

   [I], la tour aux plongeurs de Loris Gréaud attire les visiteurs comme une attraction foraine. Un attraction qu'ils jugent amusante mais un peu courte.

 

 "Le cascadeur ne fait aucune acrobatie, je n'ai pas recherché le sensationnel. De même il n'y a pas de coulisses, les préparatifs des plongeurs sont visibles du public"."J'ai voulu créer une sorte de métronome humain, avec un saut par minute environ"explique Loris Gréaud. "Pour moi, c'est une sculpture plus qu'un acte performatif". 1

 

 

 

Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs Beaubourg 3Le dispositif, Loris Gréaud, [I], tour aux plongeurs et airbag, Beaubourg

 

 

 

"C’est une compagnie française de professionnels du saut de haut niveau, hommes et femmes, des “cliff divers”, qui s’entraînent à tomber de 30 mètres de haut dans un bassin… Je leur ai montré des films de Richard Serra et de Chris Burden où l’on voit tomber des sculptures, des corps, mais aussi le saut d’Yves Klein, ou une vidéo de Bruce Nauman en train de tomber de sa chaise dans son atelier afin qu’ils se projettent dans une histoire de la sculpture. Je leur ai demandé de ne pas faire d’acrobatie, et pour eux c’est le plus dur." 2 

 

 

   On pense aussi aux corps du 11 septembre tombant le long des twin towers en feu même si Loris Gréaud s'en défend.

 

 

 

Le cartel apposé sur la rambarde nous explique: 

"La tour aux plongeurs de Gréaud croise trois motifs de l'histoire de l'art: la tour, emblème des utopies modernistes; la chute des corps, thème d'une sculpture qui se met à l'épreuve des lois de la gravité; la machine cinétique, qui exalte le mouvement. Les sauts réglés des plongeurs donnent à cette sculpture cinétique aux rouages humains une allure de Vanité; ils scandent l'écoulement du temps.

Si la tour noire de Gréaud offre un spectacle, elle n'appartient pas à l'univers du parc d'attraction. Elle est un objet de pure contemplation et d'interrogation."

 

 

 

 

Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs Beaubourg 4Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs, Beaubourg 

 

 

 

Entretien sur le site du Centre Pompidou:

     Pendant quatre semaines, à partir du 19 juin 2013, Loris Gréaud présente une oeuvre singulière et monumentale dans le Forum du Centre Pompidou. Au même moment, l’artiste expose une autre oeuvre de grandes dimensions sous la pyramide du musée du Louvre. Depuis le milieu des années 2000, le parcours de Loris Gréaud est marqué par plusieurs projets ambitieux qui s’éloignent de la définition et des modes de production ou de fonctionnement habituels de l’oeuvre d’art. Le double projet au Centre Pompidou et au musée du Louvre l’illustre une nouvelle fois. En 2009, la déambulation européenne, dans une remorque tirée par une voiture, de Devils Tower Satellite, s’était provisoirement achevée dans le Forum du Centre Pompidou, à proximité de l’endroit où la nouvelle oeuvre de l’artiste va être installée. Loris Gréaud reprend le récit, mais d’une toute autre façon. Après l’étonnant film The Snorks - A Concert for Creatures, une fiction sur les êtres peuplant les abysses sous-marins, pour lequel il s’était assuré le concours de David Lynch, de Charlotte Rampling et du groupe Anti-Pop Consortium, Loris Gréaud se lance dans une nouvelle aventure.

 



 

Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs 14L'arbitre, Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs, Beaubourg 


 

 

 

Michel Gauthier - L’un des traits dominants de votre art est qu’une oeuvre n’est jamais close sur elle-même, que ses limites sont toujours un peu incertaines. 

Loris Gréaud - J’ai toujours cherché à prendre mes distances avec le format classique de l’exposition, sans que l’idée même du « format de l’exposition » soit pour autant au coeur de ma pratique : des oeuvres autonomes sont montrées dans un lieu précis. C’est en ce sens que j’ai pu être intéressé par la poésie d’une vague de propositions et d’expériences se répandant à la manière d’un bruit, d’une rumeur, d’une ville à l’autre. Brouiller les pistes et les repères spatio-temporels en propageant des oeuvres aux quatre coins du monde, dans les rues, les écoles, les galeries, par des ondes sonores, des émissions de radios pirates, des enregistrements trafiqués… Cela a été, à un moment, un enjeu important de mon travail. Et c’est dans cette perspective que j’ai parfois été amené à bannir toute trace ou tout témoignage d’une oeuvre donnée.

 

 

 

Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs Beaubourg 5Regarde les hommes tomber, Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs, Beaubourg 

 

 

 



MG - La stratégie de l’invisibilité n’est toutefois pas la seule. Ce n’est pas celle utilisée au Centre Pompidou et au musée du Louvre.

 
LG - En effet, ces deux oeuvres seront très visibles, en raison de leurs dimensions, des emplacements choisis et, pour l’une d’entre elles, de son fonctionnement. Elles seront présentées dans deux espaces très exposés, très fréquentés et dont les accès sont libres et gratuits. Le projet « [I] » doit être visible par tout le monde, et pouvoir confronter son immédiateté au plus grand nombre. Il y a des artistes qui produisent des oeuvres et d’autres qui, à travers une production, des projets, esquissent une trajectoire. La seconde option m’intéresse davantage. J’aime envisager mon travail dans la durée, à travers un ensemble d’oeuvres dont la réalisation s’échelonne sur plusieurs années. C’est pourquoi l’idée d’exposer deux oeuvres en même temps, dans ces deux institutions très prestigieuses, m’a particulièrement intéressé : elle invite le public à passer de l’une à l’autre et à réfléchir au trajet qui les relie. Je ne peux pas penser à une oeuvre sans penser à la suivante, sans tenter de tirer les lignes, les liens qui existent entre elles. L’espace entre les oeuvres, c’est tout simplement le chemin de la pensée. Il engendre de nombreuses et belles histoires. J’ai été frappé à ce sujet par un propos du compositeur allemand Karlheinz Stockhausen : « C’est comme un symbole de mon travail depuis 45 ans que ce qui n’est pas entendu ou n’est pas joué soit la partie la plus fascinante de ma vie ». L’espace entre deux oeuvres, l’inflexion de la pensée entre elles ou entre deux expositions sont aussi importants que l’oeuvre elle-même.

 

 

 

Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs 13Chute sur le matelas gonflable, Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs, Beaubourg 

 

 

 

 

MG - Vous avez choisi un titre commun pour les deux oeuvres présentées au Centre Pompidou et au Louvre.

 
LG - Oui : « [I] ». Un titre qui permet d’entendre plusieurs choses. Le « je » anglais. Mais aussi la verticalité des deux oeuvres, particulièrement au Centre Pompidou. Ou le signe qui, en mathématiques, dans la théorie des nombres complexes, désigne l’unité imaginaire. Ou encore le symbole de l’intensité du courant électrique ; l’Iode, l’élément chimique des halogènes…. J’aime surtout l’idée d’un titre global qui ne se prononce pas mais fait signe. Signe de cette double invitation que j’ai appréhendée comme un seul et même projet. 

