28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 22:59


    Posé sur un socle blanc, le pot doré nous domine comme les grandes statues qui honorent les héros et les dieux dominent les simples mortels. Ici le héros offert à l'admiration de la foule n'est qu'un objet usuel, un prosaïque pot de terre vendu par milliers dans les jardineries.


Le pot doré de Jean-Pierre Raynaud à Beaubourg, Paris

 
   Pour se métamorphoser en oeuvre d'art, le banal pot de terre a dû subir des transformations radicales. Il a démesurément grossi. L'argile est devenu polyester. Les feuilles d’or qui le recouvre en font un objet précieux qui brille au soleil. Mais ce qui le désigne au regard de tous comme une oeuvre d'art, c'est le socle qui l'élève au-dessus des passants. Etre sur un socle, sur une place publique ou dans un musée, sacralise l'objet quel qu'il soit, un urinoir ou un porte-bouteille comme l'a montré Marcel Duchamp.

 

Le pot doré de Jean-Pierre Raynaud à Beaubourg, Paris


  Les pop artistes anglo-saxons ont joué avec les textures, les volumes et les dimensions d'objets communs extraits du quotidien, ils les ont agrandis comme des idoles. En France, les nouveaux réalistes, dont Jean-Pierre Raynaud était proche, travaillaient aussi sur le quotidien en accumulant les objets (Arman), en déchirant des affiches (Villéglé) ou en agrandissant des parties du corps (le pouce de César).

   Jean-Pierre Raynaud
lui, s'intéresse aux pots de jardin. Après des études d’horticulture, il délaisse les fleurs et expose 300 pots rouges remplis de ciment à la Kunsthalle de Düsseldorf en 1968. Les  pots et le carrelage blanc deviennent son identité, comme les rayures le sont pour Daniel Buren ou les immenses plaques de métal rouillé pour Richard Serra.


Le pot doré de Jean-Pierre Raynaud, à Beaubourg, Paris
    Le pot doré fut commandé par Cartier, le bijoutier. A l'origine, de 1985 à 1993, le pot doré était au Parc de sculpture de la Fondation Cartier pour l’art contemporain à Jouy-en-Josas. Exposé dans une serre qu'il occupait presque totalement, il avait une dimension onirique et ironique. Le pot géant, le contenant, prenait la place des fleurs. C'est lui qui était à l'abri des intempéries, c'est lui qu'on admirait.



Le pot doré de Jean-Pierre Raynaud, à Beaubourg, Paris


   Quand la fondation dut quitter Jouy-en-Josas, le pot voyagea. Beaucoup de sculptures monumentales  contemporaines incarnent leur auteur: l'araignée de Louise Bourgeois ou les diamants de Jeff Koons sont des rocks stars qui font la tournée des capitales. Le pot doré, signature de Jean-Pierre Raynaud, alla à Berlin en 1989, après la chute du mur  puis à Pékin au milieu de la Cité interdite en 1996. Enfin il arriva sur le parvis de Beaubourg en 1988 où il demeure depuis.



Le pot doré de Jean-Pierre Raynaud
et un saltimbanque, sculpture vivante, à Beaubourg
Illusion d'optique: l'homme cadré en premier plan rend le pot plus petit


    Le pot doré mesure 3,50m de haut sur 3,92 m de diamètre. Vu d'en bas il semble écrasant; vu d'en haut, de la passerelle du musée d'art moderne, le cercle d'or ressemble à une piste d'atterrissage pour hélicoptère de luxe.

    A Londres, Antony Gormley, démontre lui aussi que le socle légitime l'oeuvre d'art, en demandant à des volontaires de se tenir pendant une heure sur un socle à Trafalgar Square tels des statues vivantes.

 

Parvis du Centre National d'Art et de Culture Georges Pompidou dit Beaubourg
Paris IVè
 


Liens sur ce blog:





Site de Jean-Pierre Raynaud


Palagret
juillet 2009
jardinerie

Partager cet article
Repost0

commentaires

M
Votre réflexion sur le piédestal me fait penser à ce piédestal vide qui se trouve au bout du boulevard de Clichy. Un escalier permet aux piétons d'y accéder et de s'y faire prendre en photo. Certains y montent avec leur chien. Tous peuvent devenir des oeuvres d'art ;-)
Répondre