11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 00:09


   "Je suis le client suivant ou juste Reroart", voilà ce qui est écrit au bas des affiches blanches collées sur les murs du onzième arrondissement de Paris. Des rectangles blancs sans image, avec juste des phrases en français ou en anglais, en caractère majuscule Verdana bien nets et bien lisibles qui se remarquent de loin dans la jungle urbaine. Cependant, les phrases de Rero sont finement barrées comme s'il mettait lui même en doute ses assertions provocantes.


Affiche sauvage de Rero: "je n'aime pas vraiment les gens qui collent des affiches sur les murs"


     I DON'T REALLY LIKE PEOPLE WHO STICK BILLS ON WALLS. "Je n'aime pas vraiment les gens qui collent des affiches sur les murs". Cette simple phrase dit exactement le contraire de ce qu'elle prétend dire, suscitant le sourire. Avec ironie, l'affiche non publicitaire critique la publicité envahissante. Une publicité qui sature l'espace public, accrochée aux murs aveugles, sur les panneaux de 3x4 mètres, sur les inserts de plus en plus nombreux, sur les quais du métro.



Affiche sauvage de Rero "J'aurai préféré un mur blanc plutôt que cette affiche de merde"
et affiche du PCF: "Augmenter les salaires"
   Rero ne détourne pas les affiches publicitaires existantes. Il colle de nouvelles affiches qui ridiculisent les panneaux commerciaux omniprésents.
 


Affiche sauvage de Rero: "this image is free copyright"

 

   On pourrait dire qu'il n'y a pas d'image, seulement du texte, donc peu importe le copyright ou copyleft. Cependant le texte affiché devient une image.



"This wall is my property
please do not stick black & white  bills on it
affiche sauvage de Rero à-demi arrachée

 

 

    "Ce mur est ma propriété, s'il vous plaît, ne collez pas des affiches noires et blanches dessus".

 

 


Vitrine d'un magasin fermé
avec des affiches blanches et noires de Rero à-demi arrachées
et un papier collé découpé de 36Recyclab, un vaisseau intersidéral?


 
    Une autre affiche de Rero proclame: Sorry about it, but it's not an accident.  "Désolé, mais ce n'est pas un accident."

   On peut voir dans ces assessions absurdes l'héritage de Magritte qui peignit "Ceci n'est pas une pipe", disant exactement le contraire de ce qu'on voyait tout en soulignant qu'en fait l'image d'une pipe n'est pas une pipe.

    Le nom Rero Le client suivant est une allusion aux clients attendant aux caisses des supermarchés. Sur le tapis roulant, la barre de plastique qui sert à séparer les courses des différents clients porte souvent la mention "client suivant".


    Formes de street-art, ou art de la rue, ces affiches sont des collages, des papiers collés (paste up) ou des papiers découpés. Ils sont proches du tag dans l'appropriation de l'espace urbain mais ils sont éphémères et s'enlèvent facilement, la plupart du temps. Au contraire des tags à la bombe acryliques, les collages n'abîment pas le mur. Comme les tags magnétiques ou les tags en laine (yarnbombing), ils sont plus écologiques.


    Comme les affiches publicitaires qu'elles dénoncent ou les affiches électorales, les affiches sauvages anti-publicitaires, même humoristiques, sont arrachées et taguées.

   Sur la vitrine du magasin abandonné, sous les affiches du client suivant, est collé un étrange noeud de tubulures tout droit sorti de Brazil, le film de Terry Gillian. C'est un papier découpé complexe de 36Recyclab. Evoquant l'oeuvre d'un plombier fou ou un vaisseau spatial parti à la conquête des étoiles, il est aussi absurde que les proclamations de Rero. Rero et 36Recyclab mettent une petite touche de poésie fantastique dans une rue parisienne bien banale.

 

 


Notes et photos sur ce blog:

RERO à la galerie Backslash: vide de sens ou error 404?

RERO, ex situ à Beaubourg, lettres barrées

 

Street-art: Rero, collages et pochoirs, avec ou sans permission

FKDL, Rero, S75: art urbain, collages rue Quincampoix et Aubry le Boucher

Street-art: Rero, collages et pochoirs, avec ou sans permission

Paella Chimicos: tracts collés dans la ville, art de la libre expression

 "The strangest week" d'Eine, street-art typographique à Londres

Mobstr, critique et détournement de panneaux publicitaires, un street-art contestataire 

Brandalism: vandalisme contre la publicité, des affiches détournées

 

 


Palagret
Texte et photos
mars 2009


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Published by Catherine-Alice Palagret - dans Philosophie de la rue
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