CINQ MONUMENTALES STELES D'ACIER


   Le mouvement des nuages parisiens projettent l'ombre de la serre du Grand Palais sur les plaques d'acier, dessinant d'arachnéennes lignes qui brouillent le regard. Selon l'heure et le ciel, Promenade de Richard Serra change d'aspect.



Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais


    Après Anselm Kiefer en 2007, Richard Serra occupe la nef du Grand Palais. Dès l'entrée, on ne voit de Promenade que la tranche de la stèle centrale et l'immense verrière. Puis on découvre l'oeuvre en totalité, cinq  stèles monumentales conçues spécialement par Richard Serra pour Monumenta 2008. Disposées asymétriquement le long de l'axe central de la nef, hautes de dix-sept mètres, large de quatre, et pesant soixante-quinze tonnes chacune, les plaques semblent pourtant légères dans cet espace immense de 13.500 m².



Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais


«Quand j'ai découvert cet espace, j'ai d'abord été frappé par son immensité. Puis par la lumière qui s'y déverse. J'étais bouleversé. J'ai pensé qu'il me fallait mettre à profit cette lumière. Alors j'ai imaginé de dresser ces plaques d'acier vers la voûte de la verrière, en dépassant la hauteur des mezzanines. L'échelle est très importante. Il s'agissait de ne pas remettre en cause l'architecture du lieu, d'en respecter les proportions.» 1



Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais



    Promenade, le titre choisi pour cette installation, indique bien qu'il faut déambuler au milieu des plaques pour l'apprécier et la comprendre. Comme Clara Clara aux Tuileries, c'est le promeneur qui crée l'oeuvre par son déplacement, une oeuvre unique, personnelle, différente de celle d'un autre promeneur.



Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais
ronde d'enfants

« Vous n’avez pas besoin de connaître quoi que ce soit à l’histoire de la sculpture ou à l’histoire de l’art pour comprendre, voir et percevoir ce travail conçu en relation avec l’espace. Le contenu réside dans le visiteur. Il ne s’agit pas juste de grandes plaques en l’air, mais le contenu c’est votre propre expérience alors que vous marchez  dans, à travers, et autour de l’ensemble du champ sculptural.  (…) La manière dont l’espace est habité et l’aspect temporel de ce travail en constituent le contenu selon la façon dont le visiteur comprend cette sculpture. Il n’a pas besoin de la comprendre de façon explicite car il va l’expérimenter. (…)
Il n’existe pas d’exposition à l’heure actuelle où on vous demande de parcourir toute la longueur du hall en imaginant que la salle d’exposition est un récipient, un récipient architectural qui est converti en une sculpture. Habituellement, si vous venez visiter un salon, il y a plein de petites boites et chacun présente des petites choses dans ces petites boîtes. Ici, il y a une différence de genre, je ne dis pas une différence de qualité, mais par son aspiration la sculpture est vraiment concernée par le visiteur qui marche selon son propre mouvement corporel et choisit où il veut aller. Il ne marchera peut être pas le long de l’axe sur toute sa longueur, mais s’il veut comprendre la complexité de ce travail, il le fera, et je pense que la majorité des gens seront suffisamment curieux pour le faire, en tous cas, c’est mon espoir. » 2


    Les visiteurs, en effet, parcourent la nef et tournent autour des stèles. A chaque pas l'oeuvre change, il est très difficile de voir les cinq plaques en même temps sinon aux deux extrémités de l'axe central et de l'entrée. Partout ailleurs, on ne voit que quatre pièces, la cinquième étant toujours masquée.



Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais
Ombres sur les stèles


    Les plaques d'acier sont légèrement inclinées (un degré soixante-neuf), d'un coté et de l'autre, et bien qu'elles soient solidement ancrées dans le sol bétonné, on éprouve une petite inquiétude. Une médiatrice, portant un T-shirt noir avec l'inscription « Monumenta 2008 » nous rassure: il faudrait une force de soixante-seize tonnes pour faire tomber une plaque. Ouf!  Inutile de craindre un effet domino.


Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais
Epaisseur de la stèle


  
     De plus, le sol a été consolidé. On a foré pour enfoncer des pieux à quinze mètres de profondeur. Des traces d'usinage ou de montage se lisent à la surface des plaques couleur rouille. La marque des ventouses qui ont aidé à mettre en place ces gigantesques sculptures se voit clairement, l'artiste a voulu les laisser. Il a aussi voulu que les balcons ne soient pas accessibles. Pour lui, Promenade doit se voir, se vivre du sol et non en surplomb.



Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais


    Les médiatrices de Monumenta 2008 encouragent les enfants à toucher les plaques légèrement rugueuses, à en faire le tour en levant la tête afin d'appréhender l'oeuvre avec leur corps. Ils s'amusent beaucoup même s'ils ont un peu le vertige. Ils laissent quelques empreintes de mains aussi. Un peu plus loin un atelier sensibilise les enfants à la création contemporaine. Il les fait réfléchir aux notions mises en jeu dans le travail du sculpteur, l'équilibre, la verticalité, le rythme, la pesanteur etc.



Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais
Travaux d'enfants



    Dans « 2001 Odyssée de l'espace », le film de Stanley Kubrick, on voit une énigmatique stèle noire, chue du ciel ou sortie des entrailles de la terre. Les singes qui la découvrent lèvent la tête vers elle sans comprendre. Le visiteur, lui, est mieux préparé car Richard Serra est un des sculpteurs américains les plus connus. Son oeuvre est exposée partout dans le monde.


     Richard Serra livre une oeuvre fragile et monumentale à la fois. Chaque plaque est d'une seule pièce, sans soudure, alors que le décor qui entoure cette sculpture minimaliste aux lignes très pures est lui morcelé, fait de nombreuses pièces soudées et boulonnées. Les rivets apparents, en plus d'assurer la stabilité et la solidité de la structure du Grand Palais, créent un rythme décoratif, tout le contraire de Promenade.



Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais
une stèle encadrée par les piliers boulonnés


    Promenade, dans sa nudité minérale, se découpe sur les arabesques de la verrière et les motifs floraux de la dentelle de fer du Grand Palais, chef-d'oeuvre de l'architecture de fer 1900. L'ampleur du lieu et sa complexité visuelle dominent l'oeuvre. Il est probable que « Promenade », exposée à l'air libre, aurait plus de force en se découpant sur le ciel.



Promenade, oeuvre de Richard Serra dans la nef du Grand Palais
Stèle se découpant sur la verrière





Palagret
art contemporain
mai 2008

2- in dossier de presse. Entretien avec  Alfred Pacquement, commissaire de l'exposition.



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