18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 12:45


   Voici un graffiti récolté sur un mur parisien qui ne participe pas vraiment à l'esprit de Noël. La philosophie de la rue s'y exprime spontanément, sans fioriture.



graffiti pitoyable Butte au cailles"C'est pitoyable, c'est triste, c'est l'humanité", graffiti sur un mur de la Butte-aux-cailles à Paris


    "C'est pitoyable, c'est triste, c'est l'humanité" proteste l'auteur anonyme. Ce graffiti pessimiste est tracé à l'ancienne: un simple lettrage qui ne cherche pas à démontrer la virtuosité du grafeur ni à faire sa publicité mais seulement à exprimer un ras-le bol. Rien d'artistique là-dedans. La phrase est posée à côté d'un collage de Jef Aérosol, un des plus prolifiques représentants du street-art.


graffiti pitoyable pochoir Jeff Aérosol Butte au caillespapier collé de Jef Aérosol et graffiti
ruelle de la Butte-aux Cailles à Paris


    Il ne reste pas grand chose du papier collé. On distingue juste une forme noire sur laquelle se détachent un bras et une main et une deuxième main seule. La silhouette a l'air féminine. Le pochoir de Jef Aérosol fait partie des "Lézarts de le Bièvre", une manifestation annuelle qui regroupe quelques artistes de rue dans le cinquième et le treizième arrondissement, le long de la rivière Bièvre enterrée sous le pavé parisien.



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archéologie du quotidien
décembre 2009

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 00:12

 

    La Butte aux Cailles est un bon terrain de jeu pour les artistes de rue. Depuis la création des Lézarts de la Bièvre en 2001, les murs se sont couverts de pochoirs, graffiti et papiers collés. Certains sont encore en place, d'autres ont disparus, arrachés, tagués ou recouverts. A côté des créations officielles, il y a toujours des interventions plus modestes.

 

 

Pourquoi la mer est bleue? papier collé sur un tuyau et Bonhomme de Maïs


 

Pourquoi meurt une étoile? papier collé sur un tuyau


  Collées sur des tuyaux de descente de pluie, des affichettes nous demandent pourquoi? "Pourquoi la mer est bleue?" C'est écrit à la main, avec un dessin de crabe en-dessous. "Pourquoi meurt une étoile" demande un autre collage. Questions poétiques, questions enfantines sans réponse rapide.
       

 

Pourquoi la colle colle? papier collé sur un tuyau  et Bonhomme de Maïs


   Puis viennent des questions plus prosaïques: "Pourquoi la colle colle?" Et "Comment marche la crème anti-cellulite?" Là il y a des explications scientifiques précises mais l'auteur des messages s'en moque probablement. Le jeu est de poser des questions, pas d'avoir des réponses ennuyeuses.


Comment marche la crème anti-cellulite?
Pourquoi la colle colle?
Papier collé sur un tuyau et Bonhomme de Maïs


    Si philosopher c'est se poser des questions alors ces petites affiches sont à classer dans la catégorie "Philosophie de la rue".


   A côté des ces questionnements drôles par leur simplicité, on trouve deux petits bonshommes déjà repérés près de Beaubourg. Les Bonshommes de Maïs, faits de pâte colorée, ne se posent pas de questions existentielles. Ils sont là, c'est tout. Le passant lui s'interroge; ces jouets fragiles font-ils partie de la même intervention?


Pochoir de Jana, Jeff Aérosol et Artiste Ouvrier, Lézarts de la Bièvre
Buttes aux Cailles, Paris



Suite:

"vous êtes ici ?", un pochoir absurde

Street-art? Bonhomme de Maïs à Paris

 



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Sujet pour le bac philo? savoir ou avoir? graffiti pitoyable, philosophie de la rue

Mieux vaut art que jamais

Des murs bien bavards: souffrance, tristesse, mort, murmurent les stickers





Lézarts de la Bièvre

12 et 13 juin 2010

Paris Vè et XIIIé



Palagret
Photos prises en Août 2009

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 01:11


   Le street-art ce n'est pas seulement des grandes fresques tracées à la bombe, des pochoirs répétitifs ou des papiers collés découpés.