LG - Je suis constamment en quête de nouvelles façons de produire l’art. Le champ de l’art a pour définition de n’avoir pas de frontières. Il est permis d’y faire absolument tout entrer. La seule règle que je suis et poursuis est celle que je me suis imposée : seul le projet fait autorité. Dans son temps, son économie, ses médias… L’ensemble devra être soumis à l’idée et l’exigence du projet. C’est pourquoi je discute aussi bien avec des scientifiques, des architectes, des musiciens, des cinéastes, des comédiens ou des philosophes. Toutes ces rencontres sont liées à cette recherche, à la possibilité de résoudre une question esthétique. J’ai toujours besoin de nouvelles aventures pour me maintenir en éveil. C’est ce que j’ai appelé ces dernières années, l’aventure de l’art, qui n’est ni le choix de la longévité ni celui de l’économie, mais ce en quoi je crois et, une fois de plus, ce que le travail exige.

Propos recueillis par Michel Gauthier, conservateur au musée national d’art moderne, commissaire de l’exposition. 3

 

 

 

Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs 10Chute sur le matelas gonflable, Loris Gréaud, [I] tour aux plongeurs, Beaubourg 

 

 

 

 


 [I], Loris Gréaud, performance installation sculpture

du 19 juin au 15 juillet 2013

Forum du Centre Pompidou, accès libre

 

 

 

 

Palagret, photos et video en CC

performance

juillet 2013


 

 

 

Sources:

1- in Le Parisien

2- in Les Inrocks

3- in Centre Pompidou virtuel

 


 

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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 22:16

 

   Les aplats jaunes et rouges claquent dans la salle aux murs noirs. Le style de Keith Haring est immédiatement reconnaissable. Des silhouettes surlignées de noir, des formes simplifiées, de courts traits indiquant le mouvement comme dans une bande-dessinée, des visages absents.

 

 

 

Keith Haring 10 commandements 104 6Adoration de la télévision, Les dix commandements, Keith Haring

 

 

 

 

    La série les Dix Commandements, créé en 1985, est composée de dix panneaux de sept mètres de haut en forme de table de la loi. Chaque tableau est divisé en deux registres, le haut jaune représentant le ciel et le bas vert représentant la terre comme dans l'iconographie du moyen-âge. Les silhouettes rouges incarnent les agresseurs, les silhouettes gris bleu sont les opprimés. Les croix sur les corps sont des cibles.

 

 

 

Keith Haring 10 commandements 104 2Exposition au 104, Les dix commandements, Keith Haring

 

 

 

 

    Keith Haring s'inspire de la bible et la réinterprète; les scènes ne sont pas immédiatement identifiables et le peintre disait que si on ne connaissait pas le thème de l'oeuvre, on pouvait y voir autre chose.


 

 

Keith Haring 10 commandements 104 7détail, Les dix commandements, Keith Haring

 

 

 

 

    Dans l'exposition, les commandements ne sont pas identifiés et on peut les confondre. Pour le premier commandement, « Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. », Keith Haring représente trois silhouettes dansantes devant un poste de télévision dans lequel est inscrit le signe dollar. Aujourd'hui comme aux temps bibliques, les hommes adorent de faux dieux.

 

 

 

 

Keith Haring 10 commandements 104 31- Tu ne commettras pas l'adultèreTu ne prendras point le nom de l'Éternel, ton Dieu, en vain, Les dix commandements, Keith Haring 

 

 

 


« Tu ne te feras point d'image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. 

« Tu ne prendras point le nom de l'Éternel, ton Dieu, en vain ; car l'Éternel ne laissera point impuni celui qui prendra son nom en vain. » Deux visages d'homme avalent une croix mise à l'envers.

 

 

 

Keith Haring 10 commandements 104 5Le jour du repos, Les dix commandements, Keith Haring




« Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. » Un bras appuie sur un corps. Du repos ou de l'oppression?

 
« Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne. » 

 

 

 

Keith Haring 10 commandements 104 10Honore ton père et ta mère, le jour du repos, Les dix commandements, Keith Haring

 

 

 

Keith-Haring-10-commandements-104-tuer.jpgTu ne tueras point, Les dix commandements, Keith Haring

 

 

 

 

« Tu ne tueras point. » Un pied rouge écrase une silhouette grise. L'âme s'envole vers le ciel.

 

 « Tu ne commettras point d'adultère. »

 

 

Keith-Haring-10-commandements-104-vol.jpgTu ne déroberas point, Les dix commandements, Keith Haring



 « Tu ne déroberas point. » Des mains avides se tendent vers un billet sur lequel est inscrit SOS avec le sigle dollar.

 

 

 

Keith Haring 10 commandements 104 4Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain, Les dix commandements, Keith Haring

 

 

 

 

 « Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain. » Sept serpents sortent de la bouche du médisant.

 

 

 

Keith Haring 10 commandements 104 8Tu ne convoiteras point, Les dix commandements, Keith Haring

 

 



« Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ... »  La tête du bonhomme est emplie des objets de sa convoitise, maison, télé etc ...

 

 

 

   La série les Dix commandements a été réalisée en seulement trois jours par Keith Haring et un assistant au CAPC de Bordeaux. Elle est exposée au Cent-Quatre en même temps que quatre sculptures monumentales et d'autres peintures. Une autre exposition se tient au musée d'Art Moderne de la Ville de Paris.

 

 

 

The political Line. Grands formats

Du 18 avril au 19 août 2013

Le 104, 5 rue Curial, Paris 19

 

 

Liens sur ce blog:

Keith Haring et LA II (Angel Ortiz): vases décorés de tags au MAM

Keith Haring: Jésus, l'enfant rayonnant, à Saint-Eustache

Keith Haring: un ballon à la parade de Thanksgiving à New-York

 

 

 

 

 

Palagret

art contemporain et street-art

juillet 2013

 

 


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10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 22:53

 

   Insectes, cerveaux, crânes, squelettes, les sujets obsessionnels de Jan Fabre nous parlent de mort. Le gisant, une tradition de la sculpture occidentale, sublime le corps pourrissant. Jan Fabre revisite ces vanités avec dérision, nous invitant à méditer sur la fragilité de la vie. Le plasticien flamand se définit comme un "guerrier de la beauté, chevalier du désespoir". 

 

 

 

Fabre Gisants Crosby Templon visageElizabeth Caroline Crosby, gisant de Jan Fabre

 

 

 

    Les corps sont délicatement sculptés en marbre de Carrare avec un grand réalisme. Poursuivant son dialogue entre art et science, Fabre représentent deux scientifiques, Elizabeth Caroline Crosby (1918-1983), neuro-anatomiste américaine et Konrad Lorenz (1903-1989), biologiste et zoologiste autrichien. Deux explorateurs des mystères du cerveau présentés comme des défunts royaux et qui, selon l'artiste, ressemblent à ses parents.


