1 septembre 2009 2 01 /09 /septembre /2009 23:51


   Des piques, des cônes, des pointes, des pique-fesses, bref des obstacles piquants empêchent le promeneur fatigué de s'asseoir sur le mur bas de la banque BNP Paribas, rue du 4 Septembre à Paris.


Piques empêchant le passant de s'asseoir
Palais du Hanovre, banque BNP Parisbas à Paris


    Le beau Palais du Hanovre, construit en 1932 par Victor Laloux et Charles-Henri-Camille Lemaresquier, a été soigneusement restauré. Les fenêtres du rez-de-chaussée, en retrait par rapport au mur, dégagent un espace qui pourrait servir de banquette s'il n'était interdit par ces peu conviviales défenses. Comme un chateau-fort protégé de douves, de herses et remparts, la banque se retranche derrière des piques-fesses métalliques. L'impression  de forteresse est contredite par la transparence des vitres qui laissent voir l'entrée lumineuse. Deux escalators mènent à un bel atrium où des fauteuils et des tables basses meublent à grand peine un espace stérile.


Piques empêchant le passant de s'asseoir
Palais du Hanovre, banque BNP Parisbas à Paris


      Brillant au soleil sur le marbre poli, ces piques chromées solidement ancrées  sont neuves. Ce système existait-il avant ou est-ce une création dictée par l'air du temps pour repousser les envahisseurs? Les passants fatigués, les clochards qui menacent l'harmonie de l'immeuble. Plus menaçants encore, les employés de bureaux descendent fumer dans la rue et se poseraient bien quelques minutes sur l'appui de la fenêtre s'il n'était protégé.
  

Palais du Hanovre, banque BNP Parisbas à Paris
architectes
Victor Laloux et Charles-Henri-Camille Lemaresquier


    Place Clichy, la banque LCL, Le Crédit Lyonnais, montre le même dispositif rebutant. Les pique-fesses sont posés un peu plus haut. Plus anciens, plus dangereux, ils sont nettement plus sales. Une bousculade, un chahut et on pourrait sérieusement se blesser sur la herse et se contaminer.  Dans ce quartier plus populaire que celui de l'Opéra, la banque LCL se soucie nettement moins du paraître. La crasse s'accumule entre les piques mais le message est le même: pas de traîne-savates ici.


Piques empêchant le passant de s'asseoir
Banque LCL, Le Crédit Lyonnais, Place Clichy à Paris

    Seuls quelques inconscients, ignorant la saleté de la herse, s'appuient légèrement sur les pointes, touriste consultant un plan, flâneur lisant le journal ou tagueur obstiné.


Piques empêchant le passant de s'asseoir
Banque LCL, Le Crédit Lyonnais, Place Clichy à Paris



    On retrouve ces pique-fesses un peu partout dans Paris, là ou l'architecture crée un espace libre qu'il s'agit de neutraliser au plus vite. Le message se répète: Ici, c'est privé. Si vous voulez vous reposer, cherchez un banc public.


Piques empêchant le passant de s'asseoir
Banque LCL, Le Crédit Lyonnais, Place Clichy à Paris


    “Votre argent nous intéresse” fanfaronnait jadis la Société Générale. Après tous les scandales bancaires, le temps de cette publicité cynique est passé. Les slogans ont changé mais l'état d'esprit est toujours le même. Les pique-fesses qui défendent les banques veulent peut-être nous convaincre que notre argent est entre les mains de professionnels éclairés. Des professionnels capables de prévoir les crises, de démasquer les escrocs, d'investir sagement notre argent et celui du contribuable qui renflouent leurs pertes? Capables de s'auto-réguler plutôt que de se verser de belles stock-options?

    Non, les pique-fesses n'ont qu'un seul but, nous piquer les fesses.


Palagret

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Published by Catherine-Alice Palagret - dans Archéologie du quotidien
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