"Mieux vaut art ..."
graffiti sur une fresque
rue Dénoyez à Paris


   C'est parfois juste une petite phrase sybilline, ou un jeu de mot. A la tombée de la nuit, quand les taggeurs sont partis, un homme tranquille trace bien proprement " Mieux vaut art ... que jamais " avec un simple marker.


"que jamais"
graffiti sur une fresque
rue Dénoyez, Paris

 

    Petite ponctuation poétique apposée à la nuit tombante, après le ballet des jets aérosols. Quelques jours plus tard, la phrase et la fresque seront recouverts par d'autres calligraphies élaborées.


"Mieux vaut art ... que jamais"
graffiti sur une fresque
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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 23:25

 

   "Vous êtes ici" dit un pochoir sur un mur bien propre. Affirmation absurde puisqu'il n'y a aucun plan pour se situer à côté du signe. Affirmation incontestable puisqu'évidemment je suis ici. Où pourrais-je être sinon ici et maintenant? Un questionnement philosophique pas si innocent.



"Vous êtes ici"
pochoir noir aux cercles concentriques


  Sur les plans de métro ou de bus, le pictogramme "ici" permet de s'orienter. Comme toute information extraite d'un ensemble, non reliée à d'autres informations, le pictogramme isolé se vide de sens. L'ironique pochoir ne sera d'aucune utilité au passant perdu qui pourrait même se mettre en colère contre celui qui se paye sa tête. Détourné, le petit dessin est une plaisanterie surréaliste.



"Vous êtes ici"
pochoir noir aux cercles concentriques


    Deux timides pochoirs se trouvent dans la même rue, du côté de Beaubourg, comme si le pochoiriste n'osait sortir de son territoire. Quelque jours plus tard, un petit bonhomme apparaît, scotché sur la cible.



"Vous êtes ici"
pochoir noir et Bonhomme de maïs aux bras et jambes bleus

 
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Palagret
août 2009
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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 23:03

 


Comment vivre heureux?

   Pas besoin de se plonger dans la lecture des moralistes grecs, latins ou orientaux. Inutile d'étudier Platon, Epicure, Bouddha ou Schopenhauer. Le bonheur est à portée de main. Il suffit d'écouter les murs car, s'ils ont des oreilles, ils ont aussi une voix. Obstinément, les murs nous guident vers une vie heureuse.



Arrête de souffrir
papier collé de Jibe C


    Au milieu des pochoirs et des graffiti une affiche proclame:
"Il est temps de décréter la fin de la souffrance"

     Le poing levé est le symbole des révolutionnaires, de la  résistance et du combat. Ici l'ennemi est la souffrance. Le poing est découpé en zones colorées. Des courbes de niveaux ou les zones de douleur?


Invader, flamand rose et étoiles en pochoir
poing fermé, papier collé de Jibe C


     Un peu plus loin, un papier découpé: deux mains semblent repousser la souffrance en disant stop. "Arrête de souffrir" est un slogan de l'Eglise Pentecôtiste que détourne Jibe C., un illustrateur. Le poing levé et les deux paumes de la main sont des symboles immédiatement reconnaissables.



Stop, Arrête de souffrir, papier collé découpé de Jibe C

   Le sous-sol parisien recèle lui aussi des trésors de sagesse. Dans un couloir de métro, de nombreux panneaux publicitaires sont vides. Bien involontairement, les monochromes jaunes ou bleus violets qui tiennent lieu d'affiches dénoncent la vanité de la publicité et l'insignifiance de vies centrées sur la consommation, l'avoir.


Crevez pas de tristesse
sticker de Puño

     Collé au centre du néant publicitaire un sticker nous rappelle à l'être. Le crâne dessiné nous dit: "Crevez pas de tristesse, écrasé par une voiture non plus." Le sticker se détache parfaitement bien sur le beau papier bleu même s'il est très petit et que peu de passants s'arrêtent pour le regarder.