 

 

 

Fabre Gisants Crosby Templon piedsEffet de voile transparent, Elizabeth Caroline Crosby, gisant de Jan Fabre

 

 

 

    Pourquoi représenter Konrad Lorenz, connu pour ses sympathies nazis? Jan Fabre répond à Inferno: " Honnêtement je pense que ça appartient à l’histoire, à un moment précis de l’histoire – et je ne veux pas juger. Mon travail défend la vulnérabilité du genre humain".


 

 

 

Fabre Gisants Crosby Templon 2Elizabeth Caroline Crosby, gisant de Jan Fabre

55  x195 x74 cm

sculpture inspirée du Christ voilé de Giuseppe Sanmartino à Naples (1753)

 

 

 

 

    Allongée sur un matelas brodé, le corps de Lady Crosby est couvert d'un léger voile. La femme semble endormie. Un ver se glisse sous le tissu, signe de décomposition, ou selon Jan Fabre, une allégorie de la fertilité. Le papillon posé sur le visage de la défunte est un symbole de résurrection comme les abeilles, araignées, scarabées. Ces insectes ont le même rôle que les lions et les chiens psychopompes (guides des âmes) aux pieds des sépultures royales. Autour des gisants, les cerveaux posés sur des socles sont comme des globes, des univers. Ils sont coiffés d'insectes, délicat papillon semblant butiner les circonvolutions de marbre ou araignée nichée dans une feuille hésitants entre la vie et la mort.

 

 

 

Fabre Gisants Crosby Templon insectesTrois insectes, Elizabeth Caroline Crosby, gisant de Jan Fabre

 

 

 

 

   Les gisants et les cerveaux de marbre blanc sont exposés comme dans une chambre funéraire, calme et silencieuse. Pour Fabre une exposition est une mise en scène, une dramaturgie et bien sûr un acte spirituel. "L'art tel que je le perçois est un moyen de défense de la vulnérabilité de notre état d'humain, de défense de la vulnérabilité de la beauté." 1


 

 

 

Fabre Gisants Crosby Templon spunThe silk spun in the brain, 2012

marbre, 25 x19 x15 cm, Jan Fabre

 

 

 

 

   Après les Piétas de la Biennale de Venise en 2011, des cerveaux monumentaux et "compassionate dream", une réinterprétation de la pieta de Michel-ange où un crâne remplace le visage de la vierge et le corps de Jan Fabre le corps supplicié du Christ, l'artiste flamand continue son exploration des vanités. Non sans humour comme en témoigne l'intitulé de ses sculptures: The silk spun in the brain, Origin of the state of foolishness, the whims of the brain of the Lime-stick man, Water-ballet of th brain (finale), the greedy and holy eyes of the brain, the golden jelly of the brain.


 

 

Fabre Gisants Crosby Templon spiderCarnivorous brain, of the spider that wanted to change the world, 2012

marbre, 37 x19 x16 cm, Jan Fabre

 

 

 

Fabre Gisants Crosby Templon expo

 

 

 

 

 

     Jan Fabre est un plasticien et non un sculpteur. De talentueux marbriers de Carrare ont réalisé les oeuvres d'après les idées et les croquis de l'artiste. Les gisants de la Renaissance exprimaient la spiritualité d'une société et les sculpteurs y mettaient toute leur foi. Jan Fabre lui joue avec l'idée des vanités et de la résurrection et comme beaucoup de stars de l'art contemporain il ne réalise pas lui-même ses sculptures. Comme Jeff Koons, Murakami, Damian Hirst, Jan Fabre emploie de nombreux techniciens dans son atelier d'Anvers.

 

 

 

Dossier de presse:

Né en 1958 à Anvers, Jan Fabre est reconnu depuis la fin des années 1990 pour son œuvre d’homme de théâtre, de plasticien et d’auteur. Il s’intéresse depuis 1976 à l’art de la performance, et se lance en 1980 dans la mise en scène et la chorégraphie. Depuis, il a réalisé une trentaine de pièces mêlant danse et théâtre, dont la radicalité déclenche régulièrement la polémique, comme Je suis sang (2000) ou L’Orgie de la Tolérance (2009). En mai 2013 il présentera au Théâtre de la Ville à Paris The Tragedy of a Friendship consacré à la relation entre Nietzsche et Wagner.

Dessinateur invétéré, Jan Fabre crée des sculptures, modèles et installations qui font vivre ses grands thèmes de prédilection tels que la métamorphose ou l’artiste comme guerrier de la beauté. Parmi ses expositions personnelles les plus marquantes ces dernières années on peut citer celle du Museum voor Hedendaagse Kunst à Anvers en 2006 et du Musée du Louvre en 2008. Récemment, l’artiste a fait l’objet d’expositions au Kröller-Müller Museum d’Otterlo au Pays-Bas (Hortus/Corpus, 2011), au Kunsthistorisches Museum de Vienne et au Musée d’art moderne de St Etienne (Jan Fabre. Les années de l’heure bleue, 1986 – 1991, 2011).  

 

 

 

 

Jan Fabre : Gisants

Du 28 février au 20 avril 2013

Galerie Daniel Templon Paris.

 

 

 

Liens sur ce blog:

Les curieuses chimères de Jan Fabre à la galerie Daniel Templon

 


Autres liens:

Entretien avec Jan Fabre in Inferno

Les pietas de Jan Fabre à la Biennale de Venise, vidéo

 

 

Palagret

art contemporain

mai 2013

 


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28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 10:31

 

   Plusieurs créateurs de mode ont fait appel à des plasticiens pour élaborer leurs monstres de mode pour la parade de la Gaîté lyrique. Walter van Beirendonck a collaboré avec Erwin Wurm connu pour ses personnages bousoufflés.

 

 

 

 

Arrrgh! Gaité lyrique Wurm van Beirendonck cloud 3Walking sculpture cloud 9, Walter van Beirendonck en collaboration avec Erwin Wurm

Arrrgh! Monstres de mode, Gaîté lyrique

 

 

 

 

 

Arrrgh! Gaité lyrique Wurm van Beirendonck cloud 9Walking sculpture cloud 9, Walter van Beirendonck en collaboration avec Erwin Wurm

Arrrgh! Monstres de mode, Gaîté lyrique

 

 

 

 

Arrrgh! Gaité lyrique Wurm van Beirendonck cloud jauneWalking sculpture cloud 9, Walter van Beirendonck en collaboration avec Erwin Wurm

Arrrgh! Monstres de mode, Gaîté lyrique

 

 

 

 

Arrrgh! Gaité lyrique Craig GreenCraig Green, sculpture en collaboration avec David Curtis-Ring, 2013

Arrrgh! Monstres de mode, Gaîté lyrique

 

 

 

 

  De nombreux modèles réalisés par des créateurs de mode hésitent entre sculpture, costume et cosplay.

 

 

 

Arrrgh! monstres de mode Gaité lyrique1- Chi He, Oh my dog 2011. 2- Alexis Themistocleous, Freaks 2011.

3- Pierre-Antoine Vettorello, Bonnie Magnum vs Samantha Beretta 2009.

4- Bas Koster, Coeur 2007.

