18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 18:12

Minuscule saga des affiches vides de publicité III

   Après les affiches noires sans publicité voici les affiches bleues. Ce tableau d'un bleu monochrome  aperçu par hasard au détour d'une rue n'est bien sûr pas une oeuvre d'Yves Klein. Son IKB, "International Klein Blue", est plus profond, plus violent. Ici la couleur bleue est pâle, couleur de ciel, apaisante. C'est une petite touche de douceur succédant, bien involontairement à la cacophonie publicitaire habituelle. La communication est devenue muette.


L'affiche bleue, panneau publicitaire sans publicité, à Paris





     Sur un autre rectangle bleu à Paris les papiers se décollent et laissent voir de la couleur: des affiches collées à l'envers?


Une autre affiche bleue, panneau publicitaire sans publicité, à Paris


    Au mois de mai, des panneaux publicitaires s'étaient couverts d'affiches noires dans le RER et le métro. Une couleur funèbre, en deuil de la publicité? Depuis, certains panneaux ont retrouvé des clients, d'autres sont toujours désespéremment vides, dédaignés par les vendeurs de voiture, de travail temporaire ou de dosettes de café.


L'affiche noire, panneau publicitaire sans publicité
dans le métro


    La désertion des camelots laisse le champ libre aux artistes anonymes.  Les déchireurs, eux, aiment enlever une petite bandelette à chaque passage. Ainsi, jour après jour, le tableau se modifie.

   
Nous sommes ainsi passé des affiches noires style Soulage à un style moins minimaliste laissant voir des déchirures roses, traces d'une ancienne affiche. La détérioration continuant, on arrive à des tableaux proches de Villéglé ou de Raymond Haines. Les tagueurs eux-aussi s'attaquent aux affiches monochromes, un trop bel espace pour être ignoré.


affiche noire, panneau publicitaire sans publicité
sur un quai de RER
déchirure rose


    Les spots lumineux continuent d'éclairer les panneaux vides, accentuant le vide et l'absence de communication (commerciale). Les temps sont durs pour les afficheurs, ils peuvent avoir le blues. L'économie stagne, le pouvoir d'achat diminue. Les budgets publicitaires sont revus à la baisse et internet en prend une part de plus en plus grande.


affiche noire, panneau publicitaire sans publicité
sur un quai de RER

progression de la déchirure rose


    Maintenant nous sommes en juillet, les parisiens partent en vacances. Traditionnellement l'été est une période creuse pour les publicitaires et les afficheurs. L'affiche bleue est alors moins surprenante.

    Les hedomaires eux aussi sont à la diète; ils perdent environ un cinquième de pages; on peut lire un article sans être distrait par de belles pages en quadrichromie nous invitant à acheter tout et n'importe quoi. C'est reposant.


affiche noire, panneau publicitaire sans publicité sur un quai de RER
ombre des spots lumineux qui n'ont rien à éclairer


   Quelques semaines de répit avant le retour en force, à la rentrée de septembre, du harcèlement publicitaire.


champ bleu, panneau publicitaire
sans publicité
, à Paris






Catherine-Alice Palagret

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Published by Catherine-Alice Palagret - dans Archéologie du quotidien
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