Crevez pas de tristesse, sticker de Puño
sur une affiche vierge de publicité dans le métro parisien
     La tête de mort, d'où semble sortir ce conseil plein de bon sens, nous renvoie vers le site de Puño, un dessinateur. Son image macabre se promène aussi en surface, sur les murs, les gouttières ou les boîtes à lettres de Paris.



Crevez pas de tristesse, sticker macabre de Puño
sur une boîte à lettres

   Noire, les doigts décharnés, arrachée à un mort-vivant, une main se tend vers nous. Le pochoir n'a rien d'engageant. Mr Happy veut-il nous rappeler que la vie est brève et le bonheur fugitif?


la main noire de Mr Happy


    Le thème de la souffrance et de la brièveté de la vie a toujours inspiré les  peintres et les poètes.

  Carpe diem quam minimum credula postero

     Cueille le jour présent et n'aie pas confiance en l'avenir, disait le poète latin Horace. Au seizième siècle, Ronsard reprend ce thème dans les Sonnets pour Hélène:

Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.


   Les injonctions des artistes urbains ne sont que l'écho épuisé de cette tradition épicurienne.



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Palagret
août 2009
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21 mars 2009 6 21 /03 /mars /2009 01:13


   Près du canal de l'Ourcq à Paris, alors que les derniers bâtiments vétustes s'écroulent, un petit graffiti poétique a fleuri sur un mur.

Le béton fait naître des larmes
graffiti près du canal de l'Ourcq


    L'auteur n'a pas eu le temps de finir de calligraphier son message ou il a manqué de peinture rouge. Le mot larmes est tracé au crayon.


Le béton fait naître des larmes
graffiti près du canal de l'Ourcq


   Une petite touche de délicatesse dans un monde de brutes. Une dérisoire protestation contre le bétonnage du quartier où poussent des immeubles sans âme sur les ruines du vieux Paris.


    Baudelaire écrivait dans les Fleurs du mal 1:

Emporte-moi wagon! enlève-moi, frégate!
Loin! loin! ici la boue est faite de nos pleurs!


Le béton fait naître des larmes
graffiti près du canal de l'Ourcq

 


Liens sur ce blog:


Philosophie de la rue: "nous avons fini par échouer"


Graffiti pitoyable, philosophie de la rue


Les murs nous parlent: sadness & despair


Pourquoi? demandent les papiers collés


Mieux vaut art que jamais, graffiti jeu de mot


"vous êtes ici ?", un pochoir discret squatté par Bonhomme de maïs


Des murs bien bavards: souffrance, tristesse, mort, murmurent les stickers




Palagret
Texte et photos
mars 2009


1- Moesta et errabunda, Les fleurs du mal, Charles Baudelaire

 


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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 00:23

 

   Quelques affiches toutes simples collectées dans le vingtième arrondissement de Paris. Les photos en noir et blanc, des photocopies de mauvaise qualité, représentent une femme brune dans une mise en scène symbolique. Devant le drapeau américain, fumant une cigarette ou tenant un révolver, elle tient des propos à l'humour bizarre.




Affiches en noir et blanc: le plus difficile n'étant pas ...




"Moi aussi un jour je serai Barack Obama,
le plus difficile n'étant pas d'être le président des Etats-Unis, mais d'être un homme".




"Moi aussi un jour je serai François-Henri Pinault,
le plus difficile n'étant pas de coucher avec Salma Hayek, mais d'être un homme".



"Moi aussi un jour je serai Mesrine,
le plus difficile n'étant pas d'être un bandit, mais d'être un homme".


     Ces affichettes se classent dans les papiers peints ou papiers collés  (paste up) malgré leur petit format rectangulaire. Ce sont aussi des tracts, tendance féministe. Une variante de l'art urbain ou street-art.


Liens:
Palagret
street-art militant féministe
mars 2009

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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 00:09


   "Je suis le client suivant ou juste Reroart", voilà ce qui est écrit au bas des affiches blanches collées sur les murs du onzième arrondissement de Paris. Des rectangles blancs sans image, avec juste des phrases en français ou en anglais, en caractère majuscule Verdana bien nets et bien lisibles qui se remarquent de loin dans la jungle urbaine. Cependant, les phrases de Rero sont finement barrées comme s'il mettait lui même en doute ses assertions provocantes.