Arrrgh! Monstres de mode, Gaîté lyrique

 

 

 

 

 

Arrrgh ! Monstres de Mode

Gaîté Lyrique, 3 bis rue Papin, 75003

Mardi-samedi : 14h-20h. Dimanche : 14h-18h

 du 13 février au 7 avril 2013

 



 Arrrgh! Gaité lyriqueMareunrol's nightmares 2Mareunrol's nightmares 2006, Walter van Beirendonck sex clown 2006

Arrrgh! Monstres de mode, Gaîté lyrique

 

 

 

 

Liens sur ce blog:

Arrrgh! Monstres de mode, parade barbare et ludique à la Gaité Lyrique

Les maîtres du désordre: costumes des fêtes d'hiver, suspension de l'ordre cosmique


 

 

Palagret

mode monstrueuse

avril 2013

 

 


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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 18:27

 

   ARRRGH! est un cri de terreur, de surprise, devant l'incompréhensible, le différend, le monstrueux. Les 80 monstres de mode, mannequins bizarres, énigmatiques, surréalistes exposés à la Gaité Lyrique ne suscitent pas vraiment l'effroi, plutôt la surprise et l'amusement.


 

 

Arrrgh! Gaité lyrique Rozalb de MuraRozalb de Mura, collection The Remains, printemps-été 2012

arrrgh! Monstres de mode, exposition à la Gaité Lyrique

 

 

 

 

 

  Monstres de mode, parade organisée par le collectif Atopos CVC, montre l'influence de l'art tribal, des jeux video, du design et de l'art contemporain dans l'imagination des créateurs de mode. Une mode excessive et théâtrale qui habille corps humains et chimères, une mode pas vraiment destinée à être portée sinon dans des fêtes carnavalesques.



 

 

Arrrgh! Gaité lyrique Mareunrol's nightmareMareunrol's, collection Nightmare, 2006

arrrgh! Monstres de mode, exposition à la Gaité Lyrique

 

 

 

 

    Colorées, grotesques ou charmantes, ces créatures hybrides échappées des podiums appartiennent à la fois à la mode, à la scénographie et à la sculpture. Le corps humain y est déformé, camouflé ou réduit à une épure. Comme pour des avatars ou des costumes cosplay, toutes les fantaisies sont permises. De la très classique coiffe-cygne de Mads Dinesen aux silhouettes boursoufflées d'Edwin Wurm et à la boule de peluches à pattes de Piers Atkinson. 

 

 

 

Arrrgh! Monstres de mode Gaité lyrique 2Manon Kündig, Van Beirendonck et Erwin Wurm,

 arrrgh! Monstres de mode, exposition à la Gaité Lyrique

 

 

 

 

    Toutes sortes de tissu mais aussi de cheveux (Charlie Le Mindu), bois, plastique, mousse, habillent les étranges créatures aux déguisements dignes de ceux de Lady Gaga. Leur visage est souvent métamorphosé en coeur (Bas Kosters), mitraillette (Vettorello) ou cage (Vibskov). Il s'efface derrière des masques, couvert d'un sac à main (Andrea Crews) ou d'une cagoule (Rozalb de Mura). Le mannequin traditionnel au visage parfait et à la silhouette anorexique, starisé aujourd'hui dans les défilés, n'existe plus ici. Les monstres l'ont avalé.



 

 

Arrrgh! Gaité lyrique Kosters VettorelloBas Kosters, Coeur, collection Love, fuck, yeah, 2013

Pierre-Antoine Vettorello, collection Bonnie Magum vs Samantha Beretta, 2009

 

 

 

 

   En passant à travers des murs de carton-pâte éventrés, les visiteurs arrivent dans une grande salle où ils déambulent librement au milieu des Monstres de mode, mannequins de plastique descendus de leur podium. Une musique hypnotique rythme la présentation immobile tandis qu'un chaos de néons blancs éclaire crûment le spectacle. Des enfants jouent avec de gros ballons noirs en frôlant les fragiles parures, peu effrayés par ces monstres plutôt gentils. Au fond, une salle obscure présentent des fantômes (Bas Kosters), un homme lapin (Kim Traeger), un ours aux bottes rouges (Mizuno), des chrysalides, corps creux en mousse blanche (Digitaria), un corps masque très art primitif (JP Lespagnard), un monstre squelette à la bouche écarlate (Nanogigantisme) etc ... 

 

   

 

 

Arrrgh! Gaité lyrique Andrea Crews tronçonneuseAndrea Crews, autoportrait à la tronçonneuse, 2013, Van Beirendonck, costume d'opéra, 2012

arrrgh! Monstres de mode, exposition à la Gaité Lyrique

 

 

 

 

   La mode elle-même, la parure, est monstrueuse en infligeant au corps des contraintes extravagantes comme les pieds bandés des femmes en Chine, les cous démesurément allongés des femmes girafes en Afrique, les corsets asphyxiants en Europe des bourgeoises du XIXè siècle ou aujourd'hui les chaussures à talons improbables de Jimmy Choo. Pour être séduisants, les hommes et les femmes infligent à leur corps de vraies tortures. Les monstres de mode de la Gaité Lyrique n'en sont que l'expression exacerbée et ludique.


 

 


Arrrgh! Gaité lyrique Vibskov GreenCraig Green, sculpture en collaboration avec David Curtis-Ring (en noir)

Henrik Vibskov, collection The solar donkey experiment, 2010

au fond fantômes de Bas Kosters, collection freedom womenwear 2009


   

 

  « C’est une exposition sur la monstruosité de la figure humaine. Je déteste la mode dans son système de valeurs mais il existe des créateurs très inventifs qui s’interrogent sur le rapport entre le corps et le vêtement et défient les canons esthétiques traditionnels. A travers leur filtre, le laid devient beau, et ils posent la question fondamentale de la différence. L’accepte-t-on ? », déclare Vassilis Zidianakis, d'Atopos. Son livre « Not a Toy, fashioning radical characters » a inspiré une exposition à Athènes en 2011 et aujourd'hui à la Gaité Lyrique.


 

 

 

Arrrgh! Gaité lyrique Hideki SeoHideki Seo, be free, 2012

Chi He, Eat me, collection Oh my dog 2011

 

 

 

 

« Chez les Grecs anciens, un monstre désignait tout phénomène étrange, divin ou extraordinaire, comme l’arc-en-ciel par exemple. Mais qu’est-ce qu’un monstre aujourd’hui ? ». « Comment accepter quelque chose qui ne nous ressemble pas ? Qui nous fait peur ? C’est la question de la différence à laquelle il nous appartient de donner du sens ». Arrrgh !, « c’est un cri de surprise, de peur et d’angoisse ! Inquiétude refoulée vis-à-vis d’un autre différent, qui a l’air d’un monstre mais avec lequel nous aimerions bien communiquer».

 

.

 

 

Arrrgh! Gaité lyrique Le Meridu PictoplasmaCharlie Le Mindu, Kiss freak 2011, femme cheveux à plusieurs bouches

au fond, trois petits bonshommes jaunes, Pictoplasma d'après les personnages d'Akinori Oishi

 

 

 

 

 

Dossier de presse:

arrrgh ! Monstres de mode

" De Alexander McQueen à Andrea Crews en passant par Craig Green ou Walter Van Beirendonck, Arrrgh! présente une sélection de 58 créateurs contemporains qui utilisent les figures et les expressions monstrueuses dans leurs costumes et leurs vêtements, inspirés par le design, l’animation ou encore le dessin.

Dans la lignée de l’exposition Pictoplasma, présentée en décembre 2011, les personnages contemporains issus du phénomène du character design sont devenus des créatures de mode.

Frottez-vous à ces monstres, qu’ils soient étranges, gênants, pop ou séduisants. Mêlez-vous à près de 80  créatures descendues de leurs podiums de défilés pour essayer de se fondre parmi nous. ARRRGH! questionne notre conception de la beauté et de l’identité. Libérés de toutes contraintes les créateurs nous présentent leurs réalisations les plus avant-gardistes qui  brouillent les frontières entre costume et vêtement."

 

 


 

Arrrgh! Gaité lyrique Leuton PostleLeutton Postle, 2012

arrrgh! Monstres de mode, exposition à la Gaité Lyrique

 

 

 

 

   "Le phénomène contemporain du character design est d’abord apparu aux États-Unis au début du XXe siècle et s’est largement développé au Japon dans les décennies qui suivent. Tout d’abord utilisé dans la publicité et la promotion de produits, c’est à partir des années 90 que ces créatures contemporaines ont inondé la production artistique et culturelle au niveau mondial. Elles apparaissent aujourd’hui sous de nombreuses formes artistiques, du street art aux jeux vidéo, en passant par le toys art, l’animation et le cinéma, le graphisme, le design d’objets ou de produits, envahissant les carnets de croquis des artistes et jusqu’à la haute couture, remettant en cause les normes esthétiques établies. Les créatures du character design sont abstraites, figurines au charme pictural puissant, audacieuses silhouettes aux traits singuliers. En quelques années, les représentations de créatures, parfois familières, souvent d’une inquiétante étrangeté, sont apparues au sein de nombreuses collections de designers. Elles ont envahi les podiums et les représentations esthétiques de la mode au sens large, brouillant les frontières entre costume et vêtement."

 

 

 

 

Arrrgh! Gaité lyrique HeyniekHeyniek, Foamboys x hyperbole, 2012

arrrgh! Monstres de mode, exposition à la Gaité Lyrique

 

 

 

 

 

"Après Pictoplasma, l’exposition dédiée au character design présentée en décembre 2011 à la Gaîté lyrique, les « post digital monsters » quittent les podiums et reviennent s’exposer.
Cette exposition présente une sélection de créateurs contemporains utilisant les figures et les expressions monstrueuses dans leur travail créatif, s’inspirant du design, de l’animation ou encore du dessin.
La représentation du corps humain, jamais nu, est questionnée à travers l’émergence d’un langage, créé par ces vêtements qui transforment les silhouettes et convoquent l’étrange. Au-delà d’une simple protection corporelle, le vêtement, révélateur d’une époque, affiche l’évolution des mœurs et des tendances."

 

 

 

Arrrgh! Gaité lyrique Pixel monsterPixel Monster, Gary Card, 2007,

Pierre-Antoine Vettorello, collection Bonnie Magum vs Samantha Beretta, 2009

 Maison Martin Margiela, printemps-été 2009 (visage couvert) 

 

 

 

 

 

"Dans le monde de la mode contemporaine, le corps humain est constamment transformé, métamorphosé en être méconnaissable et étrange. Les designers expérimentent, donnent aux textiles des formes atypiques et créent des volumes extrêmes. Ils recouvrent et masquent les visages, ils habillent le corps en donnant naissance à des formes hybrides et extravagantes aux couleurs éclatantes et d’une surprenante abstraction.

Certains créateurs avant-gardistes dissimulent le visage de leurs mannequins et ainsi mettent un terme à une tradition de mannequinat incarné, ainsi qu’à une certaine définition objective de la beauté. Comme l’indique le titre d’une des performances imaginées par Charlie le Mindu et Atopos Mr & Mrs Myth, la tendance de la mise en scène de soi, de la mythologisation de sa propre identité prend davantage d’importance, à l’encontre de l’uniformisation. La mode ne s’arrête plus à l’image projetée mais s’intéresse maintenant à l’effet sur le corps autant que sur l’esprit de celui qui la porte."


 

 

 

Arrrgh! Gaité lyrique NishiyamaTakashi Nishiyama, Gumdam couture, collection "we are all one - the hero of one" 2011

 

 

 

 

 

"Parallèlement à nos vies réelles, nous menons désormais des vies virtuelles et numériques sur internet. Nous créons et développons notre avatar personnel. De quoi se constitue l’identité dans une société mondialisée et séculière dans laquelle nous nous considérons autant citoyen du monde que membre d’une communauté locale ? Avec l’émergence de ces modes de vie connectés, les influences circulent et les références culturelles s’immiscent dans tous les domaines. La Gaîté lyrique, lieu d’investigation des questions de société à l’ère du numérique, s’empare de cette transversalité avec cette exposition au croisement de la mode et du character design."

 

 

 

Arrrgh! Gaité lyrique LespagnardJean-Paul Lespagnard, collection George the bush, Tree hat, 2010


 

 

Liste complète des designers et artistes invités : 

ALEXANDER MCQUEEN (UK), ALEX MATTSSON (SE), ALEXIS THEMISTOCLEOUS (CY), ANDREA AYALA CLOSA (ES), ANDREA CAMMAROSANO (IT), ANDREA CREWS (FR), BART HESS (NL), BAS KOSTERS (NL), BERNHARD WILLHELM (DE), BORIS HOPPEK (DE), BRONWEN MARSHALL (UK), CASSETTE PLAYA & GARY CARD (UK), CHARLIE LE MINDU (FR), CHI HE (CN), CLAIRE MICHEL (FR), CRAIG GREEN (UK), DAVID CURTIS-RING (UK), DIGITARIA (GR), DR NOKI'S NHS (UK), ERIKA MIZUNO (JP), FREEKA TET (FR), FILEP MOTWARY & MARIA MASTORI (CY & GR), GEORGE TOURLAS (GR), HELEN PRICE (UK), HENRIK VIBSKOV (DK), HEYNIEK (NL), HIDEKI SEO (JP), ISABEL MASTACHE MARTINEZ (ES), ISSEY MIYAKE & DAI FUJIWARA (JP), JEAN-PAUL LESPAGNARD (BE), JOSEFIN ARNELL (SE), KIM TRAEGER (DK), LEUTTON POSTLE (UK), LUIS LOPEZ SMITH (UK), MADS DINESEN (DK), MAISON MARTIN MARGIELA (FR), MANON KÜNDIG (CH), MARCUS TOMLINSON - GARETH PUGH (UK), MAREUNROL’S (LV), ON AURA TOUT VU (FR), PERNILLA WINBERG (SE), PAUL GRAVES (US), PICTOPLASMA (DE), PIERRE-ANTOINE VETTORELLO (FR), PIERS ATKINSON (UK), REJINA PYO (KR), RICK OWENS (US), ROZALB DE MURA (RO), SHIN MURAYAMA (JP), SOTIRIS BAKAGIANNIS - THEPERSONWHODIDTHIS (GR), TAKASHI NISHIYAMA (JP), THE BRAINSTORM DESIGN (GR), TRACY WIDDESS (CA), TOMA STENKO (RU), URBAN CAMOUFLAGE (DE), WALTER VAN BEIRENDONCK (BE).

 

 

 

 

Commissaire de l'exposition: Vassilis Zidianakis

Scénographie de Stamos Fafalios.


 


 

Arrrgh! Gaité lyrique Kundig mainManon Kündig, collection Bowerbird, 2012

 

 

 

 

 

Arrrgh ! Monstres de Mode

Gaîté Lyrique, 3 bis rue Papin, 75003

Mardi-samedi : 14h-20h. Dimanche : 14h-18h

 du 13 février au 7 avril 2013


 

 

 

Liens sur ce blog:

Arrrgh! Monstres de mode, sculptures ou costumes à la Gaité Lyrique?

Les maîtres du désordre: costumes des fêtes d'hiver, suspension de l'ordre cosmique


 

 

Palagret

mode monstrueuse

février 2013

 

 

 

 

Source: 

Dossier de presse

 


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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 13:36


 

“Je ne peux pas croire à quel point je t'aimais"


"Je promets de t'aimer"


"Quand je te serre dans mes bras, je serre ton coeur" 1

 


 

    Ces phrases sirupeuses au sentimentalisme assumé sont de Tracey Emin. Reproduisant son écriture, des lettres s'inscrivent lentement dans des coeurs rouges affichées à Times Square. Remplaçant 15 grandes publicités lumineuses commerciales, six coeurs rouges de Tracey Emin s'affichent à Times Square de 11 heures 57 à minuit. Pendant 180 petites secondes, l'ode à l'amour remplace l'ode à Coca-Cola, Samsung ou Ford.

 

 

 

Tracey Emin love want neon"Love is what you want", néon de Tracey Emin 

 

 

 

 

   “Chaque année j'envoie des cartes pour la Saint-Valentin. Cette année je n'aurai pas à le faire. Times Square le fera pour moi.” déclare la plasticienne britannique Tracey Emin. 


 

 

 

Tracey Emin Times square"I promise to love you", néons de Tracey Emin à Times Square pour la Saint-Valentin 2013 

 

 

 

 

  Tracey Emin est connue pour ses oeuvres provocantes sexuellement explicites relatant sa vie amoureuse, ses échecs et ses humiliations. Depuis 2010, les néons de la série I Promise to Love You” paraissent au contraire bien fleur bleue. Les textes de lumière sont tout à fait appropriées pour la Saint-Valentin. Comme des citations de chansons sentimentales, ils sont tout public.


 

 

 

Londres Tracy Emin néon expo 7662Néons de Tracey Emin 

 

 

 

 

   "Je suis très forte à l'amour non partagé. Je n'ai pas eu de relation sentimentale depuis des années. Mon travail s'en inspire."

 

   "Tout mon travail parle d'émotion, de sentiment, de la sujétion, d'être témoin; c'est personnel. ... Ce n'est pas cathartique mais c'est vraiment un moyen de m'exprimer. C'est très vieux jeu et traditionnel."

 

 

 

 

Tracy Emin quilt Hayward ash"You bitch, Everythig you steel will turn to ash"

Blanket, quilt, de Tracey Emin

 

 

 

 

   Tracey Emin se souvient des enseignes aux néon de son enfance rayonnant dans la nuit. Aujourd'hui les immenses publicités et les enseignes de Times Square sont devenues numériques. Emin a voulu recréer la radiance des néons et leur aspect aujourd'hui désuet en les retranscrivant sur des panneaux qui font appel aux dernières technologies. 


 

 

 

Tracey Emin neon Times SquareLes amoureux s'embrassent sous les coeurs de néon de Tracey Emin à Times Square


 

 

 

   Du 3 au 28 février et pendant trois minutes seulement chaque soir, les amoureux pourront se photographier sous les coeurs de faux néon et envoyer leur cliché avec le hashtag #MidnightMoment au site de s[edition]. Les meilleurs participants gagneront une édition digitale. Le 13 février Tracey Emin au coeur d'artichaut sera à Times Square et posera avec les visiteurs volontaires. Elle qui clame si fort que sa vie amoureuse est un désastre trouvera peut-être alors le bonheur à Manhattan le jour de la Saint-Valentin.

 

 

 

Tracey-Emin-neon-love-you.jpg"I can't believe how much I loved you", néon de Tracey Emin

 


 

    Les animations digitales reproduisant l'effet du néon sont crées par s[edition]. Les oeuvres qui n'existent qu'en format digital sont éditées à 2000 exemplaires à partir de 80$. Puis le prix augmentera automatiquement jour après jour. Damien Hirst, Shepard Fairey, Jenny Holzer et Yoko Ono ont déjà produit des oeuvres qui peuvent être téléchargées.
 
  Depuis 2012, l'opération Midnight Moment distille un peu de culture au milieu de l'invasion publicitaire de Times Square, carrefour new-yorkais très fréquenté. L'initiative reste limitée car les annonceurs ne sont pas prêt à céder des emplacements publicitaires très rentables plus de quelques minutes tard le soir.

  

 

 Times square by Michael McDonoughInvasion publicitaire à Times Square

photo Michel McDonough

 

 

 

 

  Plus modestement, la Mairie de Paris affichera aussi des mots d'amour pour la Saint-Valentin. Pour la deuxième année consécutive, 170 panneaux lumineux feront défiler des messages amoureux envoyés par les internautes. Là aussi, la participation des anonymes est requise.

 


 

 

Liens sur ce blog:


Tracey Emin, Love is what you want, un impudique journal intime à la Hayward Gallery


Saint-Valentin: des billets doux squattent les panneaux lumineux à Paris

 

Le néon et la mort, des sculptures de lumière bien pessimistes


 

 

 

Midnight Moment


Les mots d'amour de la Mairie de Paris


 

Palagret

art dans l'espace public

février 2013

 

 

Notes:

1 - "Love is what you want,”. “I can’t believe how much I loved you,”.  "I promise to love you". "when I hold you I hold your heart."

 

 

 

Sources:

Site de Tracey Emin

Artnews

seditionart

Wallpaper


 

 

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 12:52

 

   Joli parterre coloré de pommes, "September 2nd 2006", de Gu Dexin occupent le centre de la Halle Aubervilliers du 104. Une partie des fruits est écrasée par un rouleau compresseur un peu rouillé. La séduction esthétique de ces neuf tonnes de pommes rouges et jaunes ne fait que révéler les dérives d'une société de consommation qui gaspille et jette la nourriture.


 

 

 

104 Nature Gu Dexin pommes rouleau compresseur"September 2nd 2006" pommes écrasées par un rouleau compresseur de Gu Dexin au 104


 

 

    La symbolique de la pomme dans la culture occidentale est forte: la pomme du Paradis croquée par Eve, la pomme que Pâris offrit à Aphrodite la plus belle des déesses provocant la colère d'Héra et d'Athéna, la pomme de Guillaume Tell et la pomme empoisonnée de Blanche-Neige. En Chine, la pomme représente la bonne santé, la paix et l'harmonie familiale. Ici au 104, Gu Dexin ne montre pas une seule pomme symbolique mais des centaines de pommes étalées devant un rouleau compresseur comme les tonnes de fruits et légumes que les paysans détruisent quand les prix sont trop bas. 

 

 

 

104 Nature Gu Dexin pommes 3"September 2nd 2006" pommes écrasées par un rouleau compresseur de Gu Dexin au 104

 

 

 

    L'exposition dure du 22 septembre au 17 mars. Dans quel état sera alors le tapis de pommes de Gu Dexin s'il n'est pas renouvellé? Comme les oeuvres de Michel Blazy, le temps, le pourrissement et l'entropie sont des notions centrales dans cette oeuvre faite d'éléments vivants.

 

 

 

104 Nature Gu Dexin pommes 6"September 2nd 2006" pommes écrasées par un rouleau compresseur de Gu Dexin au 104

 

 

 

 

Par Nature, exposition collective

Céleste Boursier Mougenot, from here to ear (2012)

Moataz Nasr, I am free (2012)

Hema Upadhyay, This space is between you and me (2011) 

Zimoun, 416 prepared dc-motors, hemp cords, cardboard boxes , 60X60X60cm (2012

Gu Dexin, September 2nd 2006

Christophe Beauregard, le meilleur des mondes? (2012)

Joana Vasconcelos, Jardim do Edem (2012)

Du 22 septembre 2012 au 17 mars 2013

Le Cent-quatre, 5 rue Curial, 75019 Paris

Du mardi au Dimanche, 15h-19h


 

 

 

104 Nature Gu Dexin pommes 5"September 2nd 2006" pommes écrasées par un rouleau compresseur de Gu Dexin au 104

 

 

 

 

 

Lien sur ce blog:

Michel Blazy, sculpcure, des oranges pourrissantes sur un Plateau

 

 

 

Palagret

art et pourrissement

janvier 2013

 

 

 

 

Dossier de presse:    

    Gu Dexin, artiste chinois majeur, né en 1962 à Pékin où il vit et travaille, expose en Chine, en Europe et aux Etats-Unis, et a participé à de nombreuses manifestations internationales telles que les Biennales de Venise de 1995 et de 2003. Gu Dexin s'est beaucoup interrogé sur les tensions qui existent entre l'être humain et son environnement. Ses recherches portent principalement sur la matière, qu'elle soit comestible ou non. Il est connu pour ses expérimentations provocantes ; son travail touche à l'absurde et au paradoxe, et il l'adapte spécifiquement aux sites dans lesquels il est invité à exposer.

 

 

L'exposition Par Nature est un parcours, dans les espaces du CENTQUATRE, parsemé d'oeuvres souvent monumentales que proposent des artistes confirmés ou à découvrir, provenant de la scène artistique internationale. Venus de Suisse, du Portugal, d'Egypte, d'Inde et de Chine et, bien sûr, de France, ceux-ci nous livrent une interprétation contemporaine de cette quête sans cesse renouvelée du désir de nature. Chacune de ces installations aborde celle-ci sous l'angle mythologique, poétique, politique, social ; toutes, organiques et conceptuelles, invitent le visiteur à faire l'expérience physique et intellectuelle de ce nouveau paradigme artificiel.

José-Manuel Gonçalvès
Directeur du CENTQUATRE

 


 

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 03:28

 

   La montagne de Bugarach et quelques animaux décapités ont atteri dans une galerie de la rue Saint-André des Arts. En attendant le 21 décembre, l'installation monumentale de Huang Yong Ping propose une image de la Fin du Monde.

 

 

 

Huang Yong Ping Bugarach Mennour 2Animaux décapités et montagne. Bugarach, Huang Yong Ping, galerie Kamel Mennour

 

 

 

En voici une petite video.

 

 

 

 


Bugarach, Huang Yong Ping, une fin du monde par Palagret

 

 

 

 

 

Bugarach, Huang Yong Ping

Galerie Kamel Mennour - 47, rue Saint-André des Arts - 75006 Paris

Du 5 décembre 2012 au 26 janvier 2013

 

 

 

Palagret

fin du monde

décembre 2012

 



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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 16:52

 

    Même si la fin du monde n'aura pas lieu le 21 décembre 2012, l'eschatologie est dans l'air du temps. La publicité, les plasticiens et les street-artists s'en emparent. A la galerie Kamel MennourHuang Yong Ping expose Bugarach une installation avec un gros faux rocher, un hélicoptère miniature et des animaux empaillés décapités.

 

 

 

Huang Yong Ping Bugarach Mennour 4Les têtes coupées. Bugarach, Huang Yong Ping, galerie Kamel Mennour

 

 

 

 

    Dans la première salle presque vide, une sirène d'alerte au plafond reste silencieuse. Un serpent en descend, rappel de la tentation d'Eve. Au sol, une chèvre blanche. Dans le fond on aperçoit la montagne de Bugarach en miniature. 


 

 

 

Huang Yong Ping Bugarach Mennour sirène montagneSirène, serpent et montagne. Bugarach, Huang Yong Ping, galerie Kamel Mennour

 

 

 

 

   A gauche, une pièce avec seize animaux, tous décapités et principalement blancs. Le blanc est la couleur de l'innocence mais aussi de l'endoctrinement. De nombreux adeptes des sectes s'habillent de blanc. Le pelage du tigre et du faon ajoutent un peu de couleur à ce groupe condamné, innocent ou non.

 

 

 

Huang Yong Ping Bugarach Mennour tigreAnimaux blancs, rayés, tachetés. Bugarach, Huang Yong Ping, galerie Kamel Mennour

 

 

 

 

   Un carton rouge simule le cou sanglant des animaux. Les victimes semblent aller dans tous les sens comme des poulets qui continuent à courir alors qu'on leur a tranché la tête. 


 

 

Huang Yong Ping Bugarach Mennour soucoupeMontagne, soucoupe volante et trophées. Bugarach, Huang Yong Ping, galerie Kamel Mennour

 

 

 

 

   La troisième pièce contient un énorme faux rocher de neuf mètres de long représentant la montagne de Bugarach. Une soucoupe blanche semble en émerger ou y pénétrer. Les têtes des animaux sacrifiés sont posées dessus. Elles regardent vers le ciel, vers un hélicoptère, plus petit qu'eux. Il n'est pas là pour sauver les sacrifiés, trop tard, mais pour rendre compte du drame ou rassurer les survivants. 


    Un deuxième sol a été coulé dans la galerie pour pouvoir casser le béton et donner l'illusion du surgissement de la pointe du massif. Bugarach, l'installation de Huang Yong Ping met en scène nature et artifice, mouvement et stabilité, espoir et désespoir.


 

 

Huang Yong Ping Bugarach Mennour cerfAnimaux décapités. Bugarach, Huang Yong Ping, galerie Kamel Mennour

 

 

 

 

    Comme avec son Tatou ou Arche 2009, Huang Yong Ping aime bien découper les animaux en tranche, les brûler, les martyriser ... métaphoriquement.

 

    Bugarach n'est pas une installation in situ, elle peut être démontée et remontée ailleurs. L'oeuvre monumentale sera différente mais le concept reste le même. Actuellement Arche 2009 est exposée à Lille pour Fantastic 2012.

 


 

 

 

 

Communiqué de presse, Huang Yong Ping, Bugarach

    Bugarach est le nom d'un village des Pyrénées françaises et du pic montagneux qui le surplombe, nommé «la montagne renversée», en raison de sa particularité géologique qui en fait une curiosité naturelle: ses couches inférieures sont plus récentes que ses couches supérieures. Hameau d'à peine 200 habitants, Bugarach est depuis les années 1970 un lieu de pèlerinage pour de nombreux adeptes d'ésotérisme New Age. Ce site est récemment devenu une destination très prisée en raison de la croyance selon laquelle le pic serait le seul lieu épargné lors de la «fin du monde» qui, selon certaines lectures du calendrier Maya, devrait advenir le 21 décembre 2012. 

 

 

 

Huang Yong Ping Bugarach Mennour 1Montagne et hélicoptère. Bugarach, Huang Yong Ping, galerie Kamel Mennour

 

 

 

    Cette prophétie de l'apocalypse, ou plutôt les nombreuses théories de «grande transformation» ou de fin de cycle, avancées par les théoriciens ésotériques ou de fringe science («science marginale») est largement réfutée par les mayanistes. Elle se concrétise pourtant par l'afflux régulier de nouveaux habitants, pèlerins ou simples curieux venus du monde entier. Le pech de Bugarach est ainsi affublé de divers pouvoirs extraordinaires. Notamment considéré comme un haut lieu de présence extra-terrestre, il posséderait une cavité centrale, refuge des ovnis ou bien matrice d'un champ électromagnétique surnaturel qui empêcherait les avions de le survoler. Les différentes pratiques mystiques constatées récemment à Bugarach laissent entrevoir des syncrétismes de sagesses et de rituels orientaux, précolombiens ou amérindiens mâtinés de théories du complot. Les médias internationaux se pressent aujourd'hui à Bugarach en quête d'images folkloriques, et se font bruyamment l'écho de menaces de dérives sectaires, quitte à les alimenter en retour.

 

 

 

Huang Yong Ping Bugarach Mennour ratRat sans tête au pied de la montagne. Bugarach, Huang Yong Ping, galerie Kamel Mennour

 

 

 

    Dans notre société globalisée où la perte du sentiment religieux est contemporaine de l'essor de nouveaux extrémismes, la résurgence de ces spiritualités New Age à l'approche d'un cataclysme fantasmé n'est pas anodine. Il n'est pas étonnant que Huang Yong Ping s'empare de ce phénomène, lui qui depuis plusieurs années pointe avec justesse, dans ses installations monumentales, le rôle ambivalent de toute religion (Les Mains de Bouddha, 2006; Construction Site, 2007; Caverne 2009, 2009). La présente exposition est conçue en écho à une autre installation, Cirque, présentée simultanément à la galerie Barbara Gladstone à New York. Reliées dans le temps, elles sont également proches par leur thème: la fin des temps, ou plus précisément le temps de la fin.

 

 

 

Huang Yong Ping Bugarach Mennour 2Animaux et montagne. Bugarach, Huang Yong Ping, galerie Kamel Mennour

 

 

 

    L'ensemble de l'exposition esquisse une scène de chaos, où sont constamment déjoués les repères d'échelle, et où sont bouleversés les rapports de forces entre le naturel et l'artificiel, le sauvage et le social. Ici ce n'est pas la montagne qui est renversée, mais bien plutôt le socle sur lequel reposent, impuissantes, les créatures terrestres. Cette «soucoupe volante» prise au piège, figée dans son instabilité, nous invite à percevoir cette scène comme l'apogée du drame, l'instant paroxystique du basculement.

    De manière récurrente dans l'œuvre de Huang Yong Ping, les animaux jouent un rôle métaphorique pour les comportements humains. Ici les animaux sans tête ont sans doute le même rôle que les insectes vivants de Théâtre du monde (1993), à savoir de jouer le dernier acte d'une comédie de la cruauté dont nous sommes à la fois les sujets et les spectateurs.

 

 

 

 

Arche 2009, installation de Huang Yong Ping, Ecole des Beaux-Arts, Paris

 

 

 

 

    Dans Arche 2009 (2009), les animaux taxidermisés se trouvaient au cœur d'un dispositif où la notion de protection est seulement illusoire, comme l'explique l'artiste dans le catalogue édité à cette occasion: «dès que survient une crise, nous avons toujours l'illusion qu'il existe une «arche» c'est-à-dire un lieu de refuge intact, alors même que le danger vient précisément du cœur de la société, de sa part irréductible de chaos. Ainsi Huang Yong Ping, lors de ses recherches pour la présente exposition, notait-il logiquement: «Bug-arach / Bug-arche».

 

 

 

Huang-Yong-Ping-Bugarach-Mennour-oiseau.jpgCigogne, loup et chevreau. Bugarach, Huang Yong Ping, galerie Kamel Mennour

 

 

 

   Si les théories de «la fin des temps» et la croyance en un refuge à Bugarach peuvent sembler anecdotiques ou risibles, Huang Yong Ping nous rappelle ici que la réalité n'est pourtant pas stable. En érigeant ce fait d'actualité au rang de monument, il réduit les différences de temporalité inhérentes à l'événement politique et à l'œuvre d'art, et suggère ainsi que l'un et l'autre ne sont jamais très éloignés. En conférant une portée symbolique plus large à cette affaire, symptomatique d'une perte de sens généralisée, il semble nous indiquer que le monde tel que nous le connaissons est plus que jamais incertain, et que la déroute est bien réelle, tant au plan social qu'environnemental. Le mythe de la «fin du monde» résonne alors ici comme le symptôme, la partie émergée d'une entreprise destructrice dont on ne saurait déceler la cause ni le remède, du moins tant que resteront séparés le corps et la tête."

 

 

 

voir la video de Bugarach

 

 

 

Bugarach, Huang Yong Ping

Galerie Kamel Mennour - 47, rue Saint-André des Arts - 75006 Paris

Du 5 décembre 2012 au 26 janvier 2013

 

Circus, Huang Yong Ping

Gladstone Gallery 520 w 21st street. NY.

Jusqu'au 19 janvier

 

 

Huang Yong Ping

Lille3000 - Musée de l'Hospice Comtesse.

Jusqu'au 13 janvier 2013

 

Huang Yong Ping

MAC - Musée d'art contemporain de Lyon

du 22 février au 14 avril 2013.

 

 

 

Photos Palagret

fin du monde

décembre 2012

 

 

 

 

 

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Published by Catherine-Alice Palagret - dans Art contemporain
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