Affiche sauvage de Rero: "je n'aime pas vraiment les gens qui collent des affiches sur les murs"


     I DON'T REALLY LIKE PEOPLE WHO STICK BILLS ON WALLS. "Je n'aime pas vraiment les gens qui collent des affiches sur les murs". Cette simple phrase dit exactement le contraire de ce qu'elle prétend dire, suscitant le sourire. Avec ironie, l'affiche non publicitaire critique la publicité envahissante. Une publicité qui sature l'espace public, accrochée aux murs aveugles, sur les panneaux de 3x4 mètres, sur les inserts de plus en plus nombreux, sur les quais du métro.



Affiche sauvage de Rero "J'aurai préféré un mur blanc plutôt que cette affiche de merde"
et affiche du PCF: "Augmenter les salaires"
   Rero ne détourne pas les affiches publicitaires existantes. Il colle de nouvelles affiches qui ridiculisent les panneaux commerciaux omniprésents.
 


Affiche sauvage de Rero: "this image is free copyright"

 

   On pourrait dire qu'il n'y a pas d'image, seulement du texte, donc peu importe le copyright ou copyleft. Cependant le texte affiché devient une image.



"This wall is my property
please do not stick black & white  bills on it
affiche sauvage de Rero à-demi arrachée

 

 

    "Ce mur est ma propriété, s'il vous plaît, ne collez pas des affiches noires et blanches dessus".

 

 


Vitrine d'un magasin fermé
avec des affiches blanches et noires de Rero à-demi arrachées
et un papier collé découpé de 36Recyclab, un vaisseau intersidéral?


 
    Une autre affiche de Rero proclame: Sorry about it, but it's not an accident.  "Désolé, mais ce n'est pas un accident."

   On peut voir dans ces assessions absurdes l'héritage de Magritte qui peignit "Ceci n'est pas une pipe", disant exactement le contraire de ce qu'on voyait tout en soulignant qu'en fait l'image d'une pipe n'est pas une pipe.

    Le nom Rero Le client suivant est une allusion aux clients attendant aux caisses des supermarchés. Sur le tapis roulant, la barre de plastique qui sert à séparer les courses des différents clients porte souvent la mention "client suivant".


    Formes de street-art, ou art de la rue, ces affiches sont des collages, des papiers collés (paste up) ou des papiers découpés. Ils sont proches du tag dans l'appropriation de l'espace urbain mais ils sont éphémères et s'enlèvent facilement, la plupart du temps. Au contraire des tags à la bombe acryliques, les collages n'abîment pas le mur. Comme les tags magnétiques ou les tags en laine (yarnbombing), ils sont plus écologiques.


    Comme les affiches publicitaires qu'elles dénoncent ou les affiches électorales, les affiches sauvages anti-publicitaires, même humoristiques, sont arrachées et taguées.

   Sur la vitrine du magasin abandonné, sous les affiches du client suivant, est collé un étrange noeud de tubulures tout droit sorti de Brazil, le film de Terry Gillian. C'est un papier découpé complexe de 36Recyclab. Evoquant l'oeuvre d'un plombier fou ou un vaisseau spatial parti à la conquête des étoiles, il est aussi absurde que les proclamations de Rero. Rero et 36Recyclab mettent une petite touche de poésie fantastique dans une rue parisienne bien banale.

 

 


Notes et photos sur ce blog:

RERO à la galerie Backslash: vide de sens ou error 404?

RERO, ex situ à Beaubourg, lettres barrées

 

Street-art: Rero, collages et pochoirs, avec ou sans permission

FKDL, Rero, S75: art urbain, collages rue Quincampoix et Aubry le Boucher

Street-art: Rero, collages et pochoirs, avec ou sans permission

Paella Chimicos: tracts collés dans la ville, art de la libre expression

 "The strangest week" d'Eine, street-art typographique à Londres

Mobstr, critique et détournement de panneaux publicitaires, un street-art contestataire 

Brandalism: vandalisme contre la publicité, des affiches détournées

 

 


Palagret
Texte et photos
mars 2